DÉTERMINATION ASTROLOGIQUE DES DIEUX
gieuses où elle semble avoir le plus régné. Les Phéniciens, et les Grecs après eux, ne purent introduire l'élément gracieux et doux qu'en transformant le caractère d Adonis, la majesté de la Grande Déesse ayant sans doute paru plus immodiflable à cause de son titre antique de matrice universelle. Alors se composèrent des mythes et s'instituèrent des fêtes qui désarment en partie la critique; mais en même temps le principe corrupteur fut en évidence, et on en vit les fruits
Cet Adonis et cette Astarté, devenus à la fin des personnages d'une liction mythologique assez particulière, avaient eu d'abord des rôles souverains conformes aux procédés de l'esprit des Sémites. On ne peut douter que le premier n'ait commencé par être le Seigneur par excellence et Je Maîtie unique. L'autre s'éloigna moins de l'idée originaire, puisque Astaite, aussi bien que les autres noms des Grandes Déesses, couvrit toujours un symbole de la nature, mère de la vie, de cette nature qui n'est elle-même qu'un symbole aux yeux du philosophe. Et pourtant lorsque les prêtres astrologues particularisèrent Astarté, comme Mylitla, comme Baalthis, en l'identifiant avec la planète Vénus, ils la tirent évidemment descendre du haut rang et du concept d'universalité qu'elle avait occupé. Cette déesse avait probablement représenté à l'origine un Tsébaoth femelle, l'essence céleste envisagée dans la production de l'armée des étoiles. Le nom d'Astaroth parait même n'avoir pas d'autre signification. Mais le mélange des nations et des idées, la tendance populaire à particulariser les cultes, les causes diverses du polythéisme sémitique aboutirent selon les lieux et les temps à une détermination planétaire, lunaire ou tellurique de la mère des astres.
Les noms divins de ces corps sont des noms sémitiques. Le premier de tous est Bel (ou peut-être El?i 11 aurait été affecté à la plus éloignée, à la moins vi^^ible des cinq planètes alors connues, à celle-là même que nous appelons Saturne, si nous en croyons l'assimilation que les Grecs firent de Kronos à Bel, les Latins de Saturne à Kronos, et l'attribution de ces derniers noms à la planète par les astrologues. Des idées d'antiquité, de priorité et de suprématie se seraient ainsi liées à l'adoration de la planète re(;ulée, au point de paraître usurper en sa faveur ce rang de cause primitive et souveraine qui semblerait plutôt convenir au Soleil, suivant la tendance commune des autres peuples. Mais il y a lieu de croire que les étrangers confondirent quelquefois des noms sémitiques, de significations différentes, et d'une autre part, les cultes de la Babylonie et de la Chaldée ont certainement varié selon les localités et les temps. Tels cultes primitivement solaires, par exemple, sont devenus planétaires au moment oii le système astrolâtrique s'est
constitué. Quoiqu'il en soit, il résulte aujourd'hui des documents originaux, que Bel-Merodach (ou Mardouk) a été mis en correspondance avec la planète Jupiter, et non point avec la planète Saturne, dans la religion babylonienne, et que cette dernière planète a correspondu à une divinité, Adar, ou Samdan, dont le rôle est analogue à celui du Melcarth phénicien (1).
Cette partie de la religion babylonienne, — et assyrienne aussi — constitue au fond ce qu'on a coutume d'appeler le sabéisme et qu'on attribue aux « mages de la Chaldée i> . Remarquons encore une fois que ces mages sont plutôt des membres d'un sacerdoce sémitique, qui doit être distingué à la fois des sorciers chaldéens de race touranienne auxquels ils s'allièrent en les subordonnant et des prêtres mazdéens (de race aryenne) qui ne datent, à Babylone, que de la conquête persane. Quant au nom de sabéisme, il est justifié par un radical sémitique, le même que celui du tsébaoth de la Bible, qui exprime comme le cosmos des Grecs, une idée de bel assemblage, particulièrement dans le spectacle du ciel étoile.
La fameuse tour aux huit étages superposés (soubassement compris) qu'Hérodote vit encore à Babylone était consacrée aux sept dieux planétaires. Plusieurs villes de la Chaldée et de la Babvlonie avaient construit de semblables pyramides : conception architecturale dont l'exécution, commencée quelque part et laissée inachevée, dût être le fondement de la légende de làcon/'usion des langues^ appliquée par les Hébreux à la construction impie de la tour de Babel. Le monument que vit Hérodote parlait, à son assise la plus élevée, un temple, et, dans ce temple, il y avait une table et un lit, sans aucune statue.
Etait-ce un dieu sans forme qui se révélait dans ce Heu, et pouvait y féconder une mortelle ('2)? était-ce le principe suprême de la lumière créatrice, un rajipel de la plus ancienne idée sémitique et du souverain générateur autrefois cherché et adoré sur les hauts lieux? Ou plutôt la statue de Zeus-Bélos (ainsi le nomme Hérodote), à qui l'édifice était surtout consacré, se voyait elle dans l'enceinte intérieure et manquait-elle au sommet, parce que là siégeait invisiblement le dieu lui-même?
On a de la peine à comprendre que l'anthropomorphisme se soit concilié avec l'assimilation des dieux aux étoiles Mais il n'est pas moins étonnant, aux yeux de qui veut assez y réfléchir, qu'il se soit joint à tel ou tel phénomène naturel, ou à telle idée abstraite, ou à la notion de la puissance infinie, ou à l'Infini, et à l'Absolu mêmes. Cette étrangeté est commune à presque toutes les religions, se trouve
(1) Voyez plus loin (cbap. xzix) d'autres détails sur les dieux planétaires et en général sur les dieux chaldéo-babylooieDB et sur leurs origines.
(2) Hérodote, i, 181 «t suivants.