‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 216 sur 253 · LES CULTES SÉMITIQUES · texte numérisé non relu

LES CULTES SÉMITIQUES

Samemroum (le Haut-ciel j, Zeus Milichios (Moloch), Élioun, etc. ; et leurs rôles ne laissent pas d'être semblables aux précédents, parmi lesquels il en est aussi dont les radicaux sémitiques les plus probables permettent de deviner d'anciennes personnifications plus générales ou plus profondes. Enfin, quelques-uns, mais surtout Samemroum et son ftère et antasoniste Ouso. inventeur des habits de peau, se reconnaissent clairement pour Israël et Ésaù défigurés. Et les derniers, ceux de la dernière et de la plus confuse de ces cosmo^onies mises bout à bout, présentent un inextricable mélange des dieux hétérogènes de la Grèce et de \i Phénicie : Ouranos, El Athènè, Kronos, Astaroth, etc., tous fils d'Élioun et de Bérith (l'Alliance^.

J'anticipe beaucoup en ériiim('>rint ici des traits d'un syncrétisme si grossier, qui ne saurait être bien ancien et oii perce en outre un violent parti-pris (de Sanchoniathon ou de son traducteur grec?) de ne voir dans les Dieux que des hommes anciennement déifiés. Mais il y a des conclusions à en tirer pour l'époque primitive. La fausse doctrine critique nommée, du nom de son introducteur, l'évhémérisme {iv- s. av. l'è. v.) eut peu de portée dans le monde grec, malgré lo bruit qu'elle fit, mais trouva un favorable accueil dans les siècles suivants, auprès des esprits qui subissaient l'influence sémitique. C'est qu'il se rencontrait là une disposition à n'admettre en dehors du Dieu unique et de sa Providence, que de simples hommes, pour rendre compte des mythes anciens, étroitement unis aux diverses traditions nationales. Môme au sein du sémitisme polythéiste, l'évhémérisme, antérieur sans doute à Évhémère, et tel qu'on le remarque dans les fragments de Sanchoniathon, pouvait faire suite au vieil anthropomorphisme phœaico-bahylonien qui avait attribué à des dieux hommes, on ne sait comment liés aux grands dieux cosmiques, la révélation des arts et des sciences. Il est donc présumable que nous avons dans ces fragments quelques débris informes, mêlés et confondus de la plus étrange façon avec des éléments de toutes provenances, de cette « littérature babylonienne, » de cette « technique sacrée où chaque art était présenté comme la révélation d'une divinité » (1). Quelle que soit l'antique mythologie des personnages révélateurs des arts et des sciences, il faut avouer que le système d'Évhémère faisait encore trop d'honneur à la plus grandvi partie de ces fables sémitiques, si l'on en juge par celles de Sanchoniathon. On trouve en remontant à leur source linguistique, non pas des grands hommes déifiés, mais des wom.«, tantôt de choses, tantôt d'hommes, pris de toutes parts aux légendes des nations environnantes, et mêlés ou identifiés avec les noms divins delà plus ancienne tradition. Souvent

le procédé d'assimilation semble se réduire à des rapprochements futiles et à des calembours. On a des erreurs à craindre en assignant l'orijiine particulière de chaque fable, mais il faut maintenir l'exactitude de ce genre d'explications, d'autant plus admissible qu'elles paraissent plus grossières (1). Parmi ces emprunts de la mythologie phénicienne, ceux qui sont faits aux légendes historiques des Hébreux sont des plus intéressants, et nous apprennent comment l'histoire et la demi-histoire deviennent tout à fait mythes. Au reste, les emprunts aussi sont quelquefois réciproques. Les Hébreux, dont le sens historique est toujours le plus marqué, malgré le mélange inévitable du réel et du merveilleux, ont pu composer eux-mêmes des morceaux d'histoire purement formelle, en introduisant dans la filière de leurs généalogies ordinaires, et pour les temps perdus, tels éléments de l'espèce de mythologie propre à leurs voisms. Par exemple, les personnages de la descendance jéhoviste d'Adam par Kaïn.à commencer par cet auteur de la première ville, et Lémech, le premier polygame, et Jabal, père des hommes de la tente, et Joubal et Toubal-Kaïn, inventeurs de la musique et de la métallurgie, appartenaient selon toute apparence à la série des révélateurs d'arts des Sémites polythéistes. Au reste, les légendes d'Adam et Eve et de Kaïn se distinguent par une forte couleur étrangère à ce qui fut ou devint l'esprit dominant des Hébreux.

J'ai exposé ce qu'il est possible de recueillir de plus général sur l'état religieux des Sémites polythéistes, en remontant aux éléments antiques autant que possible, et élaguant la multitude des petits faits et des rapprochements douteux, matièrede discussions interminables. Pour me résumer, j'y remarque : 1° des notions universelles de divinité, à la fois anthropomorphiques et abstraites, qui semblent exclure le symbolisme, qui le permettent par une voie et avec des procédés particuliers; 9" des déterminations divines, les unes célestes, les autres terrestres, auxquelles se rattachent, d'un côté, la révélation des arts et des sciences et l'origine de la civilisation, et, de l'autre, cette espèce de destinée, ou fortune bonne ou mauvaise, admise dans l'astrologie; 3° un développement mythologique d'un caractère peutêtre plus intellectuel et plus héroïque, chez un peuple entreprenant tel que les Phéniciens; 4° un effort spéculatif qui se traduit par la composition des cosmogonies, dont je traiterai ailleurs ; .5» la tendance à renfermer l'idée générale de Dieu et du monde dans une certaine Nature, principalement femelle, mais active par ses attributs, qui engendre toutes choses et aussi qui les dévore. Cette conception,

{{) E. Renao. Mémoire s->tr Sanchoniathon. Acad. de» inscr., t.XXlU.p. i'tj.j.

(1) Id., loc. cit.. p. 269.

Page 1