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LA CASTRATION ET LA PROSTITUTION SACREFS

LA CASTRATION ET LA PROSTITUTION SACRtES

quoique les Aryens de l'Inde l'aient trouvée en suivant leur propre voie, est une partie essentielle du sémitisme. C'est par le sémilisme qu'elle se répandit dans toute l'antiquité, avec les cultes du plaisir et de la terreur. C'est d'elle que tirent leur sens et la prostitution sacrée et les sacrifices d'enfants, deux usages qui se trouvent dans tous les pays sémitiques, à Babylone, en Phénicie, chez les tribus kananéennes et à Carthajîe.

Un passage curieux des fragments de Sanchoniathon, dans lequel Samemroum (et son frère Ouso probablement) sont dits avoir prostitué leurs mères à tous venants (1), fait manifestement allusion à cette coutume des Sémites, rapfiortée par Héiodote entre autres anciens, corifctatée également par la Bible, et que Voltaire n'aurait pas dû nier comme impossible, celle d'offrir en manière de sacrifice, dans un temple, la virginité de toute fille nubile au premier homme qui se rencontrait (2). Reste seulement à interpréter le fait. Y verronsnous une sorte de rachat de la chasteté, à laquelle il ne faut pas douter que les femmes ne fussent astreintes, une fois livrées à leurs maris? Ce serait alors la part du feu, pour ainsi dire, un don fait à la puissance de la brutale Nature, en vue de s'assurer que ses tentations et ses fureurs feront grâce aux restes de ce qu'on lui a sacrifié. Ou bien cette infâme offrande avait-elle pour objet de rappeler et de sanctionner la communauté de l'espèce entière, celle de tous lesétres, dans un rût divin et sans choix, signe de la génération universelle dont les imaginations affolées faisaient une religion? Les deux suppositions sont compatibles, également vraisemblables^ et se complètent l'une l'aulre en répondant à deux passions réelles de ce temps. Le caractère, dirai-je de sacrement? non moins que l'idée de rachat par un sacrifice, devient plus saillant, lorsque le ilieu lui-même, au lieu d'un passant ou d'un étranger, passe pour appelé à cueillir les prémices sexuelles. Le premier mode de ce culte appartenait au feraple de Mylitta et regardait toutes les femmes sans exception : elles y attendaient l'étranger, quelquefois avec un grand cortège exigé par leur rang, et elles le suivaient au dehors dès qu'il leur jetait une pièce d'argent en invoquant la déesse. L'autre mode était propre au sanctuaire supérieur de la tour de Babylone et concernait des femmes privilégiées qui, dès lors, croyaient se donner au dieu seul, et proba-

(1) Ed. Orellî, p. 16, et Reoau, ouvrage cité, p. 276. La traduction latine d'Orelli est inadmisible pour ce passaji;?, et la note ne vaut pas mieux.

(2) Si l'on a trop de répuguance à admettre une telle coutume comme possible ou comme réellement et géuéralemeut suivie, si Ion aime mieux croire qu'elle se réduisait à une cérémonie ^'ymbolique daiià la plupart des cas, le sens du symbole et son origine, car il en faut une, conserveront le même Qtérêl pour l'tiistoire des cultes.

blement accomplir un sacrifice et un rachat pour leur famille ou leur nation, qu'elles représentaient (1).

Nous savons que ce dernier j^enre de sacrifices existait en Egypte. Là, non plus que chez quelques peuplades kananéennes, qui adoraient des symboles divins à formes animales, il ne parait point s'être arrêté devant laconsécrationreligieusedelabestialilé.Pourtantla dégradation des moeurs dans Tanliquité eut ses foyers dans l'Asie bien plus qu'en Egypte. C'est que, en Egypte, la religion, l'adoration, le fanatisme sincère ne connurent presque pas la décadence, et le sentiment du divin, si mal placé fût-il, soutint peut-être les consciences. Ailleurs, la préoccupation de la puissance sexuelle, le mélange de l'organe viril ou féminin à la divinité, la confusion des attributs actifs et passifs dans ces sortes de symboles de la nature, troublèrent profondément des esprits moins religieux, et, passant du culte à la vie, et du concept du dieu à l'oeuvre de l'homme, mirent l'enivrement et l'orgie où devait être l'adoration, et le plaisir à la place du sacrifice : plaisir obtenu par des excitations contre nature, volupté cruelle qui emploie la force à se procurer des victimes. Tel est certainement le sens intime des mœurs des petites nations dont la propagande menaça si longtemps les Israélites en Palestine, et, par moments, les gagna. Le même esprit anima, jusque vers la fin de l'ancien monde, et les prêlres eunuques de la Grande Déesse de Phrygie, dont on connaît assez les folies orgiastiques, et tous ces sycophantes errants qui colportaient de ville en ville des cult^^s infâmes et lucratifs, sous le voile de la dévotion à Isis, à Dionysos, à Adonis ou à Mitra.

Venons aux sacrifices sanglants et à la vertu du sang répandu, selon les Sémites. Sanchoniathon a. sur ce sujet, des passages que l'étrange confusion mythologique où ils sont noyés n'empêche pas de se rapporter à l'antique sémitisme polythéiste ("i). Bornons-nous à mentionner ceux qui ont trait directement au mythe mêlé, mais surtout aryen, de la guerre des Titans. Ce sont, d'abord, la suppression impitoyable des enfants divins ou des prétendants à la divinité (Oura-

(1) Hérodote, i, 181, 182, 199. Remarquons aussi ce que ftiistorien dit de l'universalité de la prostitution ctiez le peuple à Babylone, et d'une ancienne loi dont il parie sur ouï-dire. Vraie ou fausse, cette loi n'a pu être imaginée que par des hommes qui faisaient simplement et publiquement du mariage uue vente et de la femme uue marctiaadise : les riches achetaient les belles pour le plaisir, les pauvres prenaient les laides, avec des dots payées par les riches. Hérodote trouve la chose assez bien entendue (même livre, 196).

(2) Un trait réellement antique et qui tranche singulièrement sur l'amas des puérilités barbares des cosraogouies de cet auteur phénicien (ou de son traducteur grec) est celui par lequel commence un des morceaux qu'il a mis bout à bout. Il s'y agit d' <> un certain Élion appelé le Très-Haut » qui engendre, de sa femme Bérith (Alliance), le Ciol et la Terre (p. 25).

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LES SACRIFICKS CRUELS

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nos tue ou veut tuer ses fils ; Ilos « ou Kronos » répèle Ouranos) ; puis la révolte victorieuse d'Ilos, complice de sa mère la Terre, et aidé de ses compagnons les Élohini « ou Kroniens »; enfin, la mutilation d'Ouranos, dont le sang s'écoule en sources et en fieuves. L'intention se trahit partout de ramener les fables grecques à des origines sémitiques, elle tout ensemble à l'exp'ication évhémériste.

11 serait diflicile de ne pas voir une tradition propre et sérieuse des Sémites dans un trait de la cosmogonie conservée par Bérose; c'est celui où Bel est représenté se tranctiant lui-même la tète, et les autres dieux pétrissant du limon avec le sang ver-é. et modelant des hommes, c'est-à-dire des êtres destinés à participer de li raison divine (1). L'effort cosmojïonique de ces peuples les conduisit donc, comme il conduisit de leur côté les Aryens de Tlnde, à généraliser l'idée du saciitiee et à l'appliquer à la divinité même, pour en faire le principe de production de la vie individuelle. Nous ignorons malheureusement les développements ^é^nitiques de cette idée ; nous eu ignorons l'époque, qui doit être ancienne mais ne saurait être primitive puisque la seule explication possible en est dans une doctrine, profonde, si l'on veut, mais peu naturelle, transportant do l'homme à Dieu l'acte par laquelle l'homme croit fléchir Dieu. Je cite ici le trait de Bérose, pour la Itarbarie de la forme, et comme exemple à la lois de sacrifice sanglant et de grands effets attendus du sang versé.

Une idée analogue, et sans doute oii^iinaire des mêmes contrées, quoiqu'elle se rencontre dans la Grèce antique, e<t celle de la nuitilation du dieu et de la productivité du sang de son membre coupé. Tantôt il s'y agit d'un crime divin symbolique, comme chez les Grecs, et comme dans le passage de Saichoniathon qui rappelle exactement la mythologie grecque; tantôt le récit suppose un sacrifice volontaire : El (Ilos ou Kronos) se retranche lui-môme l'organe viril et force ses compagnons à l'imiter. L'auteur place la scène dans un temps de peste et de mortalité, et ajoute que, bientôt après, El voua un culte à son fils, la Mort, qu'il avait eu de la Déesse du Changement(sous lenomgrecRhéa de cette dernière) (2). Ici, nous tenons certainement le concept des ïSémiles, car le dieu de leurs nations est appelée personnifier une de leurs coutumes essentirdles. Le but est la conjuration de la mort qui menace le peuple; le moyen est une expiation, un sacrifice; l'objet sairilié est l'organe de latiansmission de la vie, la vie même par conséquent.

Imaginons maintenant que, par une sorte de transaction comme il s'en lait avec les dieux, l'ampu talion se réduise à une circoncision :

(1) Chronique d'Eusèbe, éd. Auclier, p. 24, t. I.

(2) Fragmcut* de Sauctioniattioa. éd. Orelli, p. 34 et 36.

nous pouvons être conduits à une origine de la grande pratique nationale des Hébreux: Je dis une, parce qu'un sens plus idéal et plus élevé de cet usage sacré me semble probable (voir le chapitre précédent). Et cependant quand on voit les Hébreux de la légende de Moïse recevoir l'ordre de sacrifier à Jéhovah tous leurs premiers-nés mâles ou de les racheter par substitution, quand on voit Jéhovah rencontrer Moise dans une hôtellerie et menacer sa vie jusqu'au moment où Séphora sa femme tranche le prépuce de leur fils (1), il est naturel de croire que les Hébreux de la légende d'Abraham entendent racheter d'Élohim, par la circoncision, si ce n'est proprement les organes physiques de la génération du peuple, au moins et grâce à une sorte d'extension symbolique assez intelligible, sa conservation, la vie de ses enfants. Ce motif aura pris chez eux vraisemblablement une caractère moral tout particulier, à cause du sentiment qu'ils ont eu des vices à expier touchant cet organe, et des lois de pureté dont la circoncision se trouvait être un symbole.

Imaginons, au contraire, que le pacte de la circoncision substituée à ce sacrifice de la vie, qu'un dieu réclame impérieusement dans certaines rencontres, ne se soit point présenté aux esprits, ou du moins n'ait pas prévalu chez telle nation, chez les Phéniciens, chez les peuples de l'Asie Mineure mêlés ou gagnés au Sémitisme (qui, en effet, ne l'ont pas adoptée), Fémasculation elle-même aura pu paraître nécessaire, et, faute de pouvoir s'appliquer à toute une nation, aura réclamé des victimes choisies. Alors la castration de El et de ses compagnons nous offrira l'image et le sens de Tacte fanatique des hommes qui assumaient la fonction d'accomplir le sacrifice pour le peuple. Nous aurons ces sacerdoces d'eunuques, affectés à des cultes orientaux, longtemps avant l'époque où le monde entier connut les prêtres de Cybèle; et comme nul sentiment de moralité ne les soutient, comme leurs spéculations sur le sexe ambigu des dieux les troublent, nous devrons nous attendre de leur part aux dévotions infâmes et à toutes les extravagances.

Le même passage de Sanchoniathonoù la castration sacrée est rappariée et en quelque sorte dogmatisée, en remontant jusqu à El qui l'institue, renferme l'explication toute semblable d'un autre culte bien plus universel chez les Sémites polythéistes. En ce temps de peste, déjà mentionné, Ilos sacrifie son fils à Ouranos son père. Le fils est dit unique^ à cet endroit, quoique, partout ailleurs, nombre d'enfants soient attribués à Ilos. Le saciifice est un holocauste, c'est-à-dire que la victime est consumée par le feu. Ouranos, enfin, est un nom auquel on n'a pas à s'arrêter, ce Dieu grec, dans la compilation si

(1) Exode^ \m, 12-1^. et iv, 24--*t),

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confuse de l'auteur, étant lui-même engendré par le dieu essentiellement sémitique Élioun, avec Bérith, ou Alliance, pour mère. Un dieu livre donc son fils unique aux flammes pour apaiser la colère d'un dieu. Un double rapprochement vient à l'esprit : on pense au sacriflce légendaire d'isaac et au sacrilice symbolique de Dieu à Dieu, qui s'est placé à la racine du christianisme : deux sacrifices déjà rapprochés dans la pensée chrétienne, malgré le changement que l'histoire força d'apporter à la détermination de l'instrument du supplice dans le dernier. Incontestablement les sacrifices sémitiques d'enfants sont le fond commun, antique et réel de tout ce travail de rima},analion religieuse. Au propre et en particulier, ils demeurent le culte éminent des Sémites polythéistes. En général et au figuré, ils s'emploient à la grande épreuve de la foi d'Abraham; ils restent, chez les Hébreux, dans le symbole de 1 o lira n de et dans l'acte du rachat des premiers-nés (pour ne rien dire des traces dun autre genre). Dans Sanchoniathon, ils deviennent l'objet de l'explication évhémériste, c'est-à-dire que, admis à titre de faits, ils se présentent comme institués par un ancien dieu, qui ne serait, au vrai, selon cet auteur, qu'un homme de l'antiquité, apothéose par ses descendants. Cette exégèse puérile en suppose-t elle une autre antérieure, et profondément symbolique,cette fois? Des prêtres phéniciens ou babyloniens avaient ils construit un premier type de leurs sacrifices coutuniieis en racontant rolïrande expiatoire d'un fils de dieu à un dieu par un dieu? On peut le croire. Ce qui est certain, c'est que l'i'lée, après une longue période d'existence et de travail latents, parvint à sou plus haut degré de signification idéale dans le christianisme, oii elle emprunta à d'autres éléments une partie de sa forme.

La similitude et la continuité traditionnelle sont indubitables. Quel abîme pourtant entre l'idée, telle qu'elle apparaît dans l'antique sémitisrae païen, et l'idée considérée dans la ligne «le> conceptions d'abord juives et puis chrétiennes, même en prenant cette dt-rnieresous sa forme dogmatique la plus dure et la moins épurée. Ici, tout est dominé par la forte conviction du péché de l'homme; et c'est un dieu juste qui condamne l'humanité coupable; et c'est un dieu d amour qui se donne en sacrifice pour offrir à l'autre la « satisfaction vicaire ». Mais là, nous avons affaire à une puissance qui dévore ce qu'elle crée, et à laquelle on doit livrer une partie de ses produits pour obtenir la grâce du reste. Une sorte d'étrange symbolisme transcendant, parti de l'imagination d'un dieu jaloux de ses propres enfantements, arrive à celle d'un dieu lui-môme sacrifié, volontairement ou non, et de la vertu du sacrifice de la vie comme génératrice de la vie ! et le tout avec les représentations les plus brutales de la génération et de la destruction : l'organe viril amputé, le sang répandu du ciel sur la terre pour la

féconder I Quoi de plus étonnant et de plus instructif qu'une telle transformation morale d'une idée religieuse, et que l'adaptation d'un même symbole à l'expression de sentiments si profondément différents !

La religion des sacrifices d'enfants remonte à une très haute antiquité, sans doute. Un seul culte doit être plus ancien et dater de l'époque même de la première perversion morale chez les Sémites, perversion liée aux premiers faits de chasse, de guerre et de nourriture animale, ainsi que je l'ai indiqué ailleurs. Je veux parler de l'érection et de la consécration des stèles par le sang. Un texte de Sanchoniathon à ce sujet parait bien se rapporter à une tradition primitive, elle même confirmée apparemment par quelque pratique cultuelle, jusqu'à la fin conservée. Il s'agit encore d'Ouso, frère de Samemroum, de ces personnages fils de géants, descendus d'Age et de Premier-né, et déjà donnés comme les inventeurs de la prostitution des mères. Cet Ouso, ennemi de son frère, type du chasseur et du guerrier, et qui se vêtit !e premier de peaux de bêtes, est regardé par plusieurs mythographes comme une espèce de Mars sémitique. Sa légende doit avoir fourni quelques traits à celle de l'Ésaii biblique, ou réciproquement,et il n'est pas exact de dire pour cela que les patriarches hébreux sont des dieux anciens rabaissés à la stature historique, car on confond alors le procédé mythologique propre, en général étranger au sémitisme, avec le procédé légendaire, ou avec celui de la personnification symbolique, dont quelques données peuvent provenir de l'histoire à travers la légende.

Quoi qu'il en soit, Ouso, dans Sanchoniathon, élève et consacre deux stèles au Vent et au feu, les adore et les asperge du sang des bêtes qu'il a tuées. Ce culte primitif nous fait penser aux stèles de Jacob, sauf que nous avons ici le sang au lieu de l'huile dans les libations. Le mystère de l'éternel anthropomorphe hébreu cède la place aux grands éléments physiques de la vie et de la mort; l'honneur et la supplication empruntent leur matière au meurtre, et nous retrouvons les mêmes onctions barbares qui furent spontanément imaginées par des milliers de tribus, du Mexique au Soudan et du Soudanà la Chine. Sanchoniathon, ou son traducteur grec, toujours évhémériste, ajoute que les auteurs de ce culte payèrent leur dette à la mort, mais que les survivants leur vouèrent à eux-mêmes des stèles et des fêtes. En d'autres termes, la tradition rapportait à des dieux la fondation de cette religion sanglante et, par conséquent, la fixait à une antiquité immémoriale. C'est une racine de toutes ces pratiques d'expiation et de purification par le sang qui, sous la forme du taurobole et du criobole, par exemple, pénétrèrent en Grèce et à Rome avec le mystère de la Grande Déesse; et c'est le principe des théories encore élo-

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quenles aujourd'hui, si ce n'est tout à fait vivantes, qui ont leur importance en librairie, dans les églises et dans les salons (1).

Les sacrifices humains, et spécialement ceux qui prenaient pour victimes les êtres les plus chers à la famille durent s'introduire chez les Sémites, comme chez d'autres nations, dans les circonstances terribles où la foi aux expiations réclamait des offrandes du plus î^rand prix. Mais, plus que chez d'autres, ils s'étendirent et durèrent. La divinité qui reçut en aliment (2) ces offrandes monstrueuses était la Puissance ou les Puissances les Schédim de la Bible), sous le symbole astrolàtrique du Feu dévorant, et sous la représentation matérielle du taureau, soit que cet emblème animal eût été emprunté à l'Egypte ou à l'Assyrie, ou qu'il eût été choisi pour son double caractère de force fécondante et d'impétuosité aveugle. Ainsi, on livrait à Baalthis la Noiie, la môme qu'Astaroth en tant que Nature dévorante, des animaux vivants et des entants, brûlés dans un taureau d'airain. Le plus souvent c'est à Baal-Moloch que s'ollraieul ces sacritices. Ils étaient réels et fréquents, et imputables au fanatisme des parents eux-mêmes. On en est très assuré par les livres des Juifs (3), chez lesquels ils se répandirent avec les autres prnsfifu/ions élrantîères, pour employer l'expression des prophètes. Mais on voit par les mêmes passages que tout se réduisait dans certains cas^ et sans doute les plus communs, à une cérémonie figurative. Alors les enfamls passaient par le feu, c'est-à-dire entre deux bûchers allumés. Ainsi se préparait la transformation de l'horrible réalité en symboles modifiables et progressifs, pour l'époque où le sentiment religieux devait subordonner jusqu'à un certain point, le mobile de la terreur à d'autres mobiles.

Ces coutumes nous paraissent effroyables, et en efïet elles le sont. Cependant si nous les comparons au culte de peuplades encore plus dégradées, que nous voyons tahouer, puis assommer par surprise, en l'honneur des Dieux, les malheureux et les déshérités d'entre leurs membres, il faudra reconnaître qu'il y a eu moins de bassesse, plus de religion et plus d'avenir chez les nations qui livraient leurs propres entrailles en expiation à la divinité dévorante. L'horreur n'est pas pour cela diminuée. On peut même dire que, se liant à des dogmes tout autrement puissants, elle nous contraint de réfléchir à cet enfantement d'actes scélérats qui naissent de l'idée religieuse,

sdon le poète (1). Mais nous savons, ce que le poète ignorait, que le mal religieux est un effet du mal moral, lequel, essentiellement, est le mal humain. Nous savons que le progrès des mœurs et le mélange des peuples amènent le progrès de la religion, à travers bien des oscillations, et autant que le permet l'habitude, principe conservateur du mal comme du bien, du mal encore plus facilement que du du bien. Un culte idéalisé , transporté des hommes aux personnes divines, se retrouve après quatre mille ans dans la doctrine descendue des sources sémitiques, et qui couvre l'Europe. Mais il faut l'œil du critique pour démêler encore dans la croyance des chrétiens la tradition, le symbole et la morale des sacrifices humains.

(1) Lucrèce, I, v. 81 : Vereor ne forte rearis Impia te ratiouis inire elementa (eu embrassant te matérialisme d"Epicure) viamque Indogredi sceleria: qaod contra ^œpius illa Relliuic» peperit scelerosa atqua impia facta. Aulide, etc.

(1) De Maistre, Soirées de Saint-Pétersltourg, et toute l'école qui voudrait supplier Dieu par les supplices.

(2) Ezéchiel, xvi, 20.

(3) Psaume cvi ; Rois, ii, 16; Lévitigue, xvni, 21, et xx, 2 ; Jérémie, vu ; 31 et xxxir, 35 ; Èzéchiel, xvi, 19-38.

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