RÉCAPITULATION. LES DIEUX
toutes les parties du monde, la volonté, la personnalité par conséquent, a constitué pour doctrine un vaste anthropomorphisme moral. Ames humaines survivantes, ancêtres honorés, sacrifices à tous les ordres d'Esprits (sacrifices de reconnaissance et de partage avec eux, sans aucune idée d'expiation au moins développée), affectation de symboles ingénieux et variés, dans le culte, aux devoirs de l'homme et aux lois ou faits primordiaux de la nature, ce sont autant démodes d'expression du transport ainsi fait des conditions de l'intelligence à l'univers. La part négative de cette doctrine est immense. Les croyances immortalistes restent obscures, ou plutôt le deviennent. La mythologie ne se produit pas, ou se produit péniblement, et ne prend que peu d'empire. A sa place, domine, dans la direction générale de la pensée, une symbolique originale et des plus étendues, portant sur les notions morales, essentiellement, et base de l'écriture et de toute élaboration intellectuelle. Enfin la divination tient une place considérable dans ce système religieux. Elle ne s'y montre pas avec d'autres éléments psychologiques, ni un moindre cortège d'illusions, qu'elle ne fait chez des races beaucoup moins sages; mais le travail auquel elle donne lieu, les efforts de classement et de systématisation savante de ses procédés, rendent au moins témoignage de la solidité relative de l'esprit qui s'y applique et de l'importance que l'idée de loi et de règlement conserve pour lui, jusque dans le domaine de la
fantaisie et du hasard.
Telle est l'antiquité chinoise. La prédominance de l'idée morale, employée pour ainsi dire à informer toutes les autres, explique assez comment l'imagination et la foi religieuses s'y montrent vagues, ou même nulles sur des points essentiels ailleurs. La réflexion ne pouvait qu'ajouter à cette propriété native. C'est la raison pour laquelle les Chinois, représentés par la classe lettrée, tout eu conservant fidèlement leur religion traditionnelle, passèrent à bon droit, bien souvent, pour ne reconnaître ni dieux ni âmes, et aussi, mais à tort, pour n'en avoir jamais reconnu. Une sorte d'athéisme a ete pour cette classe la conséquence naturelle de la faiblesse de la spéculation transcendante, jointe à l'énergie de l'idée foncièrement humame du devoir. Les superstitions plutôt qu'une grande religion bien fixée, régnèrent sur le peuple avant et après l'introduction du bouddhisme
dans le pays. . ...
L'antiquité égyptienne nous apporte au contraire une religion aussi objective que possible : des dieux matériels et générateurs, alors même que la pensée s'épuise et se confond à vouloir comprendre en eux la génération par soi; des dieux qui se métamorphosent et s'incarnent; des Dieux hommes et rois, des dieux animaux, des dieux juges et sauveurs; des dynasties divines dont les
RÉCAPITULATION. LFS DIKUX
RÉCAPITULATION. l'eSPRIT MYTHOLOGIQUE
membres syml)olisent tles iurces el des idées, cl ne laissent pas d'être pleinement anthropomorphes; des Ames on ne peut plus séparées et concrétées, voyageant dans l'espice et de corps en corps; des épreuves, des ju<,'emenls, des résurrections ; des luttes cosmiques entre le bien et le mal, la lumièie et les ténèbres; des sacrifices \olonlaires, et étendus jusqu'à la divinité; des cérémonies expiatoires; des corps sacerdotaux et une diététique savante; enfin, l'adoration des dieux, et surtout de ceux du feu et de la lumière, et de ceux que leur bonté j/orte à s'incarner sur la terre, adoration ardente et dont nul autre peuple n'a approché. Cette relii,noii est <.ri«rinale. Elle a des caractères dislinctifs dont il est, le plus souvent encore, impossible d'assigner l'origine, quoiqu'on ne doive pas ks supposer tous établis sans gradation et sans variations. Mais une antiquité médiocre, en %ypte, surpasse de bien des siècles l'anticiuilé la plus élevée des autres nations.
Si la Ton cherche ailleurs dans le monde b's i.lées religieuses et les grandes coutumes de l'I^^gyple, ou bien on ne les retrouve en aucun autre lieu, ou, comme pour la ddctrine des tiansmigraticus, et pour celle des émanations divines on les voit résulter, plus tardivement, de l'élaboration propre d un. > autr.- race, de génie <l'lfèrent, et se rattacher à un autre système. Et si, posant à priori ce faux principe, qu? toutes les races ont dû partir des mêmes points de l'entendement, obéir aux mêmes t<'ndinces et suivre les mêmes voie primitives, on veut, par exemple, expliquer les origines religieuses de la Chine et de l'Egypte par le développement de IVspril mythologique, ainsi (pion explique maintenant celb's des nations indo-européenres, on se trouve hors d'état de rendre compte «le propriétés ayant valeur de «aractères, et qui se seraient introduites dans des religions premièrement seml)lables. Il faudrait pouvoir indiquer le commencement de chaque divergence; mais, loin de là, plus l'étude approfondit les cioyances. et permet de remonter haut dans la série des âges, plus (m voit se maniuerà certains égards Toriginalité de chaque grande nation; plus aussi les communications entre les anciens peuples deviennent douteuses, en dehors de celles qu'on peut rigoureusement prouver. L'ancien pontaux-ânes delà philosophie de l'histoire, qui conduisait les écoliers de l'Inde à l'Egypte, de l'Egypte à la Grèce, de la Grèce à Rome, entraine dans sa ruine tous les systèmes fondés sur l'hypothèse d'une évolution unique de l'esprit humain.
L'esprit mythologique, dont l'application franche, résolue et longtemps persévérante caractérise les diverses branches de la famille aryenne, ou indo-européenne, neconsist»- pas proprement dans l'ai)titude à créer des symboles. Cette aptitude cemmune à tous les hom-
mes, et qui reste pour eux d'un si grand usage dans toutes les fonctions intellectuelles, au service desquelles l'imagination la met, a été et a du être surtout développée chez les races antiques les moins capables de généralisation formelle et d'abstraction. Le symbole, c'est-à-dire l'afTectation d'un objet sensible et matériel à la signification et à l'expression d'une idée morale ou rationnelle, a servi à constituer le langage, puis l'écriture, et à formuler des concepts portant sur l'homme et sur l'univers, à poser des objets en réalité asbtraits et généraux de la pensée, en même temps que de croyance et de culte, et, de cette manière, à aborder des notions obscures et complexes sans franchir ouvertement la sphère de l'imagination. La Chine et l'Egypte ont trouvé dans le symbolisme ainsi pratiqué, bien que très diversement, un puissant moyen de manifestation de l'esprit spéculatif et de la religion.
Ce n'est pas assez non plus, pour produire ce que j'appelle strictement la mythologie, d'attacher au symbole l'idée d'une existence personnelle. Cette illusion, les Égyptiens se la sont faite à l'égard d'un certain nombre de concepts (non pas précisément les Chinois, qui plaçaient leur anthropomorphisme dans la fiction des Espynts). Les Sémites polythéistes ont évidemment suivi la même pente. C'est ainsi que la vertu génératrice mâle et femelle, la fécondation, la construction, les actions et les influences, la puissance en général, ou sous tels et têts attributs, et beaucoup dénotions de tout ordre ont pu avoir leurs symboles, et en même temps se présenter à l'imagination, tantôtcommeréaliséesdanscertainsgrandsêtresnaturels,tantôt, sicela ne se pouvait point ou ne semblait pas suffire, dans certaines personnes supérieures invisibles. De là doivent naître des productions mythiques assez semblables à celles des Aryens, lorsqu'il arrive qu'un symbole se lie à d'autres, et que les rapports entre les idées, entre les êtres divins qui correspondent aux idées, prennent cette forme symbolique particulière et complexe qui consiste en ce qu'une série de faits physiques est posée parallèlement à une série de faits moraux et à des aventures de personnes. Toutefois je ne saurais confondre ces mythes partiels avec le plein développement si constant et si suivi de l'esprit indo-européen dans la personnification universelle des phénomènes.
Il est très certain que l'écriture a eu par rapport au langage, en Chine, en Egypte, chez les Chaldéens, je n'ose dire une primauté naturelle, mais au moins une supériorité manifeste et prolongée, en tout ce qui est de culture intellectuelle et morale. L'écriture primitive est éminemment le symbolisme, et les symboles qui s'y emploient pouvant se prendre directement dans la nature, les rapports exprimés ne s'entendent pas immédiatement et nécessairement comme des
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RÉCAPITULATION. l'eSI'RiT MYTHOLOGIQUE
rapports de personnes entre elles. Il n'en est pas de môme du langage appliqué par des peuples très vifs et très intelligents à la représentation de tout ce qu'ils découvrent et croient comprendre dans le monde, et lorsque l'enchaînement qu'ils établissent entre les parties de la parole ne se borne pas à la juxtaposition presque toute simple des mots à lier par la pensée, mais consiste à prêter à un ou à plusieurs de ceux-ci, constamment, dans chaque phrase, îles rôles anthropomorphiques, et appelle les autres à signifier des qualités, des actions et des relations de ces personnages.
La force de l'habitude, une sorte de distraction, la substitution mentale de nos abstractions liabituelles aux objets véritablement exprimés par nous dans le discours, nous empêchent d'observer combien ce mode de parler est mythologique. Il est la mythologie même, à le considérer strictement. Entre tous les peuples, les Aryens sont sans conteste (et plus éminemment encore dans l'antiquité) ceux qui ont apporté le plus de logique, d'énergie et de richesse à constituer le langage dans cette forme. L'esprit mythologique n'a donc été chez eux que la foi spontanée en la parole, en !a grammaire comme ils la construisaient. Tout phénomène naturel observé et introduit dans la parole, toute idée plus ou moins générale et susceptible d'expression a pu ainsi devenir une personne; les rapports entre les phénomènes, entre les idées, ont été énoncés, décrits comme des rapports entre les personnes, c'est-à-dire comme des faits de la vie humaine, des aventures. De là, ce qu'il serait bon de se restreindre à nommer des mythes; et de là l'extension immense, on pourrait aussi bien dire l'universalité de ce genre de compositions, chez les races qui en ont eu vraiment le génie. Les caractères de généralité, de nécessité, de puissance, de grandeur, de beauté, sans exclure les attributs d'intelligence et entin de moralité qui pouvaient s'y joindre, expliquent et déterminent l'idée du divin attachée aux personnages mythiques, tant de la nature que de la pensée. Toutefois la généralité du concept suffit, et presque toute idée personnifiée par le langage est un dieu possible. Les universaux réalisés se sont toujours prêtés à devenir des dieux. Les plus intérejsants, les plus élevés des concepts ou des phénomènes envisagés mythiquement ont formé les dieux les plus communs et les plus durables, mais la mythologie aryenne montre (ju'il n'a pas plus existé de limites à la méthode de divinisation qu'à la fantaisie. Tout ce qui n'était pas absolument particulier, individuel, tout ce qui, par suite, intéressait tant soit peu constamment la vie et les passions, soit en bien, soit en mal, a pris au besoin la forme divine en se personnifiant. Seulement, les races se sont distinguées les unes des autres par leurs tendances à multiplier de préférence ou les concepts naturalistes ou les concepts
KÉCAFiruLjvrio.v. l'esprit mythologique
moraux de la divinité; plus encore, postérieurement, par la nature et l'importance morale des types qu'elles ont maintenus et adorés, au milieu de la désuétude et de l'oubli où tombaient la plupart de leurs anciennes créations.
Ces concepts primitifs qui s'érigeaient en personneset en dieux, et qui alliaient une sorte d'existence psychique propre avec l'identification soit aux phénomènes de la nature, soit aux notions de l'entendement, subirent deux sortes de tran.sformations, l'une religieuse et l'autre philosophique. C'est dans celle-ci qu'ils s'altérèrent le moins. La philosophie réaliste, la doctrine des universaux, des entités, commencée bien avant Platon et encore si fortement représentée de nos jours, est un produit aussi aryen que la mythologie. Elle est née du même esprit, qu'elle a continué sous un mode en apparence rationnel. On peut donner raison à demi sur ce point au système positiviste de la philosophie de l'histoire, qui nous montre l'esprit humain passant de la phase théologique à la phase métaphysique. Seulement, ce passage veut être expliqué, défini et mis à sa place, au lieu de s'énoncer en termes vagues, absolus, comme une loi de l'humanité tout entière et portant sur quelque théologie que ce soit. D'autres théologies sont venues, n'ont pas cédé la place à la métaphysique, et n'ont pas disparu. La métaphysique dont il est question est d'ailleurs aussi ancienne pour les indo-Européens que l'est la première tentative qu'ils ont faite pour organiser leurs concepts. Elle n'exigeait pas l'abandon de leur théologie; elle pouvait même la confirmer; et encore maintenant la plupart de nos philosophes devraient montrer plus d'ouverture d'esprit à l'endroit de la méthode mythologique. Il est bien certain que les modernes qui accordent à des universaux, tels que l'Idée, ou la Volonté ou la Force, ou aux forces générales de la nature, ou aux lois du monde, une existence réelle, à part de la conscience et des êtres définis, de leurs propriétés et rapports constituants, de leurs actions et représentations, n'ont rien à reprocher aux hommes primitifs de la race au dire de laquelle La Lumière ou tel autre fait général était une substance séparée, appelée divine, appelée Dieu. Mais ces hommes ne cherchaient pas le réel hors d'une essence personnelle supposée, ni même, tout d'abord, cette essence hors du phénomène où elle apparaît. Sans doute, ils avaient encore peu réfléchi. De combien sont-ils plus avancés, ceux qui maintenant réfléchissent beaucoup , et n'arrivent qu'à énoncer {/latii vocis) des réalités à part tout à la fois des personnes et des choses, sans qu'ils en aient dans la pensée d'autres types possibles que les choses ou les personnes?
La transformation religieuse de l'esprit fut plus profonde, et aboutit à rendre la mythologie en quelque sorte étrangère aux descen-
580 HKCAPITULAT.ON. LES PROC^.K^ AUTH.S QUE MVTH0LO.1..ES
H«nts des auteurs de ses innombrables créations. Il est vrai que le peudants des duieui^u ^la^ses dont l'une, qui comptait
nlp allait alors se divisant en deux classes uuiu ' ^ . , ^ u
pleaiiaiid.oib „^„viit continuer de vaquer obscurément a la
trcë e la réalUé, qu'on éprouvait le besoin de '^^'"^^^^^ adressa uux éléments, ou aux grandes quahtes phys.que^ou aux dee. ..énérales, constituées en des sortes dV,,-.-., ,1e ,«,«.« LUe reprouva lanrro^morphisme : ainsi vouée à ladivin.sation des phénomènes e. lerio s^ la nature, à l'exclusion de la personnal.té, elle eu. nece satn ent pour fm i: panthéisme. Au contraire, la rehg.on ms sU !!' Tllé anthropomorphique des concepts prim.l.fs, elo.gna autant Te ofsfble du" in derdieux la lor.ne des phénomènes dont on ne esa t p d'abord .éparés, et mit de préférence la --te en relief Ces. ainsi que des systèmes dOlympes se formèrent de tous .•r.t»is chez les nations d'origine aryenne.
Il "i de cette évolution, les dieux habitants des Olympes conseitent dans leur ressort, à titre de pouvoirs spéciaux ou comme leurs sphère de gouvernement, les phénomènes, qui se distinguent désor- Lt de leu'r nature. Les idées de production, de V^^^^^^ tection nationale ou locale, de règnes pour ainsi dire -V^M^^^^^ des portions de la nature ou de la vie humame se ^^velopp nt. D ut e dieux, ce sont les plus nombreux, dont les P-F>f ^^J^^^^^^^ qu'une signification faible, obscure ou peu sérieuse, sont subalter nLs et tendent à disparaître. Souvent leur mémoire est un scandale 2r les espl qui cherchent dans les mythesautie chose que ce que Tan iquité y déposa. En même temps un dieu personnel et pâte ne obtient la primauté, et le monothéisme serait près de se produite, s les Présentants divins des grands intérêts et des grandes passions ne maintenaient fortement leur place dans les cultes. Mais en même Tn^dlutres chemins vont s'ouvrira la spéculation, le symbolisme TZéé plus durable, prendra la place de la mythologie finissante , rri^opomorphisme revêtira plus volontiers la forme d^ apothéoses, e panthéisme s'offrira comme le mot de l'univers à la plupart des penseurs religieux, non toutefois sans un effort pour concilier une Tencecosm^ue infinie avec les attributs de l'humanité, de a personnalité. Les races aryennes différeront du moins en religion de plusieurs de celles qui ont eu un point de départ différent d elles.
Il existe une exception considérable au caractère mythologique assigné à ia famille indo-européenne. En effet, la branche aryo-per- .anlsest donnée, et cela dès la haute antiquité ceilainement, une
RKCAPITULATIOM. LES PROCÉnÉS AUTRES QUE MYTlIoT.or.lQnES r)S|
religion différente de toutes les autres, et que j'aborderai dans la partie suivante de mes études. Le mythe franc et naturel, celui qu'on peut étudier dans le Rigvêda et que l'on reconnaît chez les Grecs, chez les Italiens, chez les Germains, etc., ne se retrouve plus que modifié et absorbé, dans le mazdéisme. L'esprit anthropomorphique y prend cette forme spiritiste, origine bien connue de la doctrine des an-es. La personnalité, la création et la providence divine y viennent a.r premier plan. L'ensemble de cette religion est un monothéisme, quoique peu sévère, et distinct de celui des Hébreux par la place qu'y occupe, quoique subordonné en son origine, et subordonné encore quant à la fin promise des choses, où il doit être anéanti, le principe personnifié du mal, dont les créations ont souillé l'œuvre du dieu bon. Ce monothéisme, et ce profond dualisme accessoire, et le cara.tère pieux et moral des préceptes et du culte de l'ancien mazdéisme, tel qu'il se présente dans VA>mta, suffisent à nous peindre une religion tout à fait originale, dont l'esprit ne montre rien de dérivé et d'emprunté. Les mythes et légendes que l'Iranien tient de l'Aryen comme un héritage de famille, et qu'il transforme, n'accusent que mieux une différence, qui d'ailleurs éclate en ce que les dévas deviennent les suppôts de l'Espritdu mal. Si, d'un autre côté, le procède animiste de représentation des phénomènes naturels et des pouvoirs célestes ou infernaux est une antique transmission des Touraniens de Médie à la famille iranienne de la haute Asie. - ainsi que cela est vrai^îemblable et conforme aux traditions, quoique la critique historique et les monuments nous laissent encore dans l'incertitude sur la personne et l'âge de Zoroastre - il faut convenir que la révolution morale opérée par le mazdéisme dans la religion et les superstitions animistes qui nous sont révélés aujourdhui par les « hymnes magiques » de l'ancienne Chaldée est encore plus importante que celle qui fit trancher si profondément l'inspiration de i'Avestn sur les adorations confuses du mr/in'da et ses tendances panthéistes.
Les découvertes dues au déchiffrement des écritures cunéifonHAs ont valu trois acquisitions très importantes à Ihistoire critique dos religions et, par suite, à la philosophie de l'histoire : I" la connaissance d'une religion tout animiste, dans la haule antiquité chaldeenne, religion qui futcelled'une branche de la vaste famille des Touraniens, analogue en ses modes de conceptions à celle des peuples spiritistes, et engénéraÀ étrangèro au caractère moral de l'animisme des Chinois- 2" la source première des superstitions de la magie et de la sorcellerie, qui passèrent de la Chaldée dans les religions assyrio-babyloniennes, s'y allièrent à l'astrologie, et de là se répandirent dans le monde occidental; :V' la s(dution d'un problème auparavant très ob^^cur. la distinction entre les vrais mayps, les mages chaldéens, ef
582 RÉCAPITULATION. LF< PnOCKDÉS AUTRES QUE MYTUOlOr.IQrES
le sacerdoce zoroastrien, si différent de l'autre par son origine et par ses doctrines, qui n'entra que par la conquête persane à Babylone,où il se corrompit, et que les historiens fjrecs ne connurent qu'avec la confusion de la doctrine de Zoroasire et des superstitions chal-
daïques.
La religion mazdéenne, quoi qu'on puisse penser des points par lesquels ses origines touchent à la religion védique et à la religion des Touraniens de Mêdieet de Chaldée, auxquelles elle devint également hostile, se caractérisa dans l'anliquité de manière à laisser peu d'importance aux traces conservées des influences qu'elle avait subies
à son berceau.
La mythologie, comme je l'ai définie, reste donc le caractère des races aryennes, exception faite de la famille iranienne, et en tant que demeurées fidèles à leurs premiers errements. Au surplus, parler de caractère, ce n'est point exclure, en semblable sujet, toute participation à d'autres propriétés mentales qui, elles aussi, doivent s'appeler caractéristiques, chez les races où elles dominent, et où pourtant elles ne sont pas non plus rigoureusement exclusives. C'est presque une condition nécessaire de l'esprit appliqué à la connaissance des choses, c'en est une surtout de l'histoire, dès qu'elle prétend énoncer des vérités générales, que de paraître, pour peu qu'elle en affirme de telles, dépasser la mesure de Taflirmation légitime. Aussi le lecteur intelligent qui n'a point affaire à un arrangeur de systèmes, à un ami des synthèses forcées et des propositions absolues, doit savoir que ce qu'on lui donne comme universei en vertu de l'analyse historique n'est rien de plus que cet ordinaire, ou cet à peu près juste et à peu près constant, que le génie d'Aristote avait reconnu seul applicable à l'ordre des phénomènes contingenis. Ce n'en est pas moins une loi, souvent des plus intéressantes. En disant que les Grecs et d'autres Aryens ont abordé le champ de l'imagination religieuse par les mythes proprement dits, lesquels diflèrent des simples symboles et des légendes, il ne faut entendre ni que le symbolisme a d'abord été, ni surtout qu'il est resté étranger à ces hommes, ni qu'on ne saurait découvrir dans leurs dieux ou Héros le moindre élément légendaire, avec fondement réel dans les faits. De même, si les Chinois ont expliqué la vie, le mouvement et l'ordre par un certain spiritisme, nous ne devons pas croire que des écoles plus ou moins puissantes chez eux n'ont point essayé d'autres directions, qui les rapprochaient des nations mythologisantes. L'Egypte, à son tour, a développé en mythes les plus populaires de ses symboles divins, ce qui n'empêche pas qu'elle n'ait voulu parfois les matérialiser violemment, et que le symbolisme ne soit resté la forme dominante de ses conceptions, et il serait téméraire d'assurer que la légende n'y est