‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 235 sur 253 · RKCAPITULATION. LES RACES NOBLES · texte numérisé non relu

RKCAPITULATION. LES RACES NOBLES

qui tient lieu au sauvage d'inslitutions et de lois : c'est par ses vices et non par ses mérites qu'il échappe à celte forte réglementation de l'injustice dont les grandes sociétés ont eu le secret. Au contraire, si nous regardons aux races nobles, que voyons-nous? Les Chinois n'ont pas connu les castes, à peine l'esclavrigc, en tout temps, et non point avant la dynastie des Tchéou. Chez les Égyptiens, l'agriculture et l'industrie furent exercées dans la haute antiquité par des hommes libres (j'entends socialement libres, non politiquement), et de même dans la suite de leur histoire. Les castes de cette nation répondaient à une organisation du travail, et n'établissaient point de distinction de sang ni de religion. Dans l'Inde, où elles prirent un tout autre caractère, elles n'appartenaient point aux origines aryennes; et l'esclavage même, si fortement en saillie dans les Lois de Manon, on n'»'n observe que des traces dans les hymnes du Rifjvt'da, tandis que l'idéal patriarcal est celui qui ressort des plus anciennes de ces poésies. La branche aryo -persane par laquelle il nous est permis aussi remonter le cours des âges, grâce aux Écrilur*'s inazdéennes. n'a eu rien de semblable à des castes, anciennement; mais les quatre classes que mentionne VAvesta y sont réputées également saintes et aimées dOrmuzd (1). Enlin tout le monde sait que les hommes libres des races antiques les plus (ounues, les Grecs et les Romains, étaient loin de mé{>riser le travail, et comliien l'esclavage domestique diflér lit, dans les premiers temps de ^hi^toire, de cette vaste inslitution de servitude que <léveloppèrent les grandes guerres, les conquêtes, la piraterie, le commerce, peut-èlre au^si la contagion des empires asiatiques, et dans laquelle vint à la fin s'abîmer la société.

Kn général, on peut attribuer pour caractères sociaux primitifs aux races nobles de l'antiquité, les traits sous lesquels on a coutume de se peindre l'état patriarcal. Ce sont : 1" l'autorité spontanément reconnue, avec le mode d'exercice que peut en comporter une famille nombreuse, unie, morigénée; 2" la monogamie, en principe, et par conséquent le respect de la conjugalité et de la maternité ; 3" la domesticité en quelque sorte naturelle, comme relation unique entre le père de famille, propriétaire, et tous ceux qui, dépourvus eux mêmes de biens ou d'instruments de travail, donnent leurs services et ceux de leuis enfants en échange de la protection el des moyens de vivie. Il ne faut que peu de réllexion pour reconnaître combien cet état social élémentaire diilère de celui des races dégradées, quoiqu'il n'en faille aussi que très peu pour comprendre combien le passage est facile du régime patriarcal à la barbarie, lorsque la domesticité de-

(1) Yditin. XIX, 44-49. — Ces quatre classes : juvtrt'S, guerriers, cultivateurs, artisans, reçoivent uu ïeui et rnènie précepte de <■ pureté dana les pensée», les paroles et les actions. »

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vient esclavage, que le concubinal plus ou moins étendu corrompt la monogamie, que l'injustice paternelle et le« rivalités des frères engendrent les guerres domestiques, celles des familles entre elles, et que l'autorité se transforme en tyrannie pour répondre à deux besoms nouveaux: le maintien de la servitude au dedans, l'unité d action vis-à-vis du dehors et pour la guerre. Les races nobles échappèrent aux suites les plus funestes de cette décadence de l'état patriarcal en uanlant leurs pensées plus pures que leurs mœurs, en dirigeant leur activité intellectuelle et morale vers l'établissement d'institutions qui étaient à beaucoup d'égards des produits tout nouveaux de la pensée humaine et de la rélïexion, et surtout peut-être parce que la religion ne fut pas de leur part un elVort pour idéaliser le mal, mais quelles en fixèrent les principales données dans une sphère plus noble et plus élevée que leur expérience. L'idée religieuse, quoique fonction de la moralité même au commencement, acquit rapidement 1 indépendance et la primauté à l'égard de l'idée morale, et le plus souvent celle-ci ne se conserva, à travers de sombres épreuves, que sous a forme et avec le seul appui des croyances et des coutumes qu elle avait d'abord inspirées.

Quand on remonte aux temps primitifs, les créations sociales et politiques dont la portée doit être si grande pour le progrès ou pour la conservation des races n'existent encore qu'en puissance et, poiuainsi dire, sous le voile des aptitudes variées et des mentes; le développement de la raison est faible ou empêché; l'esprit qui dmge l'expérience et fonde les sciences se borne longtemps à quelques observ-ations, à la découverte de procédés dans les travaux utiles; 1 écriture est nulle ou dans l'enfance. La religion est alors ce qui seul rous permet do nous faire quelque idée de la nature acquise et des qualités caractéristiques de chaque grande race au niomen lepus ancien où il soit possible de l'aborder. La religion est d ailleurs l'expression la plus profonde en même temps que la plus sensible et la plus persistante de la pensée qui l'engendre. G est un mode essentiel sous lequel la conscience, posant son rapport avec le monde, donne sa mesure dans l'acte même où elle le conçoit. La curiosité la tendance à croire, à supposer, à se représenter ce qu on ne sait point, prennent là une part naturelle, longtemps avan que ne viennent les doctrines proprement dites, les explications les hypothèses, les démonstrations prétendues. Mais il y a un besoin qui domine tout, celui <le généraliser le bien et le mal, de «es envisager dans l'univers afin d. les poser en accord ou en -"''^«■P^^^l^^f ^^'^^ et du mal qui affectent l'homme, et de trouver ai nsi, tantôt la condamnation; tantôt et plus souvent la justification des errements

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HKCAPlTirLATION. CARACTÉRtSTIQUE REUCTF.USE DES RACES

humains, dans un appel à l'antoiité de* fails et dfs •dres d'onin» universel et irrésistible.

Il y a quatre parties principales à considérer dans les relijïions. La première concerne !es idées de divinité, sujjgérées par l'application des notions de qualité, de cause et de lin, de personnalité par conséquent, aux phénomènes cosmiques mis en rapport avec les intérêts de l'homme. La seconde porte sur le concept d'âme, et les mêmes notions s'emploient à constituer un support permanent pour chaque î»roupe de inanifeslalions humaines individuelles, et, par suite, à rendre possible une destinée ultérieure. La troisième est relative à la prière, au culte, au devoir envers les Dieux, aux moyens d'établir avec eux des rapports favorables, ou de les réiablir quand ils paraissent troublés. Dans les religions primilives, un mode essentiel du culte est partout le sacrifice. Il s'y joint certaines défenses et certaines prescriptions de diététique dont les sources particulières sont quelquefois difficiles à déterminer, mais que. d'une manière j^énérale, on peut regarder comme des règles d'hygiène élémentaire (de décence et de propreté) dont Tobservalion sépire les races nobles des races dégradées. Knfin, la qualrième pai tie comprend les visions, les prestiges, la divination surtout, qui se tonde sur l'existence présumée de signes externes ou internes des événements futurs, et se vérifie illusoirement par un double travail de l'imagination, tantAt interprétant les faits acquis et leurs signes, de manière à confirmer a posler/ori ceux-ci par ceux-là, tantôt usant des pratiques reçues pour ronsultfv ie sorf^ ou pour causer ce trouble de l'esprit dans l'acte divinatoire, qui substitue une prévision naturelle, imparfaitement consciente, à l'oeuvre du hasard.

Pour les races dégradées, tous les éléments de l'idée religieuse participent également de l'incohérence et du défaut d'ordre et de fixité, qui sont un caractère de leurs mo urs et de leur direction de conscience en toutes choses. Il n'est peut-être pas un seul point de croyance où d'autres races se soient établies et dont on ne puisse observer chez celles-là une ouverture, une ébauche quelconque. Les dieux des basses tribus disséminées dans le monde etitier nous offrent des esquisses de tous les genres de détermination. Ce sont des esprits (Mi des génies animateurs; ce sont des objets, des phénomènes personniliés, ou des volontés cachées sous ces phénomènes, des qualités et des causes; ce sont aussi des synil>oles; enfin le mythe et la légende s'accusent dans les piocédés, quoique élémentaires et mal suivis, qui servent quelquefois à raconter l'histoire tIe ces êtres. Lt>rsqu'un dieu arrive à représenter une idée tant soit [leu stable et tbrte, c'est presque toujours celui <|ui résume et personnifie les passions de la guerre. Un vint, il est vr;u, uursoitede ivlleximi s"appli(juei' d.ins

HÉGAIMTULATION. CARASTÉRlSTIQUK RKLIGIKUSK DKS RACIÎS

quelques lieux à couiposer de grossières cosraogonies, si tant est qu'on fasse fonds sur les traditions orales que la fa.ble critique des voya-eurs a acceptées (1). Mais tout cela est visiblement Holtant, conduitVi- Ja fantaisie et le caprice. Loin que l'esprit se soutienne dans les notions de cause ou de substance généralisées, il descend a peu près partout jusqu'au fétichisme, et souvent y demeure tout a lait donoé J'ai restreint ce nom de fétichisme, en le définissant, au pluslnfime et au plus inconsistant des modes d'adoration, celui qui s'attache aux objets les moins propres à porter un idéal, suppose des intentions et des volontés sous des agrégats physiques, même arbitrairement constitués, puis les consulte en se livrant aveuglement a la crainte ou à l'espérance, leur fait des offrandes et des sacrifices, et les prend pour matière de ces superstitions et de ces pratiques d enchantements et de sorcellerie qui marquent le dernier degré de la décadence morale et de l'abdication de la raison.

La notion des âmes se présente avec le même abaissement et la même inconsistance. A peu près nulle souvent, ou insensible, reduife à la superstition des esprits errants et malfaisants, si elle tend à s'affirmer plus nettement par la croyance à des métem psychoses, c'est sans loi et surtout sans justice; si elle conclut à une vie future, c'est pour en faire un privilège, une suite des supériorités déjà dues dans celle-ci au hasard ou à la force. Les sacrifices sont la partie de ces religions où se peint le mieux l'atrocité des coutumes; a divination et tous les cas dépendants du vertige intellectuel, celle «ui rend le plus sensibles la faiblesse et le dérèglement de l entendement, par la niaiserie, la grossièreté ou l'arbitraire des pratiques. Fnfin les interdictions religieuses {\e tabou) mettent en évidence un oenre d'injustice et de barbarie visiblement acquis, en ce que des défenses et des préceptes qui ne peuvent d'abord avoir eu d autre bu auederé-lerlavie et les mœurs, non seulement se subordonnent au caprice et varient avec les passions, mais encore deviennent de simples moyens de privilège pour l'homme et pour le chef, d oppression pour le peuple et pour la femme. Entre tous ces produi s corrompus de l'idée religieuse, le plus sérieux est le sacrifice : c est le seul qui se développe quelquefois vigoureusement, et alors pour ne ^arrêter qu'à l'extrémité de la perversion morale et de l horreur. Le sacrifice, à son premier degré, est le tribut d'une reconnaissance

m%/»,</ /»r(.6/. Quelle saranlie peut offrir une pièce semblable dont la date :;Z:Uque ::rtlu,eut p...t.rieur. à nutroduetiou de, .aflueoce, euro-

péenues daus cette iM

KECAPlTliLAllON. LES DIEUX

banale payé au dieu ou fétiche, distributeurs des biens et des maux ; puis on s'y proitose de donner galisfaction à la colère ou à la jalousie supposée de cet èlre, en s'imposant une privation ou un mal réel qui préviendront de plus <;rands malheurs. Alors on commence à verser le sang. Ou choisit, [>our expier, des victimes, et des victimes humaines, quelquefois précieuses; mais le plus souvent les faibles et les malheureux sont dévoués au salut des puissants et du peuple. Les vaincus et les prisonniers sont des victimes naturelles. Ceux qui les sacrifient les partagent avec le fétiche, et cherchent dans l'anthropophaifie un moyen d'exalter leur force physique en s'assimilant la substance de l'ennemi.

Tous ces traits de religion caractérisent bien celles des familles humaines qui possèdent le moindre pouvoir de réflexion et de raison, les notions les plus affaiblies de l'ordre et des lois, et sont les plus esclaves des passions, les plus abandonnées au mal, les plus destituées de vertus. Comme un tel état se compose, non de simples drfauts, mais de vices, acquis de leur nature, enracinés par l'habitude, inexplicables en tant que donaées premières et normales de l'intellect et de la moralilé dans l'homme el premiers termes de son développement vers le bien, j'ai dû y voir le produit d'une dégradation analogue à celle dont l'individu considéré séparément est aussi le théâtre. Au contraire, quand nous (lasson ; du spectacle de ces races avilies et misérables à celui que nous olfient les laces principales qu'on peut appeler nobles, nous sommes immédiatement frappés de la constance et de la sagesse relatives de leurs vues sur la nature et sur la vie. Nous leur reconnaissons des directions propres, en général bien soutenues, une application sérieuse, et disons même pieuse à leurs œuvres, et, en un mot, ce qui manque radicalement aux autres, des principes.

Pour les Chinois, le pivot des conceptions a toujours résidé dans cette esï>èce de représentations idéales, comprenant la divinité et les âmes, expliquant le mouvement et la vie des corps, les lois du changement el l'existence personnelle, et qu'on a coutume de nommer des Esprits. A cela s'est joint, conmie un pôle de la moralité, la notion de l'ordre dans le monde, opposée à la désbannonie qui naît des déviations individuelles, et spécialement humaines, à l'égard de la loi générale du bien. L'unité supérieure decetordie s'est formulée, sans se trop déterminer, sous le nom de Ciel et de Seigneur. Aucun dualisme formel ne s'est déclaré, entre un bon et un mauvais principe. La bienveillance, l'accord, le concert entre les existences diverses ont été posés simplement en face de la volonté, appelée chez l'homme à les reconnaître, et libre de s'y soustraire. Étendue à

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