‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 24 sur 253 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Doctrines philosophiques sur i'essence du mal dans 1 humanité.

La discussion précédente avait pour bot de préparer mon sujet. Elle portait sur deux documents, l'un populaire et piimilif, l'autie rationnel et moderne, quoiqu'il n'ait pas dédaigné de se latlacheiau premier. Je serai plus bref en indiquant les autres doctrines qui ont eu cours sur l'origine ou sur l'essence du mal nujial. Toutes ces considérations appartiennent à rhihloiredes idées, et parla se placeraient peut-être mieux dans la suite de mon travail. Mais je ne pouvais songer à parcourir le long développement de i'bumanité religieufse et rationnelle sans avoir établi quelques principaux points de Ibéorie pour diriger mes jugements; ef ces points njèines, il était utile de les mettre en lumière par des comparaisons.

La doctrine de l'émanation, en comprenant sous ce nom tous les svstèrnes qui regardent la nature comme une chute de l'absolu, ou la" matière comme le mal, n'a pas à se poser la question du commencement historique. Fataliste, même en parlant de liberté, elle trouve le bien et le mal dans l'iiomme comme dans le monde : le mal dans les passions qui accusent la descente de l'être, le bien da ns les vertus qui président à l'ascension et au retour. Les dieux et les génies ont part à ce mouvement et le déterminent en sens divers chez les hommes qu'ils inlluencent. C'est la moins ralionnelle des théories sur ce sujet, quoiqu'elle ait eu ses formes philosophiques, aussi bien que sa forme

religieuse.

La doctrine des deux principes a surtout revêtu cette dernière forme. Le rôle des puissances célestes y est aussi décidé que possible. Ainsi la fonction de la volonté, celle de l'homme, est remplie eu grande partie par d'auties que hti-mème. Non qu'une religion quelconque puisse se dispenser de faire un appel pratique au libre arbitie des croyants qu'elle se propose de sanctifi.'r ; mais la liberté ne s';q»partient guère, lorsque, souftlée sjms relâche pu- des amis ou par des ennemis, la personne emprunte ses mobiles bons ou mauvais sans le vouloir et n'a jamais une conscience en propre. De cette manière, l'origine du mal dans l'humanité semble expliquée, ramenée à un

principe supérieur. Mais l'explication est illusoire, car, les deux principes étant personnifiés, on se demande toujours pourquoi Ahriman s*est dressé contre Ormuzd au commencement.

L'intervention du tentateur, dans le récit de la Genèse, rappelle la donnée du mauvais principe, mais affaiblie. La part de la liberté humaine devient plus grande. L'origine du mal est manifestement double : on la voit d'abord dans la nature perverse du tentateur, puis dans l'usage que l'homme tenté fait de sa réflexion et de son libre

Sur le premier cbef, il reste à savoir comment cet être d'une intelligence supérieure, que le développement des idées religieuses dans la^direction juive et chrétienne a représenté comme procédant primitivement du principe du bien, en est venu à se déclarer contre lui. Philosophiquement, ce n'est rien dire que d'assigner telle passion pour la cause du mal ; ou, du moins, il faut toujours expliquer ses effets essentiellement par la liberté, et dès lors le mal dans l'homme ne s'explique pas mieux non plus avec un tentateur qu'avec les passions et la liberté toutes seules. Sur le second chef, la nature du mal initial est placée dans la violation d'une défense particulière intimée de l'extérieur, et non par la conscience, et Ihomme ne succombe qu'à la suggestion d'un désir légitime en soi, celui de développer son être par la science. Quel peut être le sens profond de la légende, nous l'avons vu en pariie ; mais, en y lisant un symbole de l'é^cart de l'instinct et de la perte de l'innocence, origine de beaucoup de maux transmissibles de tous genres, on n'y reconnaît rien des luttes de la conscience morale, à l'origine du mal moral proprement dit. La légende de Kaïn, dès qu'il en faut une. serait mieux appropriée que celle d'Adam à la représentation du premier crime qui souilla la terre.

Les théories des philosophes nous ouvrent un ordre de considérations bien différent, plus vrai et plus élevé à quelques égards, mais, sous un rapport, moins empreint du sentiment de la réalité. L'opinion la plus commune, et que le cartésianisme unanime a formulée, déclare le mal en général une privation, c'est-à dire une imperfection, un manque d'être ou de réalité, et le mal humain et moral un défaut de la connaissance dans l'exercice de la volonté. Nous nous occupons de ce dernier. Descaries voit la ra«on formelle de V erreur et du péché dans la détermination d'un libre jugement au delà des limites de la connaissance claire et distincte donnée dans l'entendement actuel. 11 aftirme qu'il n'y aurait point de mal si la liberté ne fondait ses décisions que sur l'évidence. Mais, que l'évidence ne puisse avoir lieu dans la plupart des cas de la délibération morale, et

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