‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 25 sur 253 · LE CARTÉSIANISME · texte numérisé non relu

LE CARTÉSIANISME

que cependant il y ait nécessité pour l'agent de prendre un parti ; que les objets à comparer pour choisir, que les biens entre lesquels riiomme est suspendu, soient de genres divers, c'est-à-dire incomparables quant à la connaissance pure; qu'ils difîèrent les uns des autres en proximité, en clarté, en généralité, en intérêt pour luimôme et pour autrui, et que, dans cet état de choses, des conditions suffisantes pour établir la moralité de l'acte se trouvent néanmoins réunies, Descartes semble ne se point douter de tout cela.

Malebranche est à la fois plus clair et plus profond dans l'exposition de la partie vraie de cette doctrine. Nous avons, dit-il, en nous un attrait invincible pour le bien indéterminé, notre bien. Mais l'attrait que nous avons pour des biens en particulier n'est pas invincible, c'est même en cette non-invincifjili (é que noire liberté consiste. Il faut d'ailleurs opter entre plusieurs biens qui soflrent au même instant et sont inconciliables. Le devoir est de choisir le vrai bien par une attention et une réilexion suffisantes; et, pour cela, on doit retenir longtemps son consentement, faire usage de sa liberté autant guon le peut. C'est, ajoute Malebranche, le précepte essentiel et indispensable de la logique et de la morale. Nous verrons tout à l'heure Fichte arriver à la même conclusion.

A entendre ces philosophes, (|ui ne les croirait partisans aussi sérieux que résolus du libre arbitre? 11 n'en est rien pourtant. Descartes a pour système que la clarté croissante de l'entendement entraîne la détermination croissante de la liberté, et que, plus on est ainsi déterminé, plus on est libre, en sorte que le plus haut degré de liberté coïncide avec l'évidence des raisons, et le plus bas degré se rencontre dans cette lutte des motifs dont l'indécision est le signe. C'est, sous une forme adoucie, l'opinion panthéiste, hégélienne, saintsimonienne, que je formulerais volontiers ainsi, sans la forcer : l'homme est d'autant plus libre qu'il est moins libre. En d'autres termes, car ce n'est pas de contradiction que j'accuse ces écoles : l'homme possède ce qu'il leur pîait d'appeler la liberté, en raison inverse de ce qu'il possède ce que tout le monde appelle la liberté. Ainsi la liberté cartésienne serait la pleine nécessité, quanta l'idéal; et, par le fait, l'agent qu'il faudrait déclarer le plus libre n'est pas celui qui dirige fermement son vouloir dans le combat de la vérité contre l'erreur; c'est cet autre qui, dominé par des penchants sans rivaux ou par des opinions d'une prétendue évidence, n'examine point puisqu'il n'hésite point, et obéit à des représentations exclusives.

Quant à Malebranche, la théologie lui sert, ou peut-être l'oblige à retirer d'une main tout ce que, de l'autre, il concède au libre arbitre. D'après lui, l'entendement est tout à fait passif et reçoit des idées comme la cire reçoit des ligures, sans action aucune. Ensuite, de

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