RECAPITULATION. LA DIVINATION ET LE MIRACLE
n'est pas particulière à l'ère chrétienne; elle s'était déjà produite dans la période finale du paganisme ; mais il est certain qu'elle se précipita par l'effet de l'élévation, de la gravité, de la sobriété relatives des croyances de source sémitique, après que le premier enthousiasme d'une foi nouvelle se fût affaibli, et que des causes d'ailleurs très mêlées eurent augmenté l'empire de la réflexion.
Cette loi est surtout sensible dans l'histoire de la divination et de ses usages, autrefois nombreux et variés. La divination eut dans toute l'antiquité aryenne une importance égale à celle qu'on lui vit aussi dans la Chine, et, au surplus, chez les moindres et les plus misérables tribus. Ses méthodes et sa vogue prolongée pendant de longs siècles, grâce aux habitudes prises et à la prévention commune, furent le mobile principal des croyances individuelles, et cependant se trouvèrent graduellement arrêtées par suite des progrès de la culture rationnelle, et tombèrent dans le mépris. C'est alors que vint la propagande sémitique apportant des vues plus hautes sur l'action et l'intervention de la divinité. L'unité de cause, la providence générale, l'alliance de Dieu avec les hommes, le principe de la foi et celui des œuvres morales sous une constante influence divine, se substituèrent aux idées religieuses familières des Aryens. Par conséquent, et malgré tout ce qu'entraîne de prestiges, et ensuite de légendes, une religion qui s'établit dans les âmes, les faits de prophétie et de révélation, faits de nature plus élevée déjà que les oracles, tendirent à se limiter aux cas extraordinaires et aux grands moments d'initiation de la croyance publique.
Ainsi toute cette partie des anciennes religions qui consistait dans la manifestation actuelle de l'inconnu et de l'avenir à l'homme, par voie d'inspiration directe ou par l'observation de prétendus signes divins, a été, on peut le dire, éliminée de l'ordre religieux actif et réel. Elle ne s'est plus composée, en effet, que d'un nombre restreint et localisé de phénomènes de cette espèce, recueillis, consacrés dans une tradition spéciale, employés à la preuve de missions antiques non renouvelables, et soumis d'ailleurs à l'acceptation de la foi, beaucoup plus qu'avoués par la raison et justifiés par l'expérience. Je me place ici, on le conçoit, au point de vue de la religion la plus libre et la plus éclairée, qui est aussi la plus sérieuse et la plus sincère. Mais ce n'est pas tout de convenir que l'inspiration et les prophéties ont cessé, qu'il n'y a plus de miracles, ou qu'il ne faut y voir que des faits de l'ordre pathologique, ou quelque chose de moins respectable encore. On se demande ce qu'on doit penser des grands faits religieux de la tradition. La foi y a ses fondements historiques; la raison veut qu'on y voie des faits moraux tout internes, quand bien