ÉTABLISSEMENT DES RACES ÉTBIQUES
Je résume la conclusion la plus générale de ce chapitre et du précédent :
Les premiers hommes étaient sur la pente du mal, et ils étaient de même sur la pente du bien, en tant que des mobiles opposés inclinaient en eux la conscience, et que leur volonté pouvait donner force, constance et réalité, aux différentes passions et aux vices ou vertus qui naissent de la répétition des actes moraux.
Si nous les considérons par rapport aux conditions externes et aux milieux naturels, il est incontestable qu'ils n'ont point eu de moyens durables d'existence sans lutte; car le travail leur a été imposé, et le travail implique la lutte, d'une part, contre les choses, mal adaptées aux besoins de la vie humaine, d'autre part, contre soi-même, contre le goût des jouissances immédiates et le dégoût de la peine. Et si nous les considérons par rapport à leurs semblables, à leurs associés, eff'ectifs ou simplement possibles, la lutte est née du conflit des besoins, et de celui des passions, et des idées intéressées que les hommes se sont formées de leurs obligations mutuelles ou de la justice. Tous ont ainsi descendu plus ou moins la pente du mal en contractant des vices, spécialement le vice de paresse, et tombant dans l'erreur intéressée sur le droit et le devoir. Ils ont, par action ou par réaction, pris des personnes pour simples instruments de leurs fins propres. La lutte pour l'existence n'a donc pu manquer de prendre en peu de temps la plus grande intensité, partout où des rivalités se sont déclarées chez les premiers liommes.
Leurs successeurs ont eu les mêmes penchants, et nous les avons nous-mêmes, diminués ou renforcés par les coutumes, les idées ou croyances générales, les institutions, les lois, enfln par les dispositions natives modifiables qui se sont établies ou transmises de génération en génération. Ainsi se sont formées, ainsi se sont détruites des races éthiques, dans lesquelles il faut voir autant de formes de l'humanité œuvre d'elle-même.
Les races physiques et primitives, en les supposant multiples, ont eu en commun la liberté, et en propre les dispositions variées qui lui ont servi de matière. L'issue des tentations et des épreuves de la vie leur a été diversement fatale. Les unes sont tombées très bas et ne se sont pas relevées; les autres se sont fait des vertus et des croyances qui les ont soutenues; les meilleures ont trouvé dans la réaction contre le mal la source de biens très supérieurs au bien de l'innocence, comme je l'expliquerai bientôt. Celles-ci, ou leurs héritières, représentent aujourd'hui l'humanité morale et portent ses destinées dans leur sein.
Les races jeunes, plus encore les premiers hommes, ont dû manifester, à peine sortis de l'innocence, une spontanéité, des impulsions