K.S RÉVÉLATIONS
loi
Eiilin, ces phénouièiies mal compris, que l'ignorance croyait le privilège d'un peuple ou dune religion (du moins comme de provenance divin'', el sauf à s'expliquer parl'action de malfiiisants il ninns ce qui se rencontrait ailleurs d'analogue), l'histoire approfondie en a fait reconnaître l'universalilé. 11 a fallu, dès lors, leur supposer une cause générale et unique. Celle cause n'est rien moins que l'homme lui-même en ses éléments passionnels, sous l'empire de rimagination et de la croyance. C'est dire que l'analyse en est délicate et réclame Iden des travaux encore; car, s'il est relativement aisé de rendre compte de l'erreur dans l'observation préten<iue et dans les témoignages, il l'est beaucoup moins de faire la part des éléments psychologiques ou physiologiques sérieux qui y sont mêlés. Mais le sens principal et le vrai point de vue historique des miracles ressortent clairement de ce qu'ils appartiennent à certaine époque de la vie d'un peuple, à certaine classe d'une nation, et disparaissent constamment dans les temps, dans les milieux et selon la mesure précise où la réllexion dirige l'esprit humain.
La critique des révélai ions revient en grande partie à celle des miracles, puisque le révélateur, outre les signes ordinaires de sa mission, qui sont des prodiges et des prophéties, e.-t un miracle vivant, passe pour être et se croit lui-même le réceptacle d'une volonté surnaturelle. Je dis qu'il se croit tel, et cette croyance qu'on voit apparaître à divers degrés dans tous les temps chez les prophètes, (liez les simples inspirés, chez d'autres encore, pour les(juels elle est la forme morale d'une aliénation plus ou moins caractérisée, cette croyance est, en effet, le piemier point fondamental de l'explication des phénomènes de la révélation. Le second est la disposition des hommes à qui la révélation s'adresse à l'accepter comme possible, et bientôt comme réelle. 11 faut donc écarter ici, et il le faut également pour la plupart des miracles, la grossière et trop facile supposition d'imposture. L'imagination et les formes qui la dominent, l'absence de culture scientitique, certaines notions de la divinité et du monde, éloignées sans doute de celles que la réflexion tinit par nous rendre seules intelligibles, mais par là même plus naturelles et toutes spontanées avant l'avènement de la raison, enfin l'abandon de la volonté aux passions et toutes les propriétés de cet état de la conscience que j'ai résumées ailleurs sous le nom de vertige intellectuel, tels sont les éléments que la critique peut relever partout où une révélation quelconque se fait jour, et cela, soit dans l'àme qui en est le sujet, soit dans les âmes que gagne la contagion de l'enthousiasme et de la foi (voir Deuxième essai, s< XII),
Au reste, il est bon de distinguer l'imposture positive, dont on a
Irop souyenl accusé les .-...tours cl prop.Knlcnrs de .nouvomenis rdi- (jieMs, d avec certains genres de mauvaise foi et d'eniraînemenis à mentir, puis à croire .,„e l'observation a pu souvent constater chez les hommes qui arrivent d'une manière qud.onque à avoir ce qui peut s appeler char.^e d'àmes : hommes d'ICtat., homme ,rÉ..|i'e conducteurs de peuples, et j'ajouterai auteurs de svsièmes en" fous genres. Par esen.ple, celui qu'une combinais,;» dîdées favorites a
ITMI"' "n '!''™" '■""" ""'="■'"'' f"™"'--' '1"'' ^» Pl-' à pose .nebranlable et mvanable, comme celui que des emportements
extatiques ont mis hors de lui ol placé dans les conditions d'un rôle
mystique a soutenir lidèlement et sans faiblesse; tous ceux qui,
ayant assume une mission en face d'autrui, en face d'eux-mème. se
sont pour ainsi dire condamnés, rivés à la certitude, ne laissent ,as
seMl'i ''';."'""";' '^"^'^■■^'5'-' P" '1>^^ pensées contraires : ils se en eut aj^ites par le souflle, ils .e voient quelquefois entraînés par es empetes du doute. Or ce doute, qu'ils appellent naturellemenUa uila ion, nest bien souvent que la tentation d'être justes et vrais lies hommes auxquels nous devons supposer plus de génie plus d étendue et de portée d'esprit que n'eu a la multitude, sont suie s a de telles épreuves. Mais les vues droites et élevées, les sentiments noi es qui se mêlent à leurs erreurs, même les plus graves, les font rec 1er devant une révolution interne de la certitu.ie qui auiait pour eflet d emporter le bien avec le mal, le vrai avec le taux, et de ruiner entieremen l'œuvre à laquelle ils se sont consacrés et qui est leur vie même. Des passions personnelles et moins honorables se mêlent a la passion du bien et do la vérité.
D.,„s cette situation critique, il est diflicile qu'un homme ne porte pas 1 usage de la volonté au delà de ce qui est nécessaire pour l'alfermissement légitime de la conscience, et que la mesure de ses aftlrma- "ons, de sa foi et de ses actes, ne dépasse de beaucoup celle du droit que sa propre raison est apte à reconnaître. Il arrive alors, s'il s'a.Ht
fo!."! r'"*' '"' '" ''""''"'■ '^'"""' '™"^^ ^"^ P'^"^'^^^. «"ploie Imites ses lorces a conllrmer des ap.ioris. à nier ou à dissimuler des
slrs-l"';?" P""';'"'' ""'"""' ™'™^ V>e personne; et il arrive, sus agit d une révélation, que le révélateur organise en quelque sorte
ZllT ""r'"" ^' '"" "'"" '™^ '" ''épendance des moments de passion religieuse et d'imagination ardente ou extatique
Mais la mauvaise foi bien déterminée doit avoir conscience dellec^lc^L. f T""'"" "^'' '"' '""""""^ poMliques, qui, par étal,
le It^ ' "'"'''' """ "' ''"' '"'" •=•'" '«^ P'-'P""«' «' ohe^
les révélateurs, qui ont presque tous été des hommes de spontanéité.
bon origine se trouve dans la maxime immorale de la justilication
des moyens par la (in que se propose l'agent; plus haut encore, dans
DU KÙL!-; DKS RÉVKL.VTF.IH^
un faux principe Aonl j'ai pirlé ci-d.'ssus ou triitant îles rapports de Pamouret de la justice. Tout homme qui regarde le bien comme un objet à réaliser extérieurement, autrement que par la raison et la libre volonté des âmes que ce bien concerne, est conduit à refçarder aussi le mensonge comme un moyen d'établir le vrai, de môme que la violence lui semble l'inMrument naturel de l'œuvre delà justice. Or, ce point de vue a rt.' le plus rotnniMaémpnt accepté de tout lemp^. Il a même r.'-né sur les religions et a dû porter plus d'une fois ceux qui les représentaient ou qui les propageaient à joindre a la vérité dont ils se croyaient en possession nne part plus on moins grande de mensonges utiles, pour la fortifier et la faire reconnaître. Mais je ne m'an-èterai pas pins longtemps sur ce point. Un traité de casuistique pourrait seul énumérrr W> d.>givs de la mauvaise foi, depuis la simple rélicence jusqu'à l'imposture, et depuis le mensonge qui trompe le menteur lui-même jusqu'à l'organisation systématique de la duperie (l).
Il me reste à apprécier le rôle des prophète-^ et des révélateurs dans l'humanité. Je puis le faire aisément avant de procéder à l'examen de l'esprit et des conséquences de leurs œuvres. Il ne s'agit encore que des premiers principes.
D'al)ord, je n'ai pas à revenir sur la justification du fait de religion. Elle résulte de mes études psychologiques, d'une manière générale. Touchant les aberrations de la foi et les illusions de la passion religieuse, nous devons juger qu'elles furent inévitables, à raison des données de la nature humaine qui ne peut approcher de la réflexion et deraftiruiation raisonnée, sur les plus éloignés et les plus difficiles de tous les problèmes, qu'en traversant une longue suite de croyances dues à ses facultés spontanées. L'homme a porté primitivement en lui les éléments essentiels de la moralité; c'est du moins ce que je me suis efïorcé ci-dessus de mettre en lumière; mais ni des règles pour le jugement, ni la science la plus élémentaire du monde et de lui-même ne pouvaient résulter du simple exercice de son intelligence
(l) Le phéQoraèQerclife'icus de. la révflîitioii u'e?t envisagé ici que î^oua le rapport des miracles supposés qui ont pu s'y uii:ler, soit par la pn:-leutiou du révélateur, soit surtout au dire «les légeudes dont les superstitions populain^s eûtoureut toujours sou liiêtoire. Ma clas>iii ition des religions en trois geures, d'après leurs époques, eu égard au déveloiipeinent de l'esprit, me donne à considérer le révélateur à un point de vue supérieur, comme apportant dans le monde une pensée et une foi personnelles, destinées à révolatiouner plus ou moins profondément Ifs idées religi'u- - miérieuremeul reçues. Sous cet aspect, la question - nte encore de savoir si le révé-
lateur a cru aux miracles, et surtout .si/ a nu hti-méme m f'>iirp. Elle est a examiner en chaque cas.
DU RÔLE DES HÉVKLATEUllS
et du jeu de ses pûSiiions. Et cependant un attrait naturel puissant le poussait à vouloir s'expliquer à fond des phénomènes dont il possédait à peine les premiers éléments de connaissance. La divinité, c'està-dire tout pouvoir externe par lequel il se sentait dominé, la nature et ses différentes forces, ce qu'on appela plus fard religion, et ce qu'an appela philosophie, et ce qu'on appela science, tout cela réuni et confus sollicitait à la fois sa curiosité et impliquait .ses intérêts les plus chers. Dans un état voisin de l'innocence, il pouvait encore s'abandonner à de purs inslinclsel demeurer dans une certaine indistinction de croyance; mais, api es le déchaînement du mal. les consciences troublées éprouvèrent un besoin plus vif de pénétrer le secret de la destinée humaine, ou du moins de fixer quelques rapports de l'homme avec les puissances extérieures. Alors s'engendrèrent, dans lec âmes les plus disposées à l'émotion religieuse, des phénomènes d'inspiration et de révélation qui déterminèrent contagieusement la foi générale et conduisirent à des pratiques de culte. L'état relatif de moralité de chaque groupe social où parut un produit de l'esprit en matière de religion exerça toujours une inQuence profonde sur l'espèce ou le développement de ce produit. Il n'a pu en être autrement; c'est une erreur manifeste d'attribuer à tel ou tel dogme une action d'ordre primitif .sur la moralité, quand ce dogme lui-même témoigne des dispositions morales de ceux qui l'ont admis les premiers. Mais l'etTel devient une cause à son tour, grâce à l'empire des traditions et des habitudes.
Plusieurs peuples ou tribus paraissent ne s'être jamais beaucoup élevés par leurs idées ou pratiques religieuses au-dessus du niveau de bassesse ou d'infamie des mœurs qu'ils s'étaient faites. Pour eux, la religion s'est bornée à représenter la vie comme elle était et conmie on l'entendait, en la liant à quelque supposition d'ordre mystérieux. Tel est suriout le cas des tribus les plus avilies. D'autres peuples ont été moins étrangers à l'idéal et ont su tirer du sentiment religieux un certain ennoblissement de leurs coutumes, même de celles que nous jugeons aujourd'hui dégradantes ou odieuses. Le mal à l'état d'institution avait chez eux une certaine grandeur et une certaine poésie, signes sérieux d'une élévation persistante au milieu des plus tristes égarements, et de la possibilité du progrès et des révolutions morales. Mais cette possibilité était d'autant plus faible qu'une organisation sociale puissante, une terrible solidarité corroboraient les passions et les mœurs par les institutions, et qu'une force insurmontable ou une prompte répression s'opposaient à toute réforme, à toute nouvelle initiative religieuse qui aurait germé dans quelques âmes choisies. En pareil cas, il n'y avait guère que des communications, et le plus ordinairement violentes, avec des peuples étrangers