‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 63 sur 253 · DU FONDEMENT DES DOGMES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

DU FONDEMENT DES DOGMES RELIGIEUX

qui pussent aî.iener des chan-emenis relijïieux et moraux d une nature grave. Enfin, il est des nations chez lesquelles la religion s est proposé un idéal supérieur à la vie et a (ait effort pour l'amél.o.at.on morale de la nature huu.aiue. C'est là que se rencontrent les révélateurs proprement dils, hon.mes qui ont joué dans la religion le rôle qui revient dans la .ci. nce et dans la ù. politique à ceux qu on appelle des grands /wmw^'s; car, sélevanl par la double énergie de la liberté et de la passion religieuse au-dessus du milieu ou ils vivaient, ils ont fait passer leur âme dans les masses populaires. Là aussi la religion se montre susceptible de proi-rès, de transfonnalion ou de décadence, parce que l'esprit travaille sur les données de la révélation, et (lue les cœurs, d'un cAté, .les.endent rapidement des cimes ou l'enthousiasme les transporta, et de l'autre peuvent y remonter ou même aspirer à de plus liantes.

Il a appartenu à des révélateurs ou pioplrèles de relever des nations ton.bées très bas, ou de les initier à un idéal dont le cours ordinaire des idées et des moeurs ne les eût poii.l mises en possession. Ce service a été grand surtout quand il a été rendu à tel peuple de qui les ressources de la réilexion étaient faibles et que la raison n aurait jamais fait sortir de son infimilé. Mais, même chez ceux qui devaient arriver par la science aux conceptions morales pures, l'enseignement religieux eut presque seul la vertu de rend.c accessible aux masses un certain degré de moralité, et de donner une sanction aux bons sentiments, .le ne prétends pas que les religions n'aient servi qu'aux ignoranLs naient pris un empire utile que sur de certaines classes. 11 est vrai qu'elles ont mis en œuvre la superstition et l'erreur, et ne se sont appuyées d'ordinaire que sur celles des facultés de la nature humaine qui tavorisent le moins l'apercepliun du vrai; mais il faut avouer aussi qu'elles ont donné satislaction au principe de l'éinotion, méconnu par les philosophes, et quelles ont lail de la foi un usage, en soi légitime, pour poser dans le monde autre chose que les froids objets de la spéculation des écoles.

Ensuite, la philosophie est individuelle, l'usage de la raison est individuel, et, en cola, ce qui fait sa grandeur fait sa faiblesse. iSans doute, il vient des temps où les conquêtes de la méthode rationnelle prennent un caractère social, mais cet avènement delà science, même très incomplet, exige des siècles de préparation, et des circonstances heureuses, et des suites de travaux d'un genre personnel, et enfin l'abandon de beaucoup de chimères, car la raison a aussi ses leurres et ses idoles. Au contraire, les religions sont contagieuses de leur nature, et non seulement elles uni smt les hommes dans le présent (de même qu'elles peuvent devenir pour eux des causes terribles de division et de luttes sanglantes), mais encore elles les lient à leurs

propres traditions et s'introduisent dans leurs habitudes séculaires. l!.'nfin, elles les rattachent tous ensemble aux puissances extérieures, dont elles déterminent des rapports avec eux. Il arrive de là qu'un révélateur et un législateur primitif ne parlent guère en leur propre nom. Les peuples ne les croiraient pas; <*l eux-mêmes se croiraientils? Ils pensent tous ce qu'écrivait spirituellement Platon, en essayant d'une sorte de révélation philosophique : Ceci est vraisemblable, nous le déclarerons vrai quand un oracle se sera fait entendre.

Toutes ces raisons nous font comprendre comment les religions, tantôt seules, tantôt concurremment avec la raison philosophique, ont dû faire l'éducation du genre humain dans la recherche du vrai et du juste. Et nous comprenons aussi que des révélations aient eu exclusivement, dans certains cas, la puissance de .«^auver des peuples engagés dans des voies de perdition. Nous pouvons maintenant revenir à l'origine du sentiment religieux et chercher quel fut l'esprit, quelle fut la inorale des doctrines qui se firent jour ou se succédèrent sur les différents points du globe où l'homme forma des établissements. Mai s auparavant, et pour ne pas laisser de trop graves lacunes dans un chapitre destiné à poser les lois générales delà critique appliquée aux leligions, j'indiquerai quelques autres points d'une haute importance, dont les développements se retrouveront partout dans la suite et ne sauraient se donner par anticipation en dehors des faits et des exemples qui les appuient.

J'ai parlé des prophètes ou révélateurs. Mais ces hommes appartiennent à certains moments de la culture religieuse et à certaines nations, et se distinguent profondément des prêtres des temps primitifs et des donneurs d'oracles, en un mot de tous ceux qui ne tranchent sur la foule que par une aptitude plus prononcée, héréditaire ou spontanée, à présenter les phénomènes spirituels communs. Les vrais révélateurs eux-mêmes, quand ils ont pu croire qu'ils laissaient leur œuvre accomplie, œuvre d'inspiration personnelle, par conséquent de scission à quehpies égards, n'ont jamais fait que la livrer aux mains d'un peuple ardent à la transformer pour se l'expliquer et se la rendre accessible. En quoi consiste essentiellement ce travail populaire qui, dans la haute antiquité, puis à quelques époques caractéristiques, construit des dogmes religieux destinés à se transmettre comme sacrés et, s'il se pouvait, immuables, de génération en génération, telle est la question que la critique se pose, après avoir écarté les deux hypothèses extra-scientifiques: celle de l'intervention de causes extérieures à la nature et à l'humanité; celle de la composition réfléchie et de l'imposture systématique de quelques hommes, jointes à la crédulité des masses.

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