‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 68 sur 253 · L HOMME PUIMITIK EN FACE DE LA NATURE · texte numérisé non relu

L HOMME PUIMITIK EN FACE DE LA NATURE

des relations entre hommes. Les idées reli<îieuses impliquent de plus les relations réelles ou supposées de l'iiomme avec des puissances invisibles, et spécialement avec celles qu'il se représente derrière ce que nos sciences appellent les forces de la nature. Si nous parvenions à nous représenter ces dei'niers tap|Kiils avec quelque exactitude, nous n'aurions peut-élre qu'à descendre dans notre propre conscience, flonl le fond n'a pas dû clianj,'er, pour retrouver et suivro les traces des sentiments et des pensées de nos premiers ancêtres.

Les critiques qui ontabordésans préventions les questions de h.iule antiquité morale ont souvent parlé de l'enfance de l'esprit humain, de la force de ses impressions avant toute hal)itude prise, et de la Sj onfanéilé de son imagination et de ses juj^ements. Toutefois, il y a loin de quelques lieux communs à une idée tant soit peu adéquate de la situation d'une conscience neuve eu fiae de la nature. C'est qu'il est besoin d'un ^rand et rare elTort d'ouMi, pour ainsi parler, à celui qui veut restituer en soi Thomme piimilif, unique moyen de comprendre ce que Ihomme primitif a dû être. Observons seulement combien l'éducation nous insinue dès l'enfance, et combien les usaf,^es sociaux, les exemples, l'expérience et la science acquise au travail de l'humanité nous transmettent d'idées étrangères à nos premiers mouvemenls et à nos tendances natives I Nous sommes dans l;i tradition et riiabilude. c'est-à-dire sous l'auloiité du genre humain; les [dus indépendants d'entre nou.s y vivent et s'y meuvent. On nous initie d'abord à des !angue> aitili. iellesel rationnelles elles lèvent au moins relativement), qui sufOnuent presiiuo pour n^us rendre les inspirations du genre primitif impossibles, plus tard incompréhensibles, quand l'histoire nous les rap[»orte. Par là le plus ignorant «les hommes esl aujourdlnii en possession d'un puissant système d'idées abstraites. Les maitresque nos impressions d'eufantset nos lu-emières éludes nous font paraître instruits de toutes choses ne nous apprennent sur Tordre concret que des véiités fort éloignées de satisfaire l'ambition instinctive du savoir ou du croire; mais ils nous accoutument peu à peu à une sage ignorance. A mesure que le moment vient de nous apercevoir que nul ne sait ce t^ue nous-mêmes nous ne savons pas, l'habitude de voir les phénomènes nous rend moms vif le besoin de les comprendre; et nième, le plus souvent, 1. s faits bruts se substituent pour nous à la raison, et nous cessons d'être surpris de ce que nous voyons toujours et qu'on a toujours vu. La coutume prend en grande partie la place des besoins philosophiques ou religieux. Enfin l'histoire des faits longuement éprouvés, les lois qui en résument l'observation constante, la science arrivée à lier et à prévoir tant de choses, nous instruisent aussi à regarder le monde comme un ordre impersonnel, invariable, nous désintéressent pour ainsi dire

des plus grands phénomènes et nous communiquent une tranquillité, une sérénité, une absence totale de passion par rapport à la nature. Tout autre était la position des premiers hommes, tout autre elle fut longtemps pour leurs successeurs, jusqu'à ce que le trésor des acquisitions et des créations humaines eût couvert les impressions originaires; et encore le règne de ces impressions se prolongeait dans les religions qu'elles avaient produites. Faisons donc abstraction et de tout ce que nous savons aujourd'hui des lois naturelles, et de notre résignation devant les accidents météorologiques, et de la retenue que nous imposons en nous à l'imagination et à la croyance; dépouillons-nous de nos habitudes rationnelles et de cet esprit presque tout artiliciel qui esl maintenant le nôtre. Qu'ont dû sentir, qu'ont dû penser des âmes tout à fait neuveS, dans l'attente et au spectacle de ces phénomènes dont nous .sommes devenus les témoins si raisonnables, quoique notre vie en dépende toujours? L'homnie primitif ne s'étonnait point de lui-même, et ses rapports avec ses semblables lui semblaient simples et clairs, déterminés qu'ils étaient par des fonctions intellectuelles et morales que sa réflexion n'avait pas encore analysées. M lis vis-à-vis de la nature .son ignorance était bien profonde, car elle était plus profonde que la nôtre, et pourtant toutes ses passions étaient en jeu : l'amour, la haine, l'espoir, la crainte, tous les tiansports et toutes les jouissances. Il n'avait aucune idée de cette matiiTe, tantôt posée ineite, et tantôt universellement créatrice, qui devait plus tard être un préjugé à peu près universel. I3ien au contraire, il se représentait toutes choses à sa propre image, ne connaissant un peu que lui-même. 11 voyait donc partout une vie et des passions comme les siennes, et des volontés derrière les efTels de toutes les causes inconnues, — ce qui n'était point une erreur touchant le vrai fondement de l'idée de cause. — Le langage, dans sa sève spontanée et enivrante, apportait cette illusion comme une loi à celui qui ne savait parler de la c/<osf? et des actions ou propriétés de la chose qu'en la personnalisant et la faisant agir ou souffrir avec les qualités d'une personne. Les plus savants hommes du monde n'ont pas encore appris à s'exprimer autrement. Nous en verrons les effets en étudiant les créations mythologiques des tribus aryennes.

L'homme primitif, quand il a rangé directement ou indirectement les objets naturels sous l'espèce de la personne, a obéi à la même tendance qui a fait de tout temps généraliser à faux les esprits que leur ignorance empêchait de généraliser selon le vrai. La généralisation est un besoin intellectuel, et ce besoin doit être tout-puissant quand l'expérience et l'étude n'en ont pas encore manifesté le danger, puisque nous le voyons, après beaucoup d'épreuves malheureuses, engendrer tant de systèmes vains et soutenir tant de préjugés. C'est à la fois

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