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L HOMME PRIMITIF EN FACE DE LA NATURE

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Des sentiments religieux dans 1 état moral le plus bas

Les principes de la critique appliquée à l'hisloire, la philologie el rétude des monuments, ont jelé la lumière sur des époques qui avaient semblé longtemps impénétrablejnent obscures. Les temps tout à fait premiers se dérobent toujours; on ne peut que tenter d'en délinir par hypothèse au moins la nature.

D'assez nombreux auteurs ont supposé une révélation primitive commune, de la quelle les hommes auraient divergé ou plusieurs ^ens, do telle sorte que les religions cniniut's de l'antiquité seraient des formes variées de la dégénération religieuse. Assurément, tous les peuples ont reçu, antre autres élém-'uls cnimuuns de la nature humaine, des dispo^ilions religieuses que la liberté devait développer en espèces différentes, et il est possible de les détcnniiier, je crois, même par l'observation actuelle aidée de quelques inductions très naturelles. Mais admettre une religion première et unique à peu près régulièrement constituée, soit qu'on en prenne la source hoi.< dr la conscience spontanée en faisant intervenir Dieu, soit qu'on veuille bien se renfermer dans l'huHianilé, et qu'alors on attribue à l'homme primitif des vues, des sentiments, i\e:> r iis<mnements qui sont du domaine de la pensée cultivée, c'est abandonner la critique pour se faire soimèine un système religieux dont on proclame arbitrairement l'universalité et la nécessité.

Une opinion plus répandue prend le point de départ de l'humanité dans ce qu'elle estime l'état le plus brut : non pas seulement dans un état d'innocence, analogue à celui que nous reconnaissons aux animaux, et relevé, dans ce cas, dès les premiers actes et les premiers mouvements de la conscience, par le sentiment de la sympathie et la notion de la justice; mais dans Vaù^ence totale de moralité. Or cette absence serait ici mieux nommèeVinunoralité, étant caractérisée par des passions ignobles ou féroces auxquelles participerait la volonté ; car, on a beau le prétendre, on ne parvient pas, et l'expérience s'y oppose, à trouver dans l'acte méchant d'un homme la naïveté, la naturalité pure d'un acte animal. Selon cette hypothèse, la conscience

morale et religieuse se serait donc appliquée d'abord aux idées qui engendrent des pratiques injustes, basses, cruelles, et visent à les justifier, et cela naturellement, sans violer .sa propre loi. La moralité aurait débuté historiquement par son contraire, ce qui ne peut qu'en rendre l'origine même inintelligible. Quant à supposer le vide parfait des notions morales, et non plus leur déviation, vainement déguisée sous ce nom d'a/m^Hce, j'ai donné les motifs qui m'éloignent de cette manière de voir au sujet des origines humaines. Un motif très suflisantest celui-ci : des hommes qui auraient existé sans posséder les bases de la moralité, conscience du biea et du mal, passions opposées tant bonnes (jue mauvaises, c'est-à-dire jugées telles par l'agent lui-même, puissance de réflexion et de choix, liberté enfin, n'auraient pu les acquérir dans le cours ordinaire des choses, car ce n'eut pas été moins qu'une genèse nouvelle; et, avant cette genèse, nous ne pouvons admettre qu'ils fussent vraiment hommes. L'observation vient ici au secours du raisonnement, puisque nous voyons les tribus adonnées aux rites fétichistes les plus ignobles, et placées dans les jdus basses conditions de mœurs, incapables de s'élever par ellesmêmes à la justice. Et pourtant elles ne sont pas totalement dénuées de conscience et de moralité, mais elles en ont conservé de très apparents vestiges.

Une dernière hypothèse que j'écarte est celle qui voit dans la diversité des races physiques, pi-imitive ou acquise, ain.^i que dans l'action du climat et du régime, la cause exclusive des variétés morales humaines. Je ne nie point cette cause, mais je crois avoir montré qu'il fallait mettre au-dessus d'elle l'unité de la nature de l'homme, et comment, cela fait, la liberté, les actes et leurs conséquences nécessaires nous permettaient de rendre compte des phénomènes les plus importants et de subordonner dans l'histoire la physiologie à la morale. Si l'on veut cependant que certaines races aient élé^ par nature, incapables des notions humaines et, par suite, de progrès, car l'un ne va pas sans l'autre, et qu'on doive les envisager dans une sorte d'état moyen entre l'animal et l'homme ; si l'on pense que certaios climats excessifs opposent un obstacle insurmontable au développement moral, j'avoue que je manque de preuves positives contre ces opinions. Mais je puis tout expliquer en les négligeant. Si je devais les accepter, il me suffirait pour y satisfaire de borner mon étude à l'homme véritable et aux lieux où cet homme-là peut vivre.

Il faut donc envisager l'origine des idées religieuses dans ce même milieu de la conscience où nous avons cherché celle des premiers actes, des premiers mérites et des premières fautes. Mais les actes et les sentiments moraux n'avaient à se développer que dans la sphère

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