‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 72 sur 253 · ÉTAT MORAL VARIABLE ET SACRIFICES CORRESPONDAXTS · texte numérisé non relu

ÉTAT MORAL VARIABLE ET SACRIFICES CORRESPONDAXTS

pour cet usa-e. Sa vertu se communi.itie par le contact ou résulte de certains mélanges, or.linairementhideux.il sert aux eiichanlements : une liqueur dont on Farrose, en donnant une promesse, doit faire mourir au moment où l'on y manque; la lemme qui jure lîdélité à rhomme avale une ràpure de fétiche; de même, un aliment convenablement enchanté devient nuisible à celui à qui on le destine, etc. La divination, nécessaire à qui veut connaître les griefs ou les désirs d'un fétiche, se pratique d'une manière usitée en tout temps et qui ne varie que dans la forme : il ne s'agit que d'interpréter le hasard; on y parvient, par exemple, en laissant tomlier cert lins corps dont'la disposition et les li-ures sont révélatrices pour celui qui s'est rendu habile dans cet exercice. Tout l'art consiste, en ny supposant point de fraude, à se faire des règles suffisamment larges, puis à mettre d'accord les inspirations personnelles, qui ne manquent pas de s'olfrir, avec ce quil y a d'iiidétei miné dans l'application de ces rè'des. Les devins de iioliv l--' ne piocêdent pas autrement, et il peut leur arriver, eoimaeà ceux ,1e Tantiquilé, d'être leurs premières dupes. Ce dernier cas. assurément, eU le plus rare aujourd'hui. Cependant il n'est pus douteux, pour citer ici un genre de faits voisins et des plus à la mode, que nombre de ceux qui ont tait parler l'oracle des tables, ou tourner la h:»-uette divinatoire, ou osciller le pendule explorateur, ne piodiiis.'nt et ne règlent involontairement leur action musculaire de manièi e à donner lieu aux elïets que leurs idées et leurs passions du moment rendent pi ésu niables à leurs yeux. Mais quand ce qui n'était d'aboid qu'un jeu devient une profession, ou lorsque le talent qu'on n'avait employé que sous l'impulsion d'une passion individuelle et sincère est mis au service des passions d'aulrui, qui nous touchent fort peu, il est naturel que la spontanéité diminue, tende à s'éteindre, et que le charlatanisme commence.

Revenons au culte des téticlies. C'est par la nature des sacrifices qui leur sont offerts que se trahit surtout l'état moral d'une tribu. Les mômes principes de leligion suggèrent là des (iraliques innocentes, ici des rites atroces. Partout où lesvoyageursont observé les hommes à l état le plus inférieur de religion et de société, ils ont trouvé tantôt la paix et des mœurs douces et bienveillantes, tantôt des habitudes de perfidie et de cruauté sans frein et la passion de l'anthropophagie. Dans le premier cas, le vice dominant, enraciné, comme je le crois, à la suite du premier n>aj,^e de la liberté, est cette paresse incurable qui rend la bonté même iimiélaut, taute de constance et de fermeté. La sensibilité est vive, mais les impressions fugitives. La moralité ne vaut que ce que valent les sentiments naturels. La réilexionqui pourrait les fixer et les élever à la justice est devenue impossible, comme

tout ce qui exige un effort propre de la conscience. Enfin l'homme est tellement livré à ses impressions, quelles qu'elles soient, que le plus doux peut toujours être conduit à la cruauté par la peur, grâce à l'idée d'une divinité malfaisante qu'il faut satisfaire : unique hypothèse à sa portée pour expliquer les maux qui viennent l'accabler. C'est ainsi qu'à Tahiti même on connaissait les sacrifices humains.

Dans le second cas, la haine du travail est encore à signaler, car elle est caractéristique de toute déchéance morale. Mais l'activité des personnes s'est portée alors vers la passion de lutter et de dominer, et une giande énergie s'y est déployée. La guerre n'est pas seulement un accident produit par une violente excitation passagère ou par la nécessité de la défense, elle est la profession virile, la chasse par excellence, un moyen de sentir les passions dans leur plus haute intensité, puis d'augmenter sa vie et sa force en s'appropriant des vies étrangères, c'est-à-dire en mangeant la chair de l'ennemi. La passion dominante de l'homme, en cet état, est donc la haine; l'exercice unique de l'intelligence est la combinaison des moyens de tromper, car la ruse n'est pas moins essentielle que la violence à l'idée do la guerre; la maxime fondamentale de la vie est que l'homme vit de l'homme, et qu'il faut être le plus fort. Un renversement si complet des sentiments spontanés primitifs s'explique par les conséquences morales des premiers crimes, par la perversion de la conscience et l'iribitude de faire du mal, contractée quelquefois, il est vrai, dans des circonstances terribles. Quand on suppose, au contraire, que tel dut être le commencement de l'humanité selon la nature, on se rend incompréhensible le commencement de l'humanité variable, c'està-dire morale.

Sans doute la passion de vivre de la substance d'autrui ne se développe pas au point de supprimer les sentiments de famille et de tribu ; autrement l'homme perdrait jusqu'au fondement des relations ani maies et disparaîtrait de la surface du globe. Mais la vie de tribu est profondément atteinte dans sa moralité par celte suprématie de la force, d'où proviennent les castes, les privilèges, les chefs à pouvoir absolu; et le principe de la famille ost altéré par l'abaissement de la femme, qui devient la proie du plus fort, et que son maître, dont elle ne partage même pas la table, emploie comme un esclave à tous les travaux qu'il méprise, en leur devant ce qu'il a de bien être. Toutefois il faut convenir que les mœurs domestiques sont au moins aussi corrompues par le libertinage et la promiscuité des tribus vouées à la mollesse, au milieu desquelles la jalousie e-t à peine connue, que par l'abus de la force où les mœurs de harem prennent leur origine.

'Voyons maintenant ce que sont la religion et les sacrilices dans

Page 1