NOTIONS ÉLÉMENTAIRES D*UNE AUTRE VIE
ces sociétés qui représentent le crime réduit en sysième et passé à l'état de coutume. Qu'olTrira-t-on auK fétiches, ou luèaie à d'autres divinilés d'un concept plus élevé, mais que l'on suppose animées dépassions cruelles? On leur offrira du sang, le plus précieux de tous les dons. On leur sacrifiera des prisonniers de «,Mierre, el cela par masses, si l'on peut. On mangera solennellement la viande de ces sacrifices, el la distribution S'î fera selon la formule : ks corps pour le peuple^ les têtes pour le chef, b' .san^j pour le fi'liclie. On bâtira des monuments avec des crânes, on dé[tosera des corps humains dans Its fondements. Mais si l'on croit le fétiche irrité, le peuple lui-même devra fournir les victimes; on siciitiera des enfants, ou des malheureu.x hors d'état de se défendre, sur la tète desquels on amassera sjmboliquement la responsabilité des tiansj^ressions populaires. Enfin le désir de faire honneur à des morts de distinction et de consacrer dans leurs obsèques le droit de la force, tlont ils ont joui de leur vivant, engagera à sacrifier sur leurs tombeaux des femmes, des esclaves, et jusqu'à des laiiiislres de leurs volontés, naguère tout-puissants. D'autres motifs encouragent à ces sacrifices : par exemple, la raison d'État, car ils assurent aux chefs une j^arantie barl)are contre l'empoisonnement; ou encore la sujierslition, cette idé ■ que l'àinedu maître sera ucconipagnée et servie [•tr les âmes des esclaves. Cette dernière raison fait comprendre îa coutume si répandue d'enterrer près des morts divers objets ou communs ou précieux à leur usage, bien que, souvent, on puisse n'y voir aussi qu'une sorte d'hommage pieux et une prolongation fictive du droit de propriété.
11 no faut point s'étonner de trouver la croyance à une autre vie, chez des hommes d'un esprit si peu développé. Il est vrai que certains peuples, soit fétichistes, soil môme élevés aune vue supérieure, montrent de l'indifférence et de la stupidité quand il s'agit d'étendre le concept de la vie personnelle au delà du présent. Mais le plus grand nombre se porte très naturellement à cette induction et admet sans peine des théâtres dillérents pour la manifestation d'une même essence spirituelle. On est loin de ces abstractions savantes, qui établissent des êtres artificiels, matière pure d'un côté, esprits purs de l'autre. Mais aussi l'étude des lois par lesquelles la vie et la pensée se lient à l'organisation n'oppose pas l'obstacle de l'habitude aux notions naturelles qu'on se fait d'une autre vie et d'une autre organisation, avec des propriétés plus ou moins étendues, mystérieuses, mais néanmoins imaginables. Dès qu'il n'y a point opposition absolue entre la vie et la mort, dès que tout semble animé dans la nature, et que lame, l'esprit, le souffie, idées identiques et aussi anciennes que l'humanité, sont employées à représenter quelque chose de permanent et de fon-