RELIGIONS DES TRIBUS DE RACE NOIRE
circonstances externes et des dispositions physiques et morales des races. Nous avons vu que le fétichisme répond, pour le fond des croyances, au plus bas degré de l'esprit; il faudrait donc supposer les hommes partis, non seulement de la table rase de l'expérience et des connaissances ou croyances particulières, ce qui est tout simple, mais encore d'un état d'impuissance et d'inaptitude réelle. Or celte hypothèse est toute gratuite, surtout si on la fait porter sur les races quelles qu'elles soient; et, de plus, en l'adoptant, on rend malaisé à comprendre un progrès postérieur qui réclame ces mêmes aptitudes qu'on a refusé d'admettre.
Puis, co fétichisme primitif qu'on regarderait comme inévitable, il faudrait le définir par ses parties innocentes et puériles, en le dépouillant de ceux de ses concepts et de ses rites qui supposent une conscience tournée à l'injustice et, par conséquent, un effet de la liberté. Quelque commune qu'ait été cette déviation, ou plutôt parce que toutes les religions l'ont subie à un degré ou à un autre, dans la mesure de l'invasion du mal moral, on ne saurait l'imputer essentiellement au mode fétichiste. Ce dernier genre d'adoration et de foi se réduit donc, en principe, au choix qu'il implique entre les puissances mystérieuses dont l'homme peut faire dépendre sa vie et son bonheur. Ce choix particulier était possible et naturel, nous l'avons vu, mais il n'était pas le seul possible et le seul naturel. 11 pouvait arriveiégalement que l'imagination religieuse fût frappée des grands spec tacles de la nature, delà beauté du ciel et de l'aurore, de l'éclat et .Ir la vertu génératrice du soleil, de la douce lumière et des phases de la lune, de la lueur mystérieuse des étoiles, dont l'influence est carlo'ey enfin de la force des éléments et des météores, et du prodige d'un phénomène à la fois doux et terrible, tel que le feu. Il pouvait arriver que la superstition vît des esprits partout dans les éléments, au lieu d'animer et de personnifler les éléments eux-mêmes. D'autres déterminations encore étaient possibles, et nous verrons qu'elles se sont en effet produites. Nous décrirons un certain nombre de formes de religion que tout nous porte à traiter d'originales et primitives. 11 serait du moins on ne peut plus arbitraiie de les regarder comme les produits de l'évolution d'une forme unique, lorsque cette prétendue forme première ne peut ni se démontrer a priori ni s'induire de l'observation et des traditions avec quelque vraisemblance (1).
Le fétichisme règne principalement sur les tribus de race noire
(1) Voir au sujet du félichifltiie, ainsi que de l'opinion suivant iaquelte ou devrait le regarder comme la religion priuiitive uuiverselle : Critique pfiilosophhfue, 1^0 série, t. XVH, pp. 13:1, l»;î, 216, et -Max Millier, Origine et développemeiil de hi ielt<ii">u pp. S''-11H.
en Afrique, et il y cède peu à peu à la propagande musulmane, non sans laisser de fortes traces chez les convertis. Les tribus occidentales et centrales offrent encore des types de cet état religieux. Les Holtentots, race et langue fort distinctes, tiennent aussi du fétichisme par la nature de leurs superstitions, mais paraissent s'en séparer en ce que leurs divinités sont moins arbitrairement multipliées et, dans quelques cas, moins grossièrement définies. Plusieurs voyageurs leur ont attribué le culte de la lune, joint à celui de certains êtres personnels imaginaires et de certains animaux. Les esprits et les revenants sont au nombre des objets qui occupent leur imagination. La tendance à l'adoration de l'animal, si naturelle dans l'ordre des sentiments fétichistes, semble avoir été générale et presque caractéristique dans toute cette partie du monde. On peut croire que la religion égyptienne, d'ailleurs très développée, a obéi sous ce rapport à l'influence d'une disposition commune. Mais il est possible que les Égyptiens, comme les Éthiopiens, comme les autres peuples qui touchaient à la côte orientale, aient reyu de l'Asie des éléments de religion, ainsi que de sang et de langue.
Il en est ainsi des Gafres. Cerlains rameaux de celte race se rap- [irochent, par le type physique et par quelques propriétés du langage, des peuples anciennement civilisés du nord-est de l'Afrique. Ils offrent même tel caractère qui convient au groupe appelé sémitique, et, par conséquent, à l'Asie, à ce qu'il semble. Leurs religions portent au même rapprochement, si l'on a égard à la place considérable qu'y occupent les pratiques de purification et la doctrine des souillures altachées à divers états ou circonstances de la vie. Au surplus, la notion de la divinité est peu développée chez les Cafres ; l'idée de la vie future, vague; ils ont des sacrifices destinés à apaiser la colère des puissances naturelles, ou celle de quelques animaux sacrés, mais sans culte ni sacerdoce réguliers; la croyance aux influences et aux sorcelleries est le fond de leur état religieux, et les applications en sont nécessairement mobiles, comme l'imagination qui en est le principe.
Les nègres australiens, parmi lesquels nous comprenons ici des peuplades del'Océanie, telles que les Papouas, passent pour les restes dispersés et de sang mêlé d'une race antique, qui se serait étendue des côtes orientales de l'Afrique aux terres de l'Océanie, et que des races moins abaissées auraient anciennement expulsée des presqu'îles de l'Asie et progressivement refoulée vers le sud. Quoi qu'il en soit de celte hypothèse, les races noires dont nous parlons, physiquement très distinctes des races africaines occidentales et centrales, ne sont pas sans affinité avec certaines des tribus du bord oriental, et l'analogie de religion suit l'analogie physique. Les nègres proprement dits
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