DU COMMENCEMENT EMPIRIQUE DE LA RELIGION ET UE LA RÉFLEXION
qui a manqué à ce qu'il croipiit devoir, d'un mécontentement d'une autre na'iire que celui qui appartient au simple re<,n et d'avoir lait ou manqué de fane ce «jne maintenant il voit bien qui aurait été plus expédient. L'école psychologique qui cherche dans les sentiments sociaux, dans la sympathie, dans l'attrait croissant de l'utilité générale, la source de la notion du devoir, méconnaît l'existence d'un caractère nientid spécifique, et se trompe sur deux points : un point de fait, relatif à rhi>toiie des niœms sociales : un point d'annlyse, en ne distinguant pas le sentiment du devoir faire (ou ne pas fuir-') ('-lie choi<e, qui est fondamental, d'avec les applications épuré, s et rationalisées de ce même sentiment auxquelles nous réservons aujourd'hui tout particulièrement la qualification de notions morales, et de connaissance dn devoir.
Et d'aboi d le caractère spécifique; il faut, pour s'en rendre nettement compte, le voir lié à la spéculation sur les possibles en conséquence de ce qu'on a le sentiment de pouvoir aussi bien faire que ne pas ftire, et vice versa. Cette spéculation est elle-même spécifique, et ses effets se voient aussi bien ou mieux dans les superstitions les plus absurdes que dans les idées rai.sonuables que l'homme est capable de se former sur ce qui peui arriver ou ne pas airi\er par l'effet de telle action qui dépend de lui, qu'il fera ou ne fera pas. Les animaux ont des instincts dont ils s'écarlent peu, des habitudes dont forigine est toujours motivée par une expérience constante d'où sortent pour eux des as.sociations d'idées régulières. Mais riiomme est sujet à des imaginations improvisées de toutes sortes et enclin à des suppositions arbitraires sur les rapports des choses et la liaison des événements. De là, tant de su|'er.stitions sur les chances, les sorts, les pratiques d'où l'on attend ceci ou cela, croyances puériles dont il y a partout de beaux restes, et qui ont nécessairement dominé en grande partie l'esprit humain avant la réflexion sur les lois, et l'observation méthodique des consécutions réelles. L'esprit d'imitation et l'autorité des chefs, dans les sociétés inférieures, font tourner en habitudes et en obligations les idées, maximes et pratiques ainsi nées de la libre imagination, sans pouvoir les soustraire aux variations de la spontanéité et de la mode, mais non pas sans créer aux individus des devoirs fondés sur la coutume et l'opinion étal)lie. Les racines de ces devoirs sont multiples : contrainte des mœurs, commandement spécial, au besoin, de ceux qui ont puissance ou autorité, et conviction régnante de l'utilité qu'il y a pour la tribu de faire ou non telle chose, ou de la faire de telle manière, et du danger d'agir autrement (1). Tout cela
(1). Voy. Bagthot, Lois scientifiques du développement des nations, passim, t-l particulièremeDt p. 138 et suiv. (édit. franc.).
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diffère essentiellement des habitudes animales et constitue le principe formel de l'oblij,'ation.
L'erreur de fait et d'histoire dans laquelle tombe l'école utilitaire, quand elle croit voir le progrès de la morale dans une aptitude croissante des hommes à subordonner leurs intérêts particuliers à l'utilité générale, et cela par l'effet d'un développement de 1' « altruisme », cette erreur consiste à ima-iner que le sentiment de l'utilité générale a exercé un empire moindre sur les idées et les mœurs des anciennes sociétés et des sociétés inférieures que sur celles des nations policées et des peuples modernes. La vérité est tout le contraire. Les plus anciennes coutumes et celles des peuplades les moins civilisées sont partout les plus oppressives, pour des raisons faciles à comprendre, et le proférés de la morale a toujours accompat^né celui de la liberté et des droits reconnus aux individus. L'altruisme, en tant que sympathie mutuelle, est une qualité des personnes; en tant que patriotisme, il est bien loin d'avoir augmenté depuis l'antiquité; en tant qu'humanitarisme, son action en fait est presque négligeable.
L'erreur d'analyse, enfin, est de confondre le dnmir avec les idées que, suivant les temps, on s'est tait des devoirs, dans les diverses sociétés et religions. H. Spencer applique sa théorie des « expériences d'utilité accumulées » à l'explication d'une « faculté d'intuition morale » qui se serait constituée progressivement dans l'espèce humaine. Il entend donc par là la notion élevée et épurée du devoir, et pense tomlier d'accord avec l'école intuitive ou aprioriste. Mais le fait est que les devoirs, considérés dans leur représentation empirique au sein de l'espèce, se sont imposés avec la plus grande énergie en faveur de croyances, de mœurs et de prescriptions religieuses et politiques, que l'on croyait fort utiles sans doute, mais qui différaient beaucoup de ce qui est d'une utilité réelle, et de ce que H. Spencer entend par intuition morale; tandis que les pures notions de justice et de charité ont toujours dû leur origine et leur propagation à des personnes
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De quelques religions de tribus.
Je crois avoir suflisamment déterminé le sens du mot fétichisme^ étendu outre mesiue par quelques auteurs. Ainsi le fétichisme n'est pas là où le culte s'applique soit aux grands corps naturels, aux astres par exemple, soit aux phénomènes traduits eu un système de personnilîcations et de mythes, où se donne carrière une imagination forte et créati ice. Ce ne sont point non plus des fétiches, ces dieu.K dont une religion encore très élémentaire envisage les personnes et les dynasties, aux confins du monde humain sur lequel ils ont e.xercé leur puissance, en partie confondue avec les forces de la nature. Kt il faut encore juger supérieures au culte fétichiste les croyances qui peuplent les éléments d'une multitude d'espiits invisibles mais actifs, bienfaisants ou malfaisants, quoique les pratiques liées à cet ordre de conceptions pui.s.>ent se rapprocher beaucoup de celles que le fétichisme en;j:endre. Ce qui caractérise véritablement l'état intellectuel et moral des tribus livrées à la superstition la plus infime, c'est cette bassesse de vues qui les tient attachées aux objets de foi les plus grossiers et les premiers venus, sans que leur intelligence atteigne jamais à quelque généralité, ni leur conscience religieuse à quelque chose de sérieux. Ce n'est pas qu'une peuplade africaine dont toute la religion ne consiste qu'en gris-gris, en amulettes et en simagrées, n'ait quelquefois plus d'honnêteté et de meilleures coutumes, au moment où nous l'observons, que n'en a telle autre, convertie à l'islamisme et fière de la connaissance d'Allah. Mais celle-ci doit posséder un esprit plus développé et une certaine fixité de croyance et de conduite, tandis qu'une superstition sans frein expose l'autre à toutes sortes d'aberrations et de caprices.
11 n'est nullement nécessaire que l'humanité ait débuté par le fétichisme. On peut faire valoir plusieurs raisons, et de très puissantes, contre cette opinion, si souvent exprimée. Ceux qui la partagent ne tiennent pas compte de la liberté de l'honHue, non pas même de la variété d'imagination, de passions et d'idées qui résultent pour lui de son intelligence plus ou moins ouverte, el des impressions diverses dues à ses premiers actes et à ses premières expériences, à raison des
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RELIGIONS DES TKIBUS DE RACE NOIHE