‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 85 sur 253 · POLYTHÉISME POLYNÉSIEN · texte numérisé non relu

POLYTHÉISME POLYNÉSIEN

ni à des lîogmos fi vos ni à des cultes réffuliers. Toutes les pratiques religieuses qu'on a pu oliserver çà et là chez elles se réduisent à des offrandes, qui sont des sortes de sacrifices, mais demeurés à l'état élémentaire ; puis à des cérémonies de purification, en faveur de ceux qui pour des raisons quelconques sont supposés avoir encouru la colère des puissances divines. Les ministres de la croyance publique donnent carrière à leur imagination et indiquent les procédés à suivre : ce sont des hommes ou des femmes disposés aux phénomènes extatiques et qui ont reçu de la nature ou de Thérédité le tempérament de leurs rôles. A certains moments, la contagion étend l'influence de ce tempérament et de là viennent des scènes de convulsions et de prophéties dans les assemblées. L'usage et les traditions déterminent et fixent plus ou moins exactement les formules de ce qui doit alors se passer ou se révéler. Une instruction spéciale se transmet des pères aux fils. Au reste, ces peuples connaissent très bien les moyens efficaces de produire l'état d'extase religieuse. Les Groenlan^iais, par exemple, font usage du jeûne et des tortures volontaires pour se mettre en rapport avec les esprits. Ces moyens ont réussi partout, et des religions plus fières que celles dont nous parlons ne les ont pas méprisés. Nos convulsionnaires jansénistes, dans le siècle dernier, n*en employaient pas d'autres pour se rendre capables de faire des miracles. Cependant le procédé le plus répandu dans les régions polaires est plus grossier : l'excitation due au son du tambour et aux mouvements du corps suffit ordinairement pour inspirer les sorciers ou les magiciennes (ainsi que les nomment les voyageurs). Une fois excités, ils prophétisent et révèlent les dispositions et la volonté des eA'p»v7à. Quelquefois le tambour lui-même sert à la divination, à l'aille d'une chaîne qu'on y renferme et dont les anneaux forment différentes figures qu'interprète le devin. Il est inutile que je m'arrête à ce qui peut s'allier de superstitions à ces pratiques : sortilè;.'es, incantations, interprétation des songes, etc. Tout cela est commun au môme degré aux peuples dont je me suis occupé jusqu'ici et à plusieurs de ceux dont je traiterai encore. Remarquons seulement, chez quelques tribus du nonl, le phénomène curieux d'un pouvoir attribué à l'homme sur la nature elle-même. Je veux parler de la puissance de lier et de délier les vents. L'enchanteur manie à cet effet certains nœuds qui peuvent être, dans sa pensée, ou des symboles ou les vrais moyens de l'acte merveilleux. On ignore sans doute lesquels, et lui-même le sait-il bien?

Franchissons maintenant l'espace d'un quart de méridien. Nous allons retrouver les mêmes caractères généraux de religion, chez une race bien «liftérente, sous un < liuiat ditlérent, avec de tout autres

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habitudes et dans les douceurs de la vie fainéante, et dans l'horreur des -uerrès d'anthropophages (1). Les Polynésiens nous présentent en effet^'un fond de pratiques et d'idées tout semblable à celui des tribus africaines, australiennes, boréales, américaines. L'existence de ce fond commun ne prouve rien de plus que l'identité des données mentales en des conditions physiques diverses ; aussi le développement varie-t-il, comme nous l'avons déjà vu, et comme nous le verrons mieux dans la suite, en même temps que varient l'intelligence et la moralité. Certaines parties de culte et de croyance se font jour ou s'étendent; d'autres demeurent obscures ou vont en s'affaiblissant. Dans la Polynésie, le fétichisme proprement dit tient peu de place, quoique l'imagination superstitieuse se montre encore créatrice, au détriment des autres fonctions intellectuelles. Il y a tendance mamfeste à la production des idées mythologiques et théologiques, parfois même morales ; et ces ébauches de dogmes varient d'archipel en archipel et les cultes ne sont point partout également ni constamment birbares, malgré l'analogie étroite de race, de langue et de concepts, ce qui prouve encore une fois combien les formes religieuses dépendent de la liberié et des habitudes de la vie morale. Quelques vices de moins, quelques facilités de plus pour former des sociétés d'une certaine étendue, et il est probable que les peuples de la Polynésie, livrés à eux-mêmes, auraient pu atteindre au même degré de développement religieux que telles tribus aryennes avec lesquelles ils ont des rapports sensibles.

Les Polynésiens ne sont peut-être qu'une race secondaire, où

entrent en proportions variables des éléments malais antiques, des

éléments australiens, d'autres encore, selon le gisement des îles. Il ne

f-iudrait pourtant pas accorder une valeur décisive aux arguments que

lethnologie et la linguistique fournissent en faveur de cette opinion,

< ar on peut croire aussi que des éléments étrangers se sont introduits

dans telle ancienne race qui, établie sur des points de la Malaisie, par

exemple, s'est ensuite répandue à l'est et au sud. Dans tous les cas,

la religion des îles, depuis les Carolines jusqu'aux Marquises et à la

Nouvelle-Zélande, en contournant l'Australie et laissant de coté les

races mélanésiennes, nous offre des caractères partout analogues avec

une institution commune, vraiment originale et importante, qu on

appelle le tabou.

Ce nom représente à la fois la forme habituelle de la superstition

(1) Je m'exprimerai volontiers au présent, en rapportant les croyances de la Polynésie. C'est que hier encore elles existaient; mais elles disparaissent de jour en jour et très rapidement, quelquefois avec les peuples eux-mêmes, dan? la Nouvelle-Zélande.

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