‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 97 sur 253 · RAPPORTS ET CARACTÈRES DES ÉGYPTIENS KT DES CHINOIS · texte numérisé non relu

RAPPORTS ET CARACTÈRES DES ÉGYPTIENS KT DES CHINOIS

pure, et plus donné de sa vie à sa croyance. On connaît son adoration caractéristique des animaux, ses apothéoses de rois, même vivants, et cette orf?anisation sacerdotale, une des plus fortes qui aient existé. La société éfïyptienne fut toute fondée sur des privilèges de naissance. Le Chinois 'ancien, au contraire, se trouvait déjà l'homme le plus dégagé, non de toute croyance, mais de la multitude des pratiques religieuses, ainsi que des dogmes qui les engendrent ou qui en procèdent chez les autres peuples. Son culte public, borné à quelques sacrifices, demeurait invariable, et la fantaisie ne brodait pas la foi, toujours simple, qui les inspirait. La morale était le fond très apparent, reconnu, rappelé sans cesse, d'un ordre divin et humain dont l'existence était posée en principe. La superstition s'allachait principalement à la divination et à ses procédés, suivant une tendance universelle de l'homme. Les êtres divins, dont l'anthropomorphisme et l'imagination religieuse peuplaient la nature en Chine comme ailleurs, mais avec une sorte de retenue et de bon sens caractéristique, n'arrivaient pas à l'état de grands dogmes et de théologie spéculative. Avec cela ni prêtres ni castes ; le système patriarcal, tout puissant et respecté qu'il fût. s'alliait dès l'origine avec l'idée formelle de la science, de la capacité et de la responsabilité pour tous les ordres de

fonctions.

Il est bien vrai que I.s inscriptions égyptiennes nous révèlent l'existence de cette même préoccupation qui nous frappe dans la Chine, et qui y demeurera constante, je veux dire des devoirs du peuple el des grands, et de l.i loi <lo justice et de travail. Les deux nations firent de l'organisation du bon ordre social el de la direction de l'étahlissement agricoln un objet capital de leur volonté. Mais les Chinois bornèrent leur vue, autant que possible, aux choses de la terre; ils visèrent toujours, par le travail, à lulile; dans les travaux et dans les fonctions, au règlemt'nl et à la légalité. L'instruction publique el le concours furent le; fondemeiils de leur doctrine et de leur pratique sociales. Les Égyptiens donnèrent une grande partie de leur vie, de leurs institutions et de leurs cités, au culte de la mort et à l'attente d'une autre vie ; leur elTort le plus grand fut d'élever des temples, surtout des tombeaux ; leur loi fut la loi vivante, ou royale, ou sacerdotale, et leur activité fut coniprimée par la distribution du peuple en ce qu'on peut appeler des rash's, «pioique en un sens bien moins propre et rigoureux que celui qui convient aux castes de l'Inde. Quand les castes durent ae dissoudre, ce qu'elles avaient amassé d'art et de science périt avec elles, et le peuple lui-même fut en quelque sorte anéanti.

Les conclusions du parallèle que j'indique ici ressortiront pleinement de ce qu'il est possible de connaître des anciennes conceptions

'Il

ORIOTNES DE LA CUTNE

reli-ieuses des deux peuples. Je commence par eux ce tableau des reli-ions, à cause de leur antiquité et de leur isolement, et parce qu'ils offrent une confirmation intéressante de la diversité profonde de ce que j'ai nommé les races rlhiques. Les religions dont j'ai parlé jusqu'à ce moment étaient les produits d un reste de sentiment moral et d'une faible spéculation, chez des familles profondément atteintes par les conséquences du mal initial. Maintenant nous abordons des nations demeurées très nobles relativement, chez lesquelles l'idée du devoir et l'amour du travail se témoignent avec force dès les temps les plus anciens où nous remontons; et nous allons les voir tirer d'un fonds commun de moralité des créations étonnamment dilférenfes.

C'est vers l'an 3000 avant notre èreque commence l'occupation progressive du territoire de la Chine parles cent familles. Un peuple pasteur, le peuple aux cheveux noirs, comme il se nomme encore, descend des montagnes du nord-ouest, refoule ou assujettit des occupants faibles et peu nombreux, qui ne vivaient que de chasse, passe luimême de la vie nomade à la vie agricole, et fonde dans le cours des siècles, à mesure que ses familles deviennent des tribus et ses tribus des Étais, une suite de royaumes unis par un lien d'abord naturel ei patriarcal, ensuite féodal. Vers 2600 se place, sous le règne d Hoaiiti l'ori-ine d'une chronologie dont la base et les points principaux paraissant véritablement historiques, quoique la division réguhère en cycles de 00 ans, et en ans de 305 jours 25, soit l'œuvre postérieure des chroniqueurs, non le produit d'une tenue exacte des anciennes annales depuis le commencement. Des historiens chinois ont fait souvent remonter plus haut leurs traditions, en admettant certams empereurs primitifs (toutefois d'une antiquité encore assez modérée) auxquels ils se plaisaient à rapporter les premières créations sociales le maria-e, l'agriculture, le calendrier, les éléments de l'idéographie. D'autres ont fait mieux; ils ont imaginé des règnes divins et des époques cosmogoniques. Mais ces dernières fictions sont étrangères aux idées religieuses aulhentiquement anciennes dans la Chine et peuvent avoir été suggérées par l'exemple de l'Inde. En général, on doi dire des empereurs antérieurs à Hoan-ti quêteurs vies fabuleusement longues et les inventions qu'on leur attribue les désignent a la critique comme des légendes de l'établissement civil du peuple chinois.

Les empereurs qui suivent ce même Hoan-ti, jusqu a la fin du xxuv siècle, nous offrent aussi des durées de vie et de règne inadmissibles ; les œuvres dont on a déjà fait honneur à leurs devanciers se répètent en leur faveur; mais les fables disparaissent en grande partie et sont remplacées par les détails caractéristiques de l'organisation

DÉLUGE d'YAO

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