ANCIENNES DYNASTIES DE LA CHLNE
sociale, entendue avec cet esprit positif et réglementaire qui distingua toujours la nation chinoise. On cite avant tout les règlements civils et religieux, les travaux publics, la fondation des écoles et du fameux tribunal des annales, l'introduction des monnaies, signe et conséquence de l'extension du commerce. Un premier effort de concentration du pouvoir se fait sentir, en môme temps qu'une disposition des princes à privilégier leurs personnes et à se mettre au dessus de la loi naturelle. C'est ainsi que la polygamie commence à l'exemple de l'empereur Ti-ko, et les débauches de cour avec son successeur Titchi qu'on nous donne comme ayant été déposé. Malgré les prétentions commençantes de cette autorité impériale que produit le besoin de centralisation, les empereurs sont électifs et restent tels jusque vers l'an 2200. Seulement nous devons comprendre que ni les candidats ni les vrais électeurs ne se trouvaient en dehors de certaines familles. De pareils traits ont vraiment un caractère historique et doivent nous porter à placer l'enfantement de la civilisation chinoise dans la seconde moitié de ce millénaire dont les premiers siècles appartiennent à l'œuvre des pionniers et des planteurs. Au reste, les princes des trois premières dynasties régulières de la Chine, qui s'étendent jusqu'au m* siècle avant notre ère, étaient regardés comme issus d'Hoafi-ti, et les prétentions généalogiques ne sont pas sans valeur chez un peuple qui a toujours porté si loin le culte de la famille. Le fait d'une convergence traditionnelle de tous les souvenirs vers le nom de cet empereur semble bien autoriser pour lui une place authentique dans l'histoire. Des règnes une fois, deux fois plus longs que ne le permet la vraisemblance, peuvent s'expliquer et par l'omission de une ou de deux générations qui marquèrent moins dans la mémoire humaine, et par la tendance de la postérité à grandir l'âge et la vitalité des ancêtres, dans l'ordre des conceptions patriarcales. L'étude des traditions sémitiques nous ramènera plus loin sur ce sujet et sur un autre qui s'y trouve lié. Je veux parler du déluge.
La période que commence l'empereur Hoan-ti se termine en etîet sous trois autres empereurs centenaires, Yao et ses successeurs par adoption, Chun et lu, le dernier desquels est le fondateur de l'hérédité du pouvoir et de la premiè.e dynastie. Or le règne d'Yao est signalé par un événement dont l'importance dut être générale en Asie, et dont la date approximative se rapporte trop bien à celles qu'indiquent les annales d'autres peuples pour que nous ne devions voir dans cet accord qu'une rencontre fortuite. Une inondation cruelle et prolongée affligea la Chine : les parties basses de la contrée demeurèrent longtemps sous l'eau, et ne furent rendues à la culture que grâce à une suite de travaux habiles et persévérants qui devinrent la
grande préoccupation des princes et des ministres pendant plusieurs générations. De cette époque date l'établissement de l'incomparable régime des eaux, aujourd'hui en décadence, mais dont aucun autre peuple n'a approché et n'approche encore. Un môme désastre, quoique nous en ignorions la cause, dut affecter la plupart des populations riveraines des grands Heuves du continent asiatique, et c'étaient celles qui passaient alors de l'état de tribu à l'état de nation, et de la vie du clan à la vie de l'histoire. Mais tandis que l'imagination des familles sémitiques demeura mystiquement frappée et élabora sur ce sujet des légendes cosmogoniques ou morales, les cent familles de la Chine sentirent la nécessité du travail et le besoin d'une haute direction gouvernementale de leur pays. Ce fut pour eux une question de travaux publics. Leurs principaux chefs donnèrent aux entreprises de canalisation, de dessèchement et de cadastre, à la statistique de la terre et de l'homme, à l'entente et à la distribution des approvisionnements et des cultures ce soin, cette attention religieuse qui devaient rester de tradition pendant quatre mille ans et conserver toujours quelque chose du sentiment d'une famille unique au sein d'une nation de trois cents millions d'hommes. (Voir le Chou-kin, p. I, ch. v, et p. Il, ch. I.)
La première dynastie fut fondée par l'empereur lu, c'est-à-dire par fauteur ou directeur principal de cette ancienne organisation matérielle du territoire, et de la distribution amiable du sol entre les familles alors existantes. Elle régna quatre siècles environ. Les Hia furent remplacés par les Ghafi, lorsque les abus ordinaires du pouvoir amenèrent une réaction morale des extrémités sur le centre. Les Chaù régnèrent jusque vers la fia du xii^ siècle avant notre ère. Ces deux dynasties piésentent une succession normale de générations et de princes, entremêlée de révolutions. Ces princes ne sont guère cités que pour leurs vertus ou pour leurs vices (1), et cela doit être quand leur unique fonction est la suprême direction patriarcale du travail national. Le pays était partagé entre des chefs féodaux, si nous pouvons nommer ainsi, faute d'une désignation plus exacte, les descendants de ceux dont l'empereur lu avait reconnu l'établissement territorial. On comprend que la corruption s'introduisit de préférence
(1) 11 e3t aussi question de quelques grauds phéuomènes naturels. Une éclipse de soleil, rapportée à certaine année, vers le milieu du xxii« siècle, permettrait une vérification mattiématique de cette partie des annales chinoises, si nos tables calculées avaient atteint le degré de perfectiou désirable. Mais le fait le plus curieuï est peut-ôtre la mention d'une sécheresse et famine de sept ans, vers 1760 ; car la date du ministère de Joseph, en Egypte, est Oxée par les égyptologues à peu près à la mêjae époque (vers 1750, selon le D' Brugsch).
DÉLUGE d'YAO
sociale, entendue avec cet esprit positif et réglementaire qui distingua toujours la nation chinoise. On cite avant tout les règlements civils et religieux, les travaux publics, la fondation des écoles et du fameux tribunal des annales, l'introduction des monnaies, signe et conséquence de l'extension du commerce. Un premier efTort de concentration du pouvoir se fait sentir, en môme temps qu'une disposition des princes à privilégier leurs personnes et à se mettre au dessus de la loi naturelle. C'est ainsi que la polygamie commence à l'exemple de l'empereur Ti-ko, et les débauches de cour avec son successeur Titchi qu'on nous donne comme ayant été déposé. Malgré les prétentions commençantes de cette autorité impériale que produit le besoin de centralisation, les empereurs sont électifs et restent tels jusque vers l'an 2200. Seulement nous devons comprendre que ni les candidats ni les vrais électeurs ne se trouvaient en dehors de certaines familles. De pareils traits ont vraiment un caractère historique et doivent nous porter à placer l'enfantement de la civilisation chinoise dans la seconde moitié de ce millénaire dont les premiers siècles appartiennent à l'œuvre des pionniers et des planteurs. Au reste, les princes des trois premières dynasties régulières de la Chine, qui s'étendent jusqu'au m" siècle avant notre ère, étaient regardés comme issus d'Hoafi-ti, et les prétentions généalogiques ne sont pas sans valeur chez un peuple qui a toujours porté si loin le culte de la famille. Le fait d'une convergence traditionnelle de tous les souvenirs vers le nom de cet empereur semble bien autoriser pour lui une place authentique dans l'histoire. Des règnes une fois, deux fois plus longs que ne le permet la vraisemblance, peuvent s'expliquer et par l'omission de une ou de deux générations qui marquèrent moins dans la mémoire humaine, et par la tendance de la postérité à grandir l'âge et la vitalité des ancêtres, dans l'ordre des conceptions patriarcales. L'étude des traditions sémitiques nous ramènera plus loin sur ce sujet et sur un autre qui s'y trouve lié. Je veux parler du déluge.
La période que commence l'empereur Hoan-ti se termine en effet sous trois autres empereurs centenaires, Yao et ses successeurs par adoption, Chun et lu, le dernier desquels est le fondateur de l'hérédité du pouvoir et de la premiè.e dynastie. Or le règne d'Yao est signalé par un événement dont l'importance dut être générale en Asie, et dont la date approximative se rapporte trop bien à celles qu'indiquent les annales d'autres peuples pour que nous ne devions voir dans cet accord qu'une rencontre fortuite. Une inondation cruelle et prolongée affligea la Chine : les parties basses de la contrée demeurèrent longtemps sous l'eau, et ne furent rendues à la culture que grâce à une suite de travaux habiles et persévérants qui devinrent la