FILIATION DES IDÉES
fique qui la détermine; mais «lies sont identiques à titre d’idées et d’éléments intelligibles qui sont l’objet de la pensée. Ou bien , ce qui revient au même , elles sont distinctes et identiques , parce que c’est Vidée qui les pose , et qui , en les posant, les sépare et les unit tout ensemble, pour atteindre à son absolue unité*. On peut dire aussi qu’elles sont identiques, parce qu’elles sont toutes immuables et éternelles. 11 n’y a , en effet, ni avant ni après, ni génération ni altération dans la sphère des idées, et, quand on parle de leur précession et de leur filiation , ce n’est que d’une filiation et d’une précession métaphysiques que l’on veut parler, c’est-à-dire de ce rapport qui fait qu’une idée étant donnée, une autre idée est nécessairement donnée par cela même. Entre les idées de l’être et du devenir, de la quantité et de la qualité, du bien et du beau, etc., il n’v a pas plus de filiation chronologique qu’entre le cercle et le diamètre. El les idées de temps et de mouvement ellesmêmes qui , par leur nature , semblent devoir être soumises à la naissance et à la mort, sont, elles aussi, impérissables et éternelles. Car, ce qui naît et ce qui périt, c’est tel temps et tel mouvement , et non leur essence*.
Ainsi donc , l’on a une série de termes à la fois semblables et dissemblables , où le terme qui suit tient à celui qui précède et s’en distingue, et qui , par cela même qu’il y tient, le renferme , tout en s’en distinguant. Mais ce rapport de contenance , cet enveloppement des idées les unes dans les autres ne doit pas être conçu à la façon de la logique ordinaire, c’est-à-dire comme un simple rapport de quantité,
1 Conf. plus bas, chap.
5 Conf § suiv., chap V, § 1 , et sMap. VI, § 3 .
comme un genre qui contient, dans son extension, des espèces, mais comme un rapport de qualité et d’essence*. Il existe, il est vrai, entre les idées uu rapport de quantité, en ce sens que leur différence peut être considérée comme un élément numérique qui s’ajoute à une idée et la distingue d’une autre, ou bien encore, en ce sens qu’une idée contient plus d’éléments ( espèces ou caractères comme on les appelle) que telle autre. Mais ce n’est là qu’un rapport extérieur, secondaire, et qui ne l’ait pas connaître la vraie nature de l’idée. Le rapport de contenance, au contraire, tel que nous l’entendons ici, est un rapport interne et consubstantiel, qui fait qu’une idée se retrouve et se continue, si l’on peut dire ainsi, dans une autre, tout en se transformant. C’est ainsi , par exemple , que l’idée de Y être se trouve comprise dans l’idée du devenir, l’idée de temps dans celle de mouvement, l’idée de lumière dans celle de couleur, etc. Seulement , l’être , le temps , la lumière , n’existent pas dans le devenir, le mouvement, la couleur, tels qu’ils existent en eux-mêmes et dans leur sphère propre et distincte, mais ils s’y trouvent combinés avec un nouvel élément, et comme élevés à une nouvelle existence*.
Si maintenant , d’après celte manière de concevoir les idées , ainsi que leurs rapports , on se représente par la pensée la totalité des idées, l’on verra qu’elles sont, en quelque sorte, poussées par un mouvement interne, qui les fait passer d’un état simple à un état de plus en plus complexe , ou, pour employer le langage de Hegel, d’un état abstrait
1 Voy. sur ce point noire llicsc latine « Platonis , Arislotdis el flegdii Je medio termina Joctrina > (Paris, 1815, chez badrange).
'*\oy. plus haut, chap. Il, § 1, et plus bas, chap. VI, § 3.