‹ Introduction à la philosophie de Hegel (volume 3)Chapitre 9 sur 20 · DE L'INTUITION ET DU SENTIMENT. M · texte numérisé non relu

DE L'INTUITION ET DU SENTIMENT. M

par un rapport nécessaire, de telle sorte, qu'en supprimant ses attributs, l'on supprime son être lui-même. Et, en effet, lorsqu'on affirme que l'absolu ou l'infini est, on n'entend pas par là qu'il est à la façon des existences phénoménales et finies , car ce serait plutôt nier son existence , mais qu'il est d'une façon toute idéale; c'est, en d'autres termes, une existence idéale, l' être par excellence , l'ens realissimum, l' être qui possède toutes les perfections, etc., etc., que l'on affirme. On pourrait ajouter que l'affirmation de l'être en général suppose l'idée de Y être, car, lorsqu'on affirme l'existence, il faut bien distinguer ce qui est de ce qui n'est pas, ou bien, une existence réelle et actuelle d'une exjstence possible, et pour cela il faut une règle, une forme générale et invariable de la pensée, c'est-à-dire une idée.

Ainsi donc, l'intuition sans l'idée est un état indéterminé, un acte obscur et vide de la pensée, ou, pour mieux dire, une pure abstraction et l'absence de toute pensée. Car il n'y a pas d'intuition indéterminée, d'intuition en soi, mais il y a intuition d'un objet, et d'un objet déterminé, fut-ce l'intuition de la pensée ou de l'intuition elle-même1. C'est par des considérations analogues qu'on peut montrer l'insuffisance de la théorie du sentiment.

Le sentiment sans l'idée est, comme l'intuition, un état vide de l'intelligence. Ce qu'il y a de clarté et de réalité dans le sentiment, c'est l'idée qui le lui communique, et les degrés de sa clarté sont les degrés du développement de l'idée qui devient présente à l'intelligence. Quand on

1 Conf. § suiv. Critique de la doctrine de Schelling, et chap. III, § 4.

dit, en effet, qu'on a le sentiment de l'existence de Dieu, de son individualité, de sa liberté, .ou l'on ne veut rien dire, ou bien il faudra que ce sentiment repose sur un acte, un principe, une forme plus ou moins définie de l'intelligence. Il en est du sentiment comme de l'intuition. On croit pouvoir s'élever avec son concours au-dessus de la région dès idées et saisir une réalité plus haute et plus vraie, et l'on se retrouve en présence de ces idées qu'on croyait avoir laissées derrière soi ; ce qui fait qu'en réalité il n'y a de changé que le mot, et qu'au lieu de dire qu'on connaît par et dans l'idée, le bien, le vrai, Y homme, on dit qu'on en a le sentiment. Seulement il y a ici la science de moins. Car on y emploie, sans discernement et comme à l'aventure , ces idées qu'on a dédaignées , parce qu'on n'en a pas saisi le sens et la valeur1.

Ainsi donc, l'idée enveloppe l'intelligence tout entière, elle est l'élément essentiel de toutes ses opérations, et on la retrouve à tous les degrés de la pensée , dans la pensée la plus élémentaire et la plus humble, comme dans la pensée la plus complexe et la plus élevée.

Page 1