‹ Introduction à la philosophie neoscholasticChapitre 40 sur 53 · MORALE ET DROIT NATUREL · texte numérisé non relu

MORALE ET DROIT NATUREL

aspirations morales de TAine expliquent, non moins bien que révolutionnLsme, l'apparition des langues et des cultes. L'idéologie péripatéticienne interprète adéquatement la genèse des états psychiques chez l'enfant ; l'interdépendance des fonctions physiologiques et psychiques chez un être doué d'unité substantielle rend compte des phénomènes de psychologie sexuelle, des faits bizarres de la psychologie pathologique, etc.

§ 33. — Morale et droit naturel,

156. Le siècle dernier a vu surgir en philosophie morale les systèmes les plus- disparates. Le matérialisme et le positivisme ont créé la morale utilitaire, et fait résider le bonheur, soit dans un bien-être égoïste dont « l'arithmétique du plaisir « a tenté de nombrer les facteurs, soit dans le bien-être altruiste de la collectivité. Spencer a transposé l'altruisme dans sa grande synthèse évolutionniste : d'après lui, la conduite morale prend ses origines dans les actes élémentaires du développement vital et do la jouissance concomitante; — elle suit une évolution parallèle à celle des structures, et mènera l'état social à un équilibre parfait qui réalisera l'harmonie des sentiments altruistes et du bien-être individuel. La formule évolutionniste a fait fortune, en morale comme ailleurs ; mais la plupart des évolutionnistes (p. ex. Leslie Stephen) se sont départis de l'idée spencérienne de Téquilibre final, et

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cherchent la moralité de la conduite dans son adaptation,, à tout moment, avec un état social en perpétuelle .voio de devenir. S'il en est ainsi, il n'y a aucune distinction intrinsèque entre le bien et le mal ; on en appelle à l'histoire, à l'anthropologie, à l'ethnographie, pour montrer que la norme . de la moralité est fonction du moment et du milieu. — Dans d'autres directions de la pensée, la rigide et sévère morale de Kant ordonne d'agir indépendamment de tout mobile extérieur, et exige l'obéissance à la loi pour la loi (impératif catégorique). La morale pessimiste de Soliopenhauer, partie de la notion kantienne du noumène, considère la nature et l'homme comme un ensemble d'objectivations de la volonté, qui ne naissent que pour lutter et souffrir. Ces dernières années le pessimisme s'est dépouillé de son enveloppe kantienne, et il a obtenu, pour lui-n)éme, un succès plutôt sentimental que philosophique. Voilà une série de systèmes contradictoires, tous entachés de telles lacunes qu'on a vu des moralistes de la réputation d'un SidgMÛck plisser successivement de l'un à l'autre^ sans qu'aucun les pût satisfaire ^).

Pas une théorie de la morale scolastique n'a trouvé grâce dans cette mêlée des systèmes. Les vieilles idées sur la fin de l'homme, la liberté morale, le bien et le mal, la loi et le devoir, la récompense et le châtiment sont-elles

') Lire à ce sujet quelques pages suggestives de Sidgwick, publiées par le Mind (avril 190l, p. 287), sous ce titre : « Prof. Sidgwick*s ethical view. An auto-historical fragment. »

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enporo défendables? Elld$ ne lô seront assurément. quaprès^ un débat contradictoire, et moyennant de subir :1a pierre de touche' des méthodes nouvelles que le positivisme ei^ Vévolution'nismo ont mises en honneur. Au lieu do partir de notions fixes et stéréotypées» dont le grand tort, vis-à-yls des adversaires, est de préjuger la question, il faudra contrôler les données de \q, conscience par les observations sociales et ethnographiques, tenir compte des A^ariatipu^ ou même des lacunes et défaillances du sens moral dans les sociétés frustes ou dégradées, et foire le départ dit changeant et de Timmuable. ,: :

Cette nécessité de faire appel aux méthodes d'observation sociale est plus apparente encore, quand de la morale générale bn descend au droit naturel oir celle-ci trouve son application. .

157/ 11 s'agit d abord de s'aâsurer des liens qui unissent le droit naturel ou la morale sociale aux principes de la morale générale. S'il faut, avec Kant, établir le djivorce de la inôrale et du droit, si Tune a pour donlaine les Hctes intmeurs ,ei autonomes , l.*aatrc les acteâ antérieurs et, fensemblè des conditions rpoyennant lesquelles Texerciee ^ là liberté est possible pqur tous, — le droit naturel n'a aucun rapport uvec la fin dernière des individus, il ne crée pout eux aucune obligation morale, et ses prescriptions sont assez, semblables à un code de police. , ' : ^

/Bien au contraire, il importe de tnontrer que le fondement du droit et du devoir, dans une société déterminée,

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résulte de la convenance des faits sociaux, connus par Tobservation, avec la fin suprême de tindividu. On peut dire que la manière de traiter les grandes questions de la morale sociale, la liberté des contrats, l'organisation du travail, la propriété, la famille, l'éducation, l'origine, les formes et l'autorité du pouvoir gouvernemental, les rapports de l'Église et de l'État, le droit des gens, et notam* ment les droits de la guerre et de la paix a subi une transformation complète. Non pas que le moyen âge les ait ignorées, mais il les résolvait de façon simpliste, suivant des procédés déductifs, où Ton ne trouve que de rares applications aux conditions sociales de l'époque. Or, la déduction peut sans conteste mener à quelques préceptes très généraux de droit naturel (l'interdiction de l'homicide, par exemple); mais elle reste muette devant les formes complexes et spéciales du devoir et du droit dans les diverses civilisations. Les sciences sociologiques et historiques, si fort en vogue de nos joui*s, ont montré à l'évidence que ces conditions sociales sont variables d'un moment de l'histoire à l'autre, qu'elles sont le résultat d'une foule de facteurs plus ou moins mobiles, et que dès lors le droit naturel doit se préoccuper non seulement des principes immuables^ fonction de la fin morale de l'homme, mais aussi des cir# constances contingentes qui enveloppent ces principes dans leur application. Les titrea de la propriété contemporaine et nos modes de production diffèrent de ceux du xiu* siècle, et notamment, les arguments par lesquels saint Thomas

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