‹ Introduction à la philosophie neoscholasticChapitre 41 sur 53 · MORALE ET DROIT NATUREL · texte numérisé non relu

MORALE ET DROIT NATUREL

justifie la propriété privée, n'ont plus aiyourd'hui la même force probante. De même, le prêt à intérêt, objet de tant de controverses chez les scolastiques, n'est plus dans notre milieu social, qui en fait un puissant auxiliaire de la production, ce qu'il était au moyen âge. De même encore, les recherches ethnographiques mettent au jour des formes élémentaires de la famille, dont plusieurs s'éloigoeot fort du type familial du moyen âge, etc. En résumé, la sociologie — entendue dans un sens large — est venue renouveler les méthodes du droit naturel.

La néo-scolastique doit en faire son profit, rejeter toute idée préconçue, accueillir toutes les observations, étudier chaque question à la lumière des faits relevés, non seulement dans le moment présent, mais à travers l'histoire. Fortes de cette méthode expérimentale, des doctrines telles que le matérialisme historique ont prétendu révolutionner le droit naturel ; on ne peut les combattre qu'à armes égales *).

*) A propos de la morale sociale des scolastiques, M. Charles Gide écrit : « La renaissance de Pécole catholique et même du thomisme rend indispensable aujourd'hui Pétude de ces doctrines qu'on croyait fossiles, et en les déterrant, on s'émerveille de voir combien elles paraissent vivantes et ressemblent à beaucoup de celles d'aujourd'hui, et combien peu de progrès en somme nojs avons fait ». Dans la Retue d'économie politique, 189o, pp. 514-515 (à propos d'un ouvrage de M. Brants, L& théories économiques au XllI^ et au XI Ve siècle).

82i LA PHILOSOPHIE NÉO-SCOLASTIQUE

: g 31. — Logique^

158. La logique d'Aristoie et de la scolastique est, de toutes les parties de la philosophie ancienne, celle qui a le mieux résisté aux outrages du temps. Le règne d'Aristote n'a pas encore pris fin, et des penseurs tels que Kant lui rendent hommage.

., La néo-scolastique doit donc reprendre toutes les saines théories du xiii® siècle. Il existe d'ailleurs de si étroites attaches entre T idéologie et la logique, que les solutions de la première commandent celles de la seconde. L'abstràc-^ tion explique toutes les lois qui régissent la disposition çciôntifique de nos jugements, puisque tout acte intellectuel repose sur elle : sans Tabstraction, on ne comprend ni là théorie des pcédicaments et des prédicables, ni le mécanisme du jugement en général, ni les lois du syllogisme et du procédé inductif, ni la nature de la démonstration, de la division, de la définition, ni la notion même de la science.

N'y a-t-il donc rien de neuf dans la logique néo-scolastique ? Bien au contraire. Depuis que Stuart Mill a créé une « logique formelle « en harmonie avec l'idéologie positiviste, toutes les règles de la pensée ont été remises en question. Le jugement, pour les positivistes, se ramène à une association de sensations ; le syllogisme est déclaré inutile (143), ou réduit à l'induction ; et celle-ci à son

LùûiQVË m

tour n'est qu'un passage du particulier au particulier. De même, la définition, au lieu de fournir la base des sciences, devient uoe pure description de faits, et la science ellemême, une nomenclature des associations constantes entre dics sensations expérimentées.

Obligée de rencontrer à chaque pas le positivisme, la néo-scolastiqué devra par là même préciser et fortifier ces théories vitale^. Cest ainsi que Finduction scientifique, prévue négligée dans la logique du moyen âge, n'a été établie sur ses bases véritables qu'à l'occasioç des attaques dont elle a été l'objet ;' et les méthodes inductives, si bien décrites par Stùart Mill, sont aujourd'hui adoptées par .tous les nëo-scolastiques. On lui a emprunté de même une classification nouvelle des sophismes, ef nous pourrions trouver d'autres exempte du bénéfice qiio trouve la néo-scolastique à frayer avec ses adversaires.

Plus que jamais, hi logique est un instrument de savoir;' car les lois de la pensée doivent régir la réalité extramentale. Le positivisme et la néo-scolastique s'accordent à reconnaître que la dialectique n'a pas sa fin en elle-même. Ainsi que l'observe finement un ancien, « ceux qui s'enferment dans la dialectique pouvent être comparés aux mangeurs d'écrevisses qui, pour une bouchée de chair, perdent leur temps sur un monceau d'écaillés «.

159. Depuis quelques années la méthode scientifique fait l'objet d'études si détaillées, que le chapitre de la logique

3Î6 LA PHILOSOPHIE NÈO-SCOL ASTI QUE

qui s'en occupe tend de plus en plus à se détacher et à constituer un tout autonome. 11 s'agit des méthodes constructives ou inventives (13), et non pas des méthodes d'enseignement de la science en général et des sciences en particulier : celles-ci appartiennent de nos jours à la didactique (152). Sous le nom de méthodologie, ou de logique appliquée, on aborde la méthode constitutive de chaque science particulière : de l'arithmétique, de la géométrie, du calcul différentiel et infinitésimal, etc., pour citer quelques sciences rationnelles ou déductives ; — de la physique, de la chimie, de la biologie, de l'économie politique, de l'histoire, etc., pour emprunter des exemples aux sciences d'observation ou inductives.

Quant à la méthode philosophique, la combinaison de l'analyse et de la synthèse demeure a fortiori l'âme de toute construction philosophique, puisque celle-ci doit embrasser d'un coup d'œil d'ensemble (synthèse) les sphères nombreuses (analyse) de l'ordre universel (4, 48, 120).

Page 1