NOTICE DE L’ÉDITEUR
Les livres ont leurs destinées, a-l-on dit et répété souvent. La destinée de celui-ci a été singulière, et l’éditeur est tenté d’en faire une courte histoire.
U Introduction a la Philosophie parut dans un temps où les petites susceptibilités de l’amour propre avoient été portées à leur dernier degré de petite irritation et de petite colère. Vraiment la chose en valoit la peine. On dispuloit pour savoir si la raison particulière des philosophes devoit l’emporter sur la raison humaine, et il y avoit une vieille tradition des écoles , qui s’obslinoit à vouloir que l’individu fut juge de la vérité, que sa conscience ou sa raison fut sa règle suprême, et que l’autorité en matière de philosophie fut considérée comme un despotisme intolérable et surtout singulièrement nuisible au progrès de l’intelligence. Il y avoit de bons catholiques qui soutenoient cette doctrine, la même, comme on voit, que celle de Luther, la même que celle des sectaires de tous les temps, la même que celles des matérialistes du dix-huitième siècle et des éclectiques du dix-neuvième. Or, ces bon scatholiques ayant alors le pouvoir dans les mains, il leur parut juste, pour confirmer cette doctrine de
la liberté individuelle et du droit de chacun, de se servir des avantages de leur position et d’empêcher, fût-ce par la violence, la doctrine contraire de s’établir dans le monde ; ils entendoient ainsi la philosophie et la liberté. Au moins, est-il certain que cette méthode les dispensoit de faire un grand effort de talent et de logique.
L’apparition de Y Introduction à la Philosophie , qui avec des formes nouvelles de raisonnement venoit traiter la question si plaisamment soutenue par mesures d’autorité, fut un de ces attentats contre le droit d'examen , dont il falloit dès le début arrêter les conséquences. On se mit à signaler le livre comme pernicieux, comme inepte surtout. L’auteur désho^ noroit l’université de France. Il falloit le chasser de ce corps si religieux et si saint. Il falloit un grand exemple pour réparer le scandale de ses doctrines. Ce fut pendant six mois une poursuite assidue, où par malheur le zèle étoit déshonoré par une grosse colère, peu digne d’une dispute où le nom du catholicisme devoit au moins apporter de la dignité *.
Après qu’on eut bien dit et bien répété toutes ces petites diatribes, et qu’on crut que le public un peu honnête étoit pénétré de la justice des accusations, on destitua l’auteur de son emploi. Il faut croire
, Voyez les divers écrits de M . , conseiller de TUniversité :
Réjlexions sur les écrits de V abbé de La Mennais , etc.; Nouveau coup d’œil sur le Mémorial , etc. 5 Encore un mot sur le Mémorial , etc. justification d’uu écrit intitule : Encore un mot , etc., etc.