APPLICATION DES PRINCIPES PRÉCÉDEMMENT EXPOSÉS
Nous avons dit que la raison trouvant hors d’ellemême, premièrement ses croyances, et ensuite ie fondement même de ses croyances, il lui restoit toutefois un vaste champ ouvert, par la liberté qui lui est donnée de chercher en elle-même, non point la certitude de la vérité, mais les moyens naturels de la rendre plus éclatante à l’intelligence des autres hommes, et de s’en pénétrer soi-même davantage par la méditation. « Quand la raison est soumise, dit un écrivain d’un sens très -droit et d’un esprit très- cultivé *, la philosophie, qui est sa règle, peut lui servir à s’expliquer. Car, ajoute-t-il ailleurs, quoique la raison du chrétien (c’est-à-dire, sans doute, la raison de l’homme en général) doive être soumise, il ne laisse pas de rendre compte de sa soumission, en combattant ceux qui attaquent sa créance, et en instruisant ceux qui l’ignorent. »
Ainsi la philosophie, telle que nous la présentons, ne condamne pas l’intelligence a un état de paresse et de torpeur, et nous n’entendons pas que l’homme doive
1 Le P. Rapiu, Usage Je la philosophie .
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se contenter de recevoir indolemment les traditions sociales sans y chercher pour lui- meme un sujet d’ëtudes et de hautes méditations. Les sciences humaines n’appartiennent-elles pas au christianisme bien plus qu’à tout autre système de religion et de croyances? La philosophie chrétienne jouit donc aussi de sa liberté, mais non pas d’une liberté sans frein. Elle offre à la raison le monde à explorer, la nature à étudier, tous les secrets de la vie à interroger; mais elle l’arrête au bord des abîmes, et elle ne lui laisse pas croire qu’elle va d’un regard percer les mystères. Philosophie prévoyante et sage, qui, tout en favorisant les recherches de l’intelligence, les travaux des arts et toutes les conceptions du génie, a toujours soin de montrer à l’esprit humain un précipice ouvert à ses côtés, où il tombe dès qu’il marche seul. La sagesse de la philosophie chrétienne se réconcilie donc d’elle-même avec la hardiesse de la raison : celle-ci marche à la découverte du monde ; l’autre la guide dans ses routes périlleuses; et ainsi les travaux de l’une sont toujours éclairés par l’expérience de l’autre. C’est à faire comprendre les avantages de cette alliance que nous allons nous attacher dans l’examen des diverses parties de la philosophie.
On pense bien que nous n’approfondirons pas les questions qui se rattachent à chacune d’elles; nous nous contenterons d’exposer les principes généraux sur lesquels elles ont besoin de s’appuyer, et nous montrerons comment, hors de ces principes, tout devient mystérieux et inexplicable pour la raison, dans les sciences même les plus positives.
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