V. Cousin, Schlegel sui* le Védanta
Quoi qu'il en soit, laissez-moi vous dire qu’un philosophe aussi profondément versé dans l'histoire de la philosophie que Schopenhauer, et qui certes n’était pas porté à louer exagérément toute autre philosophie que la sienne, a exprimé son opinion sur la
philosophie védanta, telle qu'elle est con-
tenue dans les Oupanishads, dans les termes suivants : « 11 n’existe pas dans le monde entier d’étude aussi profitable et aussi propre à élever l’esprit que celle des Oupanishads. Elle a été la consolation de ma vie, elle sera la consolation de ma mort ». Si ces paroles de Schopenhauer avaient besoin d’un endossement, je le donnerais volontiers comme le résultat de ma propre expérience, fruit d'une longue vie consacrée à l’étude de maintes philosophies et de maintes religions.
Si l’on considère la philosophie comme une préparation à une bonne mort, ou euthanasie , je ne connais pas de meilleure préparation à cet effet que la philosophie védanta.
Et Schopenhauer n'est pas la seule autorité qui parle en termes si enthousiastes de l'ancienne philosophie de l’Inde, et en particulier du système védanta.
Sir William Jones, qui n’est pas une médiocre autorité comme orientaliste et comme savant classique, remarque « qu’il est impossible de lire le Védanta ou les nombreux
et admirables ouvrages qui l’ont élucidé, sans penser que Pythagore et Platon ont puisé leurs sublimes théories à la même source que les sages de l’Inde » ( Œuvres . Edit, de Calcutta , I, pp. 20, 125, 127). Il n’est pas certain que sir William Jones ait entendu dire que les anciens philosophes de la Grèce ont emprunté à l’Inde leur philosophie. Si telle a été sa pensée, il trouverait peu d’adhérents à notreépoque, parcequ’une étude plus complète de l’humanité nous a enseigné que ce qui a été possible dans un pays Ta été également dans un autre. Mais il n’en reste pas moins vrai que les ressemblances entre ces deux courants de pensée philosophique de l’Inde et de la Grèce sont très frappantes, parfois jusqu’à causer de la perplexité.
Victor Cousin, le plus grand des historiens de la philosophie en France, dans des conférences faites en 1828 et 1829 sur l'histoire de la philosophie moderne, devant un auditoire de deux mille personnes, dit-on, s’exprima en ces termes: «Lorsque nous
lisons avec attention les monuments poétiques et philosophiques de l’Orient, surtout ceuxdel'lnde, qui commencent à se répandre en Europe, nous y découvrons maintes vérités, et des vérités si profondes, et qui font un tel contraste avec la médiocrité des résultats auxquels le génie européen s’est parfois arrêté, que nous sommes obligés de plier le genou devant la philosophie de l’Orient et de voir dans ce berceau de la race humaine le pays natal de la plus haute philosophie ». (Vol. I, p. 32).
Les philosophes allemands ont toujours été les plus ardents admirateurs de la littérature et plus particulièrement de la philosophie sanscrite. L’un des premiers qui aient étudié le sanscrit, celui qui a découvert l’existence d’une famille indo-européenne de langues, Frédéric Schlegel, dans son livre sur la langue, la littérature et la philosophie de l’Inde (p. 347), remarque : « L’on ne peut nier que les Indiens primitifs possédaient une connaissance du vrai Dieu ; tous leurs écrits sont pleins de sentiments et
A LA PHILOSOPHIE VÉDANTA
d’expressions nobles, clairs, d'une austère grandeur, aussi profondément conçus et respectueusement exprimés que dans aucune autre langue dans laquelle les hommes ont parlé de leur Dieu. » Et ailleurs: « La plus haute philosophie des Européens, l’idéalisme de la raison, tel qu’il est exposé par les philosophes grecs, apparaît, en comparaison avec la lumière abondante et la vigueur de l’idéalisme oriental, comme une faible étincelle prométhéenne dans la splendeur éclatante du soleil de midi — faible et incertaine et toujours sur le point de s'éleindre ».
Et plus spécialement en ce qui concerne la philosophie védanta, il dit: « L’origine divine de l’homme est continuellement enseignée afin de stimuler ses efforts pour y retourner, de l’animer dans la lutte et l’inciter à considérer une réunion et une réintégration avec la divinité comme le but principal de toute action et de tout effort 1 ».