‹ Introduction a la pratique gynécologique (volume 2)Chapitre 1 sur 100 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

J'ai déjà émis, sous des formes diverses, depuis une dizaine d'années, quelques-unes des idées contenues dans ce livre.

Entraîné par le désir de vulgariser les moindres choses de la gynécologie, afin de les soumettre au contrôle de ceux que cett^ science intéresse et de donner ensuite à la critique le temps d'accomplir son œuvre, je les ai répandues un peu partout, dans des mémoires ou des articles de journaux, dans des cours publics, dans des discussions ou des causeries.

Je n'ai donc pas l'illusion de produire aujourd'hui une œuvre absolument neuve, puisque la trace originale s'en retrouve dans des conceptions personnelles déjà exposées; mais c'est là, pour moi, un souci secondaire.

Je me félicite plutôt d'avoir eu la constance nécessaire pour attendre la maturité de mon expérience avant de publier une œuvre raisonnée et vécue.

Lorsqu'on s'est fait une opinion sur les choses, il est aussi instructif qu'intéressant de se condamner, pour quelques années, au rôle de lecteur et d'auditeur silencieux, tout en ne perdant rien de ce qui se dit ou s'écrit dans le domaine qu'on a assigné à sa propre observation.

C'est ce que j'ai fait pour quelques questions gynécologiques importantes que j'ai traitées dans ce livre.

J'ai pu, de la sorte, échapper, dans une certaine mesure, au mirage trompeur qui fait croire à quelques médecins que la gynécologie est une science née d'hier, et que les anciennes écoles ne nous ont légué

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que des notions fausses et désormais démodées. Tel n'est pas mon avis.

Celle science, il est vrai, a lait de tels progiès. en si peu de temps, qu'elle parait être toute nouvelle, alors qu'elle est seulemcnl transformée.

Entre les idées d'autrefois et celles qui prévalent aujourd'hui, il semble y avoir un alùme, tandis que la transition est facile à saisir : les nouveautés histologiques, la doctrine pastorienne, l'antisepsie chirurgicale, les résultats heureux de la chirurgie abdominale furent les premières causes de celle transformation. Il faut y ajouter la spécialisation précoce de la gynécologie à l'étranger, et la création de centres d'enseignement contiés à des hommes compétents en matière de pathologie féminine.

Ces hommes, en Allenuigne principalement, étaient déjà des maîtres en tocologie. Leur connaissance de l'histologie normale et pathologique et de la physiologie de l'appareil génital, établie par des travaux originaux antérieurs, leur a permis de mettre au point bien des questions encore incertaines.

11 ne leur restait à apprendre que la chirurgie spéciale à leur branche.

Or, cette chirurgie ne s'enseignait poinl. Les grands mailres de la pléiade chirurgicale française qui primait vers 1850, la pratiquaient peu. Quel(iues-uns la délaissaient par crainte des complications septiques.

Avec leur esprit méthodique et prompt à l'assimilation, les spécialistes allemands, aiinés de la méthode anlisepli(|ue, s'en sont emparés. C'est ainsi qu'ils ont pu monopoliser rapidement les matériaux d'étude et contribuer à la fondation des écoles, d'oii rayonna pendant vingt ans une science en apparence nouvelle. Cette science n'est i)Oin'lant faite eu partie que de la ti'adilion des écoles française, américaine, anglaise, etc., à la(|uelle vint s'ajouter la pratique généralisée d'opérations, donl quehiues-unes étaient des variantes d'opérations déjà inventées ailleurs, donl d'autres étaient restées jusque-là à l'état d(^ propositions ou de simples leiitalives.

Il y a moins de (juaraute ans, alors ([ue la gynécologie allemande

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n'existait pour ainsi dire pas (on en était à Scanzoni et Mayer), Boivin et Dugès, Récamicr, LisCranc, Marjolin, Jobert, Huguier, Aran, Nonat, Bernutz, etc.... en France; — Simpson, Churchill. Bennett, Barnes, en Angleterre; — Sims, Thomas, en Amérique, résumaient la doctrine gynécologique.

Depuis, avec les accoucheurs gynécologues Braïui, Winckel. Hégar, Kaltembach, Freund, Gusserow, Olshausen, Breisky, surtout avec l'école brillante et féconde de Schrœder, de Martin, et les jeunes spécialistes formés par ces maîtres, la gynécologie allemande a pris une allure et une forme différentes. La fusion de l'obstétrique avec la pathologie féminine, aidée des travaux de laboratoire, a accompli en partie cette révolution.

Aujourd'hui, les principes de cette école sont répandus partout. On ne compte pas moins de quatre traités allemands traduits en français depuis dix ans.

L'effort accompli là a donc été considérable. Le progrès est d'autant plus frappant qu'aux médecins français, naguère imbus d'autres traditions et, pour la plupart, négligents des spécialités lorsqu'ils n'en étaient point dédaigneux, il est apparu escorté d'une somme énorme de travaux produits dans un temps relativement court.

La forme tantôt succincte et didactique, tantôt analvtique et profuse de la plupart de ces travaux leur donne même une apparence de rigueur qui en fait exagérer parfois l'importance, el ne permet pas toujours d'en mesurer exactement la portée réelle.

Notre esprit ne se fait pas aisément au jeu subtil des statistiques, et nous les suspectons volontiers, surtout à cause de leur nature composite et de leur multiple pi'ovcnance. Les conclusions en sont en effet souvent attaquables. Nous préférons à la force des chiffres, discutable en pareille matière, l'opinion conci'ète exprimée par un maître qui a observé, contrôlé, comparé, et qui dégage des solutions nettes, basées sur une expérience suffisamment longue.

Le médecin français apprécie peu le fatras des descriptions, et la nomenclature fastidieuse dos opinions discordantes qui ne concluent pas. Que tii^er de pratique, en effet de l'exposé du manuel de dix

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opérations dilVérentes adaptées au même objet? Une seule lui parait devoir suffire; ou, s'il est nécessaire de plusieurs, il exige qu'on détermine nettement les conditions spéciales auxquelles chacune de ces variantes s'adapte le mieux. 11 veut, en un mot, le pourquoi, le motif raisonne de l'inlerventiou et du choix.

Incapable de faire sa critique seul, puisqu'il est dépourvu des centres d'enseignement où cette critique s'établit naturellement par le contrôle des faits, il réclame au moins un avis autorisé qui lui serve de guide.

Or, il est à craindre que la pauvreté dans laquelle se trouve l'enseignement gynécologique en France ne persiste encore longlemps. Les elforts individuels, isolés, l'initiative privée n'empêcheront pas que, dans nos hôpitaux, la chirurgie générale prélevant sa part légitime d'opérations, la médecine interne revendiquant ses droits acquis à la thérapeutique anodine dont elle dispose exclusivement, les accoucheurs enfm, relégués dans les Malei'uités et se limitant forcément à la chirurgie obstétricale, ne fussent isolément une besogne incomplète et peu utile pour la science.

Ce ne serait encore rien si elle n'était visiblement dangereuse pour les praticiens et les élèves qui flotleut nécessairement entre des opinions et des pratiques opposées dont on ne leur fournit pas la raison suffisante.

Le progrès est plus malaisé encore, si l'on songe ([ue la centralisation des études gynécologiques n'existe nulle pari chez nous; (jue l'observation est limitée pour le médecin, qui rejette de parti pris la plupart des procédés d'investigation ayant le moindre caractère chirurgical; (jue le chirurgien est obligé le plus souvent de se borner à tixer l'indication opératoire et à décidei- le choix du procédé après un examen forcément succinct; que le contrôle anatoinique ou bactériologique est confié à des hommes ayant peu de com|»étence en gynécologie; que l'éleclrothérapie est aux inaius de techniciens parfois peu instruits de la pathologie féminine.

Si l'on songe enfin (|ue raccoucheur. observaleur constant du jeu physiologi(iue de l'appareil génital, qui a assist('î nécessairement aux

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diverses étapes palhogéniques de la plupart des maladies, voit la patiente passer de ses salles dans celles du chirurgien dès que l'intervention réparatrice est indiquée, il faut bien présumer que son rôle, qui a été prépondérant en Allemagne, sera à peu près annihilé en France.

Je n'ai pas besoin d'insister pour montrer le contraste entre la pratique de la gynécologie à l'étranger et ce qui se passe chez nous.

Comment avec ces éléments dissociés arriver à faire un corps de doctrines et un enseignement clair, lucide et savant tout à la fois, compatible, en un mot, avec les exigences de notre esprit français? Comment surtout établir un contrôle utile des travaux étrangers? Comment faire avancer une science dont l'initiation commence à peine dans sa forme nouvelle? Cet état de choses explique assurément le spectacle bizarre des discussions dont certaines sociétés savantes ont été et sont encore le théâtre, des opinions qui se transforment radicalement d'une année à l'autre, de la prédominance des questions exclusivement opératoires. Sur des données déjà assez solides, on constate souvent non point de simples divergences, mais des doctrines diamétralement opposées.

Que devient la quantité énorme de pièces anatomiques qui se recueillent journellement dans les services où la chirurgie abdominale se pratique aujourd'hui avec le plus grand succès? 11 est bien rare qu'un opérateur prenne le temps d'édider un mémoire personnel sur l'anatomie pathologique de l'appareil génital.

A quoi servent donc ces richesses? pas même a éclairer cei'tains chirurgiens sur l'erreur qui leur fait extirper sans nécessité des ovaires à peu près sains et des trompes dont la muqueuse leur paraît anormalement vasculaj'isée. Le laboratoire a beau les étiqueter normaux, ces spécimens restent malgré tout, pour ces chirurgiens, des types morbides.

Je ne me dissimule pas qu'il faut un certain courage pour mettre le doigt sur ces plaies, et placer ces lignes en tête d'un livre français. Mais les vrais amis du progrès et de la vérité me comprendront et me pardonneront à raison de la sincéi ilé du but que je poursuis.

VI l'I'.Kl'AC.K.

Contraint do me faite ma propre éducation, j'ai puisé à toutes les écoles.

J'ai poursuivi l'étude et la pratique de la gynécologie, non pas dans le milieu facile de l'hôpital, où l'initiative s'exalte en même temps que la responsabilité s'atténue, mais dans le milieu de la clinique privée et dans la clientèle civile. Les idées et les procédés ici sont difiérenls et nul ne me contestera que le sentiment de la responsabilité n'y soit plus réel, la conscience plus ombrageuse, la prudence plus obligatoire, le devoir plus strict, (^osl peut-être le secret de la diirérence qui existe entre ma manière de voir et celle de quelques chirurgiens, sur des questions de première importance.

Mes écrits portent, sans doute, l'empreinte d'une retenue qui semble jurer avec les tendances actuelles. Je n'ai pas à m'en défendre. Je crois môme que ces divergences d'opinion s'atténueront vile et nécessaii'ement avec le temps. Avoir raison, un peu plus tôt que les autres, n'implique pas ici une clairvoyance supérieure, mais seulement une éducation diflerente. Je concède donc volontiers que c'est surtout le milieu qui décide sur ce point.

J'ai attendu dix ans avaiitde commencer la publication des résultats de mon observation et de mes études. Je ne saurais attendre davantage; aussi bien, le meilleur temps, le plus actif de ma carrière gynécologique, est vraisemblablement écoulé, et cette réllexion ne va pas sans quelque tristesse.

Cela dit, qu'il me soit permis d'exposer le programme que je me suis tracé.

Mon but est de publier un ouvrage complet de Gynécologie que je dédie aux élèv(;s et aux praticiens de tous pays (jui ont fréquenté librement l'institut modeste que j'ai fondé il y a environ dix ans.

Ils y retrouveront la substance des leçons d'autrefois.

Il était nécessaire, avant tout, de déblayer le teri'aiii et d'assoir les principales (lochincs qui leur sert de base, afin d'éviter, pour les chajiitres ultérieurs, les longues digressions scientiliques. — Cette considération m'a décidé à écrire d'abord ce volumt^ loni ;i tait nonveau dans sa cuntexture.

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