‹ Introduction a la pratique gynécologique (volume 2)Chapitre 82 sur 100 · PATHOGÉNIE DES LÉSIONS. INFECTION MIXTE · texte numérisé non relu

PATHOGÉNIE DES LÉSIONS. INFECTION MIXTE

La pathogénie de la blennorrhagie, nous l'avons vu, est restée longtemps obscure, même après que Neisser eût découvert le gonocoque.

Mais il ne s'agit plus de démontrer l'action pathogène du gonocoque sur l'urèthre, qui est acquise, et de prouver qu'il est l'agent habituel de l'infection gonococcique. Nous devons nous demande)' maintenant s'il est l'agent de toutes les lésions de cette infection. 11 nous faut en somme une confirmation générale décisive. Elle consiste, comme dans toutes les maladies infectieuses, à déterminer expérimentalement l'infection blennorrhagique dans les tissus et les organes auxquels l'atfection a le pouvoir de s'étendre.

Celte preuve décisive a manqué longtemps. Bien des auteurs ont essayé d'inoculer au.\ animaux soit des cultures du gonocoque, soit du pus blennorrhagique, mais en vain.

C'est Wertheim qui, le premier, a réussi à déterminer une péritonite blennorrhagique chez les souris blanches, en injectant dans le péritoine de ces animaux des cultures du gonocoque. Bien que les auteurs qui l'ont suivi (Charrier, Steinschneider) ne soient pas arrivés au même résultat, il semble néanmoins que les expériences de Wertheim ont une très grande valeur et résolvent le problème depuis si longtemps posé. Charrier et Steinschneider n'ont pas, ai-je dit, réussi à inoculer la blennorrhagie aux animaux ; mais h; résultat négatif ne saurait infirmer les faits positifs prouvés par les expé-

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riences de Werlheim, à savoir que la culture pure du gonocoque, injectée dans le péritoine, détermine une péritonite blennorrhagique. Comment expliquer l'échec de Charrier et de Steinschneider ? Il serait difficile de le dire. Peut-être ne se sont-ils pas entourés de toutes les précautions nécessaires, peut-être n'ont-ils pas suivi exactement les procédés indiqués par Werlheim.

Mais la blennorrliagie est-elle toujours uniquement produite par le même micro-organisme, le gonocoque avec sa forme, ses propriétés, ses caractères particuliers? Ou bien d'autres microbes peuvent-ils, pour leur propre compte ou associés au gonocoque, déterminer celte affection? A quel moment apparaît celte association? Question palpitante d'intérêt, primordiale et qui divise encore les observateurs.

Déjà, plus haut, j'ai dit que la réponse définitive dans un sens ou dans l'autre me parait impossible en ce qui concerne le principe même de l'inflammation blennorrhagique, mais la question se précise si l'on envisage seulement les infections mixtes au cours du puerperium.

Citons, à ce propos, quelques opinions nouvelles :

Whithe a trouvé, au microscope, le gonocoque associé à d'autres bactéries, dans plusieurs cas de pyosalpinx. 11 se prononce nettement pour l'infection mixle.

Léopold a constaté un cas d'ophthalmie bleimorrhagique chez un nouveau-né dont la mère, avantet pendant l'accouchement, availprésenfé une angine. Bien que, dans les lochies, il ait trouvé, à côté de streptocoques et de staphylocoques, des gonocoques, rares il est vrai ; que, d'autre part, l'ophthalmie de l'enfant ait été gonorrhéique, il se prononce, lui aussi, pour l'infeclion mixte.

En vérité, on ne comprend pas trop pourquoi Léopold considère ce fait comme une preuve de l'existence de l'infection mixte.

Qu'y a-t-il d'étonnant qu'il se trouve des streptocoques et des staphylocoques dans les lochies d'une accouchée atteinte, en outre, d'une angine? S'il avait trouvé des streptocoques associés au gonocoque dans le pus de l'ophlbalmie de l'enfant, il aurait pu affirmer l'infection mixle. Mais la coexistence de difi'érents organismes pyogènes dans les lochies ne prouve rien, étant donné que, d'après Werlheim, les streptocoques et d'autres microbes peuvent

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pénétrer, en effet, dans les organes atteints de blennorrhagie, seulement à la fin de la période aiguë, lorsque l'inflammation spécifique aiguë commence à décroître.

Fritsch tient le juste milieu entre les dualistes et les unicistes. Pour lui, la salpingite et la péritonite locale sont d'origine purement gonorrhéiquc, tandis que la bartiiolinile suppurée et la péritonite progressive sont produites par l'inleclion mixte.

Dirai-je que cette division me paraît dénuée de fondement? Pourquoi la salpingite serait-elle de nature gonococcienne pure, tandis que la bartiiolinite suppurée serait causée par une infeclion mixte où, à côté du gonocoque, viendraient agir le streptocoque et le staphylocoque? Si l'on admet que le gonocoque est capable de provoquer un processus inflammatoire et suppuratif pr«mî7j/", il serait, me semble-t-il, tout naturel d'accepter le même processus pour la barlholinite; les conditions dans lesquelles se produit l'inflammalion, soit dans les trompes, soit dans le péritoine, soit dans les glandes de Bartiiolin, étant les mêmes : à savoir le passage du gonocoque des organes externes dans les organes profonds.

J'arrive aux unicistes, parmi lesquels la première place est occupée bien entendu par Wertheim,

II n'admet pas d'autre microbe pathogène, dans l'espèce, que le gonocoque, en se basant d'abord sur ses expériences, ensuite sur les faits cliniques que nous avons relatés plus haut.

Quant à moi, j'avoue que, pendant longtemps, je suis resté dualiste, mais que maintenant, après le travail remarquable de Wertheim, ma conviction est ébranlée et j'admettrais volontiers que le gonocoque, et le gonocoque seul, est capable de déterminer les lésions primitives variées de la blennorrhagie aig^ii', comme la métrite, la salpingite, la pelvimétrile, la péritonite, tout en réservant un rôle et non le moindre au streptocoque et au staphylocoque dans les suppurations seco7idaires.

RÉCIDIVES DE LA DI.E^i^^ORRHAGIE.

C'est encore à Wertheim qu'on doit l'interprétation des récidives, interprétation basée sur l'expérimentation et que nous exposerons plus loin.

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Frilsch se demande quel mécanisme vient parfois réveiller nn processus inflammatoire qui paraissait complètement éteint. Le nouveau contage, dans ce cas, vienl-il de l'iirètlire. de l'utérus ou des glandes de Bartholin ? — ou bien le gonocoque se serait-il cantonné à l'état latent? Évidemment non, dans la plupart des cas du moins. On peut, en effet, observer ce fait qu'une femme, anciennement gonorrhéique, reste parfaitement saine pendant un laps de temps assez long et qu'elle relombe malade après le coït avec son mari, qui lui aussi est un ancien blennorrhagique. On ne peut l'expliquer qu'en admettant que la femme s'était habituée pour ainsi dire à ses gonocoques personnels, mais que ceux-ci, en présence du gonocoque du mari ont reconquis toute leur virulence.

Cela explique aussi le fait révélé déjà par Ricord, que les époux gonorrhéiques peuvent rester individuellement sains en apparence, grâce à une sorte d'accoutumance, et que chacun d'eux sera néanmoins capable d'infecter une tierce personne absolument vierge de gonocoques.

Wertheim a prouvé l'exactitude de cette interprétation d'une façon fort ingénieuse.

Ayant préparé des cultures de gonocoques provenant d'un homme affecté d'une blennorrhagie datant de deux ans, il les injecta dans l'urèlhre d'un autre homme, sain celui-là. Immédiatement une gonorrhée aiguë se produisit chez cet individu. Mais les mêmes cultures reportées, par injection, sur le premier, n'ont rien détermmé : il était donc accoutumé à ses gonocoques.

Alors Weriheim prit les cultures obtenues chez le second individu et en injecta au premier. L'ellet attendu fut obtenu et celui-ci fut atteint d'une gonorrhée aiguë.

Cette expérience prouve trois choses : d'abord que la virulence des gonocoques, malgré la durée de la maladie (deux ans), n'a pas été affaiblie, puisqu'elle a déterminé une gonorrhée aiguë; ensuite qu'un gonorrhéique est immunisé contre ses propres gonocoques; enfin que le même gonocoque ayant p issé sur l'urèthre d'un autre homme, est aussi nuisible pour celui dont il provient que pour un individu parfaitement vierge de blennon liagie.

Wertheim tire donc de cette expéiience les conclusions suivantes :

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