STÉRILISATION DES PIÈCES DE PANSEMENT
E. — Désinfection des pièces de pansement. — Leur préparation économique.
De nombreuses substances sont employées aujourd'hui pour les pansements.
A. — Le coton hydrophile ionit d'une faveur presque universelle : il est extrêmement employé dans la pratique chirurgicale et sert en effet très utilement à l'abslersion des liquides sécrétés parles plaies. 11 n'est que d'un usage limité en gynécologie courante. Nous le rejetons comme impropre à la confection des tampons destinés à rester à demeure dans le vagin. L'ouate ordinaire stérilisée s'utilise tout aussi bien. Nous avons adopté, autrefois, pour tous les usages, l'étoupe puriliée par le lavage et à l'éluve, et pendant cinq ans, nous nous en sommes servi à peu près exclusivement. Son prix peu élevé suffirait à assurer sa supériorité en pratique sur les autres produits en dehors de ses qualités dont voici les principales. Elle est souple, ne se brise point, se façonne aisément en matelas ou en bourdonnets. Elle est propre, blanche et se désinfecte à merveille.
Que faut-il penser de ces préparations coûteuses qui, au lieu d'une purification destinée à les rendre aseptiques, vise à faire de l'ouate, du coton, de l'étoupe, etc., des substances antiseptiques? Nous ne recourons jamais à ces produits fort chers, qui imposent des sacrifices exagérés aux malades. Qu'ils soient saiicylés, phéniqués, boriqués, créolinés, etc., ils ne nous inspirent aucune confiance comme agents d'antisepsie; et lorsque la nécessité d'une désinfection s'impose, nous ne les employons jamais qu'en leur adjoignant des antiseptiques sous forme liquide ou sous forme pulvérulente, soit pour les appliquer sur une plaie plate, soit pour garnir une plaie cavitaire. A quoi bon, dès lors, ces imprégnations préalables de substances qui s'altèrent à la longue et qui ont toujours le tort d'inspirer une confiance trop absolue? La gaze, la tarlatane, la mousseline et les étoffes du même genre sont d'un emploi analogue à celui de l'étoupe et du coton. Nous ne concevons pas davantage l'utilité des
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préparations compliquées de ces substances. L'expérience nous a montré que sur une plaie nette et aseptique, un matelas de gaze purifiée, séparé de la peau par riodofornie ou du salol pulvérulent, protège suffisamment la réparation. Quand il s'agit de garnir le fond du vagin ou une surface criientée cavitaire, l'usage a consacré l'emploi de la gaze imprégnée d'iodoforme.
La gaze iodoformée est aujourd'hui d'un emploi journalier dans le traitement des maladies des femmes. Après des essais nombreux et répétés, on peut affirmer qu'aucun antiseptique connu ne peut être substitué à l'iodoforme.
Malgré son odeur désagréable, malgré sa facile absorption par les muqueuses, malgré ses inconvénients, l'iodoforme est le désinfectant le plus précieux que nous possédions dans la pratique gynécologique.
B. — La gaze iodoformée sert surtout à protéger le vagin après les opérations, à faire des tamponnements aux plaies faites cbirurgicalement. Nous entrerons donc dans quelques détails.
Autant que faire se peut, il ne faut se procurer de la gaze iodoformée chez les pharmaciens qu'à bon escient. La gaze que la plupart des fabricants livrent à ceux-ci est sèche, raide, mal imprégnée de la substance antiseptique; il suffit de déchirer cette gaze pour que l'iodoforme se répande en poussière. L'étoflc semble avoir été simplement saupoudrée d'iodoforme, et cette substance antiseptique ne fait pas corps avec elle. Certaines qualités sont impures et par cela même irritantes, probablement par le mélange avec des substances colorantes d'une action corrosive.
11 faut donc être, par expérience, fixé sur la provenance de la gaze iodoformée, ou mieux la fabriquer soi-même, ce qui est à la fois sûr, pratique et très économique.
Neiiber plonge sa gaze dans un mélange ainsi composé :
lotloformc 50 grammes
Élher 250
Alcool 750 —
Au sortir du liquide, l'étoffe se sèche vite. WOlflcr recommande le mélange suivant :
GAZE lODOFORMEE. 47
lodoforme 50 grammes
Glycérine 60 —
Alcool à 94° 1200 —
Colophane 100 —
pour 6 mètres de gaze.
Don, chef du laboratoire de la pharmacie centrale des hôpitaux, a fait connaître le procédé qu'il emploie pour fabriquer la gaze iodoformée.
Il fait la solution suivante, qui sert à préparer 10 mètres de gaze blanche lavée et sans apprêt :
Ether rectifié 500 grammes
Alcool à 90» 500 —
lodolorme 50 —
Colophane 0 gr. 20
Huile de ricin 0 gr. 50
On coupe la gaze en bandes d'un mètre : on place dans une terrine vernissée 50 grammes delà solution dans laquelle on trempe une bande d'un mètre ; on imbibe cette bande, on l'exprime et on opère de même pour les autres bandes jusqu'à ce que la solution soit épuisée. On plie en quatre chaque bande, qu'on étend ensuite dans un endroit complètement obscur et chauffé à 25 ou 30°.
En trente minutes, la dessiccation est achevée.
Landau désinfecte une gaze fine et blanche dans une solution de sublimé au millième. Il laisse sécher la gaze et la découpe en bandelettes qui ont deux ou trois travers de doigt de largeur sur un à deux mètres de longueur. On plonge les bandelettes dans une solution saturée d'éther iodoformé, on les laisse sécher et on les conserve dans des flacons stérilisés.
Nous avons coutume de procéder de la manière suivante : On prépare tout d'abord, dans une large cuvette, la solution d'iodoforme.
lodoforme en poudre 45 grammes
Alcool à 90° 150 —
Glycérine 40 —
Ce mélange doit être remué avec soin, de façon à empêcher l'iodoforme de se déposer au fond du vase.
On prend un paquet entier de gaze souple, purifiée, aseptique', et
1. Gaze purifiée. 5 mètres de long sur 78 cent, de larg. Prix 1 fr. 50.
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on le coupe en grands carrés ayant 50 centimètres environ et plies en plusieurs doubles à la façon d'une serviette.
Ces carrés au nombre de 10, peu épais, sont plongés tous à la fois dans le mélange précédent. On les imbibe, puis on les exprime plusieurs fois de suite dans le but d'imprégner tous les carrés d'une quantité à peu près égale d'iodoforme. Quand tous les morceaux de gaze ont pris une teinte uniformément jaune, la préparation est terminée.
11 suffit de comprimer, avec les mains, la gaze ainsi cliargée d'iodoforme, et de l'étendre sur une étoffe imperméable et aseptique afin de favoriser la dessiccation. Il est bien entendu que la personne chargée de la fabrication de ces gazes doit prendre toutes les précautions autiscpliqucs désirables (antisepsie des mains, etc.).
On obtient, par celte manipulation si simple, une gaze qui reste superbe de couleur, souple, douce, légèrement onctueuse au toucher et largement inlprégnée de la substance antiseptique. . Bien d'autres procédés ont été préconisés. Il est inutile de les passer en revue parce qu'ils ne diffèrent pas sensiblement de celui qui vient d'être décrit. Citons cependant encore celui de M. Michel, qui est excellent.
M. Michel, qui prépare les gazes antiseptiques, les éponges et le catgut à l'usage de la clinique ciiirurgicale de Necker, se sert du procédé suivant que nous recommandons :
Il commence par désempeser la tarlatane, en lavant ce tissu et en le laissant détremper, pendant plusieurs heures, dans de l'eau chaude. Lorsque la tarlatane a subi cette première préparation, on la trempe dans une solution de permanganate de potasse à 2 ou 5 pour 100 et on l'y laisse séjourner quelque temps. Ou la })asse ensuite dans une solution de bisulfite de soude à saturation, coupée de partie égale d'eau.
On la laisse sécher et on la fait stériliser dans une éluve à air chaud que l'on porte à ir)0 degrés.
La gaze ainsi stérilisée est trempée dans la solution suivante :
lodoforme en poiidiT 1 parlie.
Ktlicr 10 —
Cette gaze est placée sur des fils bien stérilisés que l'on tend dans
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une salle où la ventilation est disposée de telle sorte que l'évaporation puisse se faire aussi rapidement que possible.
La gaze est pliéc sur un linge passé à l'étuve et on l introduit dans un flacon en verre jaune et qui aura été soigneusement stérilisé. Une fermeture hermétique met la gaze iodoformée à l'ahri de toute contamination.
C. — Gaze saloUe. — On peut, avons-nous dit, poser en principe qu'aucune gaze ne peut remplacer la gaze iodoformée. Mais parfois il devient nécessaire d'employer une autre substance que l'iodoforme, par exemple, pour maintenir l'asepsie du vagin, une fois celui-ci bien et longuement désinfecté. Le cas se présente chez quelques femmes, qui supportent mal l'absorption de l'iodoforme.
Nous adoptons alors le salol.
La gaze salolée se prépare de la môme façon que la gaze iodoformée. Les 45 grammes d'iodoforme seront remplacés par 45 grammes de salol. Les manipulations sont exactement semblables aux précédentes.
La gaze salolée ainsi préparée est souple; mais nous répétons que ses propriétés antiseptiques sont bien inférieures à celles de la gaze iodoformée. Une gaze salolée ne devra pas rester plus de vingtquatre heures dans le vagin, sous peine de contracter de l'odeur, et de permettre l'altération des sécrétions retenues.
D. — La gaze créolinée, d'après nos études, est d'un usage encore plus infidèle. Aussi, ne s'en servira-t-on que par exception, comme pis aller et en surveillant avec soin la malade. Nous n'avons pas expérimenté les nouveaux antiseptiques préconisés en gynécologie (iodol, microcidine, airol, etc.).
D'après M. Terrier, à toutes les gazes iodoformée, salolée, phéniquée, aussi bien qu'aux ouates de même nature, on pourrait substituer dans bien des cas, et môme toujours, de la gaze ordinaire et de l'ouate hydrophile stérilisées. A condition d'adopter le principe des pansements fréquents, nous pourrions nous ranger à cette manière de faire, mais la pratique chirurgicale, hors de l'hôpital, a des exigences qui ne se satisferaient pas aisément de cet usage.
La désinfection des substances employées comme agents de dilata^
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tion, sera détaillée en regard de chacune des opérations spéciales qui nécessitent leur emploi.
Nous terminerons ce chapitre par un coup d'œil rapide sur les substances antiseptiques le plus communément employées.