Décubitus (jenu-pectoral
Le nom de genu-pectoral donné autrefois à ce genre de décubitus (de Camper 1650 à Deventer 1701) lui a été assigné de nouveau par H. F. Campbell {Trans. uf thc Ain. <jyn. soc. 1876). Les gynécologistes français du commencement de ce siècle connaissaient bien cette position. Boivin et Dugès écrivaient : « Dans quelques circonstances, même, il est bon qu'elle (la lemme) soit soutenue sur les genoux et les coudes, les cuisses écartées et les fesses tournées au jour du côté duquel se tient aussi l'explorateur. »
H. F. Campbell s'est appliqué à faire ressortir les diflerences de la véritable position genu-pectorale {Knee-chest) (fig. '25) avec la position dite de Bozcman, dont l'introduction datait de 1853, dans laquelle
le tronc est horizontal; et même avec la position représentée par R. Simpson, reproduite par B. Ilart et F. Barbour, dans laquelle la tête sert d'appui au tronc.
Dans la vraie position, la poitrine et les genoux, grâce à la par-
Fig. 25. — Position de fiozeman (Campbell).
laite verlicalilé des cuisses, reposent sur le même plan horizontal.
La figure 26 représente les silhouettes linéaires de la position correcte et des deux variétés incorrectes de la position genu-pectorale :
Fig. 24. — Position de Simpson.
les cuisses, au lieu d'être verticales, sont ou trop fléchies ou trop étendues.
La position genu-pectorale est très souvent employée en Amérique (F. Campbell, Bozeman) ; elle est conseillée par quelques auteurs anglais (Hart et Barbour) et allemands (Ilegar et Kaltenbach). Elle nécessite l'emploi d'un spéculum spécial à valves séparées dont celui de Sims est le type.
Voici les cas dans lesquels le décubitus genu-pectoral peut rendre de réels services.
En plaçant une valve sur la paroi recto-vaginale et en la tirant de
Fig. 25. — Position genu-peclorale régulière. — Knee-cliest (Campbell).
bas en haut, on ouvre largement le vagin et on facilite la pénétration de la lumière et de l'air dans son intérieur : les faisceaux lumineux étant dirigés obliquement de haut en bas, le septum vésico-vaginal et les culs-de-sac se découvrent et peuvent élrc examinés minutieusement.
La pression almosphérique maintient béante la cavité et tend ses parois. L'attiludc elle-même contribue à approfondir le vagin.
Elle permet de constater l'état des parois vaginales après une opération plastique et sans violenter les tissus.
On peut voir ainsi des fistules qu'on n'apercevrait dans aucime attitude Fig. 26. — siihoi.eties linéaires. — (Boivin et Dusfès). Certains gynéco-
l.a première indique la position cor- , , p. . .
recle. Les deux aulrcs sont vicieuses. 'ogUCS préfèrent Cette pOSltlOU pour
pratiquer le cathétérisme utérin réducteur, dans les rétrofle.xions.
Nous nous en sommes servis avec avantage, pour faire le pansement quotidien des épilhéliomas ulcérés et inopérables de l'utérus, lorsque, après le curage, la cavité reste profonde, et que l'orifice
situé en arrière, est assez étroit et ne peut être ramené en avant, à cause des adhérences contractées par le col avec la paroi rectale et le sacrum. La position genu-pectorale facilite Tintroduction des tampons, au moyen d'une pince courbe jusqu'à une certaine profondeur de la cavité utérine. Elle permet de faire un tamponnement méthodique de la cavité vaginale.
On se sert avec succès de cette posture pour examiner une tumeur ou un utérus dans des cas déterminés. :
Une tumeur enclavée peut se mobiliser aisément, quand on place la malade dans cette position.
Quelques rétro-déviations se redressent spontanément de cette façon. Le prolapsus ovarien peut être heureusement influencé par cette position prolongée. Enfin, quelques opérations des fistules vaginales sont plus facilement pratiquées dans cette situation. On l'utilise pour faciliter la réduction de Vulérus en rétrove7\sion. C'est, après Camper, IL F. Campbell qui a insisté le plus sur l'importance de cette position dans ce but spécial.
Dans celte position, le contenu de la cavité abdominale est entraîné en avant et en bas par son propre poids. La pression abdominale s'exerce avec moins de force sur le plancher pelvien.
Si l'orifice vaginal est ouvert, l'air distend la cavité du vagin et amène le déplacement de l'utérus, dont le fond est entraîné en bas et en avant par la pesanteur de l'organe.
Un large vagin est une bonne condition à la réussite de celte manœuvre.
Cette posture est recommandée pour le cathétérisme urétéral.
Désavantages. — La posture genu-pectorale change parfois inopinément les rapports des organes. Il faut s'orienter et réfléchir avant de comprendre la situation nouvelle de l'utérus, des annexes, etc. : le doigt tâtonne forcément. Si l'examen à l'aide delà vue est favorisé, par contre l'examen, par le toucher et le palper combinés, ne peut être pratiqué que dans de très mauvaises conditions.
Chez les femmes à vagin profond et étroit, on n'a aucun avantage à user de cette position, car le col et les culs-de-sac sont entraînés en bas et éloignés d'autant du doigt explonaleur. C'est seulement lorsque le vagin et la vulve sont largement ouverts que celte position offre de véritables avantages, mais, en pareil cas, toutes les postures
sont bonnes pour Texamen; la plus simple et la plus commode est la meilleure.
La position genu-pectorale est plus désagréable et plus fatigante pour la femme que la position française. La chloroformisation, dans la première, est difficultueuse et exige le concours d'aides nombreux. Il faut une table spéciale pour pouvoir se passer de quelques aides, et le chirurgien se trouve dans la nécessité d'opérer debout. En somme, le décubitus genu-pectoral, excellent dans des cas assez rares, ne peut être considéré comme la posture de choix, soit pour pratiquer un examen, soit pour faire une opération.