LES EXPÉRIENCES DE FLOURENS
« Finalement, la poule sans lobes a donc perdu tous ses sens : car elle ne voit, ni n'entend, ni n'odore, ni ne goûte, ni ne touche absolument rien.
« Elle a perdu tous ses instincts : car elle ne mange plus d'elle-même à quelque jeûne qu'on la soumette, elle ne se remise plus à quelque intempérie qu'on l'expose, jamais elle ne se défend contre les autres poules, elle ne sait plus ni fuir, ni combattre, il n'y a plus d'attraits pour la génération, les caresses du mâle sont ou indifférentes ou inaperçues.
« Elle a perdu toute intelligence : car elle ne veut,, ni ne se souvient, ni ne juge plus.
« Les lobes cérébraux sont donc le réceptacle unique des sensations, des instincts, de l'intelligence. »
Les lobes cérébraux sont le siège exclusif des sensations, des instincts, de l'intelligence : telle est la conclusion que Flourens ne se lasse pas de répéter. Cette conclusion a été critiquée de bonne heure, et il est certain que la forme n'en est pas entièrement satisfaisante. Si l'on conserve toutefois aux termes dont l'auteur a usé le sens qu'ils avaient pour lui, on trouvera qu'elle ne s'éloigne guère de celles que les physiologistes contemporains énoncent sans le moindre scrupule. Il suffirait, en particulier, de remplacer le mot « sensation » par le mot « perception » pour la rendre à peu près acceptable1.
I. « On juge qu'un animal ne jouit plus d'un sens, quand il n'use plus de ce sens », écrit Flourens. L'emploi d'un tel critère était bien dangereux. Un illettré n'use pas de sa vue pour lire : il serait absurde d'en inférer qu'il nevoit pas. Un individu qui ne reconnaît plus n'a pas cessé dans tous les cas de voir. Flourens croyait que l'ablation des hémispbères entraîne pour l'ani-
l'ame et le cours
Flourens se flattait d'avoir découvert une « loi générale et constitutive » de l'embranchement des vertébrés. Les recherches de ses continuateurs devaient lui donner raison en principe. Elles ont montré toutefois que le résultat des expériences pratiquées sur l'oiseau ne saurait être étendu tel quel à d'autres espèces. Les effets consécutifs à l'extirpation des hémisphères varient, 'sinon en nature, du moins en degré, avec le type de l'animal. Peu marqués chez les poissons et les batraciens, ils s'accusent au fur et à mesure que l'on envisage des représentants plus élevés de la série zoologique, pour prendre enfin, chez l'homme, toute leur puissance et toute leur ampleur.
mal une cécité complète. Munk, soixante ans plus tard, soutenait la même opinion. Ils se sont trompés l'un et l'autre. Un pigeon, privé de ses lobes, évite les obstacles : c'est donc qu'il voit. Mais il n'interprète plus ses impressions visuelles : c'est donc qu'il ne perçoit pas.