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Telle est du moins la règle chez le droitier

LA CONSCIENCE ET LE SYSTEME NERVEUX

L importance do cette zone a été reconnue de bonne heure. Gall, le premier, en devine le rôle. Bouillaud montre, en 1825, qu'une lésion des lobes antérieurs peut entraîner la perte du langage articulé. Dax découvre, en i836, la signification que l'hémisphère gauche assume cet égard. Broca soutient, dès 186 1 , quel' « aphémie » se rattache à une lésion intéressant le pied de la troisième circonvolution frontale. Wernicke, enfin, distingue l'aphasie sensorielle de l'aphasie motrice. La doctrine ébauchée par Wernicke est devenue classique. Marie s'est efforcé de la renouveler. Quelque opinion que l'on défende présentement sur la nature des aphasies, certains résultats peuvent être tenus pour acquis. Tels quels, ils contribuent à éclairer la signification de l'écorce cérébrale et méritent d'être relevés.

La zone, dont les successeurs de Broca et de Wernicke ont précisé peu à peu les limites, se développe au voisinage immédiat de la scissure sylvienne. La plupart des anatomistes contemporains enseignent qu'elle atteint le pied de la troisième frontale en avant et le pli courbe en arrière. On peut admettre que toute lésion portant sur ce territoire affecte le langage. Il est certain que le caractère des troubles varie avec le siège de la lésion. La zone du langage comporte à cet égard deux parties, une partie antérieure, frontale, et une partie postérieure, temporale et pariétale. Les accidents localisés dans la première commandent essentiellement l'aphasie motrice. Ceux qui intéressent la seconde provoquent les divers symptômes de l'aphasie sensorielle.

l'activité psychique et le cerveau

La description suivante que nous empruntons à l'exposé classique de Dejerine1, donnera une idée suffisante des phénomènes que l'on 'observe dans l'aphasie motrice. Au degré le plus avancé, les malades n'émettent qu'une sorte de grognement. D'autres articulent certains sons, toujours les mêmes. Tantôt il s'agit de sons n'offrant aucun sens, tantôt de mots correctement prononcés, mais que l'aphasique répète indéfiniment. D'autres enfin n'ont plus à leur disposition qu'un voca* bulaire extrêmement restreint. Souvent l'aphasique a conservé une courte phrase, une exclamation, un juron, qu'il emploie à tout propos. Aux degrés moins graves, la phrase se réduit à ses éléments essentiels. Les verbes sont à l'infinitif (style nègre) ou même sont omis (style télégraphique). Dans les cas très légers, le malade s'arrête tout à coup au milieu d'une phrase, cherche un mot, et ne l'articule qu'à grand'peine. Il arrive que le trouble persiste indéfiniment à tel ou tel de ces degrés. Mais d'ordinaire il s'accroît peu à peu ou, au contraire, il s'atténue, en accusant les phases successives que nous venons de distinguer. Le chant est dé règle beaucoup mieux conservé que la parole. Le malade est souvent capable d'articuler, en chantant, les mots qu'il ne peut articuler en parlant.

Le trouble capital de l'aphasie motrice porte sur l'expression. Ajoutons cependant que les autres modalités du langage sont toujours plus ou moins altérées. Le malade comprend ce qu'on lui dit, mais parfois il

1. J. Dejerine, Sémiologie des affections du système nerveux (Paris, 1916), p. 78 et suiv.

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le comprend mal. Il a tout autant de peine à écrire qu'à parler. Il ne lit qu'imparfaitement.

A l'aphasie motrice s'oppose l'aphasie sensorielle. Le tableau en est tout différent. Il peut être retracé comme suit1.

L'incapacité de comprendre les mots est le symptôme qui frappe tout d'abord. Le malade, dont l'acuité auditive est demeurée normale, ressemble à un individu transporté tout à coup dans un pays étranger dont il ignorerait la langue. Cette surdité spéciale est au reste plus ou moins profonde. En règle générale, l'aphasique sensoriel reconnaît son nom et se détourne dès qu'on l'appelle. Certains mots usuels peuvent être retenus. Il arrive, enfin, que la surdité verbale soit très légère et qu'on ne la découvre qu'en la recherchant avec soin. La cécité verbale accompagne la surdité verbale. La première est à la vision ce que la seconde est à l'audition. Le malade est dans l'impossibilité de lire. Les mots écrits ou imprimés ont perdu pour lui toute signification. Il n'y voit que « du noir sur du blanc », un dessin qu'il n'interprète plus, une arabesque sans valeur. La cécité verbale accuse au reste tous les degrés. En règle générale, le malade reconnaît son nom.

Tels sont les troubles fondamentaux de l'aphasie sensorielle. Ils en commandent un autre dans le domaine de l'expression. t

L'aphasique sensoriel parle mal, non qu'il ne puisse articuler, mais parce qu'il confond sans cesse les mots.

i. J. Dejerink, l. c, p. 85 et suiv.

l'activité psychique et le cerveau

Il les prend les uns pour les autres. Il commet des « lapsus linguae ». Il mutile les vocables qu'il conserve. Il en forge de nouveaux tout à fait inintelligibles. Cette altération est caractéristique. On la désigne sous le nom de paraphasie. A la différence de l'aphasique moteur, le malade ne chante pas mieux qu'il ne parle. Lorsqu'il essaie d'écrire, il ne trace d'ordinaire que quelques traits informes. La paragraphie accompagne dans certains cas la paraphasie. La copie reste possible, mais elle s'exécute servilement. Le manuscrit est transcrit en manuscrit et l'imprimé en imprimé. Les lettres ne figurent plus qu'un dessin dénué de toute signification et que le malade reproduit sans le comprendre. L'intelligence est presque toujours affectée. Le déficit à cet égard est en général plus marqué chez l'aphasique sensoriel que chez l'aphasique moteur. Il est rare que de tels malades se rétablissent entièrement. La surdité verbale peut s'amender. La cécité verbale est plus tenace. Quant aux altérations de la parole et de l'écriture, elles persistent d'ordinaire jusqu'à la fin.

L'analyse des troubles que les descriptions précédentes résument à grands traits est infiniment délicate. Broca expliquait « l'aphémie» parla perte d'une mémoire spéciale, affectée à la coordination des « mouvements propres au langage articulé». La plupart des cliniciens se sont inspirés de la doctrine qu'il avait esquissée. Ils rapportent les symptômes variés de l'aphasie à la destruction des divers «centres» qui, chez le sujet sain, présideraient à l'exercice du langage. Une telle interprétation dépasse évidemment les faits. Admettons

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qu'une lésion, limitée par exemple à la circonvolution de Brôca, provoque dans tous les cas une aphasie motrice. La condition cérébrale du trouble se trouverait assignée. Le siège de la fonction dont on constate le défaut ne serait pas établi du même coup. Monakow a justement insisté sur ce point1. Une montre a pour rôle de marquer l'heure. L'arrêt des aiguilles tient le plus souvent à la rupture du ressort moteur. Il serait absurde néanmoins de chercher dans ce ressort seul le siège d'une fonction liée à l'intégrité de tout un mécanisme complexe. On peut en dire autant des appareils cérébraux. Les observations recueillies par les cliniciens permettent tout au plus d'affirmer qu'une lésion portant sur le « centre de Broca » représente une condition nécessaire de l'aphasie motrice. Rien ne démontre que cette condition soit suffisante. Rien surtout n'autorise à chercher dans un territoire d'étendue restreinte le siège unique du langage articulé.

Chez l'homme qui parle, écrivait jadis William James2, tout le cerveau entre en action. C'est en des termes identiques que Monakow s'exprime aujourd'hui. Les « centres » que l'observation du malade conduit reconnaître ont servi longtemps de support à de simples abstractions3. Interrogée de bonne foi, l'ana-

1. G. von Monakow, Ergebnisse der Physiologie, VI, p. 44o et suiv.

2. W. James, The principles of psychology (Londres, 1891), I, p- 56, 176 et suiv.

3. Trop de médecins et de psychologues sont restés à leur insu les disciples <le Gall. Ils s'obstinent à localiser des « facultés ». Ces facultés ne sont pas tout à fait celles de l'école phrénologique, mais elles représentent encore ■des fonctions complexes dont les éléments seuls peuvent être localisés, au sens propre de ce mot. Le cerveau n'est nullement homogène, comme l'en-

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tomie pathologique est venue confirmer les résultats que l'analyse psychologique découvrait il y a près de trente ans1.

3. Le principe du parallélisme. — La solidarité de l'esprit avec la matière n'a jamais été contestée. L'observateur se borne à en prendre acte. Le philosophe l'interprète à son gré. Les faits que nous venons de passer en revue attestent tout au plus l'existence d'un rapport entre l'activité cérébrale et l'activité psychique. La nature du lien qui unit l'âme au corps soulève un nouveau problème. Il n'est guère de métaphysicien qui, depuis Descartes, ne se soit efforcé de le résoudre.

Descartes avait conçu la physique sur le modèle de la géométrie. La matière qu'il se donne pour reconstruire le monde ne retient d'autres propriétés que celles dont le géomètre a besoin pour ses démonstrations. Elle se réduit en définitive à l'étendue divisible, figurée et mobile. Pour obtenir la « substance corporelle », il suffisait d'éliminer les « qualités secondes ». Mais ces qualités ne sauraient être anéanties : elles deviendront les modes de la « substance spirituelle ». La séparation de l'esprit et de la matière se trouve désormais achevée. L'âme s'enrichit aux dépens du corps. L'esprit absorbe la réalité concrète. La matière tombe au rang d'une

tendait Flourens, mais l'activité de cet organe n'est pas non plus dissociée, comme le supposait Gall.

1. Voir, sur cette question, G. von Monakow, Ueber den gegenwàrtigen Stand der Frage nach der Lokalisation im Grosshirn, Ergebnisse der Physiologie, I, 2e partie, 534 ; 1902 ; III, 2e partie, 100 ; 190/i ; VI, 334 ; 1907 ; Thcoretische Belrachtungcn iiber die Lokalisation im Zentralnervcnsystem, ins besondere im Grosshirn, l. c, XIII, 206 ; 1913.

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fiction mathématique. Entre cette fiction et cette réalité, il est à coup sur impossible d'imaginer une relation de cause à effet

Les contemporains de Descartes aperçurent d'emblée les difficultés d'une semblable position. On ne devine pas comment l'âme pourrait mouvoir le corps, si elle n'est pas elle-même matérielle, objectent tour à tour Gassendi et Arnauld. N'est-il pas plus facile, reprend la princesse Elisabeth, « de concéder la matière et l'extension à l'âme, que la capacité de mouvoir des corps et d'en être ému, à un être immatériel?»1. La réponse de Descartes ne pouvait être qu'une défaite. Non sans humeur, le philosophe écarte la question.

Que l'âme agisse sur le corps, c'est là, dit-il2, un de de ces faits d'expérience qu'à vouloir expliquer, on ne réussit qu'à obscurcir. Pourquoi, au reste, supposer « que, si l'âme et le corps sont deux substances de diverse nature, cela les empêche de pouvoir agir l'une contre l'autre?»3. Les scolastiques n'admettaient-ils pas que la pesantetir, dont ils faisaient une « qualité réelle», est propre à mouvoir les corps? C'est mal user, il est vrai, d'une qualité réelle que de l'appliquer à la pesanteur, mais il est légitime d'invoquer une pareille notion « pour concevoir la façon dont l'âme meut le corps»4. Le philosophe ne pouvait se faire

1. Lettre d'Élisabeth à Descartes. — Descartes, Œuvres, édit. Adam et Tannery, III, p. 685.

2. Lettre de Descartes pour Arnauld. — Desgartes, l. c, V, p. 22a.

3. Réponses de Descartes à Gassendi. — Descartes, l. c, IX, p. 2i3. A. Lettre de Descartes à Élisabeth. — Descartes, L c, III, p. 667 et

suiv.

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beaucoup d'illusions sur la valeur de ces éclaircissements. Restituer les qualités réelles dans l'homme, après les avoir chassées de la nature, c'était avouer l'impuissance de sa doctrine à résoudre le problème de l'âme et du corps, tel qu'il l'avait posé1.

C'est « en s'abstenant de méditer, écrivait Descartes à sa correspondante2, que l'on apprend à concevoir l'union de l'âme et du corps ». Les disciples du maître montrèrent moins de réserve. Acceptant la distinction radicale qui s'était opérée entre la matière et l'esprit, ils demandent à Dieu d'assurer une correspondance entre l'âme et le corps. Malebranche recourt à un miracle perpétuel. Ce miracle, Leibniz le reporte à l'origine des choses. Une «harmonie préétablie» a réglé pour toujours l'accord des deux substances. Le Dieu de Spinoza est le support commun de l'étendue et de la pensée. « L'âme et le corps, sont pour l'auteur de YEthique, une seule et même chose, conçue tantôt sous l'attribut de la pensée et tantôt sous celui de l'étendue. D'où il arrive que l'ordre des choses est parfaitement un, soit que l'on considère la nature sous tel attribut ou sous tel autre, et partant, que l'ordre des actions et des passions de notre corps et l'ordre des actions et des passions de notre âme sont simultanés » 3.

Le « monisme » contemporain se rattache à ces grands

I. Les philosophes qui, à l'exemple de Descartes, enseignent que l'âme est i>ne « force », usent d'un pareil détour. Force est le nom moderne de ce que les scolastiques appelaient qualité réelle.

3. Lettre de Descartes à Élisabeth. — Desgartes, l. c, III, p. 692.

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