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LES INSTINCTS SOCIAUX

dance originale? Il importait au moins de poser la question. Hypothèse pour hypothèse, le plus simple est de tenir pour primitive la recherche de l'uniformité elle-même. Telle est de fait l'opinion que Claparède a défendue1. Elle est plus naturelle et nous l'adopterons.

Les instincts qui viennent d'être définis sont des agents d'uniformisation. S'ils opéraient seuls, la collectivité formerait une masse homogène. Telle n'est pas, on le sait, le caractère des groupements humains. Toute société est une hiérarchie. Les rapports de subordination réciproque que l'on observe dans les plus humbles même procèdent aussi bien de tendances nouvelles. Il reste à les spécifier.

« Aimer à plier la conduite des autres hommes à nos desseins, écrivait autrefois Garnier2, ... c'est ressentir ce qu'on appelle proprement l'amour de la domination. Si tous les hommes étaient également possédés de cet amour, la société serait impossible ; elle ne le serait pas moins, si aucun n'avait de goût pour conduire les autres. Ici encore la nature pourvoit à notre sûreté avec une merveilleuse harmonie de moyens divers : en même temps qu'elle met dans le cœur de quelques-uns le goût très vif de la domination, elle dispose le plus grand nombre à la soumission et à la docilité. » On ne saurait mieux dire. L'analyse du vieux psychologue pourrait sans doute être complétée. Le « goût

1. E. Claparède, Psychologie de l'enfant, p. 477- — « La recherche du conforme », dit Claparède, représente « la part instinctive du processus •d'imitation ».

2. A. Garnier, Traité des facultés de Vdme (Paris, i852), I, p. i53.

Larguier des Bancels. i5

l'instinct

de la domination » et celui de la « soumission » ne concourent pas seuls à assurer l'équilibre social. Le rôle qu'ils jouent à cet égard n'en est pas moins décisif. A oublier ce qu'il y a d'original dans les tendances auxquelles obéissent l'autoritaire ou le docile, on se méprendrait grossièrement sur les conditions fondamentales de toute société1.

Les tendances à la soumission et à la domination peuvent se compliquer à l'infini dans l'espèce humaine. Elles se traduisent en principe par des réactions très simples. L'homme qui a conscience de sa force cherche par ses allures à en imposer à autrui. L'homme qui se croit faible se montre déférent. Ces attitudes contraires s'ébauchent de bonne heure. L'enfant s'efforce tour à tour d'accaparer l'attention des siens et de se soustraire à celle des étrangers. Ses parades comme sa timidité sont instinctives. Elles manifestent les premières poussées de la double tendance à laquelle l'adulte obéira jusqu'à la fin. L'instinct de la soumission et celui de la domination ne sont point d'ailleurs le propre de l'humanité. Ils se dessinent progressivement. Tout le monde connaît l'expression qu'ils accusent chez le chien. « Faire le chien couchant », c'est, dans l'espèce canine

I. Il est instructif de joindre aux remarques de Garnier celles d'un sociologue contemporain. « S'imaginer que l'ancienne féodalité, en Europe, fut imposée exclusivement par la force est une chose absurde,... on peut répéter la même chose pour la clientèle romaine, pour les maîtrises du moyen âge, pour les monarchies et, en général, pour toutes les organisations sociales où existe une hiérarchie ; celle-ci ne cesse d'être spontanée pour être imposée exclusivement par la force qu'au moment où elle est sur le point de disparaître. » V. Pareto, Traité de sociologie générale, édit. franc. (Lausanne,.

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