LES INSTINCTS ÉGOÏSTES
comme dans l'espèce humaine, s'assujettir à son semblable par de basses soumissions.
La déférence fait le fond de ce qu'on appelle communément l'humilité. Elle intervient à titre de composante dans des sentiments tels que l'admiration, le respect, la vénération. L'orgueil, en revanche, ne prend point sa racine dans l'instinct de la domination. Certains psychologues font de l'orgueil le « contraire » de l'humilité. Une telle opposition ne saurait être acceptée que sous d'expresses réserves. L'orgueil est le type des sentiments personnels. Il est comme le premier degré de l'ambition. S'enorgueillir, c'est s'agrandir. L'orgueilleux trouve en lui-même de quoi se satisfaire. L'ambitieux fait de son moi un centre, auquel il rattache tout ce qu'il est capable d'atteindre et d'asservir. Robinson dans son île pouvait concevoir de l'orgueil. Comment se serait-il humilié? L'humilité suppose un rapport de personne à personne et ce rapport est proprement social.
Le besoin d'approbation s'apparente aux tendances qui précèdent. Forcer l'admiration d'autrui, c'est déjà le subjuguer. Le désir d'être connu, estimé, loué, est pour une grande part instinctif. Il n'est pas nécessaire d'insister sur la portée des sentiments auxquels il sert de prétexte ou d'appui.
Les tendances altruistes forment enfin, dans la classe des instincts sociaux, une catégorie bien distincte. Nous avons essayé d'en préciser la nature. Nous n'avons pas à y revenir.