Revault d'Allonnes, l. c
2. Revault d'Allonnes note que « les lavements froids... n'occasionnent aucune sensation, sinon une fugitive impression de fraîcheur légère près de l'anus ». Si l'auteur avait procédé à une expérience de contrôle, il aurait pu se convaincre que le sujet sain ne ressent pas autre chose. E.-H. Weber a démontré, il y a près de soixante-quinze ans, que la muqueuse du gros intestin est normalement insensible au froid.
l'émotion
plus anciennes est due à Meynert. Elle trouve son point de départ dans une remarque banale. Tout le monde sait que les excitations violentes et, notamment, le& excitations douloureuses, peuvent déterminer une syncope. La perte de la connaissance est liée à un arrêt momentané de la circulation. Le cerveau cesse d'être suffisamment irrigué et ses fonctions sont du même coup suspendues. Meynert admet que toute excitation provoque ainsi, lorsqu'elle dépasse une certaine limite, un état d'anémie relative au niveau de l'écorce. Le ralentissement de la circulation entraîne un déficit dans la nutrition du tissu nerveux. A ce déficit correspondrait la peine. Une excitation modérée, au contraire, commanderait un afflux de sang, favorable à la nutrition. A ce nouvel effet, correspondrait le plaisir. Eprouver un sentiment, ce serait en somme prendre la conscience directe des échanges cérébraux. Meynert a eu de nombreux successeurs. Il suffira ici de mentionner Lehmann1, qui invoque l'apport et la consommation de ce qu'il appelle « l'énergie», et Ziehen2, qui met en cause « la capacité de décharge » des cellules corticales. Les auteurs de telles hypothèses ne se font sans doute aucune illusion sur la portée des idées qu'ils proposent. Elles attendront longtemps encore les preuves dont elles auraient besoin.
Une classification des théories affectives n'aurait
1. A. Lehmann, Die kôrperlichen Aiisserungen psychischer Zustânde, Il (Leipzig, 1901).
2. T. Ziehen, Zeitschrifl fur Psychologie und Physiologie der Sinnesorgane, XXXI, 2i5 ; igo3.
LES THÉORIES DU SENTIMENT 28 1
qu'un intérêt médiocre, si elle ne donnait le moyen de poser plus nettement les termes de certains problèmes. Le langage confond la peine et la tristesse, le plaisir et la joie. L'opinion que traduit cette synonymie a été adoptée par plus d'un psychologue. Pour la discuter avec fruit, il serait nécessaire de s'entendre au préalable sur la nature du sentiment. Suivant que l'on aura accepté l'une ou l'autre des hypothèses précédentes, on se trouvera conduit à rapprocher ou à séparer le plaisir de la joie et la peine de la tristesse. La tristesse et la joie représentent, comme toute autre émotion, une réaction de l'organisme. Nous admettons, avec William James, que la conscience de l'émotion est la conscience de cette réaction même. Etre ému, c'est dès lors et avant tout enregistrer un ensemble de sensations. Si le sentiment, à son tour, n'est autre chose qu'une sensation, rien n'est plus légitime que de rapprocher le plaisir de la joie et la peine de la tristesse. Si le sentiment n'est pas une sensation, il faut, au contraire, le séparer de l'émotion. Telles sont les deux solutions entre lesquelles il est permis d'opter, mais, dans l'état de nos connaissances, bien difficile de choisir. N'oublions pas, au reste, que rapprocher n'est pas identifier. Que le plaisir soit l'ébauche d'une joie, et la peine, l'indication d'une tristesse, c'est là peut-être ce que l'on démontrera un jour. La tristesse et la joie n'en demeureront pas moins des émotions, c'est-à-dire des réactions très complexes, le plaisir et la peine des réactions très simples et tout au plus des rudiments d'émotion.
l'émotion
Le sentiment intervient à coup sûr comme un signal. Peut-il jouer le rôle de moteur? La psychologie vulgaire tient le plaisir et la peine pour de véritables agents. L'homme, a-t-on dit, fuit la peine, et il recherche le plaisir. Le plaisir et la peine, ajoute-t-on quelquefois, constituent les ressorts exclusifs de son activité. Est-il besoin de rappeler, en terminant, qu'une semblable doctrine a été réfutée cent fois? Pour trouver à sa nourriture une saveur agréable ou désagréable, il a fallu que l'enfant commençât par la goûter. L'expérience du plaisir comme celle de la peine supposent dans tous les cas un acte préalable. Sans l'accomplissement de cet acte, elles feraient l'une et l'autre et à jamais défaut. Le sentiment n'est qu'un symptôme. Nous pouvons le prendre pour guide. Notre force est dans nos instincts.