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LES EXPÉRIENCES DE FLOURENS

réserve. Mais cette incertitude tenait à un défaut de méthode qu'il ne sut point mettre en évidence. C'est à l'adversaire le plus constant de la phrénologie qu'appartient le mérite d'avoir reconnu l'erreur dans laquelle les physiologistes étaient si longtemps demeurés, et ouvert du même coup les voies que l'étude du système nerveux allait suivre dès lors.

« Haller, Zinn, Lorry, Saucerotte, écrivait Flourens en 1824 \ tous ceux qui sont venus après eux, se bornant à ouvrir le crâne par un trépan, et à enfoncer un troisquarts ou un scalpel dans le cerveau par cette ouverture, ne savaient jamais réellement ni quelles parties ils blessaient, ni conséquemment à quelles parties il fallait rapporter les phénomènes qu'ils observaient.

« Les compressions que ces observateurs employaient souvent jettent encore bien du louche sur les résultats qu'ils nous ont laissés. Je ne connais pas de voie plus propre à induire en erreur que celle des compressions ; car il est presque impossible de comprimer une partie du cerveau sans toucher aux autres.

« L'ablation graduelle et ménagée des parties expérimentées, isolant seule convenablement ces parties, peut visiblement seule conduire à la détermination rigoureuse de leurs fonctions. »

La méthode définie en ces termes marquait un progrès immense. Les résultats qu'elle a procurés dominent encore la théorie des fonctions cérébrales. Flourens a pu se tromper sur certains points de détail.

1. P. Flourens, Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux dans les animaux vertébrés (Paris, 182^), p. V et suiv.

l'ame et le corps

Il a du moins noté d'un trait décisif la place que les hémisphères occupent dans le système nerveux. Les recherches ultérieures ont permis de corriger ce que ses conclusions avaient de trop absolu: elles n'y ont l ien ajouté d'essentiellement nouveau.

« J'enlevai les deux lobes cérébraux à la fois, raconte FlourenSs, sur une belle et vigoureuse poule.

« Cette poule, privée de ses deux lobes, a vécu dix mois entiers clans la plus parfaite santé, et vivrait sûrement encore, si, au moment de mon retour à Paris, je n'avais été obligé de l'abandonner.

« Durant tout ce temps, je ne l'ai pas perdue un seul jour de vue ; j'ai passé, chaque jour, bien des heures à l'observer ; je l'ai étudiée dans toutes ses habitudes ; je l'ai suivie dans toutes ses démarches ; j'ai noté toutes ses allures : et voici le résumé des observations que m'a fournies cette longue étude.

« A peine eus-je enlevé les deux lobes cérébraux que la vue fut soudain perdue des deux yeux. L'animal n'entendait plus, ne donnait plus aucun signe de volonté ; mais il se tenait parfaitement d'aplomb sur ses jambes ; il marchait quand on l'irritait ou qu'on le poussait ; quand on le jetait en l'air, il volait ; il avalait l'eau qu'on lui versait dans le bec.

« Du reste, il ne bougeait plus dès qu'on ne l'irritait plus. Quand on le mettait sur ses pattes, il restait sur ses pattes ; quand on le couchait sur le ventre, à la manière des poules qui dorment ou qui reposent, il

i. Floi/rens, l. c, p. 87 et suiv.

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