CONSU>ÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA PHYSIOLOGIE INDIVIDUELLE
I . La première , et la plus importante observation anatomique qui se présente en abordant la physiologie individuelle , c'est que l'homme est une unité. Il est celui de tous les animaux où elle
«st le plus fortement organisée. Chez hii , toutes les fonctions partielles sont unies à un centre ner* veux dont eUes dépendent , et la vie de chacune d'elles est absolument attachée à l'intégrité de celui-ci. Au contraire, chez la plupart des animaux, et , plus ou moins , chez tous ceux qui sont audessous des mammifères, on peut $uppl*imer le centre , sans que la vie cesse dans le reste du corps; souvent même, après une telle perte, dQe dure encore des mois (i). Mais, chez Thomme, la vie s'éteint à l'instant même où la centraiitéest seulement blessée ; quant aux parties dont le reste du corps se compose, quanta ses membres, il peut^ ainsi que les autres animaux, en, perdre impunément un grand nombre : il n'est fragile que lorsque la lésion porte atteinte à l'organisme nerveux qui le constitue être un. Aussi , plus dans l'échelle des animaux^ ceux-ci se rapprochent de* nous, plus on voit se prononcer l'organisatioa anatomique qui révèle l'unité d'être, plus on voit se renforcer le lien des parties à l'ensemble. Nous som-
(1) On conserve au cabinet du Jardin des Plantes, un Salamandre qui, après avoir eu la tète et une partie du col enlevé, vécut assez long-temps, et assez bien, pour que la plaie résultant de cette amputation, se cicatrisât: encore, il ne mo^ntt que par défaut de soins. Cest à M. DumenlqueTon doit cette expérience, dont on possède au reste beaucoup d'analogues.
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mes , dans cette croîssdiice, le dernier terme de perfection sur le globe.
Cependant, il ne faut pas citnre que le centre où tout vient, et d'où tout part, soit un point 6xe^ et déterminé dans un atome cérâyrel quelconque. La [»:eiEnière pensée des anatomistes à l'aspect de Funité humaine, fut cette condusiofn matérialiste. H n'y a pas de recherciies, d'expériences, qu'fls n'aient tentées depuis deux eenfes ans, pour découvrir ce point d'union des parties; peut-être n'estil pas une fraction de l'encéj^le qui n'ait été indiquée comme en fmmant le siège; mais partout où l'on a vojdu la saisir^ on nei^a point trouvée. Aussi, la centralité est un fait (pie Forganisme entier dénote, et enferme d'une manière générale dans lé crâne, mais qui, d'après les doctrines' modernes les plu» avancées, n'a point de siège fixe, et changé de place suivant ce qu'elle meut.
Cette centradité unitaire de l'organisme nerveux doit être considérée comme la traduction corpprelle de notre unité spirituelle. Si nous observons, en effet, l'homme dans l'état d'activité ; nous verrons qu'il est un, toutes les fois qu'il veut, qu'il fait , etc. A cet égard , nous renverrons aux métaphysiciens et aux physiologistes dont les observations ont constaté, au-delà de ce qui est néoe»saire , ce lait dont la d^onstration est partout , dont chacun est fermement assuré, et fait la base
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de toute^on adiVitë , et que nous jpouvons d^aîlleurs trouverllujours présent en nous, dans les manifestations diverses du sen]imentdu moi.
2 . Après avoir posé ce premier fait , nous en rapporterons un second qui nous paraît le plus général^ après lui, en physiologie individuelle. Les physiologistes reconnaissent dans l'bonmie deux vies , Tune qu'ils nomment pâitictdièrement animale ou de relation, Fantre qu'ils appellent organique ou végétative. La d^imitatioii de ces deux vies n'est poânl encoore par&it^nent établie, ou plutôt convenue; il ya encorediscosfiioii à cet égard: mais rien n'est mienz prouvé que la réalité de cette division. En dSet, en se plaçant aux points extrême» de Tune et de Fantre, les différences qui les distinguent deviennent saiMantes. Ainsi , il est des actes dont nous avons conscience et qui sont soumis à notre vcAonté ; ceux-là appartiennent à la vie animftie: maïs, il est en nous d'autres phénomènes qui se passent sans que nous en ayons le moindrement oonsctence, et complètement hors de l'influence de notre libre arbitre ; seulement nous en percevons le résultat ; par exemple, entr'autres, nous ne sentona rien des transformations dont la fin est la nutrition , nous ne pouvons directement rien sur ^les ; nous en percevons seulement l'effet , xpii seï*a tantôt un be^ soin de réparation , la faim ou la soi^, tantôt un
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besoin de mettre en actioh tel ou tel de nos appareils. ^
Comme il est nécessaire , ici, de déterminer précisément les limites auxquels l'une et Fautre vie se rencontrent , et s'unissent en quelque sorte, nous dirons d'une maniée seulement générale que ces limites sont les sens internes qui nous font percevoir des besoins , et nous annoncent l'état végétatif de notre organisme.
3. Les besoins sont les points d'union de la vie végétative et de la vie animale. Cest par eux que nous sont révélées les exigences et les appels de l'organisme. Or, ceux-ci sont de bien des genres: au premier abord , on serait porté à croire qu'ils comprennent seulement les instincts qui sont relatifs à la conservation de l'individu, et à celle de l'espèce. Les physiologistes ne se sont inéme , guères , occupés que de ceux-là ; en eflFet , ce sont ceux qui parlent le plus haut , et dont les exigences sont les plus apparentes. Il est certain cependant qu'il existe beaucoup de besoins qui , pour ne parler qu'après que celui de conservation est satisfait, et d'une manière moins claire, n'en sont pas moins vifs , et moins impérieux. Tels sont ceux qui appellent diverses espèces d'activité cérébrale, et qui se témoignent parles douleurs, et les lassitudes inquiètes de Pennui ; tels sont ceux d'émotion seatimentale qui s'annoncetft par un trou-
blegénëral, et i^itfldnr, quirètppeBe celai qui accompagne les grandes pasisions. Sâfin , les besoins revêtent une multitude de caractères spéciaux ; ils varient de formes jusqu'au point , dans les maladies, d'indiquer les traitemens qui peuvent les faire disj^raître.
Lorsque les besoins né sont pas satisfaits , ils deviennent de^doûl^irs, des tristesses , des agitations mélancoliques; et quelquefois enfin ils amènent la rïioct ; leur satisfaction est en g^iénd un plaisk*.
4* Les facultés de la vie animale doivent, de toute nécessité, int^venir ou agir, pour que les besotUvS obtiennent sratîsfactïon . A cette fin, elles doivent accon^lir les actes as^z compliqués qui répctndent aux trois conditions suivantes ! il faut que par eUes, le besoin soit connu dans son objet, c'est*à-dire ^ çônv^i en désir xm en appétence ; il feut que les moyens d'obtenir cet objet soient 1)rouvés| 1^ en£n qu'ils aient été mis en exécutiont en sorte que la satisfaction de k vie végétative est d^sûlument soumise, et dans s0n degré , et dans son mode, aux décisions et à l'kabileté de la vie aniDaa)ie«
Or, il est, le plus souvent, assez difficile de cbn* naître l'objet d'un besoin : l'aj^élenee se révâe ordinairement par une tristesse, un n^Jaise si peu^' déterminé, des désirs si vagues, que l'on peut rester long- temps dans le doute. Il e«t peu de
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personnes, par exemple, qui n'aient vu chez une jeune fille restée pure , ignorante comme elle doit Tétre , qui niaient vu , au moment où elle naît à la vie sexuelle, ces chagrins sans objet, ce dégoût de tout ce qu'elle aimait, cette inaptitude à tout ce qu'elle faisait si bien autrefois , enfin , ces larmes sans motifs, et dont elle s'étonne sans pouvoir s'en défendre; tous ces symptômes, qui annoncent au médecin qu'un âge nouveau commence pour elle: tant que l'objet de tout ce trouble reste inconnu , il dure ; il est fini , lorsqu'enfin , son but est découvert. Il est bien peu de besoins qui indiquent clairement l'aliment qui leur est nécessaire. Ceux de conservation sont peut-être les seuls dont l'appel soit facile à comprendre; au fur et mesure qu'on s'éloigne de ce but premier de tout être créé pour vivre, ils deviennent déplus en plus obscurs, sans être moins dpuloureux. Cependant, ce premier pas dans la voie des opérations que la vie animale doitaccomplir avant de pouvoir imposer silence à la vie végétative , est le moins empêché ; il est le seul où le monde extérieur ne nous offre aucun obstacle. On comprend , sans peine, que lés actes ratiQnnels, les actes d'habileté et de force qui leur succèdent , exigent des tâtonnemens innombrables, et présentent des difficultés croissantes au fur et mesure qu'on approche de la réalisation.