‹ Introduction à la science de l'histoire, ou, Science du développement de l'humanitéChapitre 12 sur 35 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PROLEGOMÈNfiS.

Lorsqu'on s'est convaincu que Phumanité est progressive, on. est, .dès ce moment, certain -que les sou&ances actuelles ne sont que passagèrec , et que les nations sortiront un jour du milieu des ^constances qui leur pësent. En effet, U y a équation complète entre les idées comprises sous ces divers mot», progrès, perfectioiïnement, amë lioration, etc. Car il sarait absurde en logique, et révoltant en sentiment , d'admettre que le perftjctionnement dans les dboses humaines fût dé les rendre pires. - *

L'espoir que les souffi*apces actuelles des hommes ne seront pas , à tout jamais , le partage dé

PHTSIOLeGIE ^pmALE. 11^3

leurs enfiEiQs, est consolant sans doute;, mais il n^ suffira pas aux rationfedistes qui s^occuperoM de ces question^. Ils cherdieront comment leurs semblable3 pourront s'affranchir. Cet espoir ne suffira pas non plus aux honmies doues de sympathie ; car ceux là sentent trop yiyement les maux qui les entourent 9 le malaise qu'ils j puisent est trop grand, pour qu'ils ne s'effiHrcent pas d'adoucir une douleur insupportable^- en s'occupant des moyens d'en tarir la source. Passons raqpidement en revue les divise» penser qui peuvent ns^tre dans lés intelligences de cet ardre. Cet examei) sera un enseignement^ et en ménpie temps une confirmation de la route où nous nous engageons.

n est d'abord ëyident que les misères sociales ne sont point arrivées par l'intervention d'une puissance quelconque eu dehors de l'humanité. Nulle force extérieiH'e à die, n'existe sur le globe, qui lui soit supérieure; nulle force sur la terré n'existe hors de son sein, qu'dle ne soit capable de combattre, et de surmonter. C'est par une succession 4^ révolutions ou de transformations opérées par elle , sur elle , chacune nettement désirée, parfaitement raisonnée^ et bien calculée , faite enfin avec amour et dévouement , que la société^Ëuropeenne est arrivée à Tétat de discordance dont elle souffre. On peut dire qu'elle a voulu positivement , l'un après l'autre , les divers actes dont la fin a été ce qpe nous éprouvons aujourd'hui.

i&4 wttiesamBum.

Matttenwt ancone^ clest mm& IHnflue&oe de senikueofi'^ ferait l'origisœ est t0ifte entière dans son seia, «qii'dle-^^a^te, tt «rie. Or, puliqne^^^ da fMTOpre Ibrte rhtHBoanâë Mt tinivée où looiis sommes , tdJb en |)iettt, «lie ^en àmt anssî sottir par «a f»i:)f)«e ^fca*oe. D'où ponirait**!! hùà ^i^nir des se* MAïf s ? de Dieu seid ; mab Dieu Ta fait libre , «t ne |iai4e jamais -aux hommes que par une voit -hniiiaine% EUe doit donc mettre sa confiance en elle- «làKe; '€&e4nva r»B0ti ée ne point attendre; car rien ne lui viendra, m. dUe ne 4é 'trouve; elle ne treui^era ffien^ si die ne le €ber<^he; dUe n'obtiendra rteii, si eHe ne le Teut. H faut donc dherdter ; et nous particudièremënt qui sommes appelés aux taravflUdx d'«sprit, il âoxt nous mettre à Toeuvre.

Lorsque la médecine li'est point encore un art raiscomë, on lorsque la physiologie hxdrvîduëlle sentait sur un point quelconque , on- procède empiriquement. La maladie étaiit donnée, on essaye sncceçsîvement des médicamens, s^bandonhant F-un, pour passer à un autre "lorsqu'on a Vu le premier manquer Feffet qu'on en attendait. De cette manière., età force de làtoniiemens douloureux, onarrive, quelquefois, à trow^er leremêdcqui guérit. Mettons que le malade soit lliumanité: il faut icberciier âe ^r^iède qui pourra la guérir ; p^céderoii8-*ncnaB>en «mpiriques ; faudra*t-il qu'elle suisse l^j^^tioation d'une suite de tàtonnemens , et d'effîafs , encore, dans une «spérance incertaine l

PHTSKiii0^s,'Sa«ài.E. laS'

Cela âaràit tiâfite à^pea^w^ ¥aîii à «oweiUer , et iv ratioimel à croire nëceasaire* lyaiia^nMis wcs nombreux et s^yang ëerîifçams.politiqiies. de notre* temf^y pour hw detoioider im apéoîfikiM? mab^îls; ne no^si enfidgneot rien <pii ne smt , cm qpii n^ait ëfé. Ainsi, le» uns ont formulé, airec aagacitë et ni^tetë , Uloi du mouTemoat soebd/ ppësent; ils ett ont déterminé le principe, qt, adbrmitlenrtiéeo» verte, à genoux dqyant Imr travail, ils en liant la régie ëterndle des sociétés humaines.; m» d'antre» teiwes, ils affirment qn^ n> arien, on presqae rien à changer à ce <|ui est. D^antres puèrent c|uielqa7un de^ systèmes poUti^pieB qeà ont enté ici, ou là-bas; pour ceua^, rbn de mieux que de faire un^, ou deux,, ou trois pas enarrièrei lyaotras encore ont combiné les systèmes de diverses dates, afin d'annuler les avantages des. uns par W mccm» véniens des autres* NcHisne rencontrons là qne.de» moyen» déjà jugés; et puis<|ae noi» croyons que rhumànitë est progressive , nous noue garderons bien de chercher k lat gnévir &k lui i^^ilîquant œ qu'elle ne put supporter antrdEms, ou œ qu'dle rejette aujoui:d^hui. D'aillewns y œtbe tendance pro^ grcissiye d'^mélipratiop^ncw étant prouvée, noug fixons mi^x d^ cbeceher là Findicatâon du re^ mède; il nous eyst m^e déjà facile de vonr^ qn^en admettant ce bàUy par définition, nous admettons aussi qu'eUe p^rpowt un?! série linéaiw de termes enchaînés entre eux dans une pn^essîon r^uliè*

renïent ou matJiëinatiquemeiit cFOtssftnte ; et que nous pouvons espërer parvenir à connaître la loi de la proportion. Laissons donc tous ces rêves d'antiquaires; attachons *nous à l'indication ; mais gàrdons-nous de nous trop hâter ; nous qui craignons Dieu ^ nous qui avons du cœur y prenons garde de chercher notre instruction dans des tentatives purement éxpër^nentales. Depuis quarante ans , en France , tous les gouvernémens qui ' se succèdent sur^son sol, ne font autre chose. Il semble qi;ie notre malheureux pays soit Tâme vile sur laquelle on s'est dit, faisons une expëriçnce.

Sans doute, quand on est en présence des maux dont souffre la société, lorsqu^on ' croit en avoir trouvé la signification , et saisi la nature , on est sentimentalement . porté à en appeler brusquement à un état contraire ; en haine du système qui fait soufl&îr, on veut de suite avoii* recours à un système qui lui soit directement opposé. Il p'ést point difficile , et c'est le fait du premier mouvement, lorsqu'on pense connaître le fait qui produit le mal , de nommer le fait qui en parait le re- ^ nsiède parce qu'il lui est ccmiplétement contraire. ^9A&\ qui nous assurera que telle est l'origine r^Ue du nialaise social ; comment nous prouverez-vous qu'elle est là toute entière, uniquement là ; d'où saurons-nous si Votre remède ne va pas guérir une maladie par une autre? en d'autres termes, ôomment avezrVous découvert que la cause

PHYSIOLOGIE SOCIALE. l^'J

était B^niqù^nent c^e^ , et pas mille autres eneore ? En effet , Tiimnense difficulté dans les choses sodaleS) c'est de pénétra dans les ^entrailles de Fhumanité, non-seulement pour reconnaître le be* soin prient ^ mads encore pour sentir celui qu'elle ëprouyera pendant des siècle^. Cette difficulté est si^ande, que Ton peut nommer le. petit nombre de ceux qui , dans la longue vie de Thumanité , en ont marqué 1^ époques par une découverte de ce genre : cette difficulté est si grande , que, de nos jouts, les hommes nombreux qui font de la politique leur unique affaire , ne se soiA pas encore aperçu de Torigine du malaise social actuel et qu^'ils^ s'acharnent, pour le détruire , à des oeuvres sans Tapport avec lui. •

Mais, supposons que l'idée générale d'un système social opposé en principe au système qui fait souffrir , ait été troussé par sympathie: supposons que par des -déductions tirées de cette hypothèse , on découvre qudques principes suffîsans pour offrir les bases d'une association politique : nous posséderons une doctrine à peu près complète. Or, on peut s&mer les hommes au plus haut point ^ ^re déterminé par les sympathies les plus énergiques à un dévou^nent absolu ; mais cda i|e suffira pas encore pour que tous, admettent, unie doctrine, «quelque soit le- nom dont eUe se décore^ on lui demandera ses titres; on lui demandera si elle est la meilleure ; oh voudra qu'elle se

laB umasDJHmom. '

fiuse aima* pour ellie-méiiie, é% non estàm^ sevàe- BMnt ptfus 8ei)lx>nn8& intentkHis } eofiii on yoiidra aareârooHiBieBt, etparqodb noyens die e^ère pwvcaiir à se véatiacv;

Une doetvixie! noovdle n'est reconnue vraie par l'ImmaAitê ^et elle n'a en effet oelto qnaKl^ que du mcmeat oà elle remplît les^trois^^ conditioBs suî^ HfWtea : i^ de se&isè aîmer pcmr dte^méme, ind^^ pendamftBent de tontes les» sjmfsAhîes pmsëes dans F^t actuel, qni ne doiTenl Imservir que d^întro^ duction ^ fi^^d'étre démimtiiée supérieure rationna fement à toute autre; 3"" et enfin de nature à*:fi|îré 8a> place dans le «monde par sa propre force^ ou end'ajotrea termes, d'inspira^ la confiance de sa rëa-^ lisation inévitable et complète;

NousinsisterOBe^ un instant seulement, sur cette troisième condition ; ïes deux prem^^s sont éwi^ dentés. Quanta celte dernière, eSe n'est p€»nt sans doute toujours iJMokunent mdispensable , IcKTsque les aatr^ existent: on a des^ exenq^les de sj?8faime8/qai se sont fait adopter, et tpû ont eu un commenceptientd'exëcution, sans^qu^ib eussent oomplèteipeat sidisfadt à cette danse; disons ce* pendant en passantqoe crax-^' ëtai^nft tous aâiées on critiqttes, et ne durèrent <pie conmie esas». Mais. pour (pi'une doctrâie ait la valeur qui s'attache aux «boses duraUes, pour qu!^e ait le esâCM^tèrft de solidité qui donne la confiance .aux hom-^ mes ; il faut , lious le répétons , qu'efie s'annonce

PHYSIOLOGIE SOCtALE. ta^

<>oiliuile apportant dm faite (jui seront inévitablement^ et qû^elle se laâse i^ëcoilftaîtte en quelque sorte comme capaâ)te de m i^éali^r par eQe-mémë. Cette condidon cottespônd au sentiment qui dicte à tout disciple cette question quHl adresse à son mattr^ : Ciôftitûent ces choses pdurrônt-èUès s'ëta- Wir î Or , une doctt^ine n'a <jtié déiix manières de répondre à nne semblable demande : e'èSt de prouwev^ soit (pi'une pirissance 6utfatlmaii;i6 Fa msrcjfiéé pour but à Phumanitë ; soit qu'il est dans la nature à^Vêtxe humain d'afritef à tel btit, et par des procéda de teBê e^f)éce. La réunion de ces deux derniers moyens de démonstration achètera de réahBer le plus haut degré de ôonvie^ion possible.

En résumé , pour qu'Une doctrine acquierTe la valeur sociale \^ plus haute, il faut que, sous tou^ les rap^rts , elle soit reconnue n'être autre chose qu'une prévision de l'avoir ; car ainier ce qui n'est encore qu'tifté doctriâe^ c'est âimèT une espérance ou désirer ;^^t cet aotè, comme celui de démontrer^ et de sentnr une forcé ou un règne inévitable, c'est toujours prévoir. La foi, en un mot, n'est autre diôsie que l^âsâèntiment, dans Une seule pensée^ dut sentûtnent^ du raisonnement , joint à là conviction de sa foreô^

Ainsi le qhr^anîsme n'a triomphé que par la foi. Il apptikaût la paiiit, là fraternité, et l'égalité entre les hommes , et il montrait par des argument snpérifikrs à tdute nidation , qtfê telle était la va-

f3o INTRODUCTIOff.

lontë de Dieu. Il faisait aimer le résultat, le àé-^ montrait y le faisait voir inévitable, en prouvant la bonté et la toute puissance de Dieu. Avant le christianisme, on avait, par sympathie pour les esclaves, pu dire que les hommes étaient égaux, et , par haine pour la guerre , qu'ils étaient frères ; mais ces paroles n'avaient pas inspiré la foi, et aussi elles étaient restées sans conséquences graves. En effet, une croyance purement sympathique ne peut produire qu'un emportement de dévouement passager; elle ne suffira pas pour résister, avec constance, au scepticisme rationna, et aux impulsions continues des passions et des intérêts individuels. Quant à une croyance purement rationnelle, elle cédera toujours à un intérêt immédiat; il n^y a pas d'exemple d'homme qui ait donné sa vie plutôt que de désavouer une pensée purement scientifique : quant aux passions et aux ^ttgchemens égoïstes ou individuels , ils ne peuvent être vaincus que par la conviction en un^ç force plus puissante qu'eux , et qui les brisera, s^ils n'obéissent.

Le christianisme , en inspirant la foi , avait fait croire à un avenir inévitable dans toute l'étendue du terme ; mais , comme dans cette prévision , il n'y avait rien de relatif à l'exécution temporelle, comme la volonté de Diau n'était, en outre, donnée qu'en termes généraux, il arriva que ce fut avec grande peine que le catholicisme s -établit, et «icore

PHTSIOLOOIE SOCIALE. l3l

U n^nspira jamais en ses actes la complète confiance dont il avait besoin. En effet, si la loi venait de Dieu , son mode d'application venait des hommes. Aussi, combien lui fallut-il de temps, de martyrs, et de guerres, avant que sa prédication fût admise et constituée politiquement ! Combien lui fallut-il même de tàtonnemens ruineux, où des nations entière^ se perdirent , de discussions san« glantcs, avant que le meilleur mode de prédication fût trouvé! Enfin, il ne réussit point à se réaliser complètement; il ne parvint point à se parifier de tout alliage étranger ; le pouvoir temporel resta en, lutte avec lui , le souilla de ses vices , et amena sa chute, n n'est pas douteux que, si, à leur début dans la carrière d'amélioration chrétienne, les hommes eussent déjà connu le terme le plus avancé où devait les conduire leur foi , et aperçu les stations principales à fpsnchir, pour parvenir à sa complète satisfaction terrestre, il n'est pas douteux que les temps a^eussent été abr^és; les déviations où se perdirent les Ariens et les Grecs , ainsi que les guerres séculaires eussent ét^évit^; enfin la décadence ne fût pas même arrivée.

C'est ainsi que dans le passé, toute inspiration de la foi, ou toute prévision sur l'avenir social, fut le résultat d'une révélation directe de Dieu aux hommes, où les événemens tl^rrestres n'étaient qu'implicitement compris, mais non annoncés. A un degré, ou à un autre, il en résulta des in-

l32 DfTRODUGTKni.

oony^nieiis analogues à ceux que nous ayons obserfés dans le christianisme , savoir , quand il s'agissait d'interpréter le dogme et d^ passer aux réalisations ) des hésitations et des inoertittides qui se traduisirent en luttes sanglantes , et en des séparations fôcbeuses.

Quant à nous, pouTons-nous éviter ces malheurs à nos enfans ; en d'autres termes , est-il possible à l'homme de prévoir qudle serB^ l'histoire de l'humanité dans son avenir terrestre?

Avant de passer à la démonstration de <^ette possibilité, arrétons^nous pour répéter les avantages de ce genre de prévoyance : par ce moyen, on pourrait long-temps prendre dans l'avenir , pour la présenter aux hommes, une doctrine qui, indépendamment même de toute révélation, viendrait inspirer la foi, c'esb^à-^dire réunir sur die l'assentiment du désir, de k raison, et la confiance en son inévitabilité^ par ce moyen , on pourrait présenter tous 1^ t^mes prini^paux par lesquels devrait s'opérer la réalisation politique des diverses parties de cette doctrine» Aïots donc enfin , à la foi spirituelle révélée, qui jusqu'à ce joiu* a seule guidé l'humanité, viendrait se joindre une foi en quelque sorte terrestre ou physique; et l'espèce acquerrerait un agrandissement de croyance d'une force à jamais sup^ieureà toute négation sceptique; car celle-ci a toujours eu pour origine la sciei^e des choses de la terre, cette science qui n'était que

PHTSYOM)G» 90CtALE. l33

de Tignorance , cette science qu'enfermait le fruit de Farbi-e du bien et du mal. >

La pos^ibïilé di$|»'ëvoir dans Fendue de notre durëe phénoménale, est prouvée d'une manière générale : il est inutile d'insister sur ce point. En astronomie, en physique, en chimie, en physiologie , on prévoit pour des temps relatifs à Pespèce de phénomfees propre à chacune dé ces spécialités, et, ïÀen que, soùs ce rapport, ces sciences ne soient pas encore a.chevées, elles sont cependant a^se;; avancées pour offrir iw exemple iiicontco^t^ble de la puissance rationellç que l'homme peut acquérir. Dans ce qui est relatif à l'humanité ,j il n'existe encore rien de pareil à ce qui est dan»^c6s^ 'sciences. Nous aUons examiner si l'histoire leur est stssunilablef et, si la collection des faits historiques e^t sui^ceptibJlQ du? noiême usage qup te collection dps pl^sertatious faites dau3 les diverses brançÈes w^ tureUq» dofit uQu^ a^vous parlé. • . ' -

i 34 iNTRODUCnON ,

PHYSIOLCMÎIE SOCIALE*

CREMIERE PARTIE. — aÊNÉR ALITÉS.

La longueur de cette première partie, là dîfïïculte , et le nombre des questions qui y seront traite'es , nous engage à en donner ici la raison générale ou Targument. Nous croyons par ce moyen en rencïre la lecture plus facile et plus fructueuse.

Toute science est successîyement à deux ëtat9 dîffërens; l'un où la prévoyance est déduite d'une probabilité acquise par Tobservation , et d!^o\i fl résulte qne les phénomènes se passent de telle manière; l'autre plus parfait, où Ik prévoyance est fondée sur la connaissance d^une formule exprimant la loi de génération des phénomènes. Toutes les spécialités scientifiques actuelles sont, en raison de leurdègyé particulier d'avancement , dans la première ou dans la seconde de ces deux positions.

Ainsi , potir notre sîence de l'humanité , nous montrerons d'ah^ord pourquoi,, et comment on peut appliquer à l'histoire la méthode d'observation et de probabilité usitée dans les sciences na-

PHYSIOLOGIE SOCIALE. l35

turelles, et construire de cette sorte une vraie physique ou mathëmatique sociale.

Puis , de plus ^ nous essaierons de décrire la loi %ie génération des phénomènes sociaux, et d^en donner la formule.

La 4Qifférence qui existe entre les deux positions scientifiques où nous avons l'intention de placer 0Otre doctrine historique , peut être éclaircie à feW^ les yeux par un exemple. Ainsi , en astronomie, on ët^it arrivé, par l'observation, à reconnaître Vfxàre phénoménal, de.manière à prévoir les positions variées des planètes, les éclipses, etc., long-temps avimt Newton. Ce fut lui qui acheva Tastronomie,^ et en fît véritablement une science positive, en publiant la formule générale qui exprime la loi de génération des faits célestes.

Pour arriver afînsi à la construction d'une formule, il faut dâermina* par hypothèse ou par expérience, quelle est la constante de chaque fait, et puis quelle est la constante de relation des faits entre eux. Cette opération terminée, il ne reste plus qu'à compara* le résultat obtenu à ce qui est en réalité , soit en employant ce résultat comme moyen de classification ou d'explication des phénomènes passés, soit en s'en servant comme moyen de pr^oyaoce pour l'avenir , ou à l'égard des choses encore inconnues. Si ces expériences réussissent, on est qârtain que la formule est exacte.

1 36 ùiTftopuçTOW.

II faut donc, pQ^r VUit^titvMQP de aotre sciescr de Fhumaiiité , éti^di^ \% toi 4q (^Hfiie fiût p^vti^ culier^ et celle ^^relatioii 4^ fies. fait3 (intrc eux. Or ^ nûus »e pouvons pf^Ti^oip à qe rài^dtat^ qu'cd allant le chercher dans robservsydeçi de V^émenï même de Vhwiaail;^^ c'eat-^^lfre dm» VixMÊhiàn^y OU , en d^autrçs t^P^ea, oa. eiiaa jaut de eonstrube àPaide de la pbjsip^orie îpdiFidueUey aiiei^ysioloir» giç sociale. Ai wi ^ ^o^$ potffîffoiifl acqnânr tme formule douUepu^pt v^i^Able, Fune dans chaque yîe pçuii(?l;^lière, T^irtr? d^iR^ k vie oçUoctÎTe dé l'espèce. .

Ç^ préUn^mairçs ^uQi^eet^ nous 1« pMisqnft^ pomr dopner Fidëe dw travail qui va cuivre. Kous ei^tron? donc dans^ le $u jet , ^6i cônimençant par Pexpositipp^ des i*aî^Qn^^ei»3 et des moiyeiis ^ IVde desquels on pcj^t ooastrmre une physique soçisilCf Quand nous J^aiprpos t^erminé mm&auix»s^ atteint le poî^t où Sai^tr^anon et Auguste Comt^ ^nt I^i^sié la méthode, et la seience biàtcMriqupsv

{^ehiutîipmédiat die rinvestigation spleatificpe^ est dç trouver l'ordre dfr «iccession des phpnon n^ènes, etdecQnQ$utrelettrs rçlatioas xéckpspwpes de dépendance , de manière que , un état phéno-

tBÊimAélmk,4tmnèy oa pâme, ps» w) oakid pks <m ifoûim 0ûiBB|iUqiiié y découvrir ipud 4tot pbéêo* Hifaipl IVpréoëdé) eft qnd s^a oeki;<]UÎlm 9Wcédera. H est ëidctenC cp^on a^esk détermmé à eptr^ prencbre des reckevches j en ^ÏMEdHine tdle dëoout* veiTte, ^^utant qaW admet FesôsUmoe d\me oonstants' oa d^sQ principe' invnùdile dans Fotvr drede produolianpliëM>iiténaliô) an moiaapeaidaat ' tosle notre durëe planétaire ; il etet évtdeiit aaaai qu?efi inâme temps on admet eertaiaes yariaticiis; dans le nmiT^menb de œtte durée) car sans eèla* il n*y aurait point Ueu de prévoir , poîscpi'il vHy aivrait pas pbisienra phénomènes, mais un seul d'une durée indéEnie ; supposons pir ei^emple: qu'il n'y aiitplus de nuit, et qu^il fls»se constam^ipent jonv , il n'y aurait lieu à auomie prévojanee: àoe sujet. Aidn Umtessid de rediieitjie^ én'vuq> de inrévoyaisee, snppose l'admission simultanée 4le; aarconS,^air, d'un, prbdpe d'dnJre invariable ou d'une constante motrice , et d^ube variation quelconque dans la maiiifrstatifflai des phénomènes.

Ilst]^^ cfamc, pour dânontrer que IVmi peut faire de lii coUéctîon de no3 faits historiques , le méûie usage scientifique auquel pn fiiit servir tonte ^utre espèee de collection de faits , il suffit' de fiiiire voir que l'histoire de l'humanité offre die» constantes, ^t des^ariations. C'est ce <}ue nons a^ Ions faire.

l38 . INTRODUCmOK.

Jusqu'à ce jour, Texistence de constÊmH^ iatwm la rie de rhumamtë a été gënëralement admise par les divers auteurs qui se sont occupés de politique ^ bien plus, ils n'ont tu et constate que ce seul fait:^ seulement ils ont varie quant à sa désignation ; les uns le voyant dans l'organisation individudle; le& autres dans la raison de Fhomme; les uns dans les nécessités constitutives du pouvoir ; les autres dans le sentiment religieux; les uns dans les be-* soins de rechange ; le» autres dans leclimat, etc. ; mais tous ont admis que l'humanité tournait dans un .même cercle de coneepticMis et d'actes. Cest par suite de cette erreur qu'ils n'ont pas aperçu, le progrès. Aussi, on ne nous niera, point Fexis. tence des constantes* en général. Nous ne pouvons , mémç, rencontrer d'objections à notre doctrine^ que.de la part de ceux qui adjnektent les constan* tes, comme des absolues. En conséquence, consî-^» dérant celles-ci comme prouvi^s par une multi-f tude de livres , nous, allons passer à l'examea de ! laseconde, condition.

Lorsque l'on envisage d'une manière id)straite; les conditions d'existence de l'individu ou des nations j il est certain, que l'on ne peut apercevoir de variations ; mais lorsque l'on descend daitô le fait, il n'en est plus de même. On trouve que ce principe abstrait ne se résout jamais absolument de la même manière, et qu'il est susceptible d'ui;>e multitude de réalisations et de pratiques difFérea-

PHT^OLOGIB |OCIALE. iSg

tes- C'est là Forig^ne des variations qui constituent le mouvement p]X)gTessif de Thuiimnitë.

Ainsi ^ les aptitudes des hommes sont toujours dans le même nmnJMre ; les zoologistes vous prouveront qu'une seule^ faculté ajoutée changerait la nature humaine . Mais, par suite de la longue suite de générations se succédant dans une série d'états de civilisations croissantes, les aptitucbs ont varié en ce si^ns qu'elle sont devenues plus puissantes et plus ét^idues. Mon seulement eltès. sont devenues plias puissantes et plus étendues f non seulement à.cause de celai i^ea sont devenues plus exigeantes, iet plus actives; n!iais encore leurs appareils orga-* niques se sont dévdôppés ; aussi peut-on afiîrmer en général que, par suite de la longue civilisation, les.hommes sont devenus non seulement morale^ ment meilleurs , mais encore ph jsiquem^it j en sorte que la différence des races 4%ompies aujour-^ d'hui vivantes, n'est que l'expression de la diflfé^ rence des états de civilisation actudlement dis'^ pers^ sur la surface du globe.

Le milieu sur lequd, et à l'occasion duquel ces aptitudes s'exercent, est de deux sortes : humain, et étranger à l'homme, ou brut enî quelque sorte^^ Or, quant au monde humain, le' [besoin de là vie sociale a toujours été le premier de tous leà intérêts. Mais cette vie sociale ofl&re une' multitude de possibilités ou de pratiques différentes , et en conséquence donne Toccasion d'une multitude

t4<> iifmooiicrnw.

d'^xpérieueesi : c^^ une suite à^tams pour iFomvei^ le meilleur végime^ de Ëi uaie inchatioiL eototi-* nueUe à changerdiidDS Veapérmce. dxx mieux f ajoutes à cd» le déféJopfieraeht des a^ptitaifes (pii sPo^ père iaoeaiainsaèsHl , et Youa oomprencjrês que nécessuremènt il.^^ produit déâ ywiatiotis cotùi^ dérables^ Le moaidé hroA, kô^méHie ^ sm* lequel »«» agis«m., bien que rtsta^itle même quai* au nombre dés phënoBotènGSr^ ohuaoïge quaiit à leur itt^ tenaîté relative. Ainsi notre longue aetionr sur' eç domaine- Ta re^d» plus apprppt îé à ncdire exîs-^ tenœ ; eUe Ta perfeddounë dws lu^tre sens:* Com^ parea, par oo^qmpky les terres incultiesy et eeâes <pû depuis long-temps sont soqqûmS^netreinflueqee, youa verres que les secondies;, toutes, choses 'égales d'aiUeursy ont ébéassainiesi^ éokïkiSéeSy aau^liesy eouvértes: dct routes y de canaux y dernsaiiaions , etei La nature, physique est modifiée^ *ii ; notn» ptjô&b ; cependant elle n'e^ point c^slngée^' car les phyw siôlogistes voos diront qu'en st^f^xteint une seule classe de phénomènes nature de phisc eur df BaoiÎM^ la vie de notre espèce n^st pkis possi&le. Ces.facullâ) œ m0àâe€Mié^iËm')lHi!!EaBiet Ina^ oiit toiarjpucs agi lés uae\mrtle9 aijàres dans le même sens j voilà la constante i seulementy cpminë les unes se samasonie^ en ehergie,' el les autres appropriées de pliiis en plus à cette) ^evgie ^ il en est résulté une sueee^ion rëguUère^ de variaflipns^ c'^est-àrdire ce mouvement que nous nonutioiis

PHYSIOLOGIE SOCIALE. l4l

progressif, et dont nous nous sommes occti{)é plus haut.

Au reste , dans le sujet spécial <jue ncpks trai* tons, il est fadle de déterminer neU;emeïrt, et de faire saisir par tout esprit, ia nature des deux espèces de faits dont il s'agit , en montrant leur cause. L'origine des constantes est la spontanéité huitaine elle-même, ettonsles élémens actifs^ilui jsont subordonnés ; les tarialions sont Petpresston de toutes les diffiaihés qu'offire la réalisation, c'est-à-dire des luttes de diTerses nature <jue Vkomaie est obligé de soutebir, ^oit contre le monde extérieur , brut et humain , soit conttiâ le monde même de ses propres passions : elles sont l'occasion et la pr^re de son libre arbitre.

n est inutile de nous arrétet* plus long^tempis dans cet examen ; on pourrait en renforcer la con* ciusion, en âaUissant une ccNCnparaison entre des états sociâu:! sépatrés par de longs espaces Salaires, et en faisant saillir tontes les différences qu'ils présentent relatiyei)Qent les uns aux autres* Mais, plus tard, ces questions seront traitées, en ^rte qu'il serait superflu de s'^i occuper en ce moment ; et d^ailleurs il est démontré et au^ddà maintenant que l'histoire présente les deux condi^ tions principales' nécessaires à la fondation scien^ tifique ; il nous reste seulement à nous occuper des procédés d'arrangement qui doivent servir à la construction de l'instrument avec lequel nous

l4a I!iTR(M)UCnON*

devons découvrir Favenir, et mâne le passe antérieurà l'histoire.

Le procédé à employer est très simple, et il est une conséquence directe des raisonn^ootens qui pgëeèdcnt> Il faut prendre les diverses constantes sociales que Thistoire nous fait connaître; faire de chacune d'elles une spécialité ; et, sous chaque titre spécial, ranger dans leur ordre de succession historique , c'est-à-dire par ordre de dates , les variations qui leur appartiennent , et dont elles sont en quelque sorte le si^e.

Qu'est-ce en ^et qu'une constante sociale ? Cest toujours l'un des problèmes dont la solution est un des élémens constitutifs de la société , une de ses conditions d'existence , tels que la définition du bien et du mal , le but d'activité , le système des fonctions sociales, le système des relations au double point de vue des devoirs envers la société , et des devoirs envers les individus , etc.

Que sont les variations qui peuvent s'âeveràl'é- |[ard de ces constantes ? Elles ne sont autre chose que les solutions diverses apportées aux problèmes fondamentaux de toute existence sociale ; c^est le résultat d'impulsions progressives qui viennent changer des institutions incomplètes , ou qui viennent modifier des formules qui représentent inexactement les besoins des populations ; ce sont, en un mot, les définitions diverses qui peuvent

PHTSfOU>GIB SOCULE. ïJ^'5

intervenir surlesconstantes, et les expressions de ces définitions.

Or, après avoir range, ainsi que nous Pavons dit plus haut, ces variations par ordre de date, sous le titre de leur constante, et après avoir fait, ainsi, de leur succession , une ligne qui s^ëtendra depuis les temps certains de Thistoire ju»qu^à nos jours , on observera ce qui s'y est passe. Inévitablement alors on reconnaîtra la Êôt suivant ï une lutte entre deux sjstèntôs^ Fun qui va diminuant de puissance, Taotre qui croît incessamment en force et en intensftë.

En effet, dans les choses humaines , du moment où il est reconnu qu'il j a des problèmes constans, il ne peut plus y' avoir de chakigement que celui qui suppose un passage d^lne solution mauvaise à une solution meilleure; par conséquent, sur la ligne des efforts divers dont une constante est le siëçe , u ne peut y avoir que deux ordres d'actes , les pires dont on s'éloigne , et les meilleurs qu'on adopte successivement; en d'autres termes, tout acte modificateur a un double caractère , celui d'amoindrir le mal et d'accroître le bien.

Ainsi, dans chaque ligne de variations, il sera facile de trouver un double sens , et par suite d'établir la tendance amëlioratrice et progressive qui s'y manifeste.

Ceux qui ne voudraient pas aller chercher dans Fhistoire les constantes sociales, peuvent, pour

i44 îOTiRoïiiicnrïôw.

con^ltliirè les lignes de faite dont limis t«ftôtiB àe parW, recourir à un moyen plus court, mais ittoîttssûr.Qu^ik se demaùdent, et thettîhent quel est lé iait le plus nuisible à Famâiôration de la eottdition sociale des homiûes, et quel est celui qui lui est le plus fovorable. Puis, lof^'iîs les a'uront trouvés, qu^il^ constituent chacun de ces faits comme têtes de colonne , et qu'ils rangent après eux toutes ks variations qui s'y rapportent j ils arriveront, s'ils ne sont pas trottipëô dans la désignation de leur chef de file, a un résultat analogue à celui dédrit dans le paragraphe précédent (ï).

' Ces classifications litiéiirei dé faits par Wdre de date , dt d'après lèur homogénéité , ou Pidèntité

de la constante originaire, constituent ce que Pon

<1) Il pourra paratttiè curièUx de voir <^omtnént A. Cotot^ a «tposé, dabs le GatëchÎMnQ de$ industriels publié par Saint-Simon, le procédé histonque dont nous nous occupons ici. Il dit, 2*^' cahier, page 110 : «Lorsqu'en suivant une institution et une idée sociale, ou bien un système âln^tilotions et unedôctrine entière, depuis leur naissance jusqu'à répoqué actXiellei on trouve que, à partir d'un certain moment, leur empire a toujours été en diminuant / ou toujours en augmentant , on peut prévoir, avec une complète certitude, d*âprès cette série cPobservations, le - wi qui letu* est réservé: dans le premier cas, il sera constaté qu'elles vont en sens contraire de la civiiisationi d'Où 11 résultera qu'elles sont destinées à disparaître. Dans le second, au contraire, on coUcluera qu'elles doivent finir par dominer. «

PHYSCOLOGIE SOCIALE. l^i

appelle des séries^ c'est-à-dire, par définition, une siiite de grandeurs croissantes, ou décroissantes. Nous allons insister, un instant, «sur les propriétés de cette construction.

Les séries du genre de celles dont nous nous occupons^ sont très comparables aux progressions dites arithmétiques. Dans celles-^ci, lorsque l'on connaît trois termes , quelle que soit leur position dan» la sérié, on peut trouver tous les termes soit antérieurs , soit postérieurs possibles : cela est rationnellement, et expérimentalement démontré. Or , dans les progressions propres à la science dé l'histoire, nous avons, comme dans les mathématiques, le premier terme qui est le problème social ou la constante, pi\is la tendance qui est l'analogue de la raison de la progression, contenue comme elle dans les diverses variations qui forment la série. De ce qu'une série historique rigoureusement établie , est semblable à une progression arithmétique , nous concluerons qu'elle a des propriétés analogues , c'est-à-dire , qu'en connaissant plusieurs termes, et possédant, au-delà de ce qui est nécessaire en mathématique , le premier terme ou la constante , nous pourrons en conclure ce qui a été antérieurement , comme ce qui sera par la suite. . ' ^ ' ' •

Dans tous les<;as, si l'on n'arriva pas à des conclusions aussi nettement ' arrêtées , ausçi précisés que celles qui s'obtiennent eri mathématique par

l4G / INTÉODUCnON.

des chifires ou leurs analogues , la nature humaine desfaitsneseprétantpasaunaéme genre de rigueur, on pourra, toujours , trouver pour résultat d'avenir ^ que le fait examine est croissant , et par ^uite acquérera son summum d'existence , ou qu'il est décroissant , et en conséquence se réduira à rien ; et, pour résultat d'antériorité, des conclusions

opposées.

Lorsque ce genre d'investigation aura été ap[di«' que à toutes les manières d'être de l'humanité , on comprend que l'avenir social ^s hommes sera connu jusqu'à un certain point, c'est-à-dire, en tout ce qui n'est que la somme, combinée des con-^ clusions données par les diverses séries spéciales.

Ce n'est point, nous le croyons, par le raison^ nement que nous venons d'exposer , qu'Auguste Comte et Saint-Simon sont arrivé^ jusqu'à cooce*^ voir la construction des séries historiques; proba*» blement ils y ont été conduits par une voie plus courte, que nous allons exposa. Lorsque l'on est bien convaincu que le progrès est le fait humain le plus général, on admet par définition que l'his* toire de l'espèce ne peut présentèt* que deux ordres de faits : les uns nuisibles , et qui diminuent suc^ cessivement ; les autres utiles, et qui grandissent au fur et mesure que les autres sont amoindris* Ainsi, on trouve de suite l'indication de deut series directement en lutte l'unc^ contre l'autre, et dont la formule est facile à b*ôuv^^ à l'aide de

PHTSIOLOGIfi SOaALE. l^J

quelque rëftexion; Fune sera dësigoëe par ces mots : AmëliiMra(ion de la condition sociale de la classe la plus iK)m]>rea$eetla plus pauvre; l'autre sera appelée, diminution de l'exploitation de rhomme par Uhomme. Ces séries pourront engendrer par de siboiples définitions, une muhi^ tude de séries secondaires; connue, par exemple , tendance pacifique en opposition avec amoindrissement du sjstènse guerrier; accroissement de Finfluence morale et scientifique, diminution de celle exCTCée par k force , etc. Telle est la première conclusion directe du fait progrès bien com- {»ris. Si lV>n continue alors à«n chercher toute la valeur , et si Ton veut en ûrer toutes les consëquences possibles, on réfléchira que ce progrès sera au futur ce qu'il a été dans le passé; on lui accordera nécessairement un avenir : de cette manière, ce fait pourra devenir une occasion de prévoyance, un élément de science positive. Mais, quels seront les perfectionnemens futurs ? évidem- . ment ils serontk conséquence et suivant le setks de tous les parfectionnemens antérieurs : ainsi , la classification des faits historiques, fondée d'après le principe qu'on vient d'établir, sera le moyen d'instituer une prévoyanccLsocialé.

En outre , considérant la tendance à l'amélioration, Gonune une force qui meut l'humanité , , nçus pourrons conclure que sa vitesse va croissaut en raison de k durée du mouvement ; en

1 48 lîïTRODUCmON»

effet , à chaque pas les obstacles diminuent y la route à gravir devient plus douce, et la marche est plus rapide parce qu'elle e$t plus facile* On pourra donc arriva*, avec un peu de soin, à calculer approximativement la rapidité des mouvemens sociaux ou des révolutions à venir. Cette réflexion même explique déjà pourquoi , au fur et mesure qu'on s'approche de notre âge, les organisations politiques ont moins de durée , et se succédeat avec une rapidité croissante en raison directe , en quelque sorte des temps antérieurs.

Nous ne croyons pas qu'on puisse contester, en rien, la rigueur scientifique des raisonnemens de méthode précédens. On ne peut mettre en doute que la certitude des faits suixquels cette méthode serait appliquée. Il nous faut donc dire quelques mots de cette incertitude dé l'histoire , que les sceptiques du dix-huitième siècle se sont, tant de fois , étudiés à démontrer. Sans nous occuper de discuter la valeur de leurs argumens , et de leur doute systématique , nous répondrons à l'pbjection tirée de leurs écrits, en peu de mots. Dans l'intérêt de la rigueur des conclusions données par les séries , il est conq)létement inutile d'examiner la véracité de tel ou tel historien. Il ne s'agit pas en effet ici de tenir ôompte de quelque biographie d'honmie, ou de cité, de quelque drame politique ; mais des idées régnantes à telle

PHYSIOLOGIE SOCIALE. l49

époque , des lois , des mœurs y des classifications et des actions sociales, existant à telle date, etc. : or, que nous importe qu'un historien de cette date raconte inexactement quelque petit événement de son temps ! nous ayons son livre ; nous savons sa position dans la série des livres; nous y voyons res^ pirer certaines croyances, certaines mœurs, etc.; voilà tout ce qu'il nous faut ; car ce livre est luimême un fait.

Ainsi , on voit que considérée d'une manière abstraite , Thistoire est propre aux mém^ usages scientifiques que toute autre collection de faits ; les mêmes modes d'investigation lui sont applicables j et donnent lieu à des résultats^ de même nature et de même valeur. Cependant, nous n'avons encore décrit que les procédés d'un système de prévoyance sociale , fondée sur l'observation de Tordre dans lequel les phénomènes se succédent« Nous nWons pas exposé la loi de génération de ces phénomènes, nous n'en avons point donné la formule. La méthode que nous venons de tracer, mérite, à tous les titres , le nom de jnéthode ma? thématique appliquée à Pliistoire ; rien n'y est vivant ; il n'y a en elle rien de l'homme , si ce n'est elle-même. Mais, les considérations qui vont ^i^ vre , et à Taide desqudfles nous allons essayer de construire une physiologie sociale, achèveront,, nous l'espérons , de donner à l'histoire sa valeuj^ de science positivç.

1 5o ^TBODUCTIOK.

sn

Nous commencerons par ikhis occuper d^ conditions auxquelles la méthode précédente ne satisfait point, c^est-à-dire, ^es dcKites, et des kcunes qu'dUe laisse.

La formation des séries ne peut être opérée sans altérer , sous quelques rapports, la raison des choses sociales, ou le caractère unitaire de Fhumanité; cette opération laisse des hiatus, qu'^e ne peut senrir à effacer. En eflErt, tous ces faits isolés ainsi, pour former des spécialités à part, ont des relations de dépendance de série à s^e ; rdations qui lera* servent d'explication les uns aux autres , et rendent compte de certaines différences dans la marche des variations , dont la raison ne se trouve pas dans la série elle-même.

Il est très vrai que Fou peut adopter dans l'étude des séries , un ordre qui suj^rime une grande partie des embarras , et des causes (l'erreur dues à l'arrangemeiit dont il ^agit ; c'est de commencer le travail par les smes les plus générales , par celles qui paraissent dominer, ou détenniner le mouvement de toutes les autres. Mais , cette étude ne nous sauve pas de toua les incottvémens ; et d'ailleurs, il s'agit de savoir, sûrement, quelle est la série la plus générale; oii peut facilement se tromper à cet égard. Cela est déjà arrivé; Saint-

PHYSft>LOOI£ SOGLàLE. l5l

Simon , pendant une partie de sa vie , Auguste Comte , encore ^ dt ttous-m^êmes , pendant losigtemps, lums a Y0AS pris la série scientifique cennine la plus déterminante , CMila jdu&génerale : enfin, Ton peut ne pas apercevoir quelques sériés^ Ton peut en oublier : cda est aussi déjà arrivé ; et l'on conçoit qu'un tel oubli, ne fût-il (pte d'une seule, devient l'origine de graves eireurs.

Il est très difficile , en outre , de trouver les bases ou constantes qui doivent servir à k Ibndation d'une série : ajoutez que, parce ^e l'on aura vu ^uné manière d'être, jusqu'à ce jour incessamment présente dana la vie sociale, on pourra la prendre pour une constante, poigr une nécessité inhérente à la nature humaine ; et cependant ce sera un fait ou iiuaie série qui devra disparaître, et qui n'existe que xîomme dépendance d'un autre fait ou d'une série ^us générale. Il n'est pas douteux que par des tentatives multipliées, et un examen attentif de l'ensemble des coordinations, et des conclusions déjà |>ossédées, l'on ne parvint à rectifier plusieurs erreurs , et à découvrir le plus grand nombre des vrais points de départ propres à servir de têtes de -colonnes. En ^et, du principe même de la création des séries , on peut déduire que tout arrangement de faits historiques qui ne présente point de termes de croissance , ou de décroissance bien arrêtés , et visiblement bien enchaînés , qui , par ijoiiséquent, ne conduîtpas à luie conclusion claire^

1 5 2 UiTRObUCTlON .

est un arrangement faux ; de même , on peut déduire de ce principe, que toute contradiction , dans les conclus! Qns, suppose un vice dans la fondation des séries ; car toutes les négations finales ne doivent avoir pour résultat que la confirmation des conclusions positives. Mais, malgré la certitude que nous tirerions de ces critérium , sur la valeur de notre travail, nous n'en serions pas davantage assurés d'avoir trouvé, et de connaître toutes les séries existantes, non plus que de n'être pas réduits, par suite, à accuser une énorme lacune. Enfin, nous manquerions , dans le cas même le plus heureux, de ce genre de certitude qui résulte de la conviction , que Tarrang^ment ne vient pas de nous, mais seulement nous a été dojàné , et n'est, en un mot, qu'une découverte et une observation. La facilité de ces divers genres d'erreurs^ et l'espèce de crainte que leur possibilité inspire, peuvent n'être que faiblement évidentes pour les per^ sonnes peu avancées dans notre doctrine; mais elles sont saillantes à nos yeux , et nous croyons cpie, par la suite, elles le deviendront également pour nos lecteurs. Il est d'ailleurs un mode- d'un usage, si ce n'est facile, au moins d'une sûreté incontestable, tant pour la découverte des séries que pour leur classification en raison de leurs rapports de co-ordination. Ce moyen est de faire intervenir au début de notre science sociale une autre science qui s'en présente comme 1^ point de départ nata-^

PHYSIOLOGIE SOCIALE.. l53

rel : nous voulons parler de la physiologie individuelle. -

En effet, il est certain que maigre toutes les circonstances particulières qu'empiorte avpe elle l'existence collective des hommes, là vie sociale est entièrement humaine ; car tout ce qui est en elle, part des individus, ou y retourne. Ainsi, quand on ' dit que rhnmanité doit être considérée comme un honune sans commencement ni fin, toujours jeûne^ toujours ayant besoin, et toujours actif, on ne fait pas une image, mais on dit une vérité.

Les constantes ou forces motrices de l'humanité, réduites à leurs élémens les plus simples, ne sont évidemment autre chose que des facultés individuelles élevées à leur summum , plus les différences qu'apporte leur arrangement en institutions sociales, et le perfectionnement. Ces arrangemens soçt susceptibles d'un certain nombre de variétés, en rapport avec le nombre de termes nécessaires pour parvenir du point où la con[d)inaison , d'où résulte la vie collective, est la plus artificielle pos^ sible jusqu'à celui où la société n'est qu^une co-ordination de la division du ti^avail, en rapport avec la co-ordination naturelle des besoiiis et des facultés existant chez diaque individu , alors que chaque fraction de la midtitude.des memlHPes associés serait une fonction d'un système hiéra^chique^lent organisé conformément à la hiérarchie naturelle existant entre les fonctions dans chaque honune^

1 54 INTOOBUCnON.

n nous sewiâe que persomie ne peut nier que tes facultés abstraites de Thumanitë ne soient identiques à cdJbs de TindiTidu. Ainsi, eu admettant que toute richesse m<M^ et intelkctiudQe nous soit Tenue par rëyâation, «a sorte que nous n^aurions rien trouvé par nos propres effoiia, et que nous aurions tout reçu, on «st ttmjours force de reconnaître que chaque homme est, comme Thumanité entière, apprécie- à rintcdUgence etii la pratique des vérités <pà lui gnt été rërélëes^ Si, en effet, il n'était pas apte à concevoir ces choses, coHunent les aurait-il parlées et consérvëes l Ainsi, c^ serait âeyer une disci|ssion oiseuse, que de nier à rîndiyidu les' facultés qui sont dans rfaumanité, et réciproquement. Ainsi, ceux qui admettent la révélation, n'ont aucune raison pour refuser d'entrer sur le terrain où nousarriyons.'Qu'ilsaccepteiit aïrec nous ce fait presque niais à force d'être vrai, et Aous laisseoA répâer, que dans une société , il ne peut exister d'autres puissances actives, fiK>it aptitudes, besoins ou facultés, que celles qui résultent des hommes qui la composent. On peut se représenter cette société comme une addition d'unités, et ses propriétés comnie la somme de ces^ unités combinées. L'homme, ou plus exactement l'homme uni à la fenune, est Mément social, audelà duquel la ocdlection ne^peut contenir que les variétés qui résultent des diverses combinaisons possibles entre la multitude des élémens. Or, le&

PHTSIOIiOGif; SOCIALE. l55

bases 4u dëveloppement social ne aont pas autre chose que les facultés de ses ^ëmeoti; ce sont des existences constantes; les variations se rencontrent fleul^Daent dans leurs dilSsrences d'énergie j oasL dans leur» moyens , c'estrà-dire dans le mode dont leurs relations réciprocpies peuvent ^bre lus* tituées.

Si Ton se porte, d^ailleurs, à Forigine des premières sociétés, alors que nul travail accumulé n'existait encore, et nul héritage spirituel, cm mi^rid, on ne peut concevoir comment de prime abord, tous les actes feits en comm^un auraient ^ autre diose que la manifestation des aptitudes, des besoins, et dés faBCultés de Tho^nme à leur éisét le plus simple, c'est-à-dire à l'état individueL Ccst un individu qui a inauguré la société. Partie de ce ^int, l'humanité s'est ^véeagrandissant ses div^'ses existences fondamentales par une éducation <{ue chaque génA^ation perfectionnait, par la division du travail, etc. Or, dans la formation des séries sociales, il n'y a pas de mode plus sûr que de partir de la faculté individuelle même; c'est comme si on les prenait à leur début, lors de leur -manifestation sociale primitive. De cette manière, la base réelle de la progression nous est donnée ; il ne reste {Ans qu'à classer , par ordre de date, les^ phénomènes appartenant à chacune d'elles, ^in de pouvoir en suivre la marche^

Aussi , nous ^ c'est à la physiologie individuelle

que nous demanderons Tindication des bases de nos séries sociales. En vertu de ce procède, nous n'inventerons rien, et nous n'invoquerons, en aucun temps , l'hypothèse pour la vérifier ensuite , bien que cela soit d'usage dans les sciences les plus positives ; et à cause de cela , nous donnerons à notre nouvelle science le nom de physiologie sor ciale.

Dans l'usage que nous allons faire de la physio^ logie individuelle, nous ne sortirons point des faits qui sont universellement admis aussi bien par les matérialistes, que p»* les spiritualistes , et les honmies religieux ; nous nous servirons seulement des ëlëmens dont on use dans les écoles d'a^ natomistes et de médecins. Notre but, en agissant ainsi, est de laisser de côté tout ce qui pourrait donner lieu à une discussion , qui serait déjdacée, et de nul intérêt ici; nous ne serons donc, dans tout ce que nous allons dire, que purement naturalistes.

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