‹ Introduction à la science de l'histoire, ou, Science du développement de l'humanitéChapitre 34 sur 35 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

ANDROG^nU.

Au commencement, lés hommes étaient errans dans les forêts , sans langage, sans lois, sans ma* riage, sans famille, et sans nom. Us vivaient en troupes comme des bétes , et n'étaient en effet que cela. Ces bandes de bimanes se formaient, se grossissaient, se rompaient au hasard : l'imitation et l'instinct étaient, comme aujourd'hui dans nos troupeaux, les seuls moteurs de ces aggrégations d'individus à face humaine. Quelques cris, et quelquelques gestes , suffisaient à exprimer leurs pas-* sions et leurs appétits de béte ; et à remuer la foule (i).

Ces bandes de bimanes ne devinrent jamais très nombreuses; elles eurent grand peine à se conserver, car elles avaient à lutter moins encore

(1) Toutes les traditions conservent la mémoire d'iin état pareil; on le trouve inscrit également dans les traditions hébraïques. Ainsi, Joseph dit, en quelques lignes, que Caïn, après son crime, s*associa une troupe d'hommes roéchans, vécut de violences, et bâtit la première ville,

contre une nature sauvage et puissante, que contre le mal que leur faisait la brutaUtë de leur vie; car les carnassiers destructeurs étaient encore faibles et peu nombreux ; et toute la terre verdoyait et fructifiait sous le soleil d'un printemps invariable.

Le premier homme fut celui qui parla. Il fut, dit-on j fils de Dieu et d'une vierge. Il était d'ailleurs de nature divine. Il sortit, dit-on encore^ du séjour céleste, pour venir changer les hommes. Sa venue fut annoncée par des signes, dans le ciel^ l'air , la terre, et les eaux. L'air se troubla et se chargea de pluie et de feu ; il se changea en ouragan et ravagea le sol ; la terre remua et trembla ; les eaux sortirent de leurs lits et changèrent leur cours. Ainsi , le pr^ooier verbe humain parut dans ^ne Jtempéte.

n annoiiça ce qui suit : « ^u commencement , l'Éternel, Dieu, créa la grande mère. Il forma avec elle le corps de toutes choses : il fit d'abord ce qui est en haut, et ce ^i est en bas ; puis les ténèbres et la lumière; puis l'air et l'eau, et la pierre. Mais tous ce9 corps étaient immobOes ; alors, pour lesi^ûa^^i'^ il cré^ des intdligenoes qui reçurent, pour matière ^ les uns la lumière , les autres les ténèbres ; les uns l'air, les autres Teau : ainsi , toutes les întelligenclb créées participèrent de Dieu comme esprits, et de la grande mère comme corps. Ils furent faits mâles et femelles , afin qu'ils pussent se multiplier en esprits et en corps : ils reçurent des

(p£NÊS£. 479

iàkeky des lois, et la libert^^ afin qu'ils pussent obëir et mériter. La terre resta pour séjour à la grande mère. Alors , toutes choses furent achevées, é^ toutes choses furent bien, car tout était harmonieusement uni et lié. Mais les esprits des ténèbres envièrent et désirèrent les corps de leurs frères ; l'ordre fut troublé par l'inceste et la ré«volte; la matière du mai fut produite ; l$i grande mère, m^e, qui avait été l'occasion du crime, en fut entachée; et du péché furent engendrés les honunes mortels et les animaux. Alors conunençu la distinction entre le bien et le mal, et la guerre des intelligences- de lumière contre les géans des ténèbres ; et la mort descendit sur la terre. L'Eter^ nel a permis que les dieux de lumière , et de pu» reté aient envoyé un de leur fils dans un corpf d'homme, afin de se multiplier sous forme char^ nelle, pour combattre le mal et purifier la matière huioaine. »

Dans cette narration, tout fut révélutiop. JU'idée et la parole, le mot et le sens , le dogme, et le langage, furent créés en mâne t^oips ; tout mot était verbe; q^, s'il était sujet ou substantif à l'yard de ce qui le précédait, il était actif et verbe à l'égard de ce qui le suivait; ua seul n'était que verbe, c'était cdui qui avait été prononcé le pre^ mier^ et par lequel , {dus tard,*on a désigné, dans les divers ididmes, le nom de Dieu. Ainsi, la lan* gue prinûtive, et le dogme religieux, ne forent

48o INTRODUCTION

qu'une seule et même chose , et durent être confondus dans la même yënêration.

Cette parole rëyëlëe , ne contenait pas seulement le germe de toute société , et de tout langage avenir ; elle était encore douée d'une puissance d'incantation jusqu'alors inconnue, et qui sufiîsait, à elle seule, pour remuer, et soumettre la foule. En effet, c'était un chant accentué et rythmé. Ainsi, ceux même, soit parmi les dieux, soit parmi les bimanes, qui çn ignoraient le sens, obéissaient à la séduction de son harmonie musicale : leur sensibilité était saisie, leur brutalité était dominée; et ils accouraient autour de i'incantateur, et obéissaient à son geste, ainsi que les troupeaux à là main qui les nourrit. De ce que la parole sacrée était , en même temps , un chant, il arriva encore qu'elle put se conserver long-temps dans sa pureté plrimitive. ;

Ve cette révélation première fut engendrée là première société; elle se forma, et grandit, et se perfectionna, dans l'ordre des principes enseignés par son divin auteur ; elle fut le symbole vivant , de sa parole. EUe dtrt donc revêtir les formes civiles, et politiques, que nous allons exposer.

Comme il y avmt deux espèces d'hommes , les uns venu^ du bien, mortels seulement comme chairs, mais immortels comme esprits^ les autres nés du péché, déjppurvus de l'âme immortelle; il y eut société seulement pour les premiers^ : les der-

kàets formant seulement un bétail, ils fureirt matière et instrument. On les appela femmes, du . nom de leur mière; on leâ a{^>éla foule et troupeau ; car ils étaient moms qu'esclayes , et ils restèrent livrés à la promiscuité , comme les Bêtes, sans parole, et sans lois. Ces bimanes ayai^il de plus que dans leur [»remim* état ^ seulement, des maîtres qui prévoyaient pour eux.

Cependant, la société des dieux mortels fonda j dans son sein , la division des devoirs ou des fonctions , et. les lia par une hiérarchie rigoureuse, et unedisciplioesévère, en imitation de ce qui exi&; tait dans le ciel. Il fut dit que chacun occuperait^ de naissance, sur terre, la fonction même que tenait squ père céleste dans Fumvers ; car^ il avait été enseigné que Tesprit qui aurait bien fait, retournerait, après avoir dépouillé son enveloppe d^homme^ pour être heureux dans la cour de son p^; pendant que cdui qui aurait manqué à son devoir, irait soufirir près des géans des tén^Mres et . de la gelée. Ainsi furent fondés le droit patriarcfaal, le droit d'aînesse, la famille^ l'hérédité des fonctions, Tordre d'obéissance, et le cuhe des ancêtres. L'adultère^ le vol, l'envie y l'incesle étaient abominables; car c'étaient les péchés aiiteurs du mal. Le markge était un lien redoutable et sévère; il ne pouvait se former que dan6 le sein même de la fâmffle , et entre imniortels. Les tombeaux fu-»

âi

48a INTRODUCTION.

rent sacres ; c;ir Us étaient des lieux purifiée par le séjour des corps qu^avaietat habités les dieux.

La prière ^ le sacrifice, et la deyinatîou furent institués. La magie fut inventée.

Alors les nations élevèrent des temples , taillé^ rent des montagnes, pour qu^ils fu^nt symbole» en même temps de la prià*e et du sacrifice ; ce furent de grands autels , de hautes p jramides distribuées par étages ; là , chaque classe des inunoo*tels venait s^agenouiUer à son rang, et demandergrâce et puissance , tandis qu'au sommet le pontife roi opérait le sacrifice. Tantôt il agissait aux : yeux.de tous , âévé .sur la jnerre de Fimmoktion.; tantôt l'œuvre mystérieuse était cachée aux regards et enfoncée dans aine cavité a^euaée ait , sommet de la pyramide. Dieu de la lumière , ô mon pêne, disait le pontife, reçois pour eux elpour moi la vapeur la plus pure de notre sangf et* toi, » Dieu de la force et des orages, reçois ce sang qui nous donne la force; et toi, ô grande mère, permeta ' que cette chair nous soit propice j et toi , ô victime sacrée , sois un fidèle interprète de Famour de noua toua , enfans ^ pour nos pères célertas ; et toi , p Dieu, (^dateur de tous et de tout , aco^te nos prières. sÀns, mélange , car nous ne pouvons t'offrir en sacrifice rien qui soit digne de toi-.

Ainsi le culte fut tc»t enseignement^ Tatitek j lorsqu'il était chargé de ses fidèles,/ figurait la hiérarchie sociale imitée de la hiérarchie ce-

terfe ; il figurait aussi chaque hoifithe iitiïttértel, cfar celuî«cî ayait été ùtéé peut être tme hûdge abrégëe àt Ptiûïtei^; et, lorsque tottt ce peuplé agénomflé dressait ses mains au ciel, firiail par la bouche du sacrificateur , se dëyotiail dans là Victîine , il eu^igtiait la voie de vie et de vertu , lé sacrifice.

Lés faffiûiiiks avaicM des teiKfs^leé ; c'étaieitt teùré tdînbeâtix. Lorsque la vie? avait é^ une ^rificâK tîchl, iô/'àqtifi Rmînoftél ëtait lÈtùrt dtos mm cèuvte , lé ÉéjotiT de ses rentes deVettailt ubi lieo pùf . Les ftmëfaiHés dles-înêHïé* ëf^ietit urt symbole de Sa vie : parce que sa vie avait été un sa-' <;rificé/il ëtaît traité eii victime ; sdn corps était éiev'ésur un antél, et offert aux dieux d'éfl hmsâ qui FaVaiént formé , et lorsqu'ils avaiéM repris ce qulls lui avaient donné , alors ses os , sa matièfej étaient enfouis dans le sein de la terre, 1» graiide mère d'où ils étaient sortis, on cësak qu€ les esprits venaient quelquefois visiter les lieux àh reposaient leurs dépôuillei^ terrc^res ; on di- ^t qcrtls aimaient lé sang des victimes, et que , sensible^ au culte qu^on Imir rendait , fl» consentaient à communiqttét avec les vivans.

Lés borninie^ immortels puisaient dans ce culte la forcé de combattre ^ de vàinefe, dans k lotie qu'à PappeJ àé leur^ prémiet^ p^ea terré^ê» , ils avaient engagée contre k nàtiire bitite, et coivlr^ l'exemple fascinateur et les passiônar grossiers âe

4^4 INTRODUCTIOh .

ces bétes à face humaine , qui éteient accourues autour d'eux. La foi, alors, ëtait Tunique recoiu's, le seul appui de la vie sociale ; un instant de doute ou de vanité , ou d'indulgence à la chair , perdait une nation.

Car j alors qu'il faUait agir toujours , et que , cependant, nulle science qui prévît, n'existait^ la foi seule , et le dévouement , pouvaient donner le courage d'entreprendre ou d'entrer dans un avenir inconnu ; la foi seule, aussi , pouvait créer des moyens de prévoyance, et ce fut elle qui engendra , en effet , l'art devinatQire^ l'art augurai et les oracles.

Les changemens dans l'air , dans le, ciel, et dans les eaux ; les vents , les nuées , les orages , étaientils, d'ailleurs, autre chose que des actes divins; n'était-ce pas là que vivaient leurs premiers pères? Ces étoiles , ces vents , ces eaux n'étaient-ils pas leurs corps ? Et pourquoi eussent-ils été indifférens aux prières de leurs descendans et à leurs projets. Pourquoi donc venaient-ils, ainsi ? Et la terre elle-même, la grande mère, n'était^dle pas présente en amour, là où elle verdoyait et là ou elle enfantait les plus beaux arbres.

Oui , les dieux donnaient des signes ; il fallait savoir les interpréter. C'étaient eux qui envoyaient les songes , c'étaient eux qui envoyaient les prèssentimens et les désirs vagues; c'étaient eux qui réglaient les sorts.

Alors , ce fut par le sacrifice qu'on-procëda ajix augurations , au jet des sorts , à la deyination des songes. On crut que Faction des dieux se manifestait surtout dans l'acceptation des victimes , et on en connut bientôt les signes. Les forêts aussi donnèrent des présages, car, lorsque le sol était pur de toute œuvre , c'est-à-dire de toute squillure animale, Pintelligence terrestre appelée par le sang et les os des victimes , venait donner une voix aux feuilles de leurs arbres.

Enfin , les dieux inspirèrent des hommes, et, comme pour montrer leur puissance , même de simples immortelles; ils parlaient et répondaient par leur bouche.

La confiance religieuse des nations ne fut point déçue; si Part augurai, et Partdevinatoire les abusèrent quelquefois , c'est qu'ils étaient mêlés de savoir humain, et par suite sujets à erreur; mais les oracles , dictés par les dieux protecteurs eux-mêmes, les oracles ne les trompèrent jamais; car ils furent toujours la pure expression du sentiment , de ce sentiment social qui est plus que la science, puisqu'il en est le père et le juge , de ce sentiment du but , qui fait les peuples , et que, de tout temps, l'on a appelé la voix de Dieu.

Cette même foi dans la puissance de la prière et du sacrifice, qui leur faisait trouver de si fiers conseils lorsqu'ils hésitaient , et leur donnait de l'audace vis-à-vis tous lès dangers, cette foi produisit la magie.

4^ ' INTR04>VCTI0N.

n y «vajyt^ fiîaait^û , de^ priôrea y 4^ oéréoiojMS^ et 4q$ invp^Uona si piûssm^tm, (pie l^$ 4ieia câe^las ^taîeat forcés de venir Goacpiurir aux œuiFres humnipes. (Test par cet art que furent pro- (Mts, et I0 %u, et Kfsi*9 <^t le bron;^. C'est par ^ art que les champs deyinrent fertiles, et les fruits sayoureux. C'est encore par cet art^ que furent^foriQ^ les fétich^Qs^ et que Tau ipA attacha ^ Qii d^jet t^t 1)9 monde d'esprits prptecteiirs.

Ainsi, la religipn ék^ik partout; nulle part rhomioe ne pouvait agir seul ; car partout il tauobait un Pieu; en tous Ueiuct en tous temp9 ^ le pouvoir my stérieu): ét^ là pour le prot^^ au pour lui faire obstacle ; mais aussi, parce qpie la r«Ugio(n ^it présente w toutes ^osi^, lorsque les nations eurmt conquis le pouvoir de faire iu^ to*v^ir les dieux dans l^irs conseils , dans lews entreprises 9 et jusque dans leurs armes, alors eUes se mirent à agir avec une énergie extr^œ, Jusr qpi'à ce moment on n'avait attaqué la matière du mal , et engagé des combats , que par devoir et coaune siicrifice; maintenant les lougs yoyagies, les chasses , les luttes avec les élémens enn^nis , 1^ guerre de toute espèce devinrent des pj^i^irs.

Alors , on çpmiwand^ et on entreprit avec con-^ fignçe les i^us redoutâtes e^^qpéditions. Aux ordres

éiUAnés du sawtuaire , Içs braves s'élam?àr?nt 4i»m \f^ profoiideurs npu^ç^ntes ouvi^tes autour d'eux , pour y pprttt- fii guerre au pi^l, 4 étw4rc

0£|lis£. 4^7

et multiplier la rate des dieux sur la surfeee de la terre. Bien des^ aièdes s^éeoulèrênt dans cas expéditicms avant que le hut fût atteint, tant de siècles, ^pm plusieurs nations oublièrent leur origine ou n'en conservèrent qu'un souvenir confus ; et aus^ les espaces parcourus furent si étendus , que toute comumaicatton fût rompue entre les pères et les enfans , et que plusieurs peuples perdirent même la connaissance de la route qu'ils avaient emitie. Cependant, partout où ils avaient passé, ils avaient signe leur route en y dressant des monu^ mens de kur culte; ces autels gigantesques , symboles de l'association de prières , et de sacrifices ^ faite à Timitation du ciel.

Au milieu des travaux ^ et des eflforts de ces migrations séculaires , les hommes dieux , enM^e* m^nt occupés de l'œuvre" fw^ente , devaient négliger le soin des traditions, et des souvenirs; Cette o<>ns^vation sortit des^ mains des hommes., et devint l'attributioa des femnies immortelles ; des vierges furent consacrées à ce devoir; on les appela sibjUes^

Ces peuplade voyageuses , ne comprenaient , en effet , que les hommes des fonctions nécessaires k leurs œuvres ; quelques augures , ^elques sacrificateurs , des guerriers, et leurs chefs,, et leur s familles. Ils traînaient de plus avec eux un bétail d'hommes sans âme. Il n'y avait eu rien de^révu quant auix hautes fonctions de la conservation et

4^ iirriu>0ucnoN.

delà dtfectton spirituelle. Toutes les fois, done^ que la communication avec le sanctuaire souyerain fut r(Hnpue , il fut supplëë à son d^aut par des institutions nouvelles. Il arriva, de plus, que le dief de la peuplade fut un guerrier, et que le prêtre n^eut que le deuxi^ne rang. TA était, en effet , Tordre qui avait été crëë par le pontife-nH à Forigine du voyage.

Cependant, le sanctuaire où reposait le principe de tous ces mpuvemens, et d'où sortait ce fleuve d'hommes qui allait inonder la terre , resta long-temps immobUe , assis dans le repos de la loi première. Cëtait une enceinte mystérieuse j impénétrable aux hiérarchies inférieures; le sacerdoce seul pouvait entrer dans la limite formidable ; encore il était un lieu secret, accessible seulement aux princes dra prêtres. Ce paradis terrestre était disposé à l'imitation de celui qui était au ciel. Comme l'autel , il était un syn^ole du monde, de la société, et de l'homme immortel : c'était le tanple des dieux mortels^

Cest dans le sein de ce sanctuaire que se forma la théologie ; il y eut de nombreuses dîscus^ons , et , par suite, de nombreux schismes; car , celui qui ne ircstaitpa^ dans l'unanimité, obéissant, esprit et corps , aux décisions du pontife-roi, cdiui-là était chaissé du paradis; ce dieu déchu allait expier sa faute dans les travaux du peuple , ou bien il fuyait avec sa famille, ratmi^iant avec lui au,-

tant de lH*ayes et autant de bétail quUl po^vait en réunir, et allait fonder une patrie à son hérésie. U y eut de semblables séparations en grand nombre , et elles eurent lieu successiYement , suivant l'ordre logique des questions théologiques qui devaient être, et qui furent posées. Elles furent la conséquence d'abord de discussions sur le nombre et la nature des sacrifices^ sur le nombre et l'importance des dieux immortels, etc. : pourquoi, disaient les uns, ne pas offrir en sacrifice les fruits de la terre; ne valeAt-ils pas les victimes! Le travail qui les produit, n'est-il pas méritoire aussi; car ce travail est une douleur que nous nous imposons volontairement, et il purifie la matière. Les efforts que nous faisons , sont aussi rudes que CQiix de nos frères, lorsqu^îls vont combattre et diercher les victimes , etc. : pourquoi , disaient d'autres , adorer plusieurs soleils , et plusieurs lunes ; c'est le soleil qui est le roi de la lumière ; c'est son roi visible. Cessez de croire que ce roi bienfaisant est caché , là-bas , au Sud , dans un sanctuaire impénétrable; et que les astres lumineux ne sont que ses envoyés : ne voyez-vous pas que, lorsque le soleil s^avance, il nous «mène toujours , tous les bienfaits de la lumière , et les avez-vous jamais reçus sans lui? etc. Puis, les J9^>arations se firent à l'occasion de discussions de détail; mais,ce8dernieres, moindres en importance, ne furent ni aussi complètes, ni aussi hostiles que

49^ INTROPUGTION.

les premtôres; aij)$i, rart^ugural^ Parldcvinaloire^ engendrèrent la météorologie, ou science des choses d'en haut, la médecine, on science des songea et de^ revotions intérieures ; et la magie y donna naissance à l'industrie métallurgique: il ^ formii des enceintes sacrées où toutes ces découvertes devinrent des cultes spéciaux , suivis sous l'invocation de leurs inventeurs qui étaient allés au ciel, et pratiqués par leurs descendans sur terre.

Toutes ces divisions , dont le but était inap* perçu au^ intelligences de ce temps , étaient les effets directs de l'application logique du dogme révélé à tous les besoins et à toutes les facultés de la société ; elles étaient conséquences et, progrès ; elle3 conunencèrent les premiers protestantismts.

Pour que la critique vînt, il fallait que la matière de la critique fût créée, et elle le fut. Toutes ces divisions dont nous venons de parler , ébranlaient mmneotanément la foi, et, aussi, furent accompagnées de profonds troubles moraux. Les dieux de la terre oublièrent leurs devoirs ; ils .dé*sirère^t 1^ filles des hommes; ils furent amoureaix 4^ chair^^ qui n'étaient que mortelles , et ils en abusèrent» De cet inceste , ^e ce mélange impur , naquit la matière .dunuJ social , oonone dans l'u* nivers elle était sortie de l'inceate comnus par les gé^ns des ténèl»res ; c^r , il so forma une classe intermédiaire qui n'avait point de place religieuse y

et qui ii'«tsit ni homme ^ m béte. Lorsque cette ch$m fut devenue iiombreuse , eUe exigea dans k 9Qç\é%é , dans jie temple , et dans le monde, uw place que Ton ne pouvait lui accéder sans im-<* piété et sans critiae. Telle fut Foccasion , et le commem^^i^ent de la première critique.

Alors j toutes les mauvaises passions trouvèrent un appui. C^ix mémQ qui, jusque-là, avaient é^ réduits à obéir par impossibilité de se révolter , <»ux<4à trouvèrent une force prête à les servir. Tontes ks fiausses doctrines purent espérer des défenaears.

La grande mère, dirent les premiers , ne fut jamcûs ni oàupable , ni souillée par le péché des esprits des ténèbras. Ce n'est point elle qui a en^ ge»dré le mal , ce aoot laa géans des ténèbres seuls ; il est injuste de repousser ceux de leurs qn^ fpD^ qui demandent à prier Dimi ainsi que nous , elt qui soot purifiés par nos croyances.

Il q'jt ^ ui bien , pi mal, dans le momde, dirent 1^ seconds. La loi imposée par Dieu aux esprits du oiel , commQ à ceux de la terre , est la guerre. yu^il>^^ vit jm le mouvement, et le mauve* V9mt o'qçt la guerre,.., Ain^, le mérite devant les diaux , et les plaisirs qu^ils nous promettent dan9 les demeures célestes , sont aux plus valeur reux «t awf plus h^ijea ; le péché , c'est de mourir autrement que par Tépée ; €ar T^er est pwir les lâches j et le paradis appartient aux braves.

49> INTRODUCrnON.

n n'y a point, dirent les autres, plusieurs Dieux. U n'y a qu'un seul Dieu qui est tout. D n'y adone, entre les hommes , -dfautre différence , que celle qu'ils savent se faire.

Enfin , de toutes parts , les ëgoïsmes surgirent et la guerre remplaça l'harmonie. Tous ceux qui ne périrent pas dans cette lutte de tous contre chacun, et de chacun contre tous , qui remuait et les dieux et les hommes , tous ceux qui surnagèrent , allèrent se former des domaines par la violence des idées, et des armes. De là, vint une multitude de petites sociétés qui n'eurent plus d'autre but d'activité que l'exploitation de l'homme par l'homme, ^ d'autre industrie que la guerre. C'étaient de pe»^ tits centres matériels qui n'étaient maintenus, que par la pression ^^ercée sur eux par les hostilités qui les entouraient.

Ainsi , la société s'en allait , livrée à des doctrines stériles , qui ne pouvaient faire plus que de justifier ou de maintenir le mal présent, et qui restaient impuissantes à le soulager et à le. changer. Ce n'était plus contre la na^ture que, les dieux combattaient , mais entre eux , détruisant ce que tant de siècles passés avaient eu peine à former ; imposant , par le règne de la force , la promiscuité aux chastes, subahernisant le dévouement à l'égoïsme , mêlant , prostituant une nature immor^ telle dans le désordre des bétes (i).

(1) Nous éprouvons ici le besoin cl*àdres5er un mot

. GBNE8E. 49^

L'esprit critique passa sur les sociëtës comme ua ouragan ou un dâuge ; il abattit les temples , brisa les sanctuaires, enfouit les traditions; il mêla, et roula , la matière des dieux et des honunes , et la jeta çà et là, et la laissa inunobile, conmie un sable inerte et sans volonté, attendant le germe de Tarbre qui devait Fabriter et la fertiliser.

Un peuple échappa au déluge : parcequ'il était resté fidèle aux lois de ses pères , il devint le peu-

d'appel à la mémoire de nos lecteurs , afin de détruire les doutes qui auraient pu les saisir devant ce tableau , sans nom, dupremier état du genre humain, et les dissiper au moment même où ils naissent.

Qu'ils se souviennent seulement de leurs lectures classiques; des histoires fabuleuses de la Grèce, de lltalie, de la Celtique, qu'ils se rappellent les récits des voyageurs , ceux de €ook particulièrement, etc., alors dans notre narration, ils ne devront plus trouver qu'une seule chose étonnante, c'est l'ordre que nous avons pu y mettre. Ils satisferont leurs nouveaux doutes à Cet égard, en abordant la lecture des livres originaux,

Car il n'est pas , dans notre histoire , un seul récit dont nous n'aurions pu justifier la réalité , et la place , par au moins dix citations. L'époque , que nous avons enfermée dans une narration si resserrée, est , en effet , si large , si riche de faits , les traditions sont si positives , si claires • que notre ami Boulland y a trouvé la matière , et la justification de trois âges logiques complets , ainsi qu*dn le verra dans le volume qu'il doit bientôt livrer au public. D'ailleurs , si, d'après le calcul des vitesses progressives» on cherchait à établir la durée de cette époque , on trouverait qu'elle a rempli un nombre très considérable de siècles.

494 INTROIHJGTION.

{de an ) par loi^ la mémoire ded clios^ passées firt conservée; il iirreiita Fëcrittire hiéroglyphique.

Le temps d'un noavean verbe éiflit VMti , Fomiyre de l'anetenne parole était achevée) eUè avait produit tout ce qu'elle avait en paiasânce ; les dienx avaient appris aitx hommes il parler, mais non à agir. La société allait périr , k>rs^e ]e sauveur arriva , et enseigna ce qui suit :

« Au commencement j Dieu voulant aimer, et être aimé, créa la grande mère; puis, avec elle , il forma les intelligences divines , esprits et corps. L'ordre de naissance fut celui de subordination. Le premier des ordres créés fut la trinité sainte , sans laquelle rien ne s^ait , et rien ne peut . être , unité en trois âmes , amour en trois volontés , raison en trois intelligences , activité en trois puissances. C'est avec elle , et par elle , que Dieu produkit tùutes les hiérarchies célestes. Chaque d^ré fut fait mâle et femelle afin d'être une idée de l'univers où tout était né de Dieu , et de la grande mère , et la femelle fut inférieure au mâle , comme la matière »U principe. Alors , toutes choses furent bien ; mais , parmi les esprits , il y en eut qui se crurent nécessaires au bonheur du toutpuissant, et vinirent à s'ain^ plus eux-mêmes qu'ils n'inmaient l'éternel, leur père. Leur âane devînt égoïsme, orgueil, fierté, envie; alors, il y eut du mal , du péché , et de la douleur , dans les

GîEEfJKftE. 49^

demeures éternelles. Cependant^ Dieu eut pkië de leur. faiblesse et de leur misère; îA voulut qu'ils pussent racheter Içur faute, et reconquérir une place dan&son amour. Il ordonna à som premier né de créer les^ sphères mortelles, afin que les anges déchus pussent aller sur terre, expier, par le sacrifice, leur faute céleste. Ainsi fut créé le monde visible j avec la hiérarchie des intelligences^ qui le gouvernent ; et l'ange déchu fut revêtu d^uâ corps mortel , et reçut le pouvoir du sacrifice ^ et du choix entre fe, bien et le mal y entre le dévoi^^ nient. etl'égoïsKne. Ainsi, la possession fut établie le signé de la bienveillance de l'éternd envers le coupable f car, ce fut le moyen du sacrifice, et ce fut le don de la puissance pour le faire. »

Alors , il fut établi , conmie conséquence^ à tirer inévitablement , et comme croyances f utcn*es , que toud les hommes, tous les ^res qui &e mou-* vaiei^, étaient animés , et imn^ntels en esprits. Il fallut croire que 1^ âmes séjournaient sui* la terre, tant que leur faute n'était pas expiée, passant d'un corps dans un autre , pour mener une vie d'autant moins lacile, d'autant plus inférieure, et plus douloureuse , qu'elles avaient été plus souillées de mal^ dans les vies antérieures. Le boliheur de la naissance , de la beauté , de la puissance , et la possession de tout ce que les hommes pouvaient aimer et d^irer , étaient les signes des naiérites acquis par les e)q)iations subites soùs las formes dans

49^ nmoDUcnonT'

Ie8<|aelle8 Pftme avait paâsë prëcëdemment.

Delà 9 il rëstdtait que la hiérarchie des devoirs^ la hiCTarchie des droits politiques ^ la discipliner sociale enfin, serait déduite par obiser?ation. Le fait existant devait être admis ; la position acquise maintenue } car elle était un droit mérité : mais ^ aussi, chaque position imposerait des devoirs gé>*' nëraux et particuliers j que l'on ne poumÀ eif* freindre, sans encourir la crainte de recevoir , dan» une autre vie, toutes les douleurs qu'on aurait causées aux autres. En un mot , si l'inférieur de^ vait à son supérieur obéissance ^ il J trouvenât une occasion de mérite, et d'un mérite d'autant plus grand, que l'obéissance serait plus dure; et, si le supérieur pouvait exiger une soumission alv solfie de ceux qui lui étaient subordonnés , il n'oublierait point que ce haut pouvoir , qu'il avait reçu^ ne devait être, pour lui, que le moyen dW dévouement plus large. Ainsi allait^étre assuré un ordre social, en même-temps d'obéissance et de protection.

La parole l'évélée, riche de tant de conséquences nouvelles , et grosse de tant de bienfaits , fut entendue de peu d'hommes ; bien petit fut le nombre de ses premiers apôtres. Us se hâtèrent d'en réaliser les premières conséquences parmi eux , et parmi leurs eufans ; ainsi ils appelèrent à eux , par Vexemfie d'une vie toute de pureté et

de dévouement , les hommes redevenus grossiers au milieu desquels ik ^'établirent. Ils * prouyèrent leur foi, en souffrant pour elle; et lorsque le martyr ne leur était pas donné par la colère des barbares ^oïstes auxquels ils-parlaient ; . alors , ils se l'imposaient eux-mêmes; ils inventaient des tortures de toute la vie ^ et se tnontraient ainsi aux yeux des hommes, comme apôtres, et comme exemples vivans de l'expiation imposée aux habitans de la terre.

. La supériorité de leur f4i , ses promesses pour tous, sa discipline, le dévouement qu'elle savait inspirer, conquirent les cœur$, et les intelligences^ et réunix^nt en un faisceau spirituel , toutes les sociétés éparses , toutes les natiojis ou familles que l'ancienne croyance avait poussées et dispersées en Ethiopie , dans la haute vallée du Nil , et dans l'Indoustan , sur les bords du Gange. Alors , . il y eut sur. terre , deux peuples nouveaux ; et , chezFun et chez Taiitre, la société se trouva réglée ainsi :

L'unité sociale, conmie doctrine, et conune volonté , resta déposée entre les mains des successeurs des apôtres , qui furent appelés brahmines en Asie, et iéréïs ousacerdotes en Egypte. A eux, donc, appartint le gouvernement de tous, et de tout. Ils formaient une caste , soumise à une discipline particulière , dont on faisait partie par naissance. Autour d'eux, étaient fixées les nations ou fa-

49^ lIITRÔIHJCnON.

miUes^ qu'ils avaient conquises à la foi nouydle ; ils les gouvernaient par des pasteurs ^irituéls qui administraient la prière et la science ; ces nations n'avaient de commun que leur crojaHce , et n'agissaient ensemble que par Teffet de la vdionté du collée sacerdotal. Bans le sein de diacune d'elles , la hiërardiie sociale resta ce qu'elle était , composée de trois classes d'honunes; les ckefs ou braves , ceux qui s'appdaient Dieux autrefois ; les clients j cf'est-à-dire , les hommes nés de l'ancien péché des immortels aUtc les filles mortdies ; enfin, les esclaves qui représentaient ce qu'on avait appelé bétail auparavant. Cette division et ses conditions étaient des faits ; elle durent être reconnues. Ainsi, naquirent les quatre grandes castes, qui régnèrent en Egypte , et aux Indes ; ainsi que Ipnr première coordination.

Toute position était donnée de naissance ; car elle était, toujours, ube récompense ou une punition; et toute punition aussi, r^résentait un degré de la hiérarchie des purifications ; car, il y avait , hors de la société , des cobdidons bien au- . trament xtouloureuses , que la plus crudle de celles qu'un homme pût subir; c'était celle àe& i^étes etràntes et chassées dans les forêts. La possession était le signe visible des mérites acquis , cicmune elle était le signe de la puissance. Aux princes des saceMotes, appartenait le pouvoir souverain , et de plus , était promis , s'ils ne déméritaient pas ,

le rappel dans 1^ demeures éternelles ; aux guerriers , étaient attribnees les jouissances de la force , de la gloire , de la propriété ^ et des richesses ; et^ à leur dévouement était attachée l'espérance d'une autre vie plus noble encore , et plus rapprochée du séjour des anges : les cUens étaient libres -, ils pouvaient choisir kur maître, leur travail ; mais, ils ne pouvaient posséder , et par suite , être ni maris , ai pères^ ou avoir à eux une femme, et des enfans, a^recnent que par le nom^ et 3#us le patrotxaige d'uû maître : les esclaves étaient possédés* Les ïeumxSj dans tiiàque ordre de naissance, savaient le sort des hommes , mais en lear restant toujours inférieures , ainsi que cela était au ciel.

Sous cette discipline sévère , mais humaine, la société .grandit, s'améliora, et devint riche et peuplée.

On -construisit des temples , afin qu^il y eêt sur terre une figuration du knonde , et moral et physique , tek qu'il avait été révélé par la parole sacrée , dans la hiérftrdue animée de devoirs , d'amours , et d'espérances qui en faisaient la loi. Le temple fut le type des espérances inmurâes ; rien de ce qu'il contenait n'était visible à l'extérieur; toutes choses étaient enfermées ' dans un eomiite , qui les dénâbait aux regards des hommes du ddiors. Un mur liant et nu en formait le contour ; sa triste «uariformîté n'était interrompue que Ik , où existait la porte qui donnait entrée dans les cours

5oo nrnuHnrcnoK.

myténeoses ; et cette porte âait un aotd de sstcrifice, haut, pesant, effi-ajant le r^ord et la pensée, sur lequel était peints ou sculptés les difficiles efforts , les terribles dévouemens, par lesquels on sortait du séjour des hommes, et Pon s'ouvrait celui des anges. Cet autd était double ou tri|Je pour enseigner les différentes voies par lesquelles on peut m^ter. Ainsi , la vue seule de ce haut mur , et de ces entrées , rappdaît aux hommes du dehors, comment le péché leur avait ôté la vue et le bonheur des dboses célestes, ailes plongeant dans les ténâires de la matière , et comment aussi ils pouvaient sortir de cette terre mde et triste , pour entrer dans les demeures immortelles.

Lorsqu'on avait été purifié en passant sous la pierre du sacrifice , on se trouvait dans la cour des Dieux visibles , de ceux qui présidaient aux mouvemens des mondes mortels, et aux phénomènes de la nature. Là , chacun trouvait l'arbitre de ses œuvres et de ses travaux dans l'ordre des fonctions matérielles ; là , étaient rangés à leur rang j en colonnes inuuobiles , coname des gardes à l'entrée d'un palais impérial, les dispensateurs des richesses agricoles et industrielles , les rois des âémens, les protecteurs de la vie, les moteurs, les maîtres , les soutiens du monde des choses visibles et changeantes. C'était à eux, nos premiers ap-

GENÈSE. ' 5or

puis , que devaient être présentées les prémices adorations et les premières offi*and^.

Cette cour des Dieux corporels n'était qu'un pas^ sage pour arriver à une enceinte plus sacrée, mais dont elle était séparée par un nouveau symbole de sacrifice , un nouvel autel plus large , plus pesant que cQuxqui Tavaient précédé. Il était unique, car pour entrer dans la seconde enceinte , il n'y avait qu'une^ voie y la mén^ pour tous , celle de Pœuvre sociale. Ainsi,, pour sortir de Tocéan des choses visibles et multiples, pom* cesser d'être nombre, et aborder à la rive du salut , il fallait que Thoname comprît le but humanitaire , en devînt moteur , et * s'y dévouât.

La seconde enceinte ne présentait encore que des lignes de Dieux immobiles ,* inteUigences intermédiaires entre les princes des élémens et la trinité sainte. C'étaient, les messagers des prières d'en bas et des ordres d'en haut.

Pour voir la trinité, prenûère née de la création, il fallait entrer dans le parvis; elle était assise là, sous ses trois, formes, entourée de ses serviteurs figurés , le plus souvent , en hautes colonnes , soutenant un firmament peint et étoile. Au-delà, était un sanctuaire inaccessible aux regards du jour, des hommes, des pontifes même; il était vide. Là^ descendait quelquefois la majesté de Téternel) Dieu,, créateur de toute existence.

a02 INTRODCCnOK.

AiiMii fut représentée la pariée rérâëé; ainsi fat faite temple, figurée en [»erre , et écrite scnr terre, la pensée dont devait rivre, pendant des siècles , toute soi^té et tout homme.

Cependant la société était arrivée à Pétat de curitë ; elle se sentait forte, et assurée du jnr^entf cUe se jetta dans Tœuvre d'avenir. Alors, tonte Ténergie qui avait été employée auparavant à la construire et à la solidifier, s'épancha dans sa vie intérieure. Elle se mit à agir avec toutes ses facultés et dans toutes ses fonctions. L'organisation spirituelle se perfectionna et s'étendit, en engendrant toutes les divisions du travail qui lui appartenait ; le culte, réducation, la justice, Pinstruction , la scmice, les traditions* On dres^ des autels, et des chapdles aux Dieux des terres -et des élémens; on éleva des temples où furent fondés le culte et l'observation dé la météorologie et de l'astrologie^ d'autres furent consacrées au culte de la médecine et de l'hygiène. L'initiation fut créée , Pordre et la hiérarchie furent mis en toutes dioses. En même temps, les guerriers se signalaient par de grandes «ipéditions, entreprises , les unes pour conquérir le sol, les autres par religion , poiur se faire des populations d'esclaves , afin qu'elles apprissent le sacrifice et vinssent mériter un meilleur sort; d'autres encore pour briser les forces hostiles qui croissaient en dehors de la patrie, et les écraser lors- ,

qu'elles n'étaiefit encore qu'eu germe^ et chaque victoire fut consacrée par Tart, et par l'oflfrande aux Dieux d'une riche colonne, d'une préci^ise peinture ou haute obélisque. La prévoyance coulait du sanctuaire dans toutes les voies de l'activité sociale; d'énormes travaux s emparaient du sol et l'assuraient à Findustrie. Les migrais et les sables étaient fécondés; la terre changeait d'aspect : ellé^ devenait humaine. Les villes grandissaient; des cliens lîhres accouraient autour des temples prendre le patronage des prêtres : et, ainsi, se fondait rindustrie manufacturière, et secréaient des forces, chaque jour plus nombreuses, pour construire les longs et gigantesques travaux que cet âge a laissée sur le sol où fut sa route.

Gomment cette société , si puissante et si liée, vint-elle à se dissoudre? Ce fut par le péché de* ses chefs; ils tombèrent dans la faute même qu'ils craignaient le plus ; ils faillirent par orgueil. Lorsque toutes les clioses que nous avons dftes , furent achevées, les princesdes prêtres se reposèrent dans la jouissance et l'admirs^ion d'une si belle œuvre; ils crurent leur travail achevé, et s'en glorifièrent. Au moment où l'activité, dont ils avaient alhimd le feu, brûlait toutes les intelligences, et poussait toutes les volontés, ils devinrent immobiles, ^ se firent spectateurs. Alors, tous ceux qui agissaient,^ et* produisaient , même dans les collèges sacerdo^

5o4 IKTRODUCnON.

taux , ylnreDt à demander qudle ëtak la fonctioDy le dëvouemeDt, rutilite de ces oîstfis possesseurs* Les gaerri^-s^ surtoat, qui, chaque jour, élaient appelé»à faire oeuvre d'ëuei^e, ne trouvèrent plus diez eux ni direction , ni conseil qui répondît à leur courage; ils méprisèrent ces prêtres imsioMles et sans voix; et l'un de leurs che£s se fit roi des guerriers et des prêtres j sid[>altaiiisant ceux-ci y afin de les rendre à l'activité et au mouvement. Ainsi la terre dTEgjpte devint terre ro jale j et les pouvoirs du sacerdoce et du glaive furent réunis dans les mêmes mains. Alors le tenqfde fut entouré de remparts ; et dans la même enceinte fut contenue la cour, du roi, ôt la cour des Dieux.

Il y eut une longue suite de r^nes glorieux. Mais, pendant ce temps, la connaissance du dogme s'obscurcit et rentra dans les sanctuaires ; l'obéissance et le sentiment du devoir se perdirent. Les règpes qui suivirent furent donc tourmentés ; les dynasties se succédèrent , les unes aux autres , ainsi que des r^nes. Des ambitions de pouvoir et de jouissance naquirent de toutes parts dans la nombreuse caste des guerriers : il se forma des seigneuries; les villes qui n'avaient encore appartenu qu^'aux temples it aux rois, devinrent des proprié»tés ; il y eut des guerres entre seigneurs , et des guerres entre villes. L'ordre du clergé et l'ordre militaire furent mêlés par l'usurpation des fonctions. Enfin, les barbares du dehors furent appe-

GENESE. 5o5

les par les ambitions rivales, et vinrent accroître la population turbulente , improductive , qui consommait le fruit de tant de siècles. Au milieu de ces luttes , et par une conséquence inévitable , les vaincus chassés du sol de leurs ancres, allèrent chercher une patrie sur d'autres rivages, et semer, ainsi, sur les côtes d'As^ie et dltalie, des idées ^jptiennes. Il j eut, cependant encore, de temps en temps , de grands rois qui soutinrent, quelqujes momens , Funité minée de toute part ^ et croulante sous les coups et la turbulence de Tégoisine.

Alors un grand mouvement se manifesta. La Ifuerre des cliens, après avoir long-temps menacé, éclata enfin. Cette population publiée, chargée du poids de faire vivre toutes ces ai:mées d'hommes , chargée de prévoir pour eux, battue, foulée par tant de guerres, et dans les villes, et dans les campagnes , excitée d'ailleurs par l'injustice si peu religieuse de ces puissans vaniteux , sous l'inspiration du clergé inférieur , demanda des armes pour défendre les travaux, les esclaves, et le bétail qu'elle administrait. Elle les prit.

Ce mouvement redoutable fit taire toutes les querelles dans la caste qu'elle menaçait. La classe des guerriers allait-elle donc être confondue avec celle de ses fermiers , et les nobles familles s'éteindre dans leurs rangs impurs , ainsi qu'avaient disparu les race« sacerdotales! On se réunit donc

5o6 ' INTRODUCTION.

contre un ennemi commun , et Ton se jeta sur les rebelles^ L'insurrection fut terrassée, mais non vaincue. Ce fut le commencement d'une longue lutte. La révolte renaissait sous les coups qui semblaient devoir la détruire. La civilisation allait périr dans cette mêlée destructive; enfin des rois barbares et quelques guerriers égyptiens compri-r rent la force de ce mouvement , et en firent leur fortune. Ils accordèrent aux framiers, et aux cliens des villes , le droit des armes et de la défense ; ils se placèrent à leur tête, et, partout où cette alliance s'établit, la victoire fut à Tinsurrection. Ce fut là le commencement des rois pasteurs en Egypte. La vieille société guerrière fut repoussée vers TËthio. pie, pendant que la nouvelle nation s^ reposait dans les belles vallées de la Basse^Egjrpte. Cependant la guerre ne cessa d^exister entre les deux peuples ; elle fut interrompue quelquefois jpar de longues trêves, mais jamais terminée. Plus les sièdes s'écoulaient, plus même la séparation all(vit croissante et devenait implacable.

Car rhostilité d'intérâ, qui avait signalé ses premiers jours, fut remplacée par l'inimitié reli* gieuse.

A l'émotion de col^e, au sentiment d'injustice, qui avait excité la révolte , avait succédé , parmi les pasteurs, le mouvement des doctrines. Pour justifier leur protestatian contre leur ancienne obéissance, ils s'élevèrent contre le sanctuaire et

GiJiiàsB. 5o7

s^s ens^ignemens ; et rinsuir^ction du clergé inférieur vint sanclionncar celle de$ guerri«*s rebdles et des client. « Pourquoi , disait- on y adorer des Dieux qui ue nous sont rien ^ ^ ne nous toudu^at pas. i^on Fancienne doctrine , une prière ne peut arriver aux pieds de l'éternel, qu^en passant par toutes les hiérarchies intermédiaires : il faut donc qu'elle soit accueillie, d'atord, par les Dieux vi^ sibles , et tout l'avenir promis à nos offirandes et à nos sacrifices, dans cette vie et dans les autres, dépend de leur hies:iveillance. Bornons^nous donc à l'adoration de nos Dieux visiWes , puisqu'ils sont les dispensateurs de toutes faveurs sur terre conune au ciel , et que 7 sans leur secours , nulle prière n'a d'espérance^ » Alors, on remplaça, dans les sanctuaires , la trinité invisible par la trinité solaire , reine des sphères mortelles j et l'on n^ mit plus dans les temples qu'une seule pierre de sacri^^ fice. Mais là ne se borna point la conséquence du premier raisonnement de protestantisme. Sa cônrclusion dernière était la pluralité des cultes, car le Dieu immédiat de chaque sol , de chaque élément ou fonction , était, selon cette doctrine, le véritable maître du bien et du mal pour tous ceux qui étaient nés sous sa loi. Ainsi, la pluralité des cul<tes engendra le polythéisme en Egypte, ses légendes et ses doctrines. Alors les noms des Dieux barbares purent aussi être introduits.

Pendant que l'unité de croyance se brisait chez^

5o8 INTRODUCTION.

les pasteurs , elle se resserrait dans la vieille mo-» narchie du haut Nil ; car elle ëtaît devenue une condition de conservation, même pour les intérêts matériels. H résulta de cette différence de direction un changement dans la puissance relative des deux peuples. Pendant que diez les premiers la force de conservation sociale se divisait y prenant pour chefs, diverses dynasties, et plusieurs Pharaons; chez les seconds, au contraire, Pénargie militaire restait concentrée en une seule main et faisait masse. Ainsi, il arriva, au bout de plusieurs siècles, que les pasteurs se trouvèrent incapaUes de résister à leurs anciens maîtres. Sans doute, ils soutinrent encore long-temps la lutte ; mais ce fut en appelant de nouveau, à leur secours, les Barharçs de la Palestine, de la Syrie, de FArabie, etc. Le temps était venu , où Fépoque protestante devait finir , pour être remplacée par le travail critique. Tout était préparé, car pendant ces troubles , de grands progrès de détail furent opérés dans les sciences et les arts industriels : dès leur début, on inventa Pécriture alphabétique; plus tard, Pastronomie prit naissance , puis la médecine , et les premières théories. La navigation fut perfectionnée.

Le bienfait de tout ce qui venait de se passer sur le sol de la Basse-Egypte, allait être révélé. Il allait devenir visible que les efforts et le travail des pasteurs, tentés dans un intérêt uniquement tem-

porel, frappes, à cause de cela, de stérilité dans tout ce que leur volonté enfermait d'égoïste , opéraient dans une fin universelle et féconde. Il allait apparaître que le but , comme le résultat , de ces agitations , était de rendre les richesses spirituelles de PEgypte transmissibles aux populations nombreuses qui vivaient encore dans les conséquences de l'âge des Dieux mortels. Il ne restait plus qu'à les disperser, et cela fut fait, ainsi que nous allons le dire.

Les Egyptiens descendirent dans la vallée basse ^ du Nil , menant , avec eux , tous leurs cliens armés; partout, ils attaquèrent en masse, et partout forent vainqueurs. Des anciens pasteurs, les uns périrent sous Iç fer , les autres s^enfuirent par mer, et allèrent chercher une patrie sur d'autres rives; d'autres se glissèrent , et se perdirent dans la foule des vainqueurs. Le' gros des vaincus , et tous les Barbares qui en composaient la force , et l'armée , se réfugièrent dans une île fortifiée nommée Avaris. Ainsi abrités contre la première fureur des assaillans , ils obtinrent la liberté de se retirer , et ila allèrent fonder^ dans la terre qui plus tard s'appela Judée, la ville de Jérusalem. Cependant tous les germes du protestantisme religieux , ne périrent pas a^c le protestaintisme militaire. Ils fructifièrent, et s'étendirent, et menacèrent de se propager encore d'avantage. U arriva même qu'un

5io ETTSooocnoff.

homme, «le famiHe rojale, le r^enl Datiaos Ar- Diais , trouMa l^empire pom- cette croyance; 3 (ut chassé. Pour en finir, fl foi ordonne qoe tons cenx ^pii seraient reconus entaches de cet eqirit, et somUés de cette lèpre^ seraient enlevés arec leur famille, et condamnés aux trayanx puMics. Ibis , êo^u ce r^iime, les maigries restaient en encore relation ayec les sains ; ils croissaient en nombre , ■■tint par voie de génération, que par voie de séduction. L'abandon, les violences, le massacre des enfans, ne faisaient qu'irriter le mal. On résolut done de conc^itrer ce^e lèpre sur un point, de fixer cet ulcère, pour en borner les ravages. Parun avenglement £ital, on donna à ces hommes, un territoire resté «^minable , et consacré à Tjphon, cdni de la viHé d'Avaris ; et l'on préposa à leur télé , an prêtre de l'ancien temple d'Osîris , leur d^enseur fidèle, et leur maître. H leur donna des lois et un culte. Ces ennemis des Dieux, se vojant réunis dans une position forte , et offensive, appe- Jèrait à lenr aide, les réfugiés établis à Jérussdem. Les Egyptiens ne purei^ d'abord résister à cette tiouble tet bnelque alliance; ils i-eculèretft, et lui Jaissàrept, pendant quelques années , la possession de f anden domaine des pasteurs. Revenus enfin de leur surprise, ils ciiass^nt^ pour jamais, de lenr territoire, cette l^re qui la rongeait depuis si long-^emps. En quittant la terre d'Egypte, le ppdkre^Toi des Hycsos d'Avaris , laissa son anbien

GENÈSE. 5ll

nom dM3igarsiph et prit cdiii de Moïse, et son peuple devint le peuple Juif. Dès ce jour, la terl^ d'Egypte s'endormit dans le repos d'une conservation paisible. Le mouvement critique continua, mais sous une forme moins visible; ce fut dans le domaine intellectuel , qu'il enferma ses premiers efiforts ; de là, il vint porter le doute sur les croyantces religieuses. Le pouyoirroyal accueillit le scepticisme, comme on reçoit un flatteur qui nous sert; car il renvetistt toutes les batrièrcs qui gênaient ses caprices. La loi des castes -céda devant la volonté des rois ) et l'antii^e discipline fut remplacée p«r la confusion.

Cependant, les fugitifs s^étaient dispersés sûr la terre; quelques uns, commeDanausAnsiais, avaient été porter en Grèce, l'exemple de leur organisation prcAestante, tant sociale que religieuse, et étaler des richesses de toute espèce^ auparavant inconntves , l'éicH^ré alphabétique, les sciences, les arts, et vÈï^ industrie toute nouvelle. Ils arrivèrent au nûlieu des Barbares du premier âge , sur une terre où durait encore la dispt^ entre les Dieux moi^s , et k matière du péché commis avec les ^es des hotimies. Us furent admirés, imités; et, d'ailleurs, leurs armes perfectionnées leur donnaient une supériorité qui , aux yeux de ces Celtes brutaux , était le signe d'une supériorité d'origine.

Danaus fbtvda la première Cité. Elle fut placée feôus l'invocation d'uri Die» protecteur , et formée

5 1 2 n«TR0IHJCn05 .

de trois sortes d'hommes: les nobles, les elîens, et les esclaves. On était de naissance de Tune de ces trois classes. Aux nobles a[^rtenaitle gonv^*nement , le culte , la ju^ce , et le droit de posséder. Les diens avaient les droits des arme^ , la libarte du travail, du pécule, et de Féducation, la participation aux élections , et aux délibérations publiques ; mais ils n^avaient pas Pusage de la propriété. Bofin y le sort dfis esclaves fut adouci, en ce qu'ils purentétre afibanchis et rachetés. ParcequeDanaus n'était qu'un soldat , Danaus supprima la caste sacerdotale ; il établit le culte de sa divinité spéciale , et admit le Polythéisme.

; L^exemple de cette Cité dut être accepté par toutes les populations qui en reçurent la nouvelle; œ fut le signal d'une révolution ; en effet , toutes les classes inférieures trouvèrent à le suivre , l'intérêt d'une amélioration considérable à leur sort; les cliens devenaient des citoyens, et les esclaves, des hommes. Partout , donc, les successeurs des Dieux furent forcés d'imiter les étrangers: un grand ttCMnbre même le firent par ambition , et parce qu'ils trouvèrent , dans ce mouv^nent, l'occasion d'acquérir un pouvoir qu'ils n'avaient pas. Ainsi, la terre se couvrit de Cités ; et le culte , et les traditions sacrées du premier âge , furent modifiés pour répondre au changement politique qui s'opérait.

L'adoption des institutions nouvdiles fut faite avec tant d'amour , que les Pébsges portèrent Ti-

GENÈSE. 5l3

mitation jusque dans les choses sacrées; comme pour conserver à la civilisation naissante , une empreinte ineffaçable de son origine , la religion ftit vêtue du costume Egyptien. Le culte cessa d'avoir lieu sous le ciel ; on bâtit des temples couverts , environnes de colonnes ^ composés d'un parvis , et d'un sanctuaire, ainsi que Tétait le saint des saints du temple Egyptien, et à son imitation. Le symbole du Dieu était visible , et livré à l'adoration sous le parvis ; mais , dans le sanctuaire , était déposée la table de la loi, et siégeait le conseil dès nobles. Ainsi, l'art devint un signe de reconnaissance, et, en même temps , une tradition. A • l'exemple, encore, de l'Egypte, on vit s'élever des temples consacrés au culte de la santé, terres d'asyle, où les ennemis même vivaient en paix. , On fonda les mystères, et les initiations.

Pendant que cette révolution s'étendait sur tout le sol Pelasgique ^en Italie , dans la grande Grèce, sur les côtes d'Ionie , dans l'Archipel , et enfin dans = la Hellade , une autre fondation se consolidait en Palestine. C'était celle du peuple de Moïse.

Moïse était prêtre, instruit dans la science, et les traditions antiques ; il fonda la nationalité de son peuple sur l'unité temporelle ; il établit l'unité d'origine, de tradition, de culte, et d'hostilité contre Fétrangér ; il le fit matière : à cause de cela, il ne lui permit qu'un seul temple, et qu'un seul livre : à cause de cela , il le divisa par tribus , et le

lia au sol par ua règlement sévère sur la transmission de la propriëtë; et il fit de la conservation des doctrines j des traditions , et des rites , la propnété et Fintërét égoïste d'une tiribu : à cause de cda , S déclara toutes les tribus sorties du m^e "père : à causedecela^^ifin, il défendit les maris^gesai^^c l'étranger ; et il proscrivit les images, lorsqu'il y tn avait^partotit. H admit, dans la société, trois classes d'hommes: les prêtres ou lévites; les ckoyens, propriétaires du sol, des métiers , et des armes; et, enfin, les esdaves. Aindi, toute Forganisation qu'il établit , révélait la science d'un génie sorti d'un sanctuaire. Elle réalisa , d'ailleurs, une gmnde amélioration sociale ; car elle fit une nation oùii y avait plus d'égalité , et [dus d^oms^s libres que nulle part ailleurs.

Quel progrès avaient à accomplir les nouvelles sociétés , pour qi:^ l'œuvre de l'ancienne parole fût achevée ? Cétait d'atteindre l'état où les lioiBa!nes ne seraient plus divisa qu'en deux classes : cc^e des maîtres , et celle des esclaves. Car , akn^s, tout ce que la doctrine révélée avait inai^nré, serait accon^li. Tous ceux auxquels elle avait reconnu un droit de possession, ne fiâtK^e que celui de disposer de leur propre corps , ainsi que les cliens, tous ceux-là seraient au même rang. Ainsi, il fallait que dans les Cités Griecques , Ioniques, ItjEiliennes ^ les privilèges vinssent aux prolétaires;

tîEMESE. 5l5

«l que;, dans la Cité Juive , le$ droits de la race sacerdotale fussent effacés. Cestce qui arriva.

Toutes les Cités de ce temps présentèrent, donc, «ne vie double ^ l'une intérieure , ou civile , par laquelle le mouvement de transformation finale fut accompli , Tautre , extérieure , et de relation ; ce fut par cette dernière qu'elles s'homogénéisèrent les unes auxautres , de telle sorte qu'une partie du vieux monde , c'est-à-dire tout le terrain des Cités, devint un seul empire.

Dans ces deux vies , le mouvement modîficatéiur fut fatal, car il eut lieu suivant les lois des forces et des égoïsmes de la chair .

L'œuvre de transformation intjjérieure fut le résultat de la contrà&iction des intérêts fondés à l'origine de chaque Cité, contradiction qui ne pouvait être et ne fut jugée que par l'égoïsmè. Dans cette contradiction , la victoire devait toujours revenir aux plus nombreux ; ainsi, le pouvoir royal fut envahi par la noblesse , et les privilèges de la noblesse furent envahis par les prolétaires.

L'œuvre d'homogénéisation extérieure fut le résultat de la guerre. Entre les Cités , en effet, il ne pouvait y avoir d'autre relation que celle de l'égoïsmè. Qui leur eût appris , en effet^ à se dévouer les unes aux autres ! Où était le lien qui commandait à leurs passions ! Le désir du bien-être temporel avait été leur principe originel j il fut, aussi, le principe de leurs relations politiques : il nepou-

5 1 6 INTROPUCnON .

vaît engendrer autre chose que la soif delà con-' quête, et de la guerre, ou des alliances , dans ce but. Et, cela fut ainsi.

Le succès , dans cette guerre de Cité à Cité , devait revenir aux sociétés qui porteraient au combat plus de discipline , et d'énergie militaire. Or, l'organisation première de la Cité était, évidemment , dans sa hiérarchie , toute militaire , et toute d'obéissance. Chaque ville avait été formée comme un camp de soldats. Ainsi, la force militaire devait diminiier , dans chaque nation , au fur et mesure que s'opérerait la transformation, par laquelle la subordination ancienne irait s'effaçant. Et ce fut y ainsi, que les choses se passèrent.

La transformation intérieure fut achevée d'autant plus vite , que l'institution de la Cité était plus ancienne. • ^

Dans notre monde occidental, la dernière Cité^ fondée parmi les Celtes selon la discipline égyptienne , fut Rome ; et ce fut , aussi , la dernière à accomplir la grande révolution par laquelle l'éga- • lité civile et politique fut établie. En Grèce , ce furent Athènes, Sparte, et les villes de Macédoine: Voici comment l'œuvre fut opérée.

'La révolution eut lieu en deux temps. Dans le premier , l'égalité civile fut reconnue , et écrite dans la loi. Dans lé second, l'égalité politique fut instituée^ c'est-à-dire chaque citoyen déclaré ad- -

GENÈSE. Biy

niissîble à toutes les fonctions pid)liques. Ces deux mouvemens furent , dans toutes les sociétés, séparés par une durée de plusieurs siècles. Partout, lé premier conduisit au second; mais, îl y conduisit d'autant moins vite, qu'il eut lieu à une époque plus reculée. En effet, partout aussi où il eut lieu , il fut Foccasion dHme reconstitution de Tancienne discipline gouvernementale; et cette reconstitution fut d'autant plus sévèi'e , d'autant plus serrée , qu'elle eut lieu dans un siècle plus voisin, et ayant plus souvenir des premiers temps de la Cité. Ainsi , en Grèce, Sparte fut une des premières sociétés où , suivant l'expression des aveugles de ce temps , les anciennes mœurs se dépravèrent , les vieilles coutumes , et la vieille obéissance, furent négligées , c'est-à-dire les droits et les devoirs des rois, et des nobles, méconnus; Lycurgue vint rétablir les. mœurs; il établit régalité civile , mais non l'égalité politique : dans sa constitution , les rois devaient sortir d'une famille , mais ils étaient élus ; aux nobles , qui fur rent appelés Spartiates , appartenaient , avec eux , les droits politiques ; lès anciens prolétaires furent appelés Laçédémoniens , et pourvus d'un état civil complet. Lycurgue traita même du sort des esclaves , qui conservèrent le nom d'ilotes , c'est-àdire de matière. D'après cette charte, le bienifait de l'égalité civile fut l'occasion et l'appui, d'une réorganisation de l'ancienne forme politique : et

vigueur fut rendue à la discipline , et à la hiérarchie toute militaire , qui ayait menacé de périr. ^

A Athènes, au contraire, où la reconstitution se fit deux siècles plus tard, Soloi^, sqn auteur , trou- Ta les anciennes mœurs , et m^e les distinctions^ de famille, presque ^Saicées. H écm vit donc dans la même diarte, les lois de T^alitë civile, et celles de Fëgalitë politique.

En Italie, il y avait long-temps que, dans presque toutes les Gtés, la vie intérieure primitive, avait été modifiée , lorsqu^à Rome , le peuple , un siècle après Tétablissenlent de la charte athénienne, demanda l'égalité civile. Cependant, à ce moment , on était déjà plus éloigné du premier jour de la fondation , qu'on ne l'avait été à Sparte , à l'époque de la constitution de Lycurgue; car , depuis longtemps, il n'y avait plus de rois en tête du sénat. Aussi, à Rome , le mouvement populaire n'interrcmipit pas un instant, sa marche : entre sa première conquête et sa dernière , il y eut succession , mais non interruption d'efforts.

La république juive , parce qu'elle était d'ori-^ gine sacerdotale, jubitune série de transformations toutes différentes. On vit se reproduire dans son sein, mais en petit , et dans des temps rapprochés, la succession des révolutions qui s'étaient déjà présentées dans la civilisation égyptienne : ainsi , le pouvoir souverain était sorti des mains des pontifes, et devenu la propriété des rois, trois

GENESE. 5l9

siècles avant la venue de Lycurgue , dans le Pelonèse : phistasd, 1» nation fut divisée en diverses factions par des amUtions rivales. Dès ce moment, son territoire fut ouvert aux invasions. Une partie de la Judée fat conquise j une partie des Juifs réduits en captivité; mais, au sein de ces désordres , Tunité de race se conserva comme une légitimité dé famîHe.

Au fur et mesure , dans les Cités , que les prolétaires parvensdent à l'égalité politique, et, par suite , arrivaient à prendre part au gouvernement de la réffUbliqne , le système d'activité pripaitif était changé. L'esprit de travail, ou, en d'autres termes , l'esprit industriel, qui était celui des prolétaires, subalternisait et remplaçait l'esprit -purement mUitaire qui avait été celui de Paristocratie guerrière antérieure. Ainsi , la société changeait d'aspect, elle tendait, dès ce moment, à «olrer dans une activité pltis pacifique ; elle était moins intéressée à faire œuvre de guerre ; elle en devenait, même, moins capable de jour en jour ;. mais en méme^^temps, elle ouvrait un marché où toutes les nations étaient reçues , et un sol où tous les travaux paisible^taient admis, estimés, et encourage. Aussi , toutes les Cités qui entrèrent dans cette voie , servirent de centres à l'activité artistique, industrielle, et scientifique de ce temps. A cette époque , Athènes offrit le plus grand exempie de cette transformation. Elle avait été la pre^

»20 HVTRODUCnOlf.

mière dans la réalisation de F^;alite politiqBe; die fut, par cette raison , la première dans la philosophie, dans Fart, et dans la science.

Cependant , en même-temps qœ ces révolutions intérieures se préparaient, conunençaient ou s'achevaient dans le sein de chaque république , Poeuvre d'homogénéisation s'opérait par la guerre. D'abord, une ville devint , par la victoire , souveraine dans un territoire, et, par suite, en quelque sorte, centre d'une proviuçe. Ainsi fut Athènes pour les villes de l'Asie mineure et de l'Archipe}; Sparte , pour le Peloponèse d'abord , puis pour la Grèce entière; Syracuse en Sicile, Carthage en Afrique; Rome , en Italie : la Macédoine entraîna la Grèce, et alla homogénéLser à l'Europe ^ et l'Asie, etl'Égypte, etc. Il semblait que chacune de ces nations agît en vue de rendre la conquête d^nitive plus rapide et plus £sicile , et de préparer la victoire à à la république , à laquelle était destiné l'empire du monde. Et, ce travail de centralisation , fut conduit ainsi qu'en décidèrent les événemens civils intérieurs. Chaque ville conquérante s'arrêta au moment où l'esprit de travail pacifique pénétra dans le gouvernement avec l'esprit des prolétaires. Il arriva un moment, où Rome était dans le monde occidental, la seule Cité restée dans sa primitive organisation guerrière. Rome devint donc reine du monde occidental. La révolution par laquelle Tégalité civile

GENESE. Sai

fut établie dans son sein , ne fut achevée que longtemps après, que Fempire du monde lui était acquis. Tout ce travail d'achèvement du principe fondé par la révélation en Egypte , tout ce mouvement de discussions civiles et militaires par lequel il s'accomplit, et se fit un vaste et puissant territoire, ce travail se termina sans presque être troublé. Cependant , il s'opérait entre des limites hostiles , entouré des populations barbares du premier âge. Deux fois , seulement , ces masses, qui devaient un jour briser l'unité romaine, deux fois elles poussèrent un flot d'hommes sur le terrain de la civilisation. Une fois, lorsque les Persans envahiiTcnt l'Asie mineure , et la ^ Palestine^; réduisirent en province FJE^ypte , et en ouvrirent, et en brisèrent les sanctuaires j puis allèrent rompre leur, rage à Marathon et à Salamine, contre le courage, de la population grecque. Cette vague de Barbares^ étant repoussée , alla se perdre dans une lutte sur la terre Scythique, sa première mère. Une autre fois , une bande de Celtes des Gaules se jeta sur l'Italie, la traversa comme torrent, passa sur la Grèce, et alla s'épuiser en Asie, abandonnant ça et là, sur sa routie, quelques colonies qui se hâtèrent d'imiter la civilisation dans laquelle elles avaient été déposées. Ces det^x invasions passèrent trop rapidement, pour avoir quelque influence, et comme un avis pour qu'on se hâtât de s'unir, dans la crainjte , et sous la menace d'un si redoutable événement.

5aa wmo&ocnos

Lorsque l'œuvre d'homogënéisation eut été termickëe, e^ que Rome eut ramené à Punité toutes les parties détackées de Tidée égyptienne, k kngue et la loi romaines devinrent la langue et la loi cîyile du monde occidental ; et , en même temps , Fart, la science et la langue de la Grèce devinrent Fart, la science et )a langue savante de ce monde. Devais^ k loi civile, il ne restait plus que denx cksses d^hommes, celle des maîtres, et celle des esckves qui formait les trois quarts de k popnktion. Dans le domaine spirituel, toutes les spécidtttés étaient acjievées : Fidée générale artistique avait été apportée dTEgjpte, et on avait perfectionné et poli jusqu'à Fexcès toutes ses parties de détail ; les prodr<mies de k philosopliie et des scî^ices avaient été extraits c^ sanctuaires égyptiens , et on en avait poursuivi et acquis les dernières conséquences.

Alors tout sujet d'activité devint stérile; le progrès n'était possiMe nulle part. La conquête était terminée , et Tempire même se sentait déjà trop grand; dans le perfectionnement civil, on ne trouvait plus de cause d'impulsion , car tous les hommes libres étaient égaux : dans les arts , l'idée génératrice était épuisée , on en avait extrait toutes les formes imaginables ; dans les sciences , toutes les idées générales avaient donné leurs fruits; les hypothèses avaient conquis toutes leurs conséquences; k philosophie se disputait sur deux

GERESB.

thèmes en apparence insolubles , le spiritualisme et le matérialisiBe : en industrie , le travail des esclayes fournissait suffisamment pour vivre et pour jouir. Ainsi , plus de route ouverte à Pactivitë où Ton peut créer pour les autres en même temps

que pour soi.

* L'activité de diacun chercha donc à s'épuiser en satisfactions pour lui m^e. Généralement on se fit ^oïste par impossibilité de ne pas Tétre. Le monde ronfâin se fit ivre et infôme ; il se rua dans cette sale débauche pour laquelle il n'y a jamais eu de nom dans aucune langue sociale, et dans laquelle il n'y a plus de pudeur, plus de parenté, plus de sexe,^plus rien d'humain. On se faisait des jouissances de la mort , comme de la vie des hommes. Il n'y avait donc plus de loi morale, et tout appartenait à la force , même la divinité et les honneurs reHgiqux. Ces hommes , en peu de temps , épuisèrent toute la fécondité de la débauche ; alors, rassasiée , i)$ souhaitèrent plus que Tégoïsme , plus qite la terre ne pouvaient leur donner ; et se prirent à se plaindre d'un monde qui les .enfermait dans le même cercle de choses possibles. Us éprouvaient un désir immense qui les portait au-delà de ce qu'ils faisaient, cherchant vainement à lui trouver une satisfaction que leur folie n'eût pas déjà ^usée. Ainsi la jouissance de la chair s'épuise bientôt par elle même , et nous laisse en proie au malaise de l'inactivité spirituelle.

Vis-à-vis de toutes ces débauches, Fesclavage restait sans justification ; il n'était plus qu'une injustice du sort ou de la naissance. Mais , d'ailleurs, ce n'était point une position honteuse dont il fallût rougir ; il ne faisait souffi^ir que parce qu'il était une condition d'obéissance, et une privation enface d'une telle profusion de voluptés. En effet, alors que le droit de la force était tout j alors que libre ou esclave, on lui était également soumis; il n'y avait nulle part de rôle hulniliant. Il n'y avait malheur, misère, regret, que pour ne pouvoir abuser ni des autres, ni de soi. Aussi, lorsquequdlque pensée de révolte s'élevait dans le cœur de l'esclave , c'était seulement par le désir de prendre la place de ses maîtres, et de posséder, à son tour , le pouvoir d'user et d'abuser des . choses et des hommes,

La société occidentale était entrée dans une voie sans issue; \e mal, où elle vivait, était sans solution : l'insurrection des esclaves ne ppuvïiit faire plus, que mettre en d'autres mains la propriété de mal faire. Il y avait nécessité établie de deux classes opposées, entre les quelles la guerre ne pouvait manquer de s'élever , et une guerre sans ftn, toujours renaissante, parce qu'elle, ne cesserait, elle même, de recréer sa causé. En effet, les esclaves d'aujourd^hui étaient-ils maîtres demain;^ sous eux , il y aurait de nouveaux serfs , de nouvelles volontés d'insurrection; les maîtres d'hier

GENESE. 5a 5

retomberaient bientôt dans la servitude, pour essayer encore d'en sortir quelques jours pfus tard. Ainsi l'humanité était entrée, dans un cercle fatal d'eiSbrts sans mérite, de mouvemens sans innovation, et de luttes sans progrès.

Alots des hommes se prirent à dire que la fin du monde apjprochait, et que la terre, les hommes et les Dieux allaient rentrer dans le chaos. L'humanité vînt à désespérer d'elle même; elle sentit que son salut était au-dessus de ses forces. On allait répétant ce mot du plus pur et du plus fidèle des élèves de Socrate^ ce mot de découragement, le dernier de la philosophie grecque : « Lorsque le juste viendra, il sera méconnu; ses vertus lui seront imputées à crime; il lui sera craché au visage ; il sera battu de verges et attaché au poteau. »

Partout, même dans le monde barbare, par- . tout on criait malheur ! Dans le Nord , parmi les Celtes ; à l'Orient , à l'Occident , la voix des vieilles traditions venait, par la bouche des prophètes et des Sibjdles, menacer le siècle, et annoncer l'heure de la destruction universelle. Tout ce qu'il y avait de croyance se dressait en désespoir, pour pleurer les destinées d'une société qui s'éteignait dans une dépravation sans issue. Nulle part^ presque, on ne prévoyait une parole d'espérance; murés dans la fatalité du mal^ comme dans un cachot, les hommes ne pouvaient même penser à jamais voir le

5îi6 iNTRODUCntOK

jour d'un e5poir nouveau. Mais^ à cause de cela même , tx>ut était prêt pour recevoir le premier mot d'avenir, comme une promiesse de salut.

Le terrain de la . civilisation allait s'aggrandir ^ carie sol celtique, comme le sol romain souffraient, en même temps , de la même, faim. Le temps d'un nouveau verbe était venu ; et , sur chacun d'eux , une tâche particuli^ allait commence; à Tun. allait revenir la fonction spirituelle ; à l'autre l'œuvre de guerre. Voici comment tous deux, j fureat jMréparës. t

Chez les Celtes , désunis depuis tant de siècles ^ et dont le dernier centre d'action avait été brise par les Romains dans les Gaules , il parut un réformateur imposant , digne fils des Dieux mortels du {Hremier âge. Odin vint p^her et fonder la religion de la guerre : il vint annoncer un paradis, dont seraient bannis tous ceux qui ne seraient pas morts par le fer , et confirma sa parole par son exemple; il mourut frappé de sa propre main. Ainsi fut fondée une nation de soldats invincibles , qui cherchaient dans le combat , pour salaire , la mort; ainsi fut fait le peuple qui devait, plus tard, briser l'empire romain et servir d'épée à l'Église.

En même temps, en Palestine, les prophéties «accumulaient. Là, parmi les fidèles, brûlaient 'encore quelques lueurs d'espérance. Là , quelques crojans attendaient le Messie , le sauveur qui leur ^vait été promis.

GËN£S£. 527

Le saint d'Israël qui vous rachètera , s'écriait le prophète juif, le saint d'Israël sera reconnu Dieu de la terre entière. — Qui croira ce que nous annonçons , ce que nous avons vu. — H croît comnie une faible plante qui sort d'une terre aride , sans écàdit et sans beautë. — Il est m^rîsë comme le dernier des hommes, Fhomme de douleur. — Il souflFre. — Mais c'est qu'il est blessé par nos înîquitës , meurtri par nos crimes. —Il est opprimé et afiligé, et il n'ouvre point la bouche; il est conduit à la mort comme une victime ; on lui perce les mains et les pieds; ils partagent eirtre eux ses habits , et il se tait cmnme un agneau dont on enlève la toison. — Ainsi il sera retranché de la terre des vivans , frappé* pour les crimes du peuple , et pour e3q)ier nos iniquités. — Mais, parce qu'il se sera livré à ia mort , parce qu'il aura été mis au nombre des scélwats , parce qu'il aura porté les péchés de la multitude , et prié pour ses bourreaux , la face du monde sera changée, et Tusurpation des méchans sera détruite.

Ainsi, s'était formée, dans l'empire romain, et dans toute l'Europe celtique, la matière de la grande rénovation sociale qui allait venir.

Pendant que l'Asie occidentale, et l'Europe, se préparaient ainsi à l'enfantementd'un monde social inconnu , quelles choses s' Aaient passées dans l'Asie méridionale, sur les bords du Gange.

Le» destinées Indiennes avaient pris origine dans une parole semblable à celle qui ayait crée les sanctuaires de TEgypte, et elles avaient suivi le même cours. La sociëtë s'était assise dans la hiérarchie des quatre Castes fondamentales des Brahmines , des Kschatrias , des Veissias , et des Soudras. La première avait été souveraine d'abord , puis subalternisée par celle des Kschatrias guerriers. Enfin 9 la révolte s'était étendue, et multipliée jusqu'à l'anarchie, par le soulèvement de toutes les ambitions individuelles. Alors, de la part dea Brahmines , il y eut effort pour rétablir l'ordre nécessaire à la vie^ sociale ; et, sous leur influence , quelques classes des Veissias vinrent à prendre les armes 5 en plusieurs Keux , les guerriers furent vaincus, et des nations s'organisèrent à leur place , dans des systèmes pensés dans les sanctuaires. 1\insi , les divisions , n'engendrèrent point des Cités dans la population indienne, comme* cela avait eu lieu parmi les peuples du Nord ; et tous les événemens révolutionnaires purent être rappelés dans les traditions sacrées, et rattachés à la parole primitive ; le Polythéisme s'établit ; chaque secte resta évidemment fondée sur le culte spécial de Tun des Deiotas de la théogonie primordiale. Mais, l'œuvre d'égaUsation matérielle, qui en avait été la conséquence ailleurs, se trouva manquée^ il y avait donc encore le besoin, et la place , d'un événement d'un ordre nouveau , qui

vint à opérer ce que les hommes n'avaient pas voulu recueillir du travail de la critique. ^

Parmi les doctrines qui s'élevèrent à roccasiôn de ce malaisé social, les Indiens n'en accueillirent qu'une seule; et ce fut celle de Bouddha. Il y a deux dioses dans lé monde , disait-il, l'esprit, et la matière. L'esprit est un-; c'est la pensée, c'est la vie , c'est Dieu ; c'est la lumière , la cause de tout bien, et de toute existence. La matière est l'origine du mal, c'est la nuit, c'est le chaos, c'est le mouvement , et le désordre. Au commencement , quelques fractions de l'esprit divin sont tombées dans cette matière ; et c'est de là que sont venus les hommes, les animaux , les plantes, tout ce qui vit, et tout ce qui respire. Cette éther' spirituel souffre d'être ainsi mêlé dans les ténèbres, et l'agitation delà matière; il ne peut s'en séparer, et rentrer dans le sein du tout divin, dont il est sorti , autrement qu'en remportant la victoire sur les passions de cette matière, c'ést-à-dire en conquérant le repos, qui est le propre de l'esprit. On obtient ce bonheur, par la contemplation, et le, niépris des agitations, mondaines. Les hommes soiit aidés , dans cette effort de salut, par l'intervention du tout divin lui-même : à certaines époques , sortent de son sein , des émanations , pures de toutes les souillures de la vie maiétielle , qui yiennent rappeler aux hommes la voie de béatitude. Ces émanations sont appelées Bouddhas.

53a INTRODUCTION.

Ce panthebme dçyaît réussir parcq quHl adin^^ tait, et expliijuait toutes les crojrances quis'ëtiieal transformées en superstition^; populaires , 1^ incarnations des déiotas , et la métemps jdM>3e* B reconnaissait les différences de existes , et justifiai leurs prétentions ; car, la dose d^esprit 9K)G«anuIée dans un homme y pouvait v^arier . Il répondait an matériaUsme qui avait dû naître da trouble jeté dans les croyances par tant de di3€^i9siona thé<^ giqne^. Il satisfaisait, au moins moralement ^ m Woi A d'égalité; en ce qu'il mutait Iç paradis à la portée de tous h& eflfort^^ Cette docb?ine. eon^iià donc une vaste population ; maia , pa]:*toi»(, ou elle s'ét^hUt, qlle immobilisa Thumanité»

Aju^si Toçuvre progressive revint ,, tout entière, au monde occideiiitdl'

Ce fut en Judée , sur le sol préparé par les prophéties, et au sein des traditions des pli^ anciens temps , quena^it le Sauveur, le nouvean. verbe, Jésus-Christ, fils de Marie , et de l'esprit saint (i).

(i) Ce serait, en réalité, une profanation, lorsque les évangiles •Mit dîna tonifia les mains , d*en essayer une analyse, ou d*en altéref , par nne .maigre (^talion, Pad«uM>U entomUe» Nbus^ne rapporterons donc que quelqi|es principes doni U notaUjan noas parait indispensable pour rattacher la révélation de Christ à celles qui Font précédée, et nous renvoyons à la narration de saint Mathien^ iapMmièveqoi fnft écrite parmi les évangiles, et aossila phit siia|^e« ^t la p^s pure. A nos yem:, a*eal, ponr qni sMàlire, tt comprendre, Tœayre la pins belle , la pin» étoniMioi^e ^ fea

GBNESË. 53 I

Il annonça ^u'il ne yenait point changer klôi, mais l'acheter y et Faccomplir ; il venait potïr racheter les homnaesdii pëcbe or%inel.

Il enseigna qu'il fallait aimer Dieu pltis que soimême^ et son prochain autant que écA. G«r Thumanitë était eiifant dé Dieu^ et tons éiàiëM ftètéê etfikBùts.

Ali ciel / il n'y aorait m mari»^ iA feMâxes, étî fib, ni pères*^ looiais sedement defi^ angesf de Diétt. Or ^ cdui qiû voudrait être le piremier là-haut , devrait se faire le dernier sur terré; et celui aussi qui voudrait être le conducteur parmi les honitti^ , devait àé faire leur serviteur et leur dévoue*

Âinsiy€hrist qui était. lé premier sut terre ^ se pfisâ conime le dernier y et se laissa traiter comme tel, Il fut la victime expiatoire ^ et pure , qui paya pour t€ms ; et û mourut crticifié. Christ fit <ïe éa vie y et de sa mort, unsjrmbole, une loi, une révâation^

Dès ce jour ^ ily ait unemorale^treles msiîtres et le^ esdaves^ éc^e ks hommes^ et lesfemn^, ent^é les pères et les enfisins , une miorale d'égialité ; ce fut celle du dévouement des uâs envers les autres , par lequel chacun devait se hâte Fe&ickve voton* taîre de tous y etde chacun.

Dès ce jour ^ il y eut une k» mowàe eMre les géû-

siècles aient produit. En yérité, en sortant de cette lecture, on pUMd eof pitié cts panVres cïritiit}ues du dîx-hui6ème siècle, et soi- «lêinf , éf t(n*r ItH autres, lëg^fetetnrs, atântës , oti «âTaii<

S3â uiTHODUcnœr.

TëmaDS et les paijdes , cdk encore du dévouement en vertu du <]uel le plus grand et le plus puissant devait se faire lé serviteur des jdos petits, et des des plus faibles.

En même temps, la science tl^logi<]ue, et physique fut changée. Devant Dieu, les âmes n'avaient ni sexe, ni âge, ni dignité; les âmes n'étaient distinguées que par les œuvres opérées pendant leur vie mortelle. Les âmes ne venaient plus sur terre pour expier; mais, elles j arivaient pures, liiM'es de choisir entre le bien , et le mal , pour j mener une seule vie, j subir une courte épreuve quipouvaitléur donner la béatitude étemelle. Leur rôle sur la t^re, était de.lutter contre le mal, de combattre les pompes et les œuvres de Fesprit des ténèbres; car, ainsi qu'on' Pavait dit autrefois, il y avait eu des anges déchus ; et ceux-ci étaient restés envieux du bien; ils étaient là, pour tenter de précipiter dans le mal où ils soufiaient, les hommes créés pour mériter leur place dans l'amour de Dieu. Tels étaient les principes théologiques qui furent reçus les premiers, comme conséquences immédiates de TEvangile.

En physique, aussi, la science était changée. Le monde, et tout ce qui en décorait la surface, plantes et animaux , était le domaine de Fhomme; car les forces qui lui donnaient le mouvement étaient brutes , c'est-à-dire sans sentiment et sans volonté, faites uniquement pour servir et pour

obëîr à celui que Dieu avait fait à son image. L'industrie donc , et Finvestigaljion scientifique , étaient libres, et dépourvues de ces entraves que les doctrines antérieures avaient imposées à leur audace. Les erreurs de Moïse furent corrigées.

La société c^étienne cominençà dès que Jésus eut été crucifié ; car elle avait son chef , ses apdr très, et sa discipline nommés , choisis , préparés par Christ lui-même. Elle s'étendit, et se peupla avec une rapidité miracmleuse. La parole de Christ ^tait un germe qui tombait au milieu d'une terre dès long-temps préparée par un long repos, par un long jeûne de croyances; c'était le .^utdu monde, et l'espoir du pauvre (i). Quel Romain, Quel Grec , d'ailleurs , eût pu résister à la lecture de ces narrations évangélique^, si pures, si bonnes, si simples , si fécondes , et dont nuUe poésie, quel^ que bellequ'eUe fût, n'approchait! partout, dono, bientôt il y eut des éghses, avec Içurs évéques^,

(1) Personne, alors, ne pensait à nier F^xistenoe de Jésns-Cbrist. 11 en est , d'ailleurs , nne preoye remarquable , et qui , nous It croyons, n*a pas encore été citée. Les gnostiqnes , tr^ nombreux alors, puisque St'.-Paul disputait contr*cux, les gnostiques dont le mysticisme était intéressé, k tout ce qniprésentait un caractère réli gieux, non se|^ément ne nièrent pas Jesus-Christ, mais, bien plus^ ils reconnurent en loi un caractère supérieur, et divin ; ik « en firent l'un de leurs Bons.

534 INTK<»>U0nON.

kurs dîaores ^ loorsâdàles. Et , paitpui; où il y eut une ëgUfie, on établit ,un fonds commun pour les pauvres; un fond&de secours mime ppur ses ennemis. Là, on rendait à-Gësar œ qui appartenait à César , et à Dieu oe cpii appartenait à Dieu. Ainsi , le chrétien faisait son devoir de citoyen ou d'esclave, mais de plus son devoir de chrétien. Il recevait son enfant selon la loi romaine , mais cet e^lant était baptisé , et ^ du jour de sa naissance, compté comme homme dans l'Eglise. Il épousait sdon la loi romaine; mais le vrai mariage avait lieu devant Pévéque, et, là, la femme disait oui, ainsi que Thomme ; et le divorce n'était point permis ; et la femme pouvait rester vierge, sans cesser d^élre quelque chose dans la société. Le chrétien vendait et achetait; mais il ne faisait point l'usure, el né trompait point. L'esclave du chrétien restait eaebve vis-à-vis de la loi romaine; mais, vis-àvis FEglise , il était l'égal de tous les fidèles; il ne pouvait être puni que selon la loi de Christ. Le chrétien payait l^pôt au fisc , mais il dqjanait ses biens à l'Eglise: on essaya, même, la commum^uté d^ biws; mais, la force de la loi civile s^y opposait, en sorte qu'il n'y eut communauté que par la volonté et le don toujours renouvelé des propriétaires, etc.

Lorsque c^te société fut assez nom]|^uAe pour être vue de tous , ^e fut la condamnation vivante de l'ancien monde , car die fit qu'il y eut des infô-

GEifèsË. 535

meftetdes ju&tes. Le mal se sentit menace; Të' goïsme trouva un ennemi, et t^oulut Pëci'aser. Alors ) ootumeueèrent les persécutions.

Que pouvaietit faire les chrétiens? ils ne pouvaient que prouver leur foi ; ils furent martyrs ; et, là même ou ils aurdieut pu résister les armes à lamaiii, ik choisirent , comme un témoignage pfafâ ÈÙf et {dus utile au triomphe de la vérité, ce- Itû àe mourir pour leur croyance; ils jelèheht donc leurs armes, et se laissèrent tuer. Totit ce sàUg v^^é , toutes ces douleurs données eu échatigé de la justice, fructifièrent. iPersoune n'îgnorâ quelle était la voie de la tettu , et du dévouement ^ et quelle était celle du mal. H y eut séparation eh^ tre les bons , et les méchans. L^égoïsme S^^tait tué lui-même; car , il ne peut durer nuUepét/^Ujrti^eù se faisant hypocrite. •

« Et , ces martyrs ne servirent pas seulement à propager k foi; ik M firent k science* En effet, pendant quel^UsetràVftillaitâconvertîrlemonde^ elle s^occupait aussi de construh-ela doctrine chrétienue. Chaqœ secte philosophique qui etitraît dans son sein, apportait sa qae$tton ; et toutes , ffuecessrhrement , vinrent apporter k leur. En ou-* tre, parlo«rt ûà une kcune etistaît devant qûelqu^espi^qaeeefût, éDe était ouverte; car, par k christknisfiie, les hommes devaient tout savoir. Alors, k discussion s^élevait , et les évéqdes^ sVsseuMaient sous la présidence soit d'un métrdoo-

lis " i

litain^ c'est-à-dire de Fë^éque de Téglise établie la première dans une province, soit sous ccpe dii pape. Ces réimioiçis étaient difficiles, souyent gênées parla distance , empêchées parla persécution , et la misère. On délibérait devant Fautel sous rin«> vocation et Faide de Dieu. QuéUe puissance, quelle souveraineté dans les décisions n'avaient pas, alors^ les évêques qui avaient subi le martyre; pouyaientils errer , ceux chez qui la foi avait été si forte ! Ainsi furent établis la théologie , et le. droit , et la discipline. Ainsi fut décidée la question de la trinité divine : elle fut définie Dieu le père , créateur ; Christ, sa parole, soif verbe, consubstantiel au père, éternel comme lui, et cependant dîflférent, car il était émané de lui; le Saint-Esprit , émané de Fun et de Fautre, consubstantiel , car c'était l'éternell^^bctrine de vérité.

• Trois siècles s'étaient écoulés depuis la mort de

Christ, trois siècles d'efforts, et.de luttes, et de discussions; et y il y avait , sur le sol romain, plus de dbrétiens que de payens. Lequatrième siècle achevait son premier quart, lorsqu'un C^r, Constantin, saisit, pour fortune, et pour gloire, le christianisme; il le fit , avec lui , asseoir sur le trône impérial ; et , afin de briser pour jamais avec l'ancien monde, il donna à l'empire une capitale nouvelle. ^

Alors , tous les égoïsmes qui avaient refusé la

conyiction chrétienne parce qu^elfe ^kait pauvre^ et persëcutée, devinrent întëressës à prendre le manteau de la foi triomphante. Ainsi, dans leurs mauvais penchans mémce, Ss^ouvaient robligation dabien. Mais , l'égoïsmeest ingénieux au mal» L'Arianisme venait de naître^ et tous ces gens se firent Ariens. Or, Farianisme niait, fondamentalement , la divinité de Jésus^Christ. Devaût lui , Jésus n.'était <ju'un prophète : il pouvait donc être suivi d'un autre ; sa loi , et ses exemples , pouvs^ient, un jour, être changés; ils n^étaîent donc pas tellement obligatoires qu'ils ne puisent être modifiés par la raison humaine. Or^ qu'est-ce que la raison hiunaine , vis-à-vis une doctrine de dévouement, ce n'est jaijnais que la raison de Fégoïsme. Tous les égoïstes se firent donc Ariens, et, du. jour où Constantin fut empereur ; F Ariànisme fut puissant, \

Mais, misérables, disaient les chrétiens, ce n'est qu'à condition de croire que Chtist est Dieu, que le monde peut être sauvé. N'est-ce pas , par cette croyance , qu'il a été conduit où il est : et , encore , est-il parfait; est-il bon seulement! Or, celui qui ne croit pas en Jésus , fils de Dieu , celui-là nt pratiquera pas le christianisme : celui-là est pis qu'un payen , car il est hypocrite , et porte le trouble parmi lés fidèles. Anathème donc, et excommunication sur vous!

Cependant, Constantin. sent9it que Punité toute

538 iNTROM^enoN.

matëndle de Feo^îre romain , retenue avec tant de peine et toujouss pçéte à se rompre depm& plusieurs sièdes , ne pouvait être rétablie^ et cion-^ serrée, que par Funitésphituelle. En conséqu^ce, il convoqua les refft'ësentans de FinteIKgence, afin q^'oD rédigeât, en corps de lois, les doctrines de théologie, de jurispmdence, et de disdplme , ëte^ blies dans lIÉglise. Trois cent-dîx-huit évéques, mis conoqpCer tes prébres , les diacres , les aeolytbcs , et les députés du pape , vinrent de tontes les parties du monde chrétien, et se réunirent, en concile , à Nicée ; et ,, après avoir invoqué IMeu le père,le Fils,etleSt.^prit, et les Ssdnts-'Apdtres , ils firent cet acte fomenx , Mseet fondement de la docUîne catholique. Enfin^ ils condamnèrent Arius.

fi semUait, alors, que I^rianisme s^it disparaître : mais , Constantin , qui s^était fistit le giatve des déô^ons du concile, ne protégea que ce qu'il comjnît, et kissa agir Parianismeen paqc,. aussitôt que cehn-ci eut changé les mots de son syziil^Ae ; et lorsqu'fl vint à mourir ^ surtout lorsque vint Jiâien, l'apostat , JuKen, ie rétrograde , qui vît dans cette hérésie le moyen de brîjser fe chrfetiimisme <pi'îl haïssait , lliérésîe poussa dfes radn nés puissantes , eBe eut aussi ses évêques^ et ses^ ooiMÛles.

La cause du christiaiR«né , contre Farianisme , était celle de la civilisation métae. Entre eux ,* se

diicutgit la cpiertiondu lUyouement et de FégcHsme. La guerre devint violente , et terr&le. Cependant, la supérioritë resta aux catiiolîques , grikce à une institution noïivelle , toute puissante mt l'esprit du peuple. Il s'était formé, en Egypte, une classe d'anadborètes , qui , delà, se répandit sur le reste de la tare chrétienBe ; c'étaient des bonunes , et des fenunesi , qui avai^t trouvé dans la vie du monde , mémef la plus chrAienne , trop de joie, trop de dissipatibn, et qui allaient cher*' dom daosle déi^rt une vie de martyre, de contemplation et d'étude , et qui allaient se livrer à la conservation des mœurs àes premiers chrétiens. Qui aurait osé , et pu les soupçonner de qt^que ambition, on de quelque faiUesse? Personne n'y pensait: or^. tous ces hommes anathématisaient l'arianisme ; tous étaient catholiques. Ainsi, une institution qui était née du de^r de la perfection individuelle • devint une instiltutioB de conservation de la foi ^ dans Fintér^ de la société.

Les empereurs de Côlïstantinople ccmiprîrent, trop tard, les dangers de rarianisme ; encore, ce fut Fégo&me qui leur donna cette inteUigence; ib s^mtirent que Tunilé échappait de leurs mains J Troptard^ donc, ils prêtèrent aide à son exth** pation^ ; car Théréràe avut eu le temp» de se faire un peuple. On hannit, on exila ses chefs , fH l'on se fia à la douceur pour changer k cœur dàceux qui n'étaient que trompés. L'espvit dti mal s'en

54o INtRODUCTION.

alla de Fempire pour chercher les moyens de aàminer. par la force, là où il n'avait pu vaincre par rintelligènce. Mais , en parlaiit , il laissa un fils aussi dangereux que lui ; il engendra le Nestorianisme. Celui-là , aussi , permettait dé croire que Jésus n'ëtait pàslë dèrnierprophète ; car il admettait que Jésus, fils de Marie, avait ëtë Christ, sealement parcequ une, personne de Dieu avait bien voulu résider en lui. Ainsi , Fégoîsme ingénieux sut donner une nouvelle fdnne à la même négation. Mais, alors, l'œil était ouvert , et le Nestorianisme fut chassé.

Alors, entre lui et Farianisme, il j eut émulation pour trouver des ennemis à la terre dirëtienne. Le Nestorianisme s'épancha en Perse, et se fit un pape à Mosul ; et UAriapisîne courut vers le Nord chercher des soldats. De là, la guerre des Persans contre les Grecs, et les invasions des Barbares. Car ^ lés Ariens, d^ssélés , avaient été chercher uiï glaive chez le» Barbares qui , depuis long-temps déjà , frappaient aux porte»derempire Romain. Elles lew furent ouvertes par ceshérétiques : et, tous les chefs de guerriers qui réduisirent en royaumes le sol romain , furent Ariens. En moins d'un siècle , presque toute l'Italie , la Hongrie^ l'Illirie , la Bourgogne, l'Aquitaine, TEspagne, toute la côte d'Afrique devinrent possessions Ariennes.

Christ, verbe de Dieu, Christ, Tapôtre de Té-

G£Nès£. * 54 ï

galitë , allait-il ^nc être chasse du monde ? La ciyilisation aUait-dle s'arrêter , et s'abîmer dans les ténèbres de l'ëgoïsme? puisque Tœuvre romaine croulait de toutes parts , etrœuvre spirituelle était ternie; puisque, dans Constantinople même, le christianisme n'existait plus que de nom , et de forme. L'arianisme y avait passé , et son incrédulité avait pénétré tous les pouvoirs ; il régnait au fond des cœurs : le christianisme n'était plus qu'un drapeau.

L'humanité fut sauvée par le Pape, évéquede Rome, et par la France. L'un fut la tête, lautre fut le bras.

Car , au milieu de Tenvahissement général, une seule terre était restée vierge des Barbares Ariens: c'était le sol sdtué dans leis Gaules, entre la Meuse et la Loire. Les évêques catholiques de ces contrées choisirent , parmi les chefs de Barbares , un roi qui était , ainsi que son armée , resté pur de toute hérésie ; ils lui donnèrent une femme , une religion, leurs soldats gaulois et .romains , leurs villes , la couronne de France , et le titre de fils aiué de IHSglise. Glovis en fut , en effet, le fils aîné; et , dès le premier jour , il commença la guerre contre les Aquitains et les Bourjguignons,, et fournit les moyens de convertir à la foi , la Grande- Bretagne. ' ^

Parce que la France fut la fille aînée de l'Église , elle fut la seule nation où il n'y eut qu'un droit.

54^ * uromnecnoif.

el qu'une juii^|>irudeiice : le drok ei k junspradeoce canoniques. Pendait ^'aiQeiirs il t'établiLB^ sait deux droits , celui des Barbares^ et eàni des Romains ^ en France^ iln'en fut fondëqu'un seol ^ celui des éyéques , cdtti qni était la conaë^ence dm christianisme.

Pendant qu'en France sefonmdt et se disôj^^ nait le nojau de soldats qui de^raietift recofi^piérif le monde au cithcdicisiBe , k Pape ne cesaak dt travailler à rallier spirituellement les parties qve kyioknce de k conquête séparait nwtérîeDement. Il encoun^eaiH k résislance des ërêqneaca^ tholiques contre les persécutions Ariennes. B re* ' icueilkit, publiait et sanctifiait les nmns des nouveaux martyres de k foi; car, en {dnâeimi lieux ^ les p^-sécutions des prenoder» temps furent renoua Yell^&« Qn^ociadt avec les rois Barbareis^ afin que lib^té fàt donnée au cuke évan^^élique. H at'^ donnait des missions. Il veiUait à k ot^aaservatioti des doctrines , <ks livres^ des sciences , et de dustrie, même queTesprit satanique des

seurs ruinait, et perdait à plsôrâr; à cet effet, il créait des couvents , les uns consacra à kciooservation et ^à k copie des manuscrîtSt 1^ autres à renseignement , les autres à la culture des terres et aux travaux manuels. B invertit Tart caâiolixpie, donnait Fidéede k cathédrale, trouvait k musique chrétienne, ^p^eetionnaât k fitHrjgie. Cest par ces œuvres, [Aia eneere çie p» le

i|Q^ellQ tenait de son fondateur ^ St.**PieiTe le ]^mier P^, quellEgliae de BjEmie devînt la mare , la nourricière^ et la reine du Catholicisme.

Ceât sinsi (pie le smème ^cle de TEglise sV

cWa, et que yint le temps on rArioiiîsme et le

NestoriîMaisme donnèrent leur dernier fruit* Ce

iut Maboaet et TH^ire. Mahomet s^annon^

comme le dernier des prophètes : û proclama

l'unité de Dieu , et de pouvoir. H se fit pontife et

roi ; il ëmit le Coran. Mais j «cette oeuvre^ n'âait

point inspirée d'en haut* £Ue fut donc, en ee

^elle contenait de moral ^ imitëe des ëvangSes,

et , d'aiUisurs , produite par parties selon Fexig^ice

des circonstances, et selon les besoins , et les pas*

sions du moment; ^, à cause deoda, elle fut .

empreinte du fatalisme qui lavait engendrée. Le

Coran était destiné à tenir lieu d'ëvangife, aux

faibles ; par lui l'hypocrisie de l'Ârianbme fut dé*

truite; et il y eut un Christianisme pour l'Ori^t ,

tel qu'il pouvait le c(miprendre.

. Le mahométisme sortit d'Aralne. Il envahit hs

popdbtion^ où avaient passé, et s'étaiest reposéetu,

les hârésieadeNestoriuset d'Ârius; il s%n empuiEi

avea une rsqpidité, qui eut été miraculimse, si

l'on n'avait su que c^était un frère qui venait

s'asseoir pgrmi &e& frères. En Orient ^ il conquft

tout d'un coup, la Perse fto Oecîdent, ih fit

siennes la Syrie, TÉgypte; delày il eoumtla cote

d'Afr i(pie , passa en Espagne ^ et franchît les Pyrë-

nées, et poutta ses abonnes josqa^flx iMwds de b Loire. Là, se termiiièreiit ses conquêtes; lahadie française hd brisa la télé. Anssi fl ne put passer par la Franoe^poor aller cberclier ses frères Ariens deLomfMffdie^et deK>i^;rie. Dnelepotpas^a- ▼anlage en passant par Constantinojde , car il fut arrâé en Asie par la résistance et la ténadté des Ghrecs.cfarëtieDS. Cependant, nn inunense torritoffe appartenait à cette rdigk>n ennanie du Qiristi et une seole volonté disposait de tons les peoples qui ITiahitaient , et pooyait les masser là, où elle déddoait nn effort; en ontre , Taoïsme qoi avait brisé toute unité construite dans rarianisme, amoindri toutes ses victoires, et modéré sa puissance, cetégomne n'existait plus parmi les Musulmans; il avait été efl^K^é par la croyance aa fatalisme. Ainsi une force énorme pesait sur le cathoUdsme.

Alors , le monde smti de la révolution apport^ par la parole de Christ, se trouva divisé en trms peuples-, çn trois langues : la langue Latine, la langue Grecque, la langue Arabe. Ainsi furent mis en puissance trois systèmes d^ppUcation de ridée civilisatrice, proportionnés aux trois d^rés d'intelligence sociale qui devaient se rencontrer. Chaque système eut une mission , et chaque mission, eut une destinée différente.

Le mahométisme arrêté, de toutes parts, vers le Nord , se rejeta sur TOrient , et le Midi ; il pé-

GENÀSE. &4^

nëtra ciaâs les tndes, enTahit ses arehipek, et conquit les populations noires de PAfrique.

Le schisme Grec, schisme moins pour des dift'ërenées detdiscipline ecclésiastique, et de liturgie, que par la soumission des primats de son église au pou voir impérial , schisme , par ce qu'il n^ eut , sur s(Hit^Titoire, jamais nettement indé|)endanc6 entre les deux pouvoirs spirituel , et temporel , en sorte que, par suite, le premier ne fût jamais libre ; le schisme grec devait , après avoir enseigne les Arabes, perdre l'empire de Constantinople^ pour se réfugier dans le Nord^ et aller civiliser Fa Russie.

L^Occident devait être le vrai sol catkoHque ; là devait fructifier le germe chrétien , là dcfvait être «onquis pour l'huno^nité tout entière , le progrès promis pari'Evangile: tt cola devait étreparce qu'il ne lui avait pas 4Aé donné ua instant de sommeil , parce que Tesprit ^ séparé^ de là naatière , ne cessa de le remuer , de le maintenu' actif. L'immobilité, ^i esl k tendance dé la chair , ne put ^'y établir.

Chacune de ces langues , €^ dans une fin cornnmna, ferma un point attractif où vintents^engouf^* frer et s'homogAîéîser tout ce qui restait des civilisations (hi premier âge ; Huns, Bulgares, Danœs, Suédois, Saxons, Slaves, Russes, Turcs, Tarta^ res, etc. ; et lorsque les Barbares ne Venaient pas d'eux-4iiémes , attirés par ^espérance du pillage et de la domination , on alla les chercher.

Après le pape, la France se trouva seule charge des destinëes temporelles de rOccîdent ; car, seule, elle était catholique. Elle saisit cette mission avec ardeur, et s'y prépara en se donnant , pour chef, un roi de nouvelle race , sorti de celui qui avait vamcu les' Arabes aux bords de la Loire; et le pap^ la bénit et la confirma dans son entreprise y en sacrant cqtte seconde dynastie. Alors , on se mit à l'œuvre. Ariens, et Mahométans, et Barbares , furent confondus dans la même haine. La guerre et là deatruction furent poussées sur eux daiisjou^ les sens .

Le grandempereur de la mission catholique des Français fut Gbarlemagne^ car il Confirma, étendit, ou ache^ia tout ce qu'avaient commencé ses pèr^, et il donna'ài'Ëiipt>p6 le mouvement temporel qui dei^Mtla guider duns le$ s^les suivans.

Par lui , RomeXUt i^an<éiîe des prétentions de C€Mistantiuo|)le y et la ixmroiHie papale ne fut plus feudalaira' au temporel, que d'un peu voiir qui reconnaissait siitSOùvwaiaÊté spiritu^e. Leroj^aume Arien des Loçibards firi; détruit, et divisé en comtés catholiques. liAlôipagne fut assurée, dams la foi, ou convertie jusqu'à sa double limite payenne du côté de l'Elbe, et Arienne eir Hongrie ; elle fut divisée en duchés , en marquisats , et en comtés ; et .ses provinces nommées ;. enfin ^ la guerre contre lesMaliométans fut poussée jusqu'en Espagne ; la division fut semée comme un germe

de destruction parmi ces Sarasins ; le^petit centre chrétien resté libre dans cette contrée , les Asturies furent secourues, et il ^y eut une jnapche d'Espagne. Partout, le gkivè avança à la suite de l'Élise; il vint aqjbever ce que les missions n'avaient suj^lpour mettre à fin. En même-temps , en France, les couvens, seuls asiles qui restaient aux ridbesses înteUeqkielles', et à la pureté chrétienne, furent multipliés. Chaque cathédrale, et presque toutes les abbayes reçurent une école. Le culte fut perfectionné» et enrichi. Enfin, une législation commune , administrative et civile , fut étendue sur ^immense sol conquis. Les conciles provinciaux , et généiaux furent régularisés. Outre les conciles sons 1^ présidence des métropolitains ou archevêques, a y eut, sous la présidence de l'empereur, des conoileis de tout l'empire; les laïcs y furent appelés pour s'instruire aux discussion^ des évéques. Là, furent votés, et expliqués ces capîfailaires femeux qui donnèrent une destinée comïSune aux intérêts temporels, quels qu'il fussent, quon venait de fonder. La justice des plaids fut régularisée : aux ecclésiastiques appartenaient les punitions morales^; aux laïcs les punitions pour les fautes à la discipline temporelle.

A la mort de Charlemagne , l'empire français se brisa en morceaux. Mais, la pensée de l'œuvre temporelle catholique y était si puissamment empreinte, quenulfragment ne put exister, quà

§4^ INTmOBUdWlf.

coaditioD d'en èbre ajiku^. Cette pensée ëlaôt devenue un ^(Msme, et, comme teUe, une lot hors de laqudle il n'j ayait poipt de vie possible. D ailleurs , les fcHtaesde l'empire ne furent pas libres d'agir y seulement, les u|ies contre lesanitres: dles étaient eontinueÙement détournées par la nécessité de résister au xnonde d'ennemis qui pressait les frontières. Ce n'ét^t plus seulement les Ariens qui menaçaient, et attaquaient încessam-^ ment viers la Hongrie, et les Mahométans yers le midi en Italie , et eu Espagne ; c'était , en outre , les restes des populations barbares du prunier âge, les dernief'S^ fils d'Odin qui avaient a{^^ par les invasions de Charlemagne xju'elles avai^it un ennemi redoutable à combattre, etqu il leur falkàt vaincre • si elles ne voulaient périr. Et de là une guerre sans relâche , non-seulement vers l'Elbe et la Vistule, mais des irruptions sur toutes les côtes. Ces hommes du nord vinrent, à pluâeurs reprises , porter^ le pillage , et le meurtre , jusqu'au cœur de la France : mais , là , enfin ils trouvèrent la foi catholique , et ils reçurent une province aux mêmes conditions qu'avaient acceptées , autrefois, les Francs , lors de leur admission dans les Gaules. Les Normands se firent Français , et catholiques.

Pendant toutes ces guerres , la supériorité temporelle revint toujours au chef de soldats qui rendit un servke catholique , c'est-à^ire un ^^rvice

^ai tournât au profit de tout ce fjm était chrétien. Gest^ ainsi ^ «t par cdto ralion , qu'une iwuvelb djnastie monta spr le ttone de France } c^est mnsi qu un guerrier -français d'Aquîtsdne devint roi d'Arragon îen Espagne. C^st ainsi, et par cette raison , que det guerriers français de Normandie allèrent fonder ds^ns le midi de Ffialie^ et en SU cîle, des ducbës et un royaume^ entîhassant lei Saraiins; c'est ainsi, encore, que les Français, aous la conduite de Guillaume de Normandie , et d'un érdque choisi par le Pape , aUèrent cûncpiérir l'Angleterre.

&fin^ après trois cents ans d'une agitation mir litaire ^ans relâche , le sol de l'Europe était as&uré au Catholicisme. La Hongrie et la Pologne lui ap^ partenaiept ; et le flambeau de la Gonva:vsio0 âait attumé ^ pour ne plus s'éteindre, enDanemarck, en Norwège , en Suède , et jusqu'en Islande, h», "faix âait établie même swr les autres frontières. B'mi câté,' c'était la domination de l'%lise grecque; et de l'autre ^ le Mahomettsme^ qui avait cessé d'être envahisseur; il était réduit à la défensive.

En effet , l'empire grec de ConstantinopLe , longtemps placé comme une digue dbrétienne entre deux océans barbares, avait été battu des denx cotés par des flots de guerriers , les uns^ venus du Nord, les autres du Midi. Mais, chaque flot qui venait frapper ses flancs, eihportait, en se retirant^ qadque chose de sa civilisation. Aux Ara-

55d INTII^IHJCnOJ!^.

bes, donc ^ la Grèce ayaitdonnë la science, l'artdela dialectique, et , par là , infroduitchez eux le germe dxL doute, et des sehisfnes ; aux Bulgares , et aux Russes , elle avait doQué Fécriture , et la croyance grecque • Cette œuvre £aite , elle ne fut plus qu'une barrière qui empédia que le travail du christianisme, dans le Nord, ne fut trouble par le contact du Mahomëtisme.

Et aussi , les enfans du Coran étaîeid: devenus j de jour en jour , moins capa3>les d'entreprendre sur leurs voisins. L'unitëdes prenûem temps s'était brisée ; les schismes , nës de la science importée de Constantinople , et Tambition , nëe de la gu^re , avaient divisé Tempire musulman. Tou» les généraux s'étaient &its rois. Sans doute , Funité eut encorepu subsister par Fobéissance à un seul pouvoir spirituel; mais, il s'était élevé plusieurs califes ; d'ailleurs, dans une populati.on où régnait le principe de l'indissoluble union des deiix pouvoirs , et de toutes les fonctions directrices dans les mêmes mains , il devait arriver que toute sép^iration selon la matière serait un schisme, et entraînerait une séparation selon l'esprit. En outre, le mahomëtisme fut aussi appelé à résister aux Barbares , et aies homogénéiser; les Turcs vinrent envahir ses provinces de Perse, et porter le trouble jusqu'aux bords de FEuphrate et aux pieds du Liban. Ainsi-, toutes choses tendaient à laisser h FEurope le temps de s'occuper d'elle-même.

Mais j l'Europe n'était point préparée à* faire oeuvre pacifique: c'était un camp de soldate. L'Eglise seule était organisée pour opérer d'antre» travaux que ceux de la guerre. Il falkit donc qu'elle intervînt, et avec une autorité énorme, une autorite capable de romjpre une habitucïc de près de six siècle^^ et de briser toutes les résistances. Autrement, cette énergie niilitaire'qui s'était , jusqu'à ce jour, usée en grande partie sur les ennemis du Christ, allait se tourner sur elle-même , et s^|mplojer à détruire Tédifice qu'elle avait servi à W^ struire. Or, il se trouva que l'EgBseétaît en mesure d'exercer cette utile don^ination..

EneflFet, au milieu de tout. ce mouvement de combats qui avait occupé le huitième , le neuvième , le dixiènae, et la première moitié du onzième siè- . de y l'Eglise était restée debout, et dans son unité ; elle avait cru en puissance. S'il arriva , plusieurs fois, qiie,. quelque part, un évêque, et, une fois, le Pape lui-même, à Rome, oublièrent leurs devoirs , jamais le scandale ne dura long-temps; si, quelquefois^ un ecclésiastique fut chassé, par vio-* lence , de son siège , jamais à cause dé cela , et ainsi qu'un prince temporel, il ne perdit son titre, et ne manqua d'être rétabli : car le corps entier de l'Eglise se soulevait pour ses droits, comme pour ses devoirs, et il savait, alors-, toujours trouver lin bras pour exécuter ses décrets. D'ailleurs, les conciles provinciaux ne cessèrent de se réunir et

55a llITRODUCTiON.

de yeîUer à la cUscipUne^.tsn sorte que , parmi tes prâtre»y le devoir eut toujours la majorité. En outre , de saints solitaires , des missionnaires dé* vou^ ) ne cessèrent de pratiquer Texenq^^le d^une vie pure, et de prêcher la foi et les vertus clirëtiennçs ; on avait mànç essayé , pour la première fois , le pouvoir de ^excommunication pour des actes purament moraux , et on avait réussi à vaincre les passions même des {Mlàces.

Jil ne restait donc plus au Pape qu^à dédarer y aQkentiqnement, la suprématie du gkâve spiri* tudi, sur le glaive tempord.

Et, l'Eglise pouvait compter pour soutenir son entreprise, sur un appui énergique en dehore d'elle même , qui me pouvait manquer de lui venir aussitôt qu'elle le voudrait. Il se composait de l'immense multitude des petits vassaux, et des serfs , attachés aux seigneurs ; el des corporations d'ouvriers, libres ou serfs, groupés autour des ^;lises cathédrales , et autour des ad)ba jes. Cette population semblait avoir été ouUiée par le pouvoir temporel ; l'J^lise seule s'en était occupée ; eUe leur avait dotiné tous les droits qu'dle pouvait donn^ , ceux des sacremens ; toute l'égalité dont elle pouvait disposer, l'égalité établie devant l'autel , et dans son sein , à l'image de cdile qui existe devant Dieu. Dans cette population , la partie la plus intelligente, et la plus dévouée, devait être odle qui vivait à l'abri des immunités de

Gfiifàs£. 553

l'Église; ces corporations ouvrières des viUcs et des bourgs , disciplinées à Fimitation d«s cauvens , et formées des descendons des serfs radielës aux Barbares et des hommes qui étaient veiifus diercfaw sécurité pour leurs trayaux sur les tmres protégées par la Croi^.

Depuis quelques ann^ , déjà , TEun^ oscillait incertaine, et sans direction; et ce temps avaft suffi pour <]ue tout ce qui était éclairé de cœur ou d'esprit, vînt k désirer quelque ckosede semUaUe à ce qui allait arriver^ Tantxjue Tûsuvre guerrière ayait été , en majorité;' une œurre de dévouement, les hommes d'armes avaient été entourés dW respect , d'un amour , et d'une reconnaissance qui s'était étendue des pères aux enfans, et <pii s'att»chant aux noms mêmes , avait permis, commandé l'hà*édité des fonctions. Le sentimenlt public avait «xcusé leurs errmu*s mondaines , et jusqu'à leursi fieités de race et de position. Mais, mainteâant, que cette œuvre gu^ière devenait, en majorité, un oeuvre d^égcHsme , On commença à haïr ce que Pondrait admiré ; et Ton ne vit plus qu'op|n*essioii et injustice dans des positions (pi ne pouvaient être justifiées qu'à titre de droits héréditaires ,-et à titres personnels* Onapplaudit donc à l'attaque que l'I^lise commença contre cette noblesse.

Les sucesseurs des àpotres entrèrent dans la voie révolutionnaire , ea posant en princtpê, ?t

prenant' pour manifeste, que les membres du corps Européen devaient obéir à l'Eglise /ainsi que, dans Fhomme , les oi^anes charnels obéissent à Tesprit. Cette pétition à la souveraineté universelle , et absolue , n^était que le symbole temporel de la mission toute d'enseignement que PEglise devait , en définitive , accomplir ; car, pour mener son entreprise à bien, elle n^avait ni soldats, ni trésors ; ainsi elle ne pouvait réussir que par Tassentiment public , en appelant , en quelque sorte , -chacun à choisir, entre ette, et seS ennemis ^ à Foccasion de chacune de ses tentatives ; et il fallait en conséqueqce cpi'elle fît en sorte quq son but deviht celui du plus grand nombre ; il fallait faire que laïcs, bourgeois, et paysans comprissent ce que oon^renaient les prêtres , et , en ^et , cela fut fait ainsi.

Grégoire VII , fut le grand Pape de cette mission, après en avoir été le conseiller. C'était un homme sorti du peuple , fils d'un obscur charpentier. Ainsi que Charlemagne ,' il imprima à l'Eglise un mouvement tellement énergique qu'il ne pouvait cesser , que lors^e son but serait accompli : ses successeurs^i^r le trône pontifical furent forcés d'entrer dans la route qu'il avait ouverte , et ils y furent maintenus tantôt par devoir , tantôt par raison, tantôt par intérêt, même lorsque l'intelligence de l'œuvre qu'ils opéraient, fut perdue.

Alors l'Europe fut agitée pour des discussions

purement spirituelles , de dogme , ^ de morale ,, ou de droit civil et canon. La résistance des.égoïsmes établis,, se manifesta par la guerre, et fut vaincue par les croisades.

D'abord , la loi chrétienne fut rendue commune à tous. Nul, empereur ou serf, ne put s'y soustraire. Et le peuple apprit que tous élaient égaux devant la loi de Jésus-Christ.

L'oppression fut frappée, d'excommunication-, et réprimée. Et le peuple apprit que toute fonction était une charge, ou un devoir envers les.infé»rieurs. i ,

La corruption, la vénalité des eharges et desbé^ .néfices, sous le nom de simonie , furent anat^béipatisées, et arrêtées. Et le peupleappotquele droit aux fonctions émanait, senki^ent du mérke ou de l'ér lection , et point de naissance ou de fortune.

Tous les travaux pacifiques furent protégés. Ainsi l'univeraité grandit et prospéra sou* Taïle jAe l'Eglise , et en même temps l'étude du droit car non et civil , de^ belles lettres, et des science naturelles. Les communes se peuplèrent et s'enrichî* rent, et particulièrement celles- d'évécheç; et quelques unes devinrent de puissantes villes : Wbdustrie et le commerce y naquirent; ils en sortn^^t tout armés, et s'étendirent : tous les germes, enfermés dans l'idée chrétienne , commencèrent h se développer. Et, l'Eglise fit en sorte que chacun des faits nouvaux qui venait à naître, devint une insti-

556 IIITRODIJCTHMI.

tolioD , et fut doue de force, de manière à pouvoir se soirtenir par lui-même.

Bt pour confirmer rœurre de moralisation protectrice des intérêts du plus grand nombre, Tart cathoUcfue s'étendit sur toute cette population. Il engendra ses plus bdles formes ; il reb&tit toutes les cathédrales , toutes les yilles, et rint mettre un

souvenir de l'Eglise dans chaque détail de la vie privée. En même-temps un nouvel <n*dre rdigieox se répandit en Europe, et son institution révâa le but nouveau de l'Eglise ; il en fut la milice fidèle, soumis aux Papes , tant que ceux-ci le furent à leur nûasion. Ce fut le premier auquel il fut dtfendn de posséder aucune richesse temporelle. Les frères mineurs furent appela à faire, ainsi queSt-Paol, œuvre d'enseignement et de prédication , et à vivre de leurs propres mains.

Et, pendant que les hommes de paix et de travail étaient ainsi rendus à la lfl>erté , et prot^és dans leur activité; carrière £iit t>uverte aux 4K)mmes de guerre, carrière de dévouement, et id'expiatioo. La croisade fut préchée.

La France suivit les papes dans cette direction févointionnaire; en Italie même, les Français fufwit k^r premier appui. Les fib aînés de FEglise Ibéritèrent, encore cette fois , ce nom glorieux , le plus beau que pussent recevoir des guerriers au pnojen Age. Ce fut en France que fut établie , sous If gouvernement du pape , la première université

de l'Eairape , école ccmimui^e de toiUies les sciences théologiques et teiiiporeUes , pour toutes les na* tîoDS ; à cause de cela , elle fut appelée la fille aînée de r]Ëglise. Ce fut en France, que fut préchëe et formée la première croisade au tombeau de Jésus Christ. Aussi Jérusalem et les villes de Syrie, plus tard même Constantinople et les villes de Grèce, etc, furent des seigneuries françaises. Ce fut en France, que les rois commencèrent cette guerre de détail contre les seigneurs, pour Tindépendance des conamunes , guerre qui devait se terminer par leur émancipation complète* Enfin , il y eut deux langues en Europe, Tune savante et religieuse, ce fut le latin; Taut^e temporelle et guerrière^ ce fut le parler roman ^ le premier idiome français.

Tout le temps pendant Wpiel le mouvement imprimé par le fils du charpentier, gouverna l'Europe j fut une époque de création , d'activité dans toutes les directions, et d'espérance pQur tous. Il y eut alors sur terre une justice au-dessus du droit de la forée , une justice dont la- puissance était uniquement fondée sur Fassentiment cornmup; il y eut, ehez tous les hommes, sensation d'avancen^ent', assurance d'un nieîlleur avenir pour leurs enfans : las sentimens guerriers fureiit sanctifié^ en recevant directement la loi de TE^se; il» prirent par leur contact avecles légats du pouvoir spirituel ^ et puiserait dans l'exemple des ordre»

religieux et militaires , ce caractère de gënërositë chrétienne, qu'on ne saurait designer par un autre nom que par celui de chevaleresque; les hommes d'armes apprirent à respecter et à défendre le faible, à avoir pitié de Tennemi vaincu. D'un autre côté, rindu^trie fut relevée; elle prit part aux victoires des Croisés , à la gloire qui s'obtient par le courage, et sa grandeur fut celle de l'Eglise. En même temps, les savans se multiplièrent, et l'on vit poindre l'aurore de toutes les découvertes qui devaient éclore à la fin du quatorzième et dans le quinzième siècle. Quant aux formes de l'art, elles furent toujours une œuvre de premier jet : aussi elles acquirent, tout d'un coup, une perfection, une originalité, qui n'ont pu être dépassées et qui n^avaieiit encore eu rien d'égal.

Ce ne fut pas, sans de nombreux efibrts , que les successeurs de St. -Pierre parvinrent à jeter tous ces. gern^es de richesse présente, et de grandeur à venit, au sein de la société européenne. Tous ceux. qui avaient possession d'un droit personnel, d'user et d'abuser, s'élevèrent contre eux. Ce fut la moitié de 1 Italie , sous le nom de Gibelins ; ce furent surtout et d'abord les empereurs ; ceux-ci voulaient un pouvoir spirituel complaisant à leurs passions, et ils s'en firent un. Mais, entre ces prétentions méchantes et la bienveillance , et la justice de PEglise,/le peuple jugea ; et les empereurs furent abaissés. Ce fut ensuite un roi anglais, qui

voulut faire de la souveraineté^ un droit sans devoir. PEglise, à Faide du peuple, l'abaissa encore. Ainsi, dès son début dans la. carrière, le pouvoir spirituel eut d'implacables et de puiseans ennemis; naais il avait alors pleine conscience de son œuvre; il était pauvre et sans pr^priétéb assurée, cpinme ceux qu'il protégeait.

Deux siècles plus tard, il n^en fut plus ainsi. . Alors, enrichi des contributions de toutes les églises d'Europe, seigneur suzerain, .selon te droit féodal, de plusieurs vastes royaumes, pouvant solder les reis et les ducs, il régnait par la terrent. Il poursuivait toujours le même travail politique, mais, trop souvent, comme une fortune appartenant au saint-siége; les jouissances et les gi*andeurs de la chaire lui en firent oublier le sens et le but. Enfin, le sacré collège crut que le savoir des cours valait plus que la piété, et il ap^n^it au monde, en forçant un saint vieillard à se démet- • tredu trône pontifical, commient un pape pouvait être, déposé. Et ces successeurs des apôtres condamnèrent, et punirent connue hérétiques , et après long examen , les frères mineurs qui viurent opposer à leur luxe , l'exemple de Jésus-Christ et dçs apôtres, qui, disaient-ils, n'avaient rien possédé, en propre. Bans toutes ces choses, que vit le peuple ; lui qui ne pouvait juger comment l'œuvre que poursuivait l'Eglise romaine lui serait utile encore, fut-elle même conduite par des im-

^6o ivtwnnjction.

pies, ainsi qu*dle PëUit alors par des avei^ies! Le penple vit dans le baut dei^ë une puissance seigneuriale semldable à celles contre les qudles il luttait depuis long-temps , et, en conséquence, il se retira de la querelle ; ainsi le pouvoir pontifical se trouva avoir perdu ses forces, et il tomba à la merci des intrigues et des ambitions de £simille. Bientôt, lui-même, vint faire en sorte qu'on fîit (AAigé de douter de lui ^ il dépouilla son caract^*e ssKsré et universel; il se fit nations. Pendant an demi-siècle , PEglise offirit le scandale de deux papes, l'un résidant en Italie, Tautre en France. Ainsi, le pouvoir éducatem* renonça à la souveraineté spirituelle, il appela le peuple à douter, et à choisir entre ses r^résentans ; dès ce moment , la voix de Dieu fut celle du peuple, et non plus celle des papes. En outre du sonmiet , le mal descendit vers la base; il alla souiller tous les degrés de la hië- % rardiie. Le doute, partout, tue le devoir, an^ntit la morale, et ne laisse vivre que Pégoïsme. Aussi le corps entier de TEglise fut trouUé par de nombreux scands^les , et, en mille lieux encore, le peuple, ou le pouvoir temporel, furent obligés d'i»tervenir. Les rôles étaient changés.

Alors , un homme se mit à dire , en Angleterre , que le pape n'était point sur le trône de St.-Pia^re, mais que cet élu de Dieu était quelque part aiUeuf s caché dans la foule. Cet honuné était Wiclef. On voulut le forcer au silence. Alors, ne croyez point

G£N£Sk. 56 1

à ces seigneurs, à ces prétt^es abandonnes au^ pompes de Satan, s'écria*t-îl ; vous ne devez ni obéissance , ni foi , à des hommes qui soiït en ëtat de péché mortel. Et à ce cri, les paysans d^Angléterre s'assemblèrent sous k conduite du pfétrè J. Vallée, et cotUmencèrent à brûler les châteauic, et à chasser le haut clergé. Ik furent exterminés; mais Wiclef resta debout et dans son sentiment î il recourut à Fépée des faibles , au ï*aisonnemeiit. Il fut condamné à Londres; mais que pouvait un concile national? La puissance de ses jugémeîis restait enfermée dans les limites du pays. Aussi, là pensée de Wiclef fut reprise dans toute son énergie, par Jean Hus, en Bohème, à Pùniverâité de Prague.

La même pensée, d'ailleurs, se manifestait pai^rtout , mais sous une forme moins incisive et plus cathoUque. L'université de Paris , les ordres religieux, tous les i*ois, les principaut évêques, s'efforçaient de ramener l'Eglise à l'unité. Enfin, cela fut fait, dans leôommendemént du quinzièn^e siècle, mais, par une insurrection : deux fois des conciles forcèrent des papes à se démettre.

Ainsi fut brisée la succession de St.-Pierre et de Grégoire VU. Inutile fut l'habilité des deux conciles ; inutiles furent le crime de la condanmatioii de Jean Hus, et la cruauté de son supplice. Lé mal n'était pas détruit , parce qu^ le schisme qui en avait été le signe avait fini , et parce que les récla-

i* 56a INTRODUCTION

mations qui lui avaient répondu étaient ointes. U n^y ayait que deux noms remplacés par un seuL I L'^oïsme resta debout sur le trône pontifical , et

dès ce jour, en effet, il y eut une nouveDe dynastie de fapes , qui ne surent effacer aucun • des abus créés pendant le schisme, mais en usèrent comme d'une souveraineté temporelle ; qui rie comprenant plus que les formes, de protecteurs des idées et du progrès, devinrent protecteurs des usages. Enfin, la gloire du trône pontifical devint, comme celle des couronnes royales, le jouet des hasards qui y appelèrent tantôt des hommes honnêtes, tantôt des honmies indignes.

Alors , le mouvement n'étant plus donné par en haut, vint par en bas; et toutes les choses nouvelles, bien qu'engendrées du dogme chrétien, prirent le caractère critique. Toute innovation , aux yeux d'un pouvoir qui en avait tant produit,, fut presque un scandale, comme la découverte de l'imprimerie en i45o; fut une défaite comme la découverte de l'Amérique en i^Q'i. Chaque jour , donc, il trouvait une attaque j et chaque jour aussi éclairait une défection. Ainsi, les communes dispersées en ceiit contrées , qui avaient long-temps vécu sous la protection de St.-Pierre ou de ses ministres , se faisaient villes royales ; 1 université de Paris se mettait sous la protection du roi. Les églises piéme tendaient à se nationaliser. C^est que le peuple avait le sentiment ^chrétien dsus le cœur , et il avait soif de le réaliser j et ne comp-

tant plus sur TEglise, il Tespërait des rois. En effet, les rois devinrent les seuls appuis de limité sociale dans chaque nation ; et dans le but d'une unité plus européenne, quelques-uns même tentèrent de fonder la monarchie universelle j mais, ce fut en vain , car l'Europe était emportée vers une association plus parfaite et plus haute. Quant au clergé , il avait donné sa démission ; il ne comprenait plus du christianisme, que ce qu'il contenait d'égoïste, le salut de l'individu par 1» perfection individuelle.

La fortune de la France suivit celle des papes; elle fut abaissée en même temps que la gloire des successeurs de St.-Pierre; elle perdit ses seigneuries de Palestine et de Sjrie, celles de Constantinople et de Grèce. Les ducs et lés comtes de son propre territoire s'abandonnèrent aux suggestions égoïstes de leurs passions; ils lièrent les bras de leur mère , et essayèrent de la prostitueî* à l'étranger. L'affreux inceste ne fut point consommé. Une vierge, Jeanne d'Arc, sauva la France; et scella de son sang la couronne sur le front de ses rois, et la fille aînée de l'Eglise fut relevée.

Dans le reste de l'Europe , les idées jetées par Grégoire VII devinrent des faits. Les communes s'affranchirent; en Italie, et en Suisse, sous le nom de républiques ; ailleurs , sous le nom de villes anséatiques; ailleurs, sous leur propre non^i. L'es mahométans furent chassés d'Espagne , les universités se multiplièrent, l'industrie grandit et devint

564 INTRODUCnON

puissance ; elle alla chercher de nouvelles routes de commerce; elle sonda la mer du nord; die poussa ses vaisseaux jusqu'aux Indes en doublant le Cap.de Bonne-Espërance ; elle ouvrit l'Amërique ^uxidëes chrétiennes.

En Orient, dès que l'œil des Papes fut détourné de \à terre mahomëtane , le christianisme cessa de combattre. Et bientôt les Musulmans redevinrent envahisseurs ; ils furent arrêtés un instant dans leurs conquêtes , lorsque les derniers flots des races barbares du premier âge, les Tartares, vinrent à 5'étendre parmi eux ; mais , lorsqu'ils las eurent homogénéisés dans une pensée religieuse commune,

alors, ils se jetèrent sur TEurope grecque, et s'emparèrent de Constantinople.

Ainsi , près de cent ans s'étaient écoulés ; le mot réforme était dans la bouche de tout le monde, prêtres et laïcs ; et nul n'avait cependant proposé encore de but. aux ^orts du corps européen; k monde chrétien se tourmentait donc comme un homme atteint d'un mal dont il ne connait pas le remède. Chacun s'était fait un droit du devoir que les autres devaient remplir à son égard ; et tous les droits étaient devenus des égoïsmes qui tendaient ^ se faire placé. L'organisation catholique pesait conmiç un fardeau sans utiUté. Personne ne pouvait espérer en Rome; car, depuis l'extinction du schisme, elle n'avait rien donné, que l'exemple d'unç ambition princière , et de prétentions sans

dévouement; les peuples même avaient été obligés de se garantir par de^ conventions particulières à chacun d'eux , par deg pragmatiques , des concordats , des réglemens , contre Tavidité de cette cour qui , des droits de souveraineté fondés autrefois dans un intérêt spirituel , faisaient un usage purement temporel. Nulle idée n'était sortie de son église qui pût inspirer la nouvelle activité catholique dont on sentait le besoin. Les forces des hommes ne recevant plus d'écouleitieot , n'a jant plus de lit commun , s'épanchaient en diversas voies , tantôt dans celle des intérêts personnels ; et , lorsqu'elles étaient encore dévouées , elles s'épuisaient en sacrifices , pour des rois , des nations, des cités.

Enfin, au commencement du seizième siècle , un moine, inspiré de colère à la vued'unclergé qui faisait argent, et joie, des choses sacrées, inspiré de ce cri Réforme qui sortait de la bouche de tous les hommes de cœur et d'intelligence, de ce cri tant de fois prononcé en vain, même par des papes, Luther en appela de TEglise, aux écritures saintes; il en appela du jugement des évéques , au jugement des princes et du peuple ; de la raison des papes , à la raison de toijs ; de la richesse et du luxe des ecclésiastiques , à \^ pauvreté de Jésus-Christ. Un long , et puissant écho lui répondit. Les princes , et les villes libres du nord de l'Allemagne, et de la Suisse, la Suède et F Angleterre plus tard, firent leur fortune de cet appel; ils s'insurgèrent contre la

cour de Rome, saisirent ses biens, et ses dîmes. Alors , l'Europe fut partagée en deux partis, celui des novateurs, et celui «fcs resistans, et troublée pendant un siècle et demi , par de grandes guerres et de grandes révolutions qui avaient la réforme pour but. Maïs , ces guerres conduisaient à un résultat. Car, le protestantisme, eti donnant le mot pour briser l'organisation catholique du moven âge, n'avait pas donné celui dé la réorganisation européenne. Aussi , chaque révolution et chaqtte guerre était mue par une nouvelle doctrine d'organisation sociale. D'abord on essaya les monarchies et les municipalités , selon Vancien système ; puis on essaya des monarchies représentatives de diverses sortes ; et des municipalités bourgeoises. En quelques lieux, le peuple des campagnes vint demander une place grande comme sa multitude. Mais , les temps n'étaient pas venus ; nul ne l'avait encore compris : il fut donc remis à sa place ; seulement , presque partout , il sortit des liens du servage.

Nulle contrée ne resta immobile dans ce mouvement, même parmi celles qui demeurèrent encore attachées à l'Eglise romaine. Car , partout les monachies se fortifièrent, et mirent leur domination temporelle au-dessus et en dehors du pouvoir de Rome. Il fut dit que des familles étaient royales par élection de Dieu , et par conséquent héréditairement souveraines , au temporel, ainsi que l'Eglise au spirituel. '

GENfii^E. 56^

Tels furent les événemens qui brisèrent l'unité européenne : voici quels furent ceux qui préparèrent la réorganisation de §on unité future.

La France fut agitée des troubles qui remuaient le corps européen. Elle en jugea la portée. Elle vit qu'ils prenaient naissance dans une idée san fin, dès qu'elle cessait d'être critique , dans une idée qui ne pouvait créer que des individualités j et inr capable déformer une niasse. En conséquence, elle repoussa cette idée; et lui résista par une ligue de tout son peuple. Ainsi, la nation qui avait,, la première, nié le pouvoir des papes, dès qu'il fut empreint de personnalité et d'injustice, rejeta l'insurrectioa parcequ'elle ne pouvait conduire qu'à l'égoïsme. Le pays premier d'université, le pays premier dans les sciences temporelles *et le rationalisme humanitaire, repoussa le protestantisme. Il se mita faire œuvre d'iatelligence. Usembla, pendant plus d'un siècle , s'être immobilisé dans la seule recherche des moyens de réaliser la doctrine chrétienne. Enfin, un jour, croyant avoir découvert ces moyens , il se leva ; il bris^ tout ce qu'on avait respecté jusqu'à ce moment, tout ce qui était maintetenant inutile , noblesse, bourgeoisies privilégiées, aussi bien que droits ecclésiastiques j il appela tous les hommes au festin d'une nouvelle société politique; il procl^mala liberté, l'égalité, et la fraternité universelle; il proposa à l'Europe lafédération etl'association. A cet appel de la fille aînée du catholicisme, le monde entier s'ébranla ; tout fut changé ,

568 INTRODUCTÏOH.

partout, dans le sens des mêmes espérances. Mais la France n'a pas encore fini sa révolution, et le monde non plus.

Ainsi se sont écoulées cinq époques du christianisme, trois furent particulièrement ecclésiastiques; la première fut celle de la fondation morale de l^lise, la seconde fut employée à la discussion du système d'organisation qui lui était nécessaire ; et la troisième fut consacrée à la fondation du pouvoir spirituel catholique. Trois autres époques, particulièrement civiles, devaient suivre; la pre-* mière occupée par renseignement des applications sociales de la morale chrétienne; la seconde agitée par le travail et les essais d'une organisation politique conforme aux saintes théories émanées de l'Evangile ; la troisième sera celle de la réalisation de la doctrine apportée par Jésus ; et ce sera le règne de Tassociation , et la dernière période du christianisme ....'.

Un jour arrivera enfin , où l'humanité aura accompli sa tâche. Alors, un autre monde paraîtra; et la volonté de Dieu sera faite.

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