PARIS
GUILUIMIN. UBRÂIRE-ÉDITEUR
DE I. B. 8AT, ADAM SMITH, MM. BLANODI, L. RETBAUD, ETC. Gtlfirie de la Bonne, 5.— Panoramas.
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PRÉFACÉ.
L'ouvrage, qae je présente ao pablic, est la seconde édi'lion d'an livre imprimé en 1833, et dont il n'existe plus d'exemplaires dans la librairie , dépuis plusieurs années. Malgré le succès de la première publication, succès qui me parut d'autant plus remarquable, que le livre n'était rebommandé à l'attention , ni par l'autorité d'un nom déjà connu, ni par celle d'une position élevée, j'ai longtemps reculé devant le travail que j'achève en ce moment. La deuxième édition devait être, en effet , autre chose qu'une simple réimpression.
L'Introdwslion à la science de l'histoire fut mon premier pas dans la carrière philosophique. Aussi , je me trouvai dans l'obligation d'aborder plusieurs problèmes qui, à la rigueur, ne touchaient pas directement à l'histoire, mais que j'étais cependant forcé de traiter, attendu le point de vue nouveau où j'étais placé, uniquement parce que je ne connaissais aucun autre ouvrage auquel il me .fut possible de renvoyer le lecteur.
Aujourd'hui, ma position n'est plus la même. Presque toutes les questions, dont je devais me préoccuper dans une publication qui était mon début, ont été discutées dans des ouvrages spéciaux. J'ai exposé> moi-même, dans un traité de philosophie, toutes celles qui sont relatives à la science de l'homme et à celle de la nature. J'ai également présenté, dans un autre écrit spécial, les généralités du problème scientifique (1). La question des rapports du moral et du physique de l'homme a été, d'un autre côté, largement élucidée, dans un ouvrage couronné par l'Académie royale
(1) Introdaetton à l'Étude des Sciences Médicales, parP.-J.-B. Bâchez. Leçons orales, recutUUei et rédigée* pv Henry Belûed-Le{^yrc, V, M., 1 vol« cbez Pérùsei
de Médecine, et qui est dû à la plume de mou ami le docteur Cerise (1). L*école, à laquelle j'appartiens, n'a pas non plus été stérile en ce qui concerne l'histoire étudiée du point de vue du progrès. Mon ami le docteur Boulland a publié deux ouvrages sur ce sujet : l'un destiné à établir la filiation des peuples (2) ; l'autre destiné à faire^onnaitre la série des transformations morales et religieuses (3) . Un autre de mes amis, le docteur Oit, a publié un Manuel d'histoire ancienne et moderne, qu'il est indispensable de consulter, et où se trouve un résumé complet et érudit des traditions de l'humanité (4). Je ne dois pas, non plus, oublier de mentionner les travaux remarquables de mon ami le commandant de Boislecomte, soit sur le droit public, soit sur la défense de la Fran'ce, spit sur quelques époques de l'histoire d'Espagne, etc. (5). En outre, divers points de doctrine historique ont été éclaircis dans une collection publiée sous le titre de VEuropéen , dans les préfaces de V Histoire parlementaire, et particulièrement dans mon introduction sur la nationalité française. Parmi les idées émises dans ces écrits, plusieurs ont été très favorablement accueillies, sous notre nom ou sous celui d'autres écrivains; et, si nous avons eu trop souvent le droit de nous plaindre que Ton nous ait emprunté sans-nous citer, nous devons néanmoins nous féliciter de voir, grâce peut-être à ces emprunts, régner un esprit nouveau qui nous rend la \oie plus facile. Mais, puisque l'occasion s'en présente, je dois remercier MM. Ducrotay de Blainville, Laurentie, Lavallée, etc., de n'avoir
(i) Des fonctions et des maladies nerveuses dans leurs rapports avec l'éducation sociale et pri»ie, morale et physique, par le docteur Cerise. 1 vol. chez Germer Baillère.
(2) Essai d'histoire universelle, ou exposé comparatif des trcuiitions de tous les peuples, par J.-F.-A. Boulland, 2 vol.
(3) Histoire des transformations religieuses et morales des peuples, par J.-F.-A. Boulland, 1 v.
(4) Manuel d'histoire universelle, par A. Ott, docteur en droit. Histoire ancienne, 1 vol. Histoire moderne, 1 vol.
(5) Yojez les Fortificationt de Paris, l'Essai sur les Provinces Basques et VEuropéen.
pas dédaigné de cHer un nom encore obscur, et qui est loin d'être une autorité auprès de beaucoup de personnes.
Par l'effet des diverses circonstances que je viens d'énu-* mérer, je me trouve en possession d*une liberté dont je ne jouissais pas, il y a dix ans, quant au plan de mon ouvrage. Aussi, sans rien changer quant au fond des idées, j*ai introduit de nombreuses modifications dans la disposition du sujet et dans le choix des matériaux. Je n'ai plus été obligé de poursuivre des problèmes qui n'avaient pas un rapport direct avec l'histoire. J'ai pu me borner à quelques généralités sur la science de l'homme individuel qui tenait une.si grande place dans ma première édition. J'ai pu enfin donner à mon travail la forme définitive qu'il doit conserver. Mais, si j'ai beaucoup retranché, j'ai également beaucoup ajouté, puisqu'au lieu d'un volume, dont se composait la première publication, j'en donne deux maintenant. Cette seconde édition est donc, jusqu'à un certain point, un livre nouveau.
Que le lecteur me permette, en terminant cette conversation avec lui, de consacrer quelques lignes au souvenir d'hommes dont la mémoire m'est chère et que la mort est venu arrêter au commencement de leur carrière. Déjà, dans la préface de ma première édition, je déplorais la perte de P. Robert, sous-aide au Val-de-Grace, employé de la bibliothèque royale, homme aussi distingué par les qualités du cœur que par celles de l'esprit, mort le 13 septembre 1831, à rage de 25 ans. Depuis cette époque, d'autres séparations nous ont aflQigé. Ce fut d'abord À. Sêeinheil, chirurgien sousaide major, savant phytologiste, et qui commençait à se faire un nom dans la science. Il succomba, en mer, aux atteintes de la fièvre jaune, le 26 mai 1839, à l'âge de 29 ans. Sa mort précéda d'une année seulement celle de l'un de ses émules en dévouement, de F. H. Requedal. Requedat fut le premier associé de l'abbé Lacordaire, dans son entreprise de rétablir en France l'ordre des frères prêcheurs. Il avait pris l'habit de Dominicain dans la vue de Iravailler,
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arec loi, à Tœuvre qui leor semblait la plas propre â sadver notre temps des misères qui Taccablent ; il s*était voué à prêcher la réalisation politique du christianisme. Il est mort à l'âge de 23 ans^ le 2 septembre 1840, dans le couvent de Sainte-Sabine, à Rome. I>. A, Piel, architecte distingué, dont les articles, dans V Européen, avaient été particulièrement rémarqués, imita le jeune Requedat. Il le suivit dans lé même projet et dans le même ordre religieux; il le suivit aussi dans la mort. Il quitta la vie à Tâge de 32 ans, dans le couvent de Bosco en Piémont, le 19 décembre 1841. L*école, à laquelle j'appartiens, existe seulement depuis quelques années; et, déjà, quatre de ses membres, les plus jeunes, lui ont été enlevés. Nous les regrettons au double titre d'amis et d'associés; mais nous ne les plaignons pas; car nous avons la ferme conviction qu'ils ont obtenu, dans un autre monde, plus que nul homme n'est en droit d'attendre en celui-ci. L'heure du repos a sonné pour eux, lorsqu'ils avaient à peine entrepris leur tâche. Mais que leur mort prématurée nous serve d'enseignement ! Nul de nous ne sait quand son heure arrivera; nul de nous ne sait si l'idée^ qu'il porte, ne périra point avec lui. Dans cette incertitude, il n'est qu'un parti à choisir : c'est de nous hâter afin que^ lorsque le soir viendra, il trouve notre ouvrage terminé. C'est cette réflexion qui m'a toujours guidé moi-même; c'est elle qui m'a toujours fait préférer le travail rapidement productif^ au travail qui arrive, par de lents efforts, à un mérite de forme qui ajoute peu à l'utilité de l'œuvre, mais tourne surtout au profit de la vanité de l'écrivain. Cette réflexion excusera aussi, je l'espère, auprès du lecteur, les incorrections qui pourront se rencontrer dans le livre qu'il va lire.