CHAPITRE V
DU TRAVAIL MATÉRIEL ET DE l' ACTION CONSERVATRICE.
Dans toute action humaine^ ^ y a an|cAtë matériel.—- N^céttitë de la matérialiiation.—» Tonte œnvre de matérialÎMtion est coaserratrice.— La conservation présente deux aspects; le point de vue social, et le point de vue individuel. — De la conservation sociale. — > Deux ordres d'institutions, les unes relatives k la durée, les autres a l'actualité. — L'ordre de subordination hiérarchique dans Tactualité est le même que l'ordre de génération dans la durée.— De la conservation individuelle. — Tout individu est une fonction sociale. -^ De la, Porigine du devoir et du droit individuel. — De la production, de Pélection et de la population. — De la participation dePindividu aux produits sociaux. — De rechange et du salaire. — L'économie politique est la science qui s'occupe de ces questions. — Deux écoles économiques, Pécole française et Pécole anglaise. — Prédominance de la dernière école ; résultats fâcheux de cette prédominance.— L'économie politique devrait être la science de la conservation sociale et individuelle.— Avantages de cette définition. — Démonstration de la définition par l'étude du but du travail, de la division, et des inttrumensdu travail. — Motifs de Terreur des économistes.
Il y a, dans toute espèce de mode d'activité humaine, un côté matériel qui tient à la nature de l'homme et à celle du milieu dans lequel il est ap-
pelé à agir. Par suite, toute espèce d'action conclut par une œuvre de matérialisation. C'est ce qui forme le caractère principal de la dernière des opérations de la successivité humaine, ou de la pratique. Il n'existe pas de mot, dans notre langue, pour désigner nettement cette forme d'activité qui constitue la conclusion et la fin en toutes choses. Dans notre première édition, nous l'avions appelé du nom de motricité. En effet, au point de vue le plus général, comme au point de vue le plus spécial, c'est par le mouvement que se manifeste l'activité humaine ; c'est par le mouvement que se transmettent et s'appliquent les doctrines ; c'est par le mouvement que s'opèrent les vérifications ; c'est par le mouvement que les choses spirituelles sont matérialisées, que la nature physique est modifiée, que les communications s'établissent de l'homme à l'homme, et de l'homme aux choses, etc. ; sans mouvement, en un mot, toutes choses seraient comme mortes. En effet, supprimez par la pensée cette puissance de motricité, et vous trouverez que l'homme n'aurait pas même conscience de ce qui se passe dans son for intérieur. Nous sommes tous, dans cette vie terrestre, soumis à cette condition, que rien n'existe devant notre âme, rien n'existe dans la pensée, ni sensation, ni sentiment, ni désir, ni volonté, ni idée, s'il n'est fait signe. Nous ne possédons rien intellectuellement que des signes,
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OU, en d'autres termes, rien n est pour nous, conservable dans la mémoire, ni à l'usage du raisonnement et de rintelligence, s'il n'existe comme signe. Or, le signe est la première matérialisation de la pensée ; il est le premier effet de l'application de notre faculté motrice sur notre organisme intétérieur. Arrangement admirable duquel il résulte que l'homme ne peut rien acquérir pour lui-même intellectuellement, à moins de l'avoir rendu transmissible et communicable à ses semblables !
L'œuvre de matérialisation étant, ainsi que nous venons de le voir, même en ce qu'il y a de plus humain, une nécessité finale du mode d'activité qui ressort de notre vie terrestre, la question de la matérialisation doit être l'objet d'un examen dans un ouvrage du genre de celui-ci.
Toute œuvre de motricité ou de matérialisation est nécessairement conservatrice. En effet, ce qui peut attenter, au plus haut point, à la conservation des doctrines, c'est le défaut de transmission et de matérialisation. S'il n'existait point d'institution pour les maintenir incessamment vivantes , elles mourraient avec les individus qui les ont acquises les premiers. D un autre côté, ce qui menace, au plus haut degré, la conservation des sociétés, c'est régoïsme de leurspropres membres, c'est l'antagonisme des sociétés voisines. De là, la nécessité d'institutions de résistance de diverses sortes douées de
forces matérielles. Enfin, ce qui attaque la conservation des individus, ce sont certaines conditions d'existence physique auxquelles on ne peut satisfaire que par des moyens également physiques. Ainsi, rœuvre de matérialisation peut être étudiée au point de vue de la conservation, et ce point de vue en constitue la généralité. Or, la conservation présente deux aspects principaux, Taspect social et Taspect individuel. Nous allons parcourir rapidement ces deux questions.
De la conservation sociale. — En exposantlaloi de la succession propre à un âge logique, nous avons exposé, en réalité, les lois de la conservation sociale. Nous allons cependant revenir sur ce sujet, afin de faire comprendre comment le mouvement progressif est une œuvre de matérialisation.
La conservation sociale peut être envisagée quant à la durée, ou, quant à Tactualité. Par durée, nous entendons la succession de siècles qui est donnée, à l'activité d'un but commun, pour atteindre la réalisation complète. Par actualité, nous entendons chacun des momens particuliers de la durée, mo-f mens que Von peut envisager séparément.
Or, la vie d'une société suppose deux ordres d'institutions : celles relatives à l'actualité, et celles relatives à la durée ; les unes qui comprennent, en quelque sorte, l'organisation en profondeur, et les autres qui se rapportent à l'activité dans la suc-
cession des siècles. Pour satisfaire à ces deux conditions de conservation, il faut] un appareil de résistance sociale, destiné à agir dans le temps, et de plus un mode de transmission autant de la doctrine du but social , que des instrumens mêmes de résistance.
Ainsi, voilà retrouvées, dans le fait social, les conditions mêmes du fait individuel : la société, comme un homme, n'existé qu'à conditionque lacté spirituel, déposé dans son sein, soit fait signe ou matérialisé et rendu transmissible.
Une doctrine n'est matérialisée et faite signe, que du moment oii elle a engendré une organisation sociale, et elle n'est transmissible, que du moment où elle a engendré un enseignement. Alors, il y à réellement un corps social qui peut agir, se mouvoir, et durer.
Pour qu'une doctrine devienne une société, il suffit que chacun des modes d'activité dont elle contient le principe, soit fait hommes, c'est-à-dire représenté par une institution destinée à le reproduire comme fonction du corps social .
L'ordre de génération dans la durée, devient l'ordre de subordination dans le temps ou l'actualité. Ainsi, supposons que ce soit par le sentiment que l'œuvre commence, c'est par la science qu'elle continue ; c'est par la force physique qu'elle s'achève, etc. Chacun de ces modes d'activité sera institué
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au fur et à mesure qu'il se manifestera ; et lorsque la création entière sera achevée, ils seront subordonnés les uns aux autres, suivant l'ordre dans lequel ils ont été engen4rés ; en effet» la légitimité du pouvoir, dans les temps passés» ne fut presque toujours qu'un droit d'aînesse.
En résumé, un système social n'est, au point de vue où nous sonmies placés, autre chose qu'une hiérarchie de fonction ou une organisation du travail ; il contient la détermination, en nature et en nombre, des fonctions et des œuvres nécessaires à la vie collective, et la classification hiérarchique de chacime d'elles, en raison de l'importance de la fin que chacune d'elles doit accomplir.
Telle est l'idée du système d'organisation matérielle que présentent les sociétés tant qu'elles sie maintiennœt dans la voie du mouvement et des institutions initiales. Lorsque l'action critique vient à prédominer, la hiérarchie est détruite, ainsi que nous l'avons vu, d'une manière proportionnelle à la durée de l'état critique. Le point de vue individuel parvient successivement à prédominer ; de telle sorte en définitive que l'œuvre principale de la conservation semble être celle des fonctions dont nous allons nous occuper.
Delà conservation individuelle. — Il résulte, de ce que nous venons dire, que, dans l'actualité, tout individu est une fonction de l'œuvre sociale. Il en
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est toujours ainsi, quelque soit l'époque que Fou examine dans un âge logique ; seulement, le fait est évident lorsque règne Tordre synthétique ; il est obscur et caché, quoique téel, dans Tordre contraire. Or, de ce que tous les individus sont fonctions deTordre social, il s'en suit que Ton doit étudier la cx)nservation individuelle du point de vue de celle delà fonction ou du devoir, et du point de vue de la conservation de T homme lui-même ou du droit. C'est ce que nous allons faire.
Du point de vue de la fonction , il y a à considérer la question de production et celle de la transmission. Celle de la transmission embrasse deux faits ; celui de Télection par laquelle on attribue, à un individu, le devoir ainsi que les forces ou les moyens de la production ; et celui de la population ou de la reproduction des hommes qui forment les élémens des fonctions.
Ces problèmes ont été résolus diversement dans les diverses époques de la vie sociale. Les problèmes sont constans ; mais les solutions varient. Les problèmes offrent la base de séries , dont les solutions offrent les divers termes. L'espace, qui nous est donné, ne nous permet pas de nous arrêter sur ce sujet. 11 nous suffira de dire, par forme de transition à ce qui va suivre, que Ton trouvera en général, dans T histoire de la civilisation, que plus la fonction était importante à la conservation ou à la
fin sociale, et le devoir tenu pour nécessaire, plus le droit, c*est-à-^dire la part dans les moyens de conservation individuelle ,• était considérable . .
L'individu est Tagent de la fonction. A ce titre, la prévoyance sociale doit s'appliquer à le conserver.Tout individu doit donc avoir une participation quelconque aux produits de la société , aussi bien aux produits matériels , qu'aux produits immatériels. Sous ce rapport , la société ne doit. être rien autre chose qu'un vaste système d'échange. Le moyen de l'échange est le salaire ; tout individu donc doit être salarié. Ces conditions de la conservation des hommes sont constantes ; mais, comme celles relatives à la transmission des fonctions, elles ont reçu, dans la durée de l'humanité, des solutions différentes qui forment les termes des séries dont les constantes sont la base.
On donne, aujourd'hui , le nom d'économie po-^ litique à un système d'études où l'on s'occupe de ces questions. Le mot économie politique est moderne ; c'est une création du dix-huitième siècle ; néanmoins, quoique nouveau, l'histoire en est curieuse et surtout instructive. Cette histoire présente deux périodes très nettement caractérisées : on peut nommer la première française et la seconde anglaise. L'esprit des deux nations y est parfaitement marqué: l'un généreux et humain, l'autre personnel et mercantile.
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Dans la période française, le mot d'économie politique désigne un système de recherches, de calculs et de travaux historiques, dont le but, suivant la formule textuellement exprimée dans les livres de l'époque, est de trouver le meilleur régime social et les institutions les plus propres à améliorer la condition de la classe la plus nombreuse. On n'avait pas, sans motif, joint le mot politique à celui d'économie. Aucun des hommes savans qui s'attribuaient le titre modeste d'économiste, ni Quesnay» ni Boulanger, ni Turgot, ni Necker , etc. , n igno* rmiaX qu'ils s'occupaient de la question la plus im* portante et la plus grave qui puisse exister pour une société.
C'est à Adam Smith que commence la période anglaise. Ce génie, tout empreint des habitudes industrielles et des croyances de sa nation , changea entièrement le caractère de l'économie politique ; il fit école. Tous les modernes à peu près, quelque soit leur patrie , sont ses disciples» Ils dérivent de lui, par les doctrines, et ils le reconnaissent pour celui qui a définitivement fondé la science qu'ils cultivent. Mais, que sont-ils devenus sous cette direction? Le résultat juge l'œuvre. Ces hommes sont parvenus à dresser une statistique exacte de ce qui existe actuellement ; ils ont analysé nos misères; ils en ont reconnu les causes matérielles ; ils ont démontré que les souffrances qui accablent une
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partie des populations, ne pouyaient que s accroitre sous l'influence de ces causes-; mais que ces causes ne pouvaient disparaître , parce qu'elles étaient des effets nécessaire du meilleur ordre so-dal. Ainsi , ils ont dit €[ue la concurraice était le principe unique de tout perfectionnement* le seul juge de la richesse ; et ils ont raconté ensuite comment elle engendre la baisse des salaires et comment la baisse des salaires condamne annuellemait à mourir, de faim et de maladie, une certaine quantité de salariés et , de plus , engendre un nombre donné de vols , de prostitutions , de souillures de diverses espèces. Quelque-uns ont cherché à montrer que toute tentative pour epipêcher ces malheurs était une œuvre anti-économique , improductive, barbare même en ce sens qu'elle prolongeait Tagonie des victimes ; quelques-uns oilt conseillé de supprimer les aumômes et les hôpitaux ; quelques autres ont vu dans la guerre et la peste des moyens utiles de dépopulation. En un mot , les économistes de l'école anglaise, en dressant un tableau assez exact de notre époque industrielle , ont écrit, en même temps , un long plaidoyer qui semble en démontrer la nécessité. La lecture de leurs livres a endurci le cœur des hommes du pouvoir ; elles les a rendu sourds aux plaintes les plus vives et les plus raisonnables ; elle a justifié le mal et découragé le bien.
Au point de vue du but social , au contraire , toutes les définitions sont rigoureuses et faciles : de là, nous pouvons dire que tout acte a pour fin une conseryation ; que la conservation doit être envisagée sous deux aspects principaux , comme sociale , et comme individuelle ; que cette dernière s'opère par T industrie ; que la richesse est la base de la sécurité , et que par suite elle est principalement intellectuelle ; que le salaire industriel doit être en raison de l'intérêt que la société porte à la conservation des individus, etc.
Il nous est même facile d'expliquer pourquoi les économistes modernes ont fait erreur sur toutes ces question^. Ils ont choisi pour juge de la valeur, le besoin individuel. À cause de cela, ils ont enfermé leur vue dans l'étendue qu'occupe la vie d'un homme ; ils n'ont trouvé, et ne devaient trouver que l'égoïsme; ils en ont fait la théorie ; car ils ne pouvaient apercevoir, dans ce petit espace , le vaste mouvement moral qui pousse l'humanité dans les siècles, et produit les révolutions. Ils ont calculé les chances des égoïsmes en contact : en un mot , ils ont engendré une statistique de notre temps et se sont efforcés d'en faire une vérité.
Il est résulté de là un mal grave. Lorsque la science est vraie, elle est morale. Parce que la leur était fausse . elle a été odieuse et nuisible. Il n'y a pas une douleur dont on souffre et dont on meurt*
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pas une dureté de cœur qu'ils n'aient autorisées et justifiées. Quelques-uns cependant ont reculé dosant la logique de leurs principes ; mais leur pro^ bité les a rendus inconséquens ; et aussi les savans n ont pas tenu compte de ce qui devait leur paraître une erreur.
Il faut remarquer , au reste . que l'emploi du but social , comme critérium de la valeur du travail, est infiniment plus favorable aux individus , que l'intérêt particulier invoqué par les économistes du jour ; une seule réflexion suffira pour prouver ce fait : au point de vue social, on est contraint aujourd'hui de procéder du principe de l'amélioration du sort des classes pauvres ; au point de vue individuel, on procède de cet autre : Laissez faire à chacun , qui peut se traduire par ces autres mots : /{ ne faut point changer les hasards qm sont m puissance.
C'est aussi par déduction du principe social, que doit être établie la division du travail. Examinons, en effet.
Il est impossible, d'abord, en toutes choses, de diviser le travail autrement que du point de vue du but qu'on se propose d'atteindre; c'^est toujours l'œuvre qu'il s'agit de produire , qui sert de ayn-^ thèse pour déterminer la nature, l'étendue, et l'or^ dre des opérations de détail dont elle doit être le résultat.
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Or, tout en admettant la valeur absolue de ce principe, il semblerait, au premier coup-d'œil, que ladivisiondutravailpourraitsétablirautrementquet comme conclusion d'un but commun d'activité, e autrement qu'à titre de procédé opératoire de l'œuvre sociale ; il semblerait qu'elle pourrait se former successivement dans chaque spécialité , au fur et mesure que les spécialités viendraient prendre place dans l'activité collective. Dans cette opinion , on admettrait que chaque besoin particulier vient , à son tour, appeler la production qui lui est appropriée et donner ainsi une synthèse pour diviser les travaux qui sont nécessaires pour lui donner satisfaction. Mais il est facile, avec un peu de réflexion, de s'assurer que rien de pareil ne peut avoir lieu , lorsqu'il y a société. En effet, si on examine comment un coUectisme commence, on voit se constituer , en premier, le but d'activité qui le fait être ; si l'on examine un coUectisme qui dure déjà depuis un certain temps, onne trouve plus qu'un mouvement qui se continue d'après certaines lois, et où il n'est pas un besoin particulier qui ne soit compris et mené; il ne serait pas même possible de découvrir la place oh mettre une nouvelle spécialité de travaux , à moins qu'elle ne soit contenue en germe dans le but social lui-même; en sorte qu'on ne ferait alors que deviner les activités qui devront un jour en sortir.
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A ces raisonnemens, on objectera un fait; c'està-dire, Texwnple de ce qui se passe aujourd'hui. En effet, le travail paraît très divisé, et Ton ne voit pas le principe général qui a présidé à cette division. Ily a une réponse directe à cette apparente objection. Notre époque succède à celle du moyen âge ; le principe de la division du travail qui régnait alors a disparu ; mais, les conséquences restent, et sont destinées à vivre encore long-temps.
Une société, en effet , ne pourrait admettre un travail qui ne serait point en rapport avec son but final , c'est-à-dire virtuellement contenu dans sa doctrine d'activité ; quelle que soit la spécialité que Ton veuille choisir pour exemple , elle donnera toujours lieu à l'une des deux remarques suivantes : ou elle est utile, ou elle est superflue; or, elle sera l'un ou l'autre , en raison de ce qu'elle entrera comme partie dans l'œuvre sociale, ou qu'elle restera en dehors.
£n résumé, il n'y a que deux modes imaginables possibles pour l'établissement de la division du travail; l'un à priori, l'autre à posteriori.
Dans le premier, on procède de haut en bas. du but général aux spécialités, du coUectisme aux individus. De cette manière, rien de ce tjui est nécessaire à l'œuvre n'est oublié; et l'unité se retrouve partout.
Dans le second , chaque besoin viendrait sépa-
rément demander satisfaction , et donner lieu à un trayail qui y correspondrait directement. Ainsi, du besoin d'ua* abri , se déduirait Teffort pour construire une maison, etc. Hais l'existence de ce mode, est purement hypothétique; nous n'en connaissons point d'exemples.
L'échange est une conséquence directe de la di* vision du travail ; et le salaire en est le moyen et le signe. Il estdoncimpossibleque le principe social , régulateur des travaux , ne s'y manifeste pas.
En effet , les révolutions qui se font dans les signes du salaire ou de l'échange, ne sont que des reflets des révolutions spirituelles générales. Ainsi il est facile de remarquer comment l'invention de la monnaie amis tout homme en état d'acquérir, jusqu'à un certain point, un pécule représentatif de ses propras efforts; or cela était impossible dans l'organisation sociale oh existait le mode d'échanger le produit contre le produit. Il est encore facile de voir comment une nouvelle tendance se montre, dans cet ordre de faits. Par l'invention de nouveaux signes, la valeur morale et intellectuelle tend, ellemême , à devenir monnaie. C'est au centre de l'échange que se trouve le règlement de la production , et de la distribution , lorsqu'il y en a un ; et c'est aussi là où se manifeste le plus matériellement et le plus immédiatement, pour les individus , la nature, et la tendance du but collectif.
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II nous reste à parler d' une troisième et demièri question économique, celle oh peut-être on commet le plus d'erreurs, parce qu'on s'est obstiné i l'étudier seulement du point de vue du droit indi vidueletnon du point de vue social, qui, cependant, la gouverne aussi positivement, que toute celles que nous vmons d'examiner. Nous vouloni parler de ce qui est relatif à la formation, à la con servation , à l'accroissâment , et à la distribution de; instrumens de travail.
On appelé de ce nom, et aussi de celui de capital, toutes Us forcesque le producteur trouve pré leB à servir; ces forces sont spirituelles, animées vivantes, préparées, naturelles, ou brutes. Parm ces instrumens de domination sur le monde exté rieur, les plus puissans sont, sans contredit, le produits intellectuels et moraux. Ëneflet, on pos' sède de nombreux exemples de destructions complètes de toutes les autres richesses, après lesquelle il ne restait aux bommes qu'un développemen intellectuel de plus; cedernier seul a toujours suil pour engendrer, en moins de temps, plus de ma lière travaillée, qu'il n'en avait existé dans l'époqu industrielle précédente. Cette classe d'instrumen supérieurs, forme ce que nos modernes appellen les richesses immatérielles. Mais ayant l'œil ferm sur tout ce qui est intervention sociale, ou collée tisme, et ouvert seulement à l'observation des in
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dividualités et des détails, ces économistes n'ont point aperçu l'analogie existante entre cette espèce d'instrumens, et ceux qu'ils nomment matériels, fls n'ont donc dû tirer de cette analogie aacune condasion, soit quant à la définition des limites de la propriété individuelle, soit quant à la transmission du capital destiné à servir de moyen de production.etc. Tous les enseignemens historiques, qui sont si nombreux, et si clairs dans ces questions, sont restés clos pour eux.
La nécessité de l'intervention sociale, pour l'accroissement et la conservation des richesses intellectuelles, est chose évidente, au point qu'il est inutile de chercher à le prouver.
Les instrumens du matériel du travail sont de deux espèces : les uns sont les agens intelligens, les hommes ; les autres sont des moyens vivans ou bruts ; en quelques pays, les hommes font encore partie de ces derniers. Il s'agit, dans l'intérêt de conservation, de les conserver et de les accroître. Or, si, dans cette circonstance, la pensée et la prévoyance sociales sont mises de côté pour laisser faire à l'individu, il arrivera que chacun de ces intérêts sera garanti le moins possible ; en effet, la conservation sera contrariée par les calculs de l'égoïsme ; car, tout acte de conservation et d'accroissement est un don gratuit fait aux générations qui viendront après nous, un sacrifice de nos jouis-
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sances personnelles fait au bien-être de nos successeurs ; or, rindividualisme est incapable de ce dévouement, puisque son élément est le moi, et son but, encore le moi. Heureusement, pour ces intérêts, que, jusqu'à ce jour, aux époques où la prévoyance sociale n'avait plus d'action, les sentimens de famille, l'amour du père pour ses enfans, ont entretenu quelques étincelles de ce sacrifice nécessaire qui diminue le présent en faveur de l'avenir»
On pourra s'assurer de la vérité de nos réflexions, en examinant chaque instrument de travail en particulier. En effet, s'agit-il des agens intelligens. il faut leur donner le plus haut degré d'aptitude possible par une instruction spéciale; il faut les conserver le plus longtemps possible, par une pratique bien entendue de l'hygiène ; et, nous l'avons déjà dit, nous entendons par hygiène le système entier de conservation de l'individu. Dans ces questions, nos économistes ont mis le hasard à la place de la prévoyance ; et, c'est pour cela qu'ils ont été forcés de raisonner sur des hommes, comme on calcule à l'égard des choses brutes, disant que lorsque le hasard amène trop d'ouvriers sur le marché, leur valeur baisse, et par suite leur salaire, etc.
Aupointde vue d'une prévoyance collective, toutes ces questions changent d'aspect ; il ne s'agit plus de savoir comment les ouvriers, rendus inutiles par
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wunée de tous les vices, de toates les ocmtradictions qu'oflrait la sociélé. Ainsi ces hommes se trompèrent, non par vice de oœur, mais par vice de méthode.