The theocratic PR of English History, vol. IX, p
quand tout semblera perdu que tout sera vraiment sauvé.
« Si la France avait su profiter des désastres subis, Dieu lui eût rendu ses premières faveurs. Elle s’obstine dans l’erreur et le vice. Croyons que Dieu la sauvera malgré elle, en la régénérant toutefois par l’eau et par le feu. C’est quand l'impuissance humaine apparaît qu’éclate la sagesse divine. Mais quelles tribulations ! quelles angoisses ! Heureux ceux qui survivront et jouiront du triomphe de Dieu et de son Église sainte, catholique, apostolique et romaine 1 ».
Des conceptions de ce genre se rencontrent ailleurs que chez ces historiens dont les noms sont tombés dans l'oubli et chez ces hommes, qui, dans le drame des révolutions contemporaines, jouent le rôle du chœur antique et entreprennent de raconter aux spectateurs, c’est-à-dire au monde, quel a été le but de la divinité, et quels sont ses projets. Nous avons vu dernièrement un professeur d'histoire émettre des idées d’une nature essentiellement identique. Voici ses propres termes :
« Et maintenant, messieurs, est-ce qu'il n’y avait pas nu « général pour diriger cette grande campagne (celle des Ger- « mains contre les Romains)? Si la victoire de Trafalgar « suppose l'intelligence d’un Nelson, et Waterloo celle d’un « Wellington, n’y avait-t-il donc pas aussi une intelligence « pour guider ces armées innombrables dont les succès «allaient décider de l’avenir de toute la race humaine? N'y « avait-il eu personne pour les ranger depuis l'Euxin jusqu’à « la mer du Nord, sur cette ligne convexe inexpugnable ? Per- « sonne pour les conduire vers ces deux grands centres stra- «tégiques, la Forêt-Noire et Trieste? Personne pour forcer «ces barbares aveugles qui n'avaient ni science ni cartes, « à suivre ces règles de la guerre, sans lesquelles la victoire « est impossible dans une lutte prolongée; ni pour lancer «leurs masses hésitantes, au moyen de la pression des Huns, « dans une entreprise que leur simplicité se figurait d’abord « comme dépassant les forces humaines! Croira cela qui « pourra! moi, je ne le puis pas. On peut me dire qu’ils obéis-
1. La Man de l'Homme et le Doigt de Dieu dans les malheurs de la France, par J. C., ex-aumonier dans l’armée auxiliaire. Paris, Doue niol et Cie, 1871,
« saient à la gravitation, comme le font les pierres et les «terres. Soit. Il va sans dire qu’ils se conformaient à des lois « naturelles, comme le fait toute chose sur terre, lorsqu'ils « se conformaient aux lois de la guerre; car celles-ci aussi « sont des lois naturelles, explicables par des principes ma- « thématiques très-simples. Mais je n’admets pas qu’un caillou « ou qu'une poignée de sable obéisse à la gravitation autre- « ment que sur la volonté de Dieu, je crois qu'il a été décidé « depuis des siècles que cette pépite d'or serait détachée « de telle manière d'un rocher quartzeux d'Australie, et qu’un «certain homme la trouverait à un moment déterminé et à «une certaine époque critique de son existence; si je suis « assez superstitieux pour conserver cette persuasion (et « grâce à Dieu, je le suis) ne dois-je pas croire que lors « de cette grande guerre, il y avait un général dans le ciel bien « qu'il n’y en eût pas sur la terre et que les armées de nos « ancêtres, en dépit de tous leurs péchés, étaient les armées « de Dieuf. »
Ce n’est pas à nous de chercher à concilier les idées incohérentes qui s’enchevêtrent dans ce paragraphe; — nous n’avons pas à nous demander comment les effets de la gravitation, — force dont l’action s’exerce avec tant d’uniformité qu'étant données certaines conditions, on peut calculer les résultats avec certitude, — peuvent en même temps être considérés comme les effets d’une volonté, force que nous classons à part parce qu’elle agit d’une façon relativement irrégulière, ainsi que nous l’apprend notre propre expérience. Nous n’avons pas non plus à nous demander comment, — si le cours des choses humaines est providentiellement déterminé, comme celui des phénomènes matériels, — il est possible d'établir une distinction entre la prévision des \phénomènes matériels, qui constitue la science physique, let la prévision historique. Nous pouvons laisser au lecteur le soin de tirer cette conclusion évidente, qu’il faut renoncer soit aux idées courantes sur la causalité physique soit aux idées courantes sur la volonté. Il nous suffit d'appeler l’attention sur le titre du chapitre qui contient le passage cité;