CONFÉRENCE
LA NATURE DE La YOGA
Nous nous appliquerons dans cette première conférence à examiner dans son ensemble le sujet de la Yoga , à déterminer sa place dans Tordre naturel, ses caractères propres et son but dans l’évolution humaine.
Qu’est-ce que l’univers ?
Envisageons tout d’abord le monde qui nous entoure. Que signifie son histoire? Que nous dit l’histoire en général, quand nous l’étudions ? Elle nous apparaît comme un panorama dans lequel se meuvent les peuples et les événements, mais en réalité ce ne sont là que des ombres qui dansent. Les
SSâg&tji
nations, rois et hommes d état, ministres et armées, sont des ombres et non des réalités. Quant aux événements, batailles et révolutions, grandeur et décadence des états, ce sont là des ombres plus irréelles encore. Si l'historien approfondit ses recherches, s'il s'occupe des conditions économiques, des organisations sociales, des tendances et des courants intellectuels, il est toujours au milieu d'ombres sans consistance, projetées par des réalités invisibles. Le monde est rempli de formes illusoires. Les valeurs qui s'y attachent sont fausses. Les proportions sont déformées. Les objets que les gens du monde regardent comme précieux sont rejetés, comme sans valeur, par les hommes spirituels. Les diamants d’ici-bas que font étinceler de mille feux les rayons du soleil extérieur, ne sont pour l'homme qui sait, que des éclats de verre. La couronne d’un roi, le sceptre d’un empereur, le triomphe de la puissance terrestre ne sont absolument rien pour l’homme qui a entrevu la majesté du Soi. N’existe-t-il donc rien de réel, rien de vraiment précieux ? A cette question nous répondrons tout autrement que ne le feraient la plupart des hommes.
« L’univers n'existe que pour le Soi. »
Si le Grand Architecte conçoit le plan de Ses mondes et les appelle à l’existence, Il n’est déterminé ni par ce que le monde extérieur peut donner, ni par l'acquisition d’objets désirables, ni même par la
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beauté ou par le plaisir. 11 a prodigué dans Ses mondes les objets beaux et agréables. Au-dessus de nos têtes l'immense voûte céleste, puis les montagnes aux pics neigeux, les vallées verdoyantes, toutes parfumées de fleurs; l'océan insondable, tantôt paisible comme un lac, tantôt soulevant ses flots en furie — tout cela existe, non pas pour les objets eux-mêmes, mais pour la valeur qu’ils présentent au Soi ; non pour ce que les objets peuvent être en eux-mêmes, mais afin de se prêter aux intentions du Soi et de rendre possibles Ses manifestations.
Le monde, avec tous ses charmes, son bonheur et sa souffrance, ses joies et ses peines, a été conçu avec une souveraine sagesse, afin d’amener les pouvoirs du Soi à se manifester. Du brouillard de feu au Logos tout existe pour le Soi. L'imperceptible grain de poussière, le plus puissant Déva dans les régions célestes, la plante alpine qui croît dans un coin ignoré, l’étoile qui brille sur nos têtes — tout cela existe afin que les fragments du Soi unique, revêtus de formes innombrables, puissent, en réalisant leur propre identité, manifester les pouvoirs du Soi à travers leurs enveloppes matérielles.
Un Soi unique réside dans l’humble poussière comme dans le Déva le plus exalté. « Mamamsha », « Ma portion », « une partie de Moi-même », comme l’appelle Shri Krishna, voila ce que sont tous ces Jivatmas, tous ces Esprits Vivants. Pour eux l’uni-
vers existe ; pour eux le soleil brille, les ilôts bondissent, les vents soufflent, la pluie tombe; afin que le Soi puisse comprendre qu’il S’est manifesté dans la matière, enrobé dans l’univers.
Le développement de la conscience.
La Théosophie, si prodigue en aperçus lumineux et profonds, nous apprend que la meme gamme, que la même série d’événements se répète sans cesse, dans des cycles plus vastes ou plus réduits. Si vous comprenez un cycle donné, vous les comprenez tous. La constitution d’un système solaire et celle du système humain sont soumises aux mêmes lois. Les lois en vertu desquelles le Soi développe Ses pouvoirs dans l’univers, du brouillard de feu au Logos, se répètent identiques dans l’univers humain. Si vous les comprenez dans l’un, vous pourrez également les comprendre dans l’autre. Saisissez-les dans le petit cycle, le grand se révé» lera. Saisissez-les dans le grand, le petit deviendra intelligible.
La grande évolution qui va de la pierre à Dieu se poursuit pendant des milliers d’années, pendant des périodes éoniennes. Mais, dans les limites de l’humanité, ce long processus s’accomplit en un cycle plus court, si court qu’il n’existe pour ainsi dire
LA .NATURE DE X.A VOUA
pas, en comparaison avec le grand cycle. Dans un cycle plus réduit encore, une évolution semblable s’accomplit dans l’individu, qui se développe rapidement sous l’impulsion de toutes les forces accu* mulées dans le passé. Ces énergies qui se manifestent et se dévoilent au cours de l’évolution sont cumulatives dans leur action. Enrobées dans la pierre, dans le monde minéral, elles grandissent, elles s’aflirment et accomplissent leur évolution dans le monde n>inéral. Devenues trop fortes pour le minéral, elles passent au règne végétal. Là leur divinité se manifeste de plus en plus, jusqu’au moment où, devenues trop puissantes pour le végétal, elles deviennent l’animal.
Leur expansion intérieure se poursuit ; elles s’assimilent les expériences de l’animal. Mais elles débordent les limites de l’animal et prennent le caractère humain. Dans l’être humain elles ne cessent de grandir, s’accumulent avec une force toujours croissante, exercent sur les barrières qui les enserrent une pression toujours plus vigoureuse. Entin, quittant le règne humain, elles gagnent le niveau surhumain. Ce dernier processus évolutif se nomme Yoga.
Comment grandit l’individu ? L’homme actuellement en vie sur notre propre globe a derrière lui sa longue évolution sur d’autres chaînes que la nôtre, évolution dont je viens de parler et qui l’a fait passer du minéral au végétal, du végétal à l’animal, de
Tanimal à l’homme, puis du globe lunaire, notre dernière demeure, au globe que nous appelons la Terre. Ici, notre évolution a derrière elle toute la force de la période évolutive accomplie. Aussi, quand s’ouvre le cycle évolutif le plus restreint, appelé Yoga, l’homme est-il poussé par toutes les énergies accumulées dans l’évolution humaine, et c’est grâce à elles qu’il parcourt ce nouveau cycle aussi rapidement. Si nous ne rattachons pas notre Yoga à l’évolution de la conscience dans son ensemble, elle restera inintelligible, car les lois de l’évolution de la conscience dans un univers sont identiques à celles de la Yoga, et les principes gouvernant le développement de la conscience dans la grande évolution humaine sont les mêmes principes observés en Yoga et méthodiquement appliqués au rapide épanouissement de notre propre concience. La Yoga, lorque l’homme s’y applique pour la première fois, n’est donc pas, comme beaucoup de personnes se l’imaginent, un processus nouveau.
D’un bout à l’autre l’évolution est une, les périodes successives sont les mêmes, les séquences identiques. Qu’il s’agisse du développement de la conscience dans l’univers, dans la race humaine ou dans l’individu, les lois à étudier sont les lois générales. La Yoga enseigne l’application rationnelle et systématique de ces mêmes lois à notre propre conscience. Toutes les lois sont une, malgré les diiïé-
LA NATURE DE LA YOGA
rences marquant les stages de leur manifestation.
Envisagez la Yoga de cette façon, et cette mémo Yoga qui vous semblait si étrange et si lointaine, prendra pour vous un aspect familier, se présentera sous des dehors reconnaissables. En étudiant lo développement de la conscience et révolution correspondante de la forme, vous vous étonnerez moins de passer du règne humain au règne surhumain, de franchir les limites de l’humanité et de vous trouver dans une région où la divinité se manifeste plus librement.
L’unité du Soi.
Le Soi dans l'individu et le Soi dans l’univers ne font qu’un. Quelles que soient les énergies qui se manifestent dans la totalité du monde, ces énergies existent en vous à l’état germinal et latent. Quant au Soi Suprême, il n’évolue point ; en Lui rien à ajouter, rien à soustraire. Les Jivâtmâs font partie de Lui, Sa nature est la leur et ils ne manifestent leurs pouvoirs dans la matière que si les conditions ambiantes appellent ces pouvoirs à l’activité. Si l’unité du Soi parmi les diversités du Non- Soi acquiert pour vous quelque réalité, la Yoga ne vous semblera plus un but inaccessible.
Comment s’accélère le développement du Soi.
Déjà vous êtes des hommes et des femmes instruits et réfléchis. Vous avez su vous élever jusqu’au
sommet decette longue échelle qui va de la poussière, première des formes revêtues parla Divinité, à la forme extérieure qui, en votre personne, Lui sert aujourd’hui de temple. La Divinité manifestée dort dans le minéral et dans la pierre ; elle S’atïirme de plus en plus dans les végétaux et dans les animaux ; entin, dans l’homme, semble pour les ignorants avoir atteint Son apogée. Vous arrêterez-vous la ? N’accomplirez-vous pas davantage ? Après avoir jusqu’à ce point développé votre conscience, vous paraît-il donc impossible qu’elle atteigne un jour la Divinité ?
Assimilez cette vérité: que les lois de révolution de la forme et celles du développement de la conscience sont identiques dans l’univers comme dans l’homme et que, grâce à ces lois, le yogui appelle à l’activité ses facultés latentes ; vous pourrez alors comprendre qu’il est inutile de vivre dans la montagne ou dans le désert, inutile de vous cacher dans une caverne ou dans une forêt, pour obtenir l’union avec le Soi ; car II est en vous, comme II est autour de vous. Dans certains cas et pour obtenir certains résultats, l’isolement peut être avantageux. Il peut être bon, de temps à autre, de quitter momentanément les centres habités et leur agitation. Néanmoins c’est dans l’univers extérieur, tel qu’Ishvaral’a voulu pour appeler à l’activité le pouvoir duSoi, c’est là que se trouve pourle yogui lameilleure
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carrière, où tout a été préparé par la sagesse et la prévoyance divines. Le monde est destine au développement du Soi. Pourquoi le fuir ? Quel exemple nous donne Shri Krishna Lui-même dans le Bhagavad- Gita, ce grand Upanishad des yoguis? Il parle sur un champ de bataille et non sur le sommet d’une montagne.il S’adresse non pas à un Brahmane retiré du monde, mais bien à un Kshattrya prêt au combat. Le Kurukshetra de ce monde, voilà où doit se pratiquer la Yoga. Les personnes incapables de supporter le monde n’ont pas la force nécessaire pour affronter les exigences de la Yoga. Si le monde extérieur vous enlève vos moyens d’action, comment vous attendre à pouvoir affronter les difficultés de la vie intérieure ? Si vous n’arrivez pas à dominer les petits soucis de ce monde, comment espérer franchir les obstacles qui barrent la route du yogui ? Non, c’est une erreur de croire que la victoire s’obtient en fuyant le monde et que la paix ne se trouve que dans certains séjours déterminés.
En réalité vous avez, sans vous en douter, pratiqué la Yoga dans le passé, avant même que la conscience du Soi séparé n’eût commencé à poindre, avant qu’elle n’eùt établi une distinction bien nette, tout au moins au point de vue temporaire, entre ellemême et son entourage. Premier principe à bien retenir : laYoga n’est qu’une manière d’accélérer le développement normal de la conscience.
lt) INTRODUCTION A LA YOGA
Ainsi, nous pouvons définir la \ oga comme «1 application rationnelle des lois gouvernant le développement de la conscience dans un cas individuel. » Voilà ce qu’il faut entendre par les méthodes de Yoga. Vous étudiez les lois du développement de la conscience dans l’univers, puis vous les appliquez à un cas particulier, c’est-à-dire à vous-mêmes. Impossible de les appliquer à autrui. Il faut que vous les appliquiez personnellement. Tel est le principe essentiel à bien saisir. Notre définition, pour être complète, devra donc se formuler ainsi : « La Yoga est l’application rationnelle et personnelle, dans un cas particulier, des lois gouvernant le développement de la conscience. »
La Yoga est une science.
Second point à bien saisir : la Yoga est une science; tout vague dans la pensée, tout égarement de l’imagination lui sont étrangers. C’est une science appliquée, un ensemble de lois coordonnées mises enjeu pour obtenir un résultat précis La Yoga emploie les lois de la psychologie servant à développer la totalité de la conscience humaine sur tous les plans et applique rationnellement ces lois dans un cas particulier. Et cette application rationnelle agit absolument suivant les mêmes principes que vous voyez
LA NATURE DE LA YOGA
appliqués tous les jours autour de vous, dans les autres branches de la science. Vous savez, en regardant le monde qui vous entoure, quelle prodigieuse accélération peut être imprimée à certains processus « naturels » par l’intelligence humaine associée à la nature. Nous distinguons, non sans raison, entre la croissance « rationnelle » et la croissance « naturelle », car l’intelligence humaine peut diriger la marche des lois naturelles. Quand nous nous occupons de Yoga, nous faisons de la science appliquée, tout comme le fermier ou l’horticulteur éclairé faisant servir à l’élevage ou à la culture les lois naturelles de la sélection. Ils ne peuvent ignorer ces lois ou les contrecarrer. Les seules lois naturelles dont ils puissent disposer sont les lois universelles permettant à la nature de faire évoluer les formes qui nous entourent, et pourtant ils obtiennent en quelques années ce que la nature, à elle seule, mettrait peut-être des centaines de milliers d’années à accomplir. Et comment ? Par l’application de l’intelligence humaine au choix des lois qui leur sont utiles et à la neutralisation de celles qui leur sont défavorables. L’intelligence divine dans l’homme est ainsi amenée à employer les énergies divines dans la nature, énergies qui tendent vers des fins générales plutôt que vers des buts particuliers.
Que fait l’éleveur de pigeons ? Du biset il obtient
le pigeon boulant ou bien le pigeon paon. 11 sélectionne, génération après génération, les modèles offrant do la manière la plus marquée les caractères qu’il cherche à obtenir. Il accouple ces oiseaux, ne néglige aucune circonstance favorable et poursuit le sélectionnement jusqu’à ce que la particularité qu’il veut fixer s’affirme nettement. Sans Inintelligence directrice, les oiseaux livrés à eux-mêmes reviendraient au type ancestral.
Que fait l’horticulteur ? Par ses soins l’églantier de nos haies donne naissance à toutes les roses cultivées. Les roses doubles sont dues simplement à la culture scientifique de la rose sauvage à cinq pétales. En empruntant le pollen d’une plante donnée et en le plaçant sur le stigmate d’une autre, l’horticulteur fait intentionnellement ce que font tous les jours l’abeille et la mouche. Seulement il choisit les plantes présentant les qualités qu’il veut accentuer ; parmi ces plantes il sélectionne ensuite celles qui présentent ces qualités d’une façon plus marquée ; enfin il obtient une fleur si différente de l’espèce primitive, qu’il faut, pour déterminer l’origine de la variété nouvelle, connaître la marche suivie par l’obtenteur.
Pour appliquer les lois psychologiques appelées Yoga, le principe est le même. 11 faut entendre par Yoga l’application méthodique au Moi individualisé, de nos connaissances relatives au développement
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de la conscience. Comme je l'ai dit tout à l’heure, c’est par le monde que la conscience s’est développée, et ce monde, le Logos l’a conçu d’une manière admirablement appropriée au but à atteindre. Aussi l’aspirant yogui qui choisit ses objets et leur applique ses lois, trouve-t-il dans le monde exactement ce dont il a besoin pour pratiquer la Yoga d'une manière réelle, vitale et Caire des progrès rapides dans la connaissance du Soi. Les lois sont nombreuses ; vous êtes libres de choisir celles dont vous avez besoin, d’éviter celles qui vous sont inutiles, d'utiliser celles qui vous conviennent et d’obtenir ainsi un résultat que la nature ne pourrait, sans l'aide de l’intelligence humaine, déterminer aussi rapidement.
Ainsi la Yoga est à votre portée; elle est dans vos moyens. Certaines de ses pratiques les plus élémentaires, certaines applications très simples du développement de la conscience en vous-mêmes, vous seront utiles tant dans ce monde que dans tous les autres. Car, en somme, vous hâtez simplement votre croissance, votre développement, en profitant oes pouvoirs mis à votre portée par la nature et en éliminant systématiquement les conditions qui, non seulement ne seraient pas vos alliées, mais encore seraient pour vous des obstacles. Si vous envisagez ainsi la \oga, elle prendra pour vous un caractère beaucoup plus réel, plus pratique, que si vous vous
bornez à lire sur cette question quelques passages de livres sanscrits souvent mal traduits en anglais et la conviction naîtra en vous que, pour devenir un yogui, point n’est besoin d’attendre une vie future, ni une incarnation lointaine.
L’homme est une dualité-
Il est nécessaire de connaître certains termes employés en Yoga. Cette science, en effet, vise un but spécial ; elle étudie l’homme à un point de vue particulier. Aussi ne s’occupe-t-elle que de l’intelligence et du corps. Tout d’abord l’homme est une Unité de conscience. 11 faut bien retenir ce fait. Dans chaque série d’enveloppes il n’y a qu’un seul homme ; le théosophe est donc souvent obligé de modifier ses idées habituelles lorsqu’il aborde l’étude pratique. La Théosophie, et cette distinction est utile et juste pour qui veut comprendre la constitution humaine, la Théosophie distingue dans rhomme des éléments très divers. Nous parlons du physique, de l’astral, du mental, etc. ; ou bien du Sthula Sharira, du Suksh;/ia Sharira , du Karana Sharira , et ainsi de suite. Parfois nous distinguons dans l'homme F Annomayakosha, le Pranamayakosha , le Manomayakoshae te, Si nous divisons l’homme en autant de parties, c’est pour l’étudier plus à fond; si bien
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que nous perdons quelquefois l’homme de vue, tant il y a de fragments. C’est le procédé employé pour l’étude de l’anatomie et de la physiologie humaines.
Mais la Yoga est pratique et psychologique. Je ne critique pas pour cela les différentes subdivisions des autres systèmes ; elles leur sont nécessaires. Mais la Yoga, au point de vue pratique, voit simplement dans l’homme une dualité, l'intelligence et le corps, une unité de conscience dans une série d’enveloppes. Il ne s’agit pas ici de la dualité du Soi et du Non-Soi. En Yoga le « Soi » signifie la conscience, plus toute matière qu’il ne peut reconnaître comme étrangère à lui-même. Le « Non-Soi » est simplement la matière qu’il peut laisser de côté.
L’homme n’est pas un Soi pur, une conscience pure, Samvit : c'est là une abstraction. Dans l'univers concret, toujours nous trouvons le Soi et Ses enveloppes, quelle que soit leur ténuité. Une unité de conscience est donc inséparable de la matière et le Jivaima ou Monade est invariablement une alliance de conscience et de matière.
Pour bien mettre ce fait en évidence, la Yoga distingue dans l’homme deux principes distincts, Prdna et Pradhâna , le souffle vital et la matière. Prâna n’est pas seulement le souffle vital du corps, mais encore la totalité des forces vitales du cosmos ; en d’autres termes, c’est le côté vie de l’univers.
« Je suis Prâna », dit Indra ; Prâna signifiant ici (ensemble des forces vitales considérées en Yoga comme la conscience, comme le mental. Pradhdna est synonyme de matière. Le corps, ou l’opposé du mental, c’est dans les exercices du Vogui toute la matière du monde extérieur appropriée par luimême, dont il parvient à se détacher, qu’il arrive à reconnaître comme distincte de sa propre conscience.
Cette division est très importante et très utile si vous parvenez à bien comprendre la pensée qui lui sert de base. Si vous envisagez le processus dans son ensemble, il va sans dire que pour vous Prâna , la grande Yie, le grand Soi, est toujours présent en chacun, et les enveloppes, corps ou coques, présents aux différents stages, prennent des formes variables. Mais, en se plaçant au point de vue delà Yoga pratique, on entend par le Prâna ou le Soi tout élément avec lequel l’homme s’identifie encore, toute enveloppe matérielle dont sa conscience est incapable de se séparer. Cette unité là est pour le yogui le Soi ; elle représente donc une quantité variable. Le yogui rejette ses enveloppes l’une après l’autre, en disant chaque fois: «Je ne suis pas ceci ». Il se rapproche ainsi constamment de son objectif suprême ; je veux dire la conscience revêtue d’une pellicule unique, la conscience dans un atome matériel unique, une Monade. Au point de
LA NATURE UE LA YOGA
vue de !a Yoga pratique, l’homme qui agit, l'homme conscient, est tout ce qu’il ne peut disjoindre de la matière qui l’enveloppe ou avec laquelle il est en rapport. Le nom de corps ne se donne qu’aux éléments qu’il peut mettre de côté, en disant: « Je ne suis pas ceci, mais ceci m’appartient ». Nous rencontrons en Yoga toute une série de termes qui peuvent se répéter. « Toutes les mentalités », dit Vvasa, « existent sur chaque plan »,et cette manière d’envisager l’homme permet, commenous le verrons tout à l’heure, d’employer les mêmes expressions significatives dans un sens de plus en plus subtil. Toutes deviennent relatives et sont également vraies à ôhaque stage évolutif.
Jusqu’ici, pour beaucoup d’entre nous, le corps physique est évidemment la seule enveloppe dont nous puissions dire : « Ce n’est pas moi. » Aussi, en abordant la Yoga pratique, tous les mots employés par vous pour décrire les états de conscience les états du mental, s’appliqueront-ils à la conscience corporelle à l’état de veille Ce sera pour vous le point de départ. Vous élevant ensuite de degré en degré, tous les termes employés par vous prendront une valeur relative, impliquant un état mental distinct et reconnaissable vis-à— vis du degré le plus bas. Si vous désirez savoir comment vous appliquer au début les différents termes employés pour décrire les états du mental, il faut soigneu-
sement analyser votre propre conscience atin de reconnaître en elle, d’une part ce qui mérite vraiment ce nom, d’autre part tous les éléments matériels qui vous tiennent de si près que vous ne pouvez les séparer de votre moi.
États du mental.
Examinons cette question en détail. Nous parlons en général de quatre états de conscience : la veille, ou Jagratj le rêve, ou Svapna , le sommeil profond, ou Sushupti , enfin l’état de conscience immédiatement supérieur appelé Turiija (1).
Jagrat est la conscience ordinaire, la conscience de l’état de veille ; c’est la mienne en ce moment* Si notre conscience, active dans le corps subtil ou astral, est capable d’imprimer ses expériences sur le cerveau, elle se nomme Svapna ou, en anglais, la conscience de l’état de rêve ; elle est plus nette et plus réelle que l’état As Jagrat. Si, active dans une enveloppe plus subtile, votre conscience ne peut imprimer ses expériences sur le cerveau, elle prend
(1) Il est impossible de ne pas employer ces termes techniques, même dans une simple introduction à l’étude de la Yoga, vu l’absence en anglais d’équivalents exacts. D’ailleurs ils ne sont pas plus difficiles à apprendre que d’autres termes techniques employés en psychologie.
je nom de Sushupti, ou conscience du sommeil profond.
Dans cette condition le mental s’occupe de ce qu’il renferme en soi et non des objets extérieurs. Mais si votre conscience s’est détachée du cerveau au point de ne plus être facilement rappelée par des moyens extérieurs, elle prend le nom de lurya : c est un état de transe supérieur. Ces quatre états représentent, dans leur corrélation avec les quatre plans, une conscience très évoluée. Jagvat correspond au plan physique, Svapna au plan astral, Sushupti au plan mental, enfin Jurya au plan buddhique.
Quel que soit le monde dont nous parlions, il faut employer ces termes pour désigner la conscience agissant dans les limites de ce monde. Seulement, dans les ouvrages traitant de la Yoga, nous trouvons ces mêmes impressions employées avec un contexte différent et c’est là que commencent nos difficultés si nous n’avons pas appris leur nature relative. C est ainsi que Svapna n’est pas le même pour tous et que Sushupti n’est pas identique pour chacun.
C est surtout le mot Saniadhi, dont le lecteur trouvera plus loin la définition, qui est employé de diverses manières et dans des sens différents. Comment donc nous retrouver dans cette apparente confusion ? En sachant quel est l’état pris pour point de départ. Dès lors la séquence restera toujours la
La nature de la yoga
pas quitté mon corps. C’est ainsi que les* états du mental, cessant d’être des mots vides de sens, peuvent devenir intelligibles et réels.
Samadhi.
D'autres mots, qui se rencontrent de temps en temps dans les Yoga Sulras , demandent à être bien compris, bien qu’il n’existe pas en anglais de termes équivalents. Comme nous sommes obligés de les employer pour éviter de lourdes périphrases, il est nécessaire de les expliquer.
« La Yoga », est-il dit, « c’est le Samadhi ».
Samadhi est un état dans lequel la conscience est si bien séparée du corps, que celui-ci reste inanimé. C’est un état de transe, dans lequel notre mental est pleinement conscient, malgré l’insensibilité du corps, et d’où le mental revient au corps, rapportant les expériences réalisées dans l’état hyperphysique et en conservant le souvenir lorsqu’il s’immerge de nouveau dans le cerveau physique. Samadhi , pour une personne donnée, est relatif à sa conscience de veille mais implique l’insensibilité du corps.
Une personne ordinaire, se mettant en état de transe, est-elle active sur le plan astral, son Samadhi est sur l’astral. Sa conscience fonctionne-t-elle sur le plan mental, c’est là qu est son Samadhi . L’homme
capable de quitter son corps au point de le laisser inaminé sans que son mental cesse d’être pleinement conscient, peut pratiquer le Samadhi.
Les mots « La Yoga, c’est le Samadhi » couvrent des faits extrêmement importants et des plus instructifs. Supposons que vous ne puissiez atteindre le monde astral que pendant votre sommeil, votre conscience s’y trouve comme nous l’avons vu, dans l’état Svapna. Mais au fur et à mesure que vos pouvoirs se développent, les formes astrales commencent à empiéter sur votre conscience de veille physique et deviennent ainsi des objets appartenant à votre conscience de veille. Dès lors, pour vous, le monde astral n’appartient plus à la conscience Svapna, mais bien à la conscience Jagrat. Vous avez incorporé deux mondes dans votre conscience Jagrat, les mondes physique et astral, le monde mental restant dans votre conscience Svapna. Votre « corps » est maintenant constitué par vos corps physique et astral. Plus tard, le plan mental commence à son tour à s’imposer à vous : le physique, Pastral et le mental font tous trois partie de votre conscience de veille ; tous trois, par conséquent, constituent votre monde Jagrat . Ces trois mondes ne sont plus pour vous qu’un monde unique et les corps qui leur correspondent qu’un seul corps qui perçoit et agit. Ce qui, pour l’homme ordinaire, constitue trois corps devient pour le vogui un corps
LA NATURE DE LA YOGA
unique. Si, dans ces conditions, vous ne désirez voir qu’un monde à la fois, il faut fixer votre attention sur ce monde et mettre votre rayon visuel « au point ». Vous pouvez, dans cet état de veille plus développé, concentrer votre attention sur le monde physique et le regarder ; alors l’astral et le mental paraîtront vagues. Vous pouvez de même fixer votre attention sur l’astral et le regarder ; dans ce cas le physique et le mental n’étant pas dans votre foyer visuel resteront imprécis. Vous le comprendrez facilement en vous rappelant que, si je puis ici-même fixer mon regard sur le centre de cette salle, les piliers latéraux me paraîtront indistincts. Je puis concentrer mon attention sur un des piliers et le voir nettement, mais alors je n’aperçois plus mon auditoire que vaguement. C’est le foyer visuel qui change, ce n’est pas le corps Rappelez-vous que tout ce dont vous ne parvenez pas à vous séparer constitue le corps du yogui. Par conséquent, à mesure que vous vous élevez, les corps inférieurs ne forment plus qu’un seul corps. La conscience, localisée dans l’enveloppe matérielle dont elle ne peut se détacher, voilà ce qui devient l’homme.
« La Yoga, c’est le Samadhi C’est le pouvoir de vous isoler de tout ce que vous avez jusqu’ici appelé le corps et de vous concentrer au-dedans. Voilà ce qu’il faut entendre par le mot Samadhi . Aucun moyen ordinaire ne peut dans ce cas vous
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faire revenir dans le monde que vous avez quitté 1 ). Ceci vous explique également le passage de la Doctrine Secrète où il est dit que l’Adepte « commence son Samadhi sur le plan âtmique ». Lorsqu’un Jiiamnukta entre en Samadhi , Il le commence sur le plan âtmique. Tous les plans inférieurs au plan âtmique sont pour Lui comme un seul plan. II commence sur le plan âtmique, puis s’élève de degré en degré jusqu’aux plans cosmiques supérieurs. Le mot de Samadhi sert encore à désigner l’état de la conscience, soit qu’elle passe du plan physique au plan astral, comme dans la transe déterminée volontairement, soit que, déjà centrée dans le cinquième plan ou plan âtmique, elle s’élève, comme c’est le cas pour un Jivanrnukla , aux plans supérieurs d’un monde plus vaste.
La Littérature de la Yoga.
Il est regrettable pour les personnes ne sachant pas le sanscrit, que si peu de traités de Yoga aient été traduits en anglais. Les grands principes de la Y oga se trouvent bien dans les Upanishads et dans
(1) Un yogui indien, en état de Samadhi , découvert dans une forêt par des anglais ignorants et brutaux, fut soumis par eux à des violences telles qu’il revint à son corps torturé, mais pour le quitter de nouveau par la mort.
LA .NATURE L)E LA YOGA
la Dhagavad Gita dont les nombreuses traductions sont à votre portée, mais ces textes envisagent la question d’une façon générale et non spéciale; ils donnent les grandes lignes mais point de méthodes détaillées. Si même, dans la Bkagavad Gita , il est dit de faire des sacrifices, de devenir indifférent et ainsi de suite, ce n’est là qu’un précepte moral, absolument nécessaire mais qui ne vous enseigne pas la manière d’atteindre le but indiqué.
La littérature spéciale de la Yoga comprend, tout d’abord, un grand nombre des Upanishads mineurs,
« les cent-huit », comme on les appelle. Quelquesuns seulement ont été traduits (1).
Puis vient l’énorme masse de textes appelés les Tantras. Ce titre sonne mal aux oreilles du lecteur anglais ordinaire, mais c’est peut-être à tort. Les Tantras sont utiles; leur valeur est grande et ils sont instructifs. Leurs pages renferment toute la science occulte ; seulement il en existe trois catégories traitant respectivement de magie blanche, de magie noire et de ce que l’on pourrait appeler magie grise, mélange des deux premières. Or par le mot
(i) Le Dr Otto Schriider, directeur de la bibliothèque d’Adyar, y consacre ses efforts. Il a entrepris la tâche laborieuse d'établir un texte critique, suivi d’une traduction complète, copieusement annotée. Un immense service aura été rendu à toutes les personnes qui s’intéressent à la littérature sanscrite, quand ce travail sera terminé.
« magie » il faut entendre les méthodes a suivre pour déterminer volontairement des états physiques supranormaux.
Une extrême tension nerveuse .Menée par Tinquiétude ou par la maladie peut c user l’hystérie ordinaire, avec ses émotions un peu ridicules. La même tension amenée par la volonté détermine la sensibilité aux vibrations hyperphysiques. S’endormir ne signifie rien, mais c’est une faculté inappréciable que d’entrer en Samadhi. Les deux processus sont à peu près identiques, mais l’un est dû à des conditions ordinaires et l’autre à l’action de la volonté entraînée. Le yogui est l’homme qui, ayant appris le pouvoir de la volonté, sait l'employer pour obtenir des résultats prévus et voulus. Cette connaissance a toujours été appelée magie ; c’est le nom de- la « Grande Science » d’autrefois, l’unique, la seule nommée « Grande » par l’antiquité. Les Tantras la contiennent tout entière. Le côté occulte dans l’homme et dans la nature, le moyen de faire des découvertes, les principes qui permettent à l’homme de se créer de nouveau, tout cela se trouve dans les Tantras. Us présentent un écueil : les étudier sans instructeur est très dangereux et il arrive constamment que des personnes, en essayant de pratiquer sans guide les méthodes tantriques, se rendent gravement malades. Une mauvaise réputation s’attache donc aux Tantras, aussi bien en
LA NATURE DE LA YOGA
Occident qu’aux Indes. Une partie des ouvrages « occultes » qui paraissent en Amérique sont des passages traduits, empruntés aux Tantras. Les livres tantriques ont un inconvénient : c’est qu’ils donnent le nom d’un organe du corps humain pour désigner un centre astral ou mental. Ce n’est pas sans raison, car les centres de chaque corps sont en communication directe. Seulement, aucun instructeur sérieux né ferait agir son élève sur ses organes physiques avant d’être devenu plus ou moins maître des centres supérieurs et d’avoir soigneusement purifié le corps physique. La connaissance des uns aide à comprendre les autres etl’inslrucleur qui a luimême suivi la progression est à même d’indiquer à son élève la bonne voie. Mais si vous vous attachez aux termes, qui sont tous physiques, sans savoir à quoi ils s’appliquent, vous ferez fausse route et pourrez vous rendre malades. 11 est dit par exemple dans une des sutras qu’en méditant sur une certaine partie de la langue on peut développer la vue astrale. Cela signifie qu’en méditant sur le corps pituitaire situé exactement au dessus de cette partie de la langue, on obtiendra la vue astrale. Le nom particulier employé pour désigner un centre correspond à une région du corps physique et il est souvent appliqué à l’organe physique, quand l’auteur entend parler de l’autre. C’est ce que l’on appelle a un voile » ; il a pour but d'empêcher le lecteur de
se livrer à des pratiques dangereuses. On peut passer sa vie à méditer sur cette partie de la langue sans qu'il en résulte rien ; mais si Ton fixe la pensée sur le centre correspondant, des conséquences marquées et pernicieuses sont à craindre,
« Méditez sur l'ombilic » est-il dit encore. Il s’agit ici du plexus solaire, car il existe entre ces deux points des rapports étroits. Seulement, on s’expose, en méditant sur l’ombilic, à un trouble grave du système nerveux, trouble dont la guérison est presque impossible. Ces pratiques mal comprises font aux Indes de nombreuses victimes. Impossible de le savoir sans reconnaître qu’il est imprudent de s’y livrer sans un guide qui vous en explique le sens et vous dise ce que vous pouvez faire sans danger et ce qu’il faut éviter.
La littérature de la Yoga comprend une autre partie : c’est un petit traité intitulé les Sutras de Patanjali . Chacun peut l’acquérir, mais je crains que peu de lecteurs puissent sans aide en tirer grand profit. D'abord il existe, pour élucider les Sutras qui sont en somme de simples titres, une foule de commentaires en sanscrit, commentaires qui ne sont que partiellement traduits et, de plus, présentent eux-mêmes cette particularité qu’ils se bornent à répéter tous les termes les plus difficiles sans les expliquer. L’étudiant ne trouve donc pas dans leurs pages un secours bien efficace.
LA NATURE DE LA VOLA
Quelques définitions.
Le retour continuel de certaines expressions, peu nombreuses du reste, nécessite quelques brèves définitions ; elles nous permettront d’éviter les malentendus. Ces mots sont : le développement, l’évolution, la spiritualité, le psychisme, la Yoga, le mysticisme.
« Développement » s’applique toujours à la conscience ; « évolution » aux formes. L'évolution, suivant Herbert Spencer, est le processus suivant lequel I homogène devient l’hétérogène, le simple devient complexe. Mais pour l’Esprit, pour la conscience, il n’y a ni croissance ni progrès. L’Esprit est toujours présent dans toute sa plénitude et tout ce qu’il peut faire c’est de se tourner vers l’extérieur, au lieu de rester concentré sur lui-même. Le Dieu en vous ne peut évoluer, mais il peut manifester Ses pouvoirs par l’intermédiaire de la matière qu’il s’est appropriée et qui évolue pour Le servir. Lui-même ne manifeste que ce qu II est. Ici maint passage des grands mystiques vous viendra peut-être à l’esprit. “ Deviens » dit saint Ambroise, « ce que tu es. »
Phrase paradoxale mais qui résume une grande
vérité. « Deviens », signifie-t-elle,. « en manifestation extérieure ce que tu es au fond de toi-même. » C’est là précisément l’objet de la Yoga tout entière.
La « spiritualité » est la réalisation de l’Un.
Le « psychisme » est la manifestation de l’intelligence dans un véhicule matériel quelconque (i>
La « Yoga » est la recherche de l’union par l’intellect ; c’est une science.
Le « mysticisme » cherche à atteindre le même
but par l’émotion (2).
Voyez le mystique. 11 fixe son attention sur l’objet de son culte, perd conscience de soi-même et, dans un transport d’amour et d’adoration, abandonne toute idée externe ; il s’abîme dans l’objet de son amour et se laisse emporter vers Dieu comme par un torrent d’émotion. Il ignore comment il a pu atteindre ce point d’exaltation ; il n’est conscient que de Dieu et de son amour pour Lui. Tel est le ravissement du mystique, le triomphe du saint.
Tout autre est la méthode du yogui. Il s avance pas à pas, pleinement conscient de ce qu'il fait. La
(I) V. Conférences de Londres. 1907. « Spiritualité et psy-
Ch(«Le”mot « yoga » peut, bien entendu, s’appliquer à toute manière de s’unir au Soi, quel que soit le chemin suivi. Le terme est employé ici dans son sens le pus étroit, comme se rattachant plus spécialement a 1 intelligence, comme étant une science. C’est 1 opinion de t a-
t&üjali.
LA nature de la ïoca
scionce le guide et non pas l’émotion. C’est pourquoi les personnes qui n’aiment pas la science, en trouvant I etude aride et sans intérêt, ne développent pas encore en elles le côté de leur nature qu» trouvera. t dans la pratique de la Yoga l'aide la plua elhcace. Le yogui peut se servir de la dévotion comme d un moyen. Patanjali le dit très nettement Parmi les nombreux moyens de suivre la Yoga indiques par cet auteur on est surpris de trouver « la dévotion pour Ishvara ». Ici s’affirme l’esprit du penseur scentilique. La dévotion pour Ishvara n’est pas en elle-même un but, mais le moyen d’atteindre un but qui est la concentration mentale. Vous remarquez de suite la différence de tempéraments. La dévotion pour Ishvara est le sentier du mystique. Grâce à elle n parvient a la communion. Cette même dévotion le yogui la regarde, à sa manière scientifique, comme un moyen de concentrer sa pensée. Cet exemple vous fera comprendre mieux que de longues explications la différence de caractère entre le mysticisme et la Yoga. Le premier voit dans la dévotion pour b lvara une manière d atteindre le Bien-Aimé * la secoude s’en sert pour arriver à la concentration. Pour le mystique, l’Objet qui l’attire est Dieu en Lui-même d s approche de Dieu, comme d’une source de béatitude; il aspire à s’unir consciemment à Lui. Pour e yogui, fixer 1 attention sur Dieu n’est qu’un moyen efficace d arriver à la concentration mentale. Pour le
second, la dévotion sert à obtenir un résultat. Pour le premier, Dieu est la fin désirée ; l’extase permet de L’atteindre sans détours.
Dieu est hors de nous et en nous.
Ceci nous amène à la relation qui existe entre Dieu hors de nous et Dieu en nous. Pour le yogui qui représente la pensée hindoue par excellence, la seule preuve véritable de l’existence de Dieu est dans le témoignage du Soi intérieur ; et cette preuve il la cherche en faisant tomber successivement toutes les limitations qui enserrent la conscience, jusqu’au jour où il atteint la conscience pure, revêtue pour tout voile d’une pellicule diaphane de matière nirvânique. Vous savez alors que Dieu est. Nous trouvons de même dans un Upanishad cette expression : « dont la seule preuve est le témoignage du Soi. » Ceci est bien différent des méthodes occidentales qui s’efforcentde démontrer Dieu par des arguments et des raisonnements. Il est au-dessus, 11 est au-delà du raisonnement et, bien que la raison puisse vous servir de guide, elle ne peut démontrer que Dieu est. La seule manière de Le connaître est de plonger dans les profondeurs de votre for intérieur. Là, vous Le trouverez et vous saurez qu'il est à la fois hors de vous et en vous. La Yoga est un système
M nature de la voga
dont la pratique vous permet d’éliminer de votre conscience tout ce qui n’est pas Dieu, sauf le voile ultime constitué par I atome nirvànique, et ainsi de savoir, avec la certitude inébranlable de la conviction, que Dieu est. Pour l’hindou cette conviction intime mérite seule le nom de Foi. Voilà pourquoi il est dit que la foi dépasse la raison, ce qui la fait souvent confondre avec l’incrédulité. La foi dépasse la raison parce qu’elle est le témoignage rendu par le Soi à sa propre existence et qu’elle est cette conviction d exister en Soi, dont la raison n’est qu’une des manifestations extérieures. La seule foi véritable est cette conviction intérieure du Soi le plus profond, conviction que nul argument ne peut fortifier ou affaiblir; c est la seule conviction absolue. Le but de ia \ogaest de vous permettre d’établir avec le Soi des rapports constants, non pas à la lueur d’un éclair intuitif, mais d’une manière suivie, inébranable, invariable. Quand le Soi est atteint, comment l’homme se demanderait-il désormais : « Y a-t-il un Dieu ? »
Modifications de la conscience et vibrations de la matière.
Il faut posséder quelques notions de ce que sont, d une part cette conscience qui est vous-raéme, de
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LA YOGA
l’autre la matière qui l’enveloppe mais avec laquelle le Soi s’identifie trop souvent.
Quelles sont les caractéristiques de la conscience ? Le changement et la certitude fondamentale qu’elle est. La conscience d'exister est invariable ; au-delà tout varie, et le changement peut seul transformer la conscience en Soi-conscience. La conscience se déplace sans cesse, mais elle a pour centre de son orbite une idée immuable, celle de la Soi-existence. La conscience elle-même n’est affectée par aucun changement de position ni de lieu ; elle n'éprouve que des modifications intérieures.
Dans la matière, toute modification est amenée par un déplacement. Une modification de conscience est un changement d’état; une modification de matière est un changement de lieu. De plus, à chacune des modifications d’une conscience correspondent des vibrations dans la matière constituant son véhicule. A l’examen, la matière présente trois qualités fondamentales :1e rythme, la mobilité, la stabilité — sattva, rajas, lamas. Satloa, c’est le rythme, la vibration ; c’est plus que rajas ou la mobilité; c’est un mouvement réglé, une oscillation déterminée, une longueur d’onde, une vibration.
Mais, demande-t-on souvent, comment deux principes aussi différents que la Matière et l’Esprit peuvent-ils s’affecter mutuellement ? Est-il possible de jeter un pont sur l’abîme que Tyndall déclarait in-
LA NATURE DE LA YOGA
franchissable à jamais? Oui. I/indien Ta franchi, ou plutôt il a montré qu’il n’y avait pas d’abîme. Pour lui la Matière et l’Esprit sont les deux phases de l’Un. De plus, soumettant à une analyse subtile les rapports entre la conscience et ia matière, il reconnaît que dans tout univers le Logos impose à la matière une certaine relation de rythmes, chaque vibration de la matière correspondant à une modification de conscience. Point de modification de conscience, même la plus subtile, qui n’entraîne dans la matière une vibration particulière ; point de vibration dans la matière qui ne corresponde à une certaine modification de conscience. C’est le premier grand acte du LOGOS, que les Ecritures Hindoues reconnaissent dans la constitution de l’atome, dans le Tanmatra , « la mesure de cela », la mesure de la conscience. Celui qui est la conscience meme impose à la matière dans laquelle 11 travaille la faculté de répondre à toute modification de conscience, c’està-dire des possibilités vibratoires infinies. Il existe donc entre le Soi et ses enveloppes une relation invariable : d’une part la modification de la conscience, de l’autre la vibration de la matière, et vice versa . C’est ce qui permet au Soi de connaître le Non-Soi.
Ces correspondances sont mises à profit par la Raja Yoga et la Hatha Yoga , la Yoga Royale et la
Yoga de la Résolution.
La Raja Yoga a pour but de soumettre à la volonté les modifications de la conscience et, par cela même, de maîtriser les véhicules matériels.
La Hatha Yoga cherche à maîtriser les vibrations de la matière et, par suite, d’éveiller dans la conscience les modifications désirées. Le point faible de la Hatha Yoga est que son action ne peut dépasser le plan astral. De plus, l’effort considérable imposé à la matière comparativement peu ductile du plan physique amène parfois l’atrophie des organes mêmes dont l’activité est nécessaire pour déterminer dans la conscience les modifications désirées. Le Hatha yogui soumet à sa volonté des organes dont la conscience de l’état de veille n’a plus à s’occuper, en ayant laissé la surveillance à sa partie inférieure, la « sub-conscience » ; sa méthode est souvent utile pour prévenir les maladies, mais n’atteint pas un but plus élevé. Lorsqu’il commence à agir sur les centres cérébraux en rapport avec la conscience ordinaire et, plus encore, quand il cherche à influencer les centres spéciaux de la conscience supérieure, il aborde une région dangereuse et ses pratiques ont beaucoup plus de chances d’amener la paralysie que le développement.
Il serait impossible de connaître la matière sans la relation dont j’ai parlé tout à l'heure. A la modification produite dans le penseur répond un changement extérieur, auquel le penseur répond à son tour
en déterminant au dehors une modification particulière. La matière constitutive du corps qui lui sert d’enveloppe retrouve ainsi son équilibre. Aussi pouvons-nous dire que c’est grâce aux. changements rythmiques produits dans la matière que celle-ci devient connaissable. Une relation invariable existe entre les deux faces du Logos manifesté, qui cependant est Un ; elle permet à la conscience de connaître la matière, et le Soi percevant des changements en Lui-même perçoit en même temps ceux du monde extérieur qui correspondent aux siens.
Le mental
Qif est-ce que le mental? Au point de vue de la Yoga, c'est simplement la conscience individualisée, considérée dans son ensemble ; c’est votre conscience tout entière, y compris vos activités que la psychologie occidentale exclut du mental. La Yoga n’est possible quen prenant pour base la psychologie orientale.
Comment décrirons-nous cette conscience individualisée? Tout d’abord elle s’aperçoit de l’existence des objets ; elle les désire et, par suite, cherche à les atteindre. D’où les trois aspects de la conscience : L intelligence, le désir et l’activité. Sur le plan physique l’activité prédomine ; bien que le désir et
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la pensée soient présents. Sur le plan astral le désir prédomine ; la pensée et l’activité lui sont subordonnées. Sur le plan mental l’intelligence est la note dominante ; elle l’emporte sur le désir et sur l’activité. Élevez-vous jusqu’au plan buddhique ; c’est la connaissance, ou raison pure, qui prédomine. Et ainsi de suite. Jamais aucune des trois qualités n’est absente, mais l’une d’elles prime les autres. Il en est ainsi de la matière qui letTr appartient. Des combinaisons entrant dans la composition de vos corps dépendra le mode d’activité de ces corps au point de vue de la conscience. Pour pratiquer la Yoga il faut faire entrer dans vos corps les combinaisons rythmiques et leur donner le pas sur l’activité et sur 1 inertie. Le yogui veut que son corps soit d’accord avec son mental.
Les stages de l’évolution mentale.
Cette évolution, suivant Patanjali, passe par cinq stages distincts, et Vyasa, dans son commentaire, nous dit que « ces stages du mental existent sur chaque plan. »
Dans le premier (Kshipta) le mental se laisse emporter çà et là ; c’est alors le mental papillonnant de 1 humanité à ses débuts ; dans l’homme, le mental de l’enfant qui ne cesse de passer d’un objet à un
LA NATURE DE LA YOGA
autre ; il correspond à 1 activité sur le plan physique.
Le stage suivant est celui de la confusion ( Muhda ) ; il correspond à celui de l’adolescent qui dominé, trouble par les émotions, commence pourtant à sentir son ignorance. C’est un état supérieur à l’inconstance mentale de l’enfant, un état caractéristique correspondant à l’activité dans le monde astral.
Puis vient le stage de la préoccupation ou de l'infatuation ( Vikshi/fla) ; c’est l’état de l’homme possédé pas une idée, l’amour, l'ambition ou toute préoccupation. L’homme n’est plus un adolescent indécis ; il sait ce qu'il désire ; une idée le domine ; que ce soit l’idée fixe de l’aliéné ou celle qui fait le héros et le saint, elle le domine. La qualité de l'idée, le degré de vérité ou d’erreur qu’elle contient, voilà ce qui distingue le fou du martyr.
Qu’il soit l'un ou l’autre, l’homme est esclave d’une idée fixe qu’aucun raisonnement ne peut ébranler. Est-il convaincu que son corps est en verre, aucun argument ne pourra lui démontrer qu’il se trompe ; toujours il se considérera fragile comme du verre. Si cette idée fixe est une illusion, il y a des idées fixes qui font le héros et le martyr. Dans ce cas l'homme sacrifie tout pour une grande vérité qui lui est plus chère que la vie, qui le possède et le domine ; pour elle il brave joyeusement la mort. Dans cette disposition mentale l’homme, nous est-il dit, est sur le point d’atteindre la Yoga, parce qu'il
apprend à se concentrer ; peu importe si c’est sous l’empire d’une idée fixe. Ce stage correspond à l’aetivitité sur le plan mental inférieur.
L’homme possède-t-il l’idée au lieu d’en être l’esclave, cet état mental de fixité voulue (en sanscrit Ekagrata ) constitue le quatrième stage. L’homme parvenu dès lors à l’âge de maturité est prêt pour la vie véritable ; il a subordonné toute une existence terrestre à une seule idée ; il approche de la Yoga ; il échappe à l’engrenage de ce monde dont les séductions n’ont plus de 'prise sur lui. Etant devenu maître de ce qui le possédait autrefois, il présente les aptitudes nécessaires au yogui et se soumet à l'entrainement qui doit accélérer ses progrès. Ce stage correspond à l’activité sur le plan mental supérieur.
Le quatrième stage, ou Ekagratci , amène au cinquième ( Niruddha ), le slage de l’homme que dirige le Soi supérieur. Quand l’homme, devenu capable de posséder une seule idée, s’élève au-dessus de toutes les idées, choisit à sa guise, prend ou s’abstient, suivant la décision de la Volonté illuminée, alors, soumis au Soi supérieur, il peut avec fruit pratiquer la Yoga. Ce stage correspond à l’activité sur le plan buddhique.
Dans le troisième slage ( Vikshipla) où il est possédé par son idée, l’homme apprend la Viveka, c’est-à-dire le discernement entre l’extérieur et l’in-
LA NATURE L>E LA YOGA
térieur, le réel et l’irréel. Après avoir appris cette leçon, il fait an pas de plus et, en Ekagrata , choisit une idée unique, la vie intérieure, fixe sur elle son mental et apprend ainsi le détachement ( Vairagya ). S'élevant au-dessus du désir de posséder les objets dont il pourrait jouir, il n appartient plus à ce monde ni à aucun autre. Il s’avance alors vers le cinquième stage, dirigé par le Soi supérieur. Pour l’atteindre il cherche à acquérir les six qualités ( Shat • sampatti ), qui concernent l’aspect Volonté de la conscience, comme les deux autres, Viveka et Fairagya, concernent les aspects Connaissance et Activité.
En étudiant votre propre mental vous pourrez déterminer jusqu’à quel point vous êtes prêts à commencer l’étude effective de la Yoga. Etudiez-le pour reconnaître en vous-mêmes les stages dont j’ai parlé. Si vous ne traversez encore qu’un des deux premiers, vous n’êtespas prêts pour la Yoga. L’enfant et l'adolescent ne sont par encore aptes à devenir des yoguis. I! en est de même pour l’homme préoccupé. Mais, si vous constatez qu’une pensée unique vous possède, alors vous êtes bien prêts de réunir les conditions voulues. Ce stage mène au degré suivant, où l’on arrive à choisir la pensée et à s’y attacher volontairement. Il n’y a qu’un pas très court à faire pour atteindre le stage où votre maîtrise devient absolue, où vous pouvez à votre gré interdire tout
mouvement à votre mental. Dès lors il est relativement facile de passer en samadhi.
La conscience peut être dirigée vers l’intérieur ou vers l'extérieur.
Il y a deux genres de Samadhi : l’un est tourné vers l’extérieur, l’autre vers l’intérieur. La conscience tournée vers l'extérieur vient toujours la première et vous êtes dans le stage de Samadhi propre à la conscience de veille tournée vers le dehors, quand, vous élevant au-dessus des objets, vous atteignez les principes dont ils sont les manifestations et que, à travers la forme, la vie vous apparaît. Darwin était dans ce stage lorsqu’il entrevit la loi de l’évolution. C’est le Samadhi tourné vers le dehors, le Samadhi du corps physique.
Son nom technique est le Sampraj nala-Samadhi ou « Samadhi avec conscience » . Je préfère cependant parler de la conscience tournée vers l’extérieur, c’est-à-dire consciente des objets qui l’entourent. Quand ceux-ci disparaissent ou, en d’autres termes, quand la conscience se sépare de l’enveloppe qui lui permet de la voir, alors commence « Asampra jnata Samadhi »,ou Samadhi sans concience. Je préfère l’appeler la conscience tournée vers Tinté-
LA NATURE DE LA YOGA 49
rieur, puisque c’est en se détournant de l’extérieur que l’homme parvient à ce stage.
Sur chaque plan les deux degrés se succèdent. D’abord la concentration intense qui s’exerce sur les objets et va chercher sous la forme extérieure les principes dont cette forme est l'expression. Puis la conscience se détourne de l’enveloppe dont elle s’est servie jusqu’alors et se retire en elle-même, je veux dire dans une autre enveloppe qu’elle n’a pas encore reconnue comme étant une enveloppe. A ce stage succède le « nuage », le sentiment naissant d'un élément extérieur, la perception vague d'un « je ne sais quoi » qui n’est pas elle-même. Après quoi l'enveloppe supérieure commence à fonctionner et la conscience reconnaît, comme tels, les objets du plan immédiatement au-dessus qui correspondent à cette enveloppe. Ainsi dans le cycle complet se succèdent : Samprajnata Samadhi , Asamprajnata Sa madhi , Megha (le « nuage »), puis le Samprajnata Samadhi du plan suivant et la même progression se poursuit.
Le nuage.
Ce terme, Dharma-Megha , le nuage du juste ou de la religion, est très peu expliqué par les commentateurs; ils se bornent à dire que tout le bon
1>TR01>UCT10> A LA VOGA
Karma généré dans le passé s’amasse au-dessus de l’homme et descend sur lui en pluie de bénédictions. Cherchons une explication moins laconique.
Le mot « nuage » est très souvent employé par le mysticisme occidental. « Le Nuage sur la Montagne » ,
« le Nuage sur le Siège de la Miséricorde » sont des termes bien connus de l’étudiant. L’expérience qu ils expriment est familière à tous les mystiques dans ses phases inférieures, et à quelques-uns dans sa plénitude. Dans ses phases inférieures, c’est l’expérience dont nous venons de parler, où la retraite de la conscience dans un nouveau véhicule qui n’est pas encore reconnu comme tel est suivie par l’entrée en activité de ce véhicule, caractérisée elle-même par le vague sentiment d’un élément extérieur nouveau. Il vous semble être entouré d’un brouillard épais. Conscient de ne pas être seul, vous êtes cependant incapable de rien discerner. Restez calme ; soyez patient ; attendez. Que votre conscience reste en suspens. Bientôt le nuage deviendra moins épais et à vos yeux ravis se révélera, d’abord d’une façon partielle puis dans toute sa beauté, un monde supérieur.
Cette expérience se renouvellera très souvent, jusqu’au jour où, votre conscience centrée dans le plan buddhique et dans ses splendeurs s’étant évanouie, parce qu’elle s’est retirée même de cette enveloppe admirable, vous vous trouvez dans le nuage
LA NAT U UE DE LA YOGA 51
proprement dit. Le Nuage sur le Sanctuaire, le Nuage qui recouvre le Saint des Saints et voile encore le Soi. Alors, vous semble-t-il, l'existence ellemême vous est progressivement retirée ; tout élément tangible vous échappe ; vous êtes suspendu dans le vide; c’est l’horreur des ténèbres profondes, une solitude sans nom. Supportez, supportez ces angoisses. Tout doit disparaître. « L’Eternel seul peut vous aider ». Dieu ne resplendit que dans le silence. « Tais-toi et sache que je suis Dieu », dit l'Hébreu. Dans le silence une Voix s’élèvera : la voix du Soi. Dans ce calme absolu une Vie se fera sentir : la vie du Soi. Dans ce vide une Plénitude se révélera : la plénitude du Soi. Dans ces ténèbres brillera une lumière : la gloire du Soi. Le nuage se dissipera et la splendeur du Soi se manifestera. Ce qui n’était tout d’abord qu’une majesté lointaine, à peine entrevue, deviendra pour vous une réalité constante. Enfin, connaissant le Soi, sachant que vous êtes un avec Lui, vous entrerez dans la Paix qui n’appartient qu’au Soi.