‹ Introduction à la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances deChapitre 12 sur 113 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

choses étant à peu près égales d'ailleurs, la masse encéphalique est plus forte.

Toute augmentation dans le nombre des instruments physiologiques, dont l'organisme se compose, doit tendre aussi à exercer une influence analogue sur l'ensemble de la puissance vitale. Si ces parties constituantes possèdent chacune des propriétés particulières, la somme des actes variés que l'animal effectue sera proportionnelle au nombre de ces organes, et si les parties se multiplient sans changer de rôle, il est encore évident que l'action de chacune d'elles venant à s'ajouter au travail des autres, le résultat total en sera nécessairement augmenté. Ainsi chez la vipère, qui ne possède qu'un seul poumon, la respiration devra être moins active que chez le serpent boa où deux poumons fonctionnent à la fois, à moins que l'influence de cette inégalité ne soit contrebalancée par quelqu'autre disposition organique ; et un animal, dont le corps est mis en mouvement par quatre membres, sera susceptible de déployer, dans la locomotion, plus de force et d'agililé que si, toutes choses étant égales d'ailleurs, il n'avait que deux de ces organes. Quant à l'influence du nombre des agents physiologiques divers sur la somme des produits du travail de l'organisme, elle est trop évidente pour qu'il soit nécessaire d'en fournir ici des preuves.

La masse totale du corps est déterminée par les deux circonstances dont nous venons d'examiner les effets : par le volume de chacun des instruments ou organes dont l'assemblage constitue l'individu, et par le nombre-de ces instruments. Le raisonnement, aussi bien que l'observation, nous montrent donc l'accroissement de cette masse comme devant tendre à augmenter la puissance physiologique des animaux, et comme celte puissance est un élément de su-

périorilc, nous pouvons déjà prévoir que, dans l'ensemble de la création, il doit y avoir une certaine relation entre le rang zoologique de ces êtres et la masse plus ou moins grande de matière vivante que la nature affecte à la eon* stitution de l'organisme dans chaque espèce (1)^

Et, en effet, si maintenant au lieu de considérer isolé-" ment les matériaux de ces organismes» ou de comparer ranimai à lui-môme aux diverses périodes de son accroissement i nous passons en revue les espèces différentes où la force vitale devient de plus en plus grande et où le mode de constitution]semble représenter autant de degrés dans le développement du type idéal de Tanimalité, nous reconnaîtrons également une certaine corrélation entre la puissance physiologique et le volume du corps. Soit que Toti embrasse d'un seul coup d'œil le règne animal tout entier^ soit que Ton examine tour à tour les principales divisions de ce vaste ensemble, on voit que les espèces les plus dégradées sont ordinairement celles dont le corps se trouve réduit aux dimensions les plus petites, et que la masse de matière vivante, employée à former l'individu, devient toujours considérable là où la vie doit durer longtemps et se manifester avec éclat. Le perfectionnement des organismes, il est vrai, s'opère aussi par d'autres moyens

(1) Lorsqu^on cberehe à évaluer ainsi la masse des tissus vivants dout le corps des animaux se compose, il ne faut pas se contenter de Texamen comparatif du volume total de ce corps ; il faut aussi tenir compte de la quantité de matières inertes qui peuvent y étreoontenues. Ainsi il est des Méduses dont le volume est très- considérable, mais dont les tissus vivants ne forment en réalité qu'une masse très petite, tant est grande la quantité d'eau qui se trouve comme emprisonnée dans l'organisme . Or, il est à noter que la proportion des liquides, comparée aux parties solides du corps, est en général d'autant plus grande que les animaux sont moins avancés en âge et moins élevés en organisatioD.

GHAPITKE U. 27

dont l'aetion est plus efficace, et, par conséquent, la prépondérance des masses n'entraîne pas nécessairement à sa suite la supériorité physiologique dans les espèces. Ainsi chacun sait que *les animaux les plus grands, tels que la baleine ou i'élépbant ne sont pas les plus parfaits des ôtres animés, et que Tabeille ou la fourmi sont de beaucoup supérieures à Thuttre ou à l'étoile de mer dont le corps est cependant bien plus gros. Mais la supériorité d'un animal sur un autre est toujours liée d'une manière étroite à la quantité de force \itale dont il dispose, et cette quantité est à son tour subordonnée en partie, au moins, à la masse des particules organisées dont le corps de Findividu se compose.

Ainsi, les Monades et les autres Infùsoires proprement dits, çont de tous les êtres animés ceux dont la vie est la plus courte et les facultés les plus faibles ; ce sont aussi les plus petits de tous les animaux. Le volume de leur corps est si minime, que pour les distinguer il faut avoir recours au microscope, et leur existence est si éphémère que plusieurs générations naissent et disparaissent successivement dans l'espace de quelques heures. Les Polypes, quoique d'ordinaire bien visibles à l'œil nu, sont aussi de petite taille, et le rôle individuel de ces zoophytes est toujours obscur quelle que puisse être d'ailleurs l'importance des résultats de leur travail quand ils vivent réunis en colonies nombreuses et élèvent au sein de l'Océan des rescifs et des lies. Les Mollusques sont fort supérieurs aux Polypes par la masse de leur corps et par la puissance de leur organisme, mais ce sont encore des animaux dont les facultés sont très-faibles et dont la croissance est maintenue dans d'étroites limites. Enfin c'est parmi les Vertébrés que la puissance vitale arrive à son

plus haut degré, quant à sa durée aussi bien qu'à son développement, et c'est aussi dans cette grande division du règne animal que la taille moyenne des espèces est la plus élevée.

La même tendance se remarque lorsqu'on compare entre eux les divers membres de chacun des groupes zoologiques les plus naturels. Ainsi, parmi les mammifères ordinaires, ce sont les Rongeurs et les Insectivores dont la taille moyenne est la plus petite et dont la vie est la plus courte, la sphère d'action la plus étroite. De tous les Vertébrés connus, TAmphioxus est le plus dégradé et il est aussi un de ceux dont le corps renferme le moins de matière organisée. Dans le grand embranchement des Mollusques, c'est le groupe le plus élevé sous le rapport physiologique, c'est-à-dire la classe des Céphalopodes qui offre les espèces les plus volumineuses 5 tandis que chez les Bryozoaires, dont la place est aux derniers rangs parmi tous ces animaux, le corps est toujours d'une petitesse presque microscopique. Il en est encore de même parmi les Crustacés : les espèces les plus dégradées, les Lernées et les Cyclopes, par exemple, sont au nombre des plus petites ; les groupes formés par les Amphipodes, les Isopodes et les Stomatopodes, occupent dans cette classe les rangs moyens, tant à raison du perfectionnement de leur organisme que du volume de leur corps, et les espèces dont la supériorité physiologique est la plus marquée, les Homards, les Langoustes et les Crabes, par exemple, sont en même temps celles dont la masse organique est la plus considérable. Les Arachnides , les Helminthes et les Zoophytes nous fourniraient également des exemples de ce rapport entre le volume de l'individu et la puissance de son organisme; mais nous croyons inutile d'insister da-

Page 1