CHAPITRE II
yantage sur ce point, car les faits dont il vient d'être question peuvent suffire pour nous convaincre de l'existence de cette tendance de la nature, et il ne faut pas oubfier que ce sont ces tendances seulement que nous cherchons à constater ici.
Si nous examinons maintenant les procédés à l'aide des^ quels la nature a obtenu cette inégalité de puissance dans les diverses machines vivantes, nous y reconnaîtrons tout d'abord l'influence de cette loi d'économie dont nous avons déjà eu Toccasion de signaler les etîets.
Ainsi, soit que Ton observe les modifications dont l'organisme est le siège pendant- que l'individu se développe, soit que l'on passe en revue les différences introduites dane la constitution des espèces zoologiques lés plus dissemblables quant au volume de leur corps, on arrive bientôt à reconnaître que les résultats les plus considérables et les plus généraux dépendent d'une tendance de la nature à se répéter dans ses œuvres-, tendance qui tantôt ne se manifeste que faiblement, mais qui exerce d'autres fois une grande action sur le travail génésique.
En effet, le volume d'un corps vivant, abstraction faite des liquides et des autres matières inertes déposées dans son intérieur, dépend du nombre d'organes dont la réunion constitue l'individu, et de la grandeur de chacun de ces instruments physiologiques. Or, la manière la plus économique d'obtenir une augmentation dans le nombre de ces organes, est évidemment de multiplier pour ainsi dire les exemplaires d'une ou de plusieurs de ces créations, de même que c'est par l'élévation du nombre de leurs parties constitutives similaires, que la masse de chacun de ceux-ci doit pouvoir s'accroître le plus facilement. '
Aussi voyons-nous toujours la nature procéder de la
sorte dans ses premières œuvres; c'est en se répétant ains{ elle-même qu'elle arrive d'abord à enrichir les organismes, et elle semble être avare de créations nouvelles tant que les parties déjà formées peuvent, en se multipliant, subvenir aux besoins du travail physiologique dont l'individu doit être le siège. Lors même qu'elle introduit dans la machine vivante le plus grand nombre d'éléments hétérogènes, on reconnaît encore les traces de cette tendance à l'économie ; on voit toujours dans le même animal un certs^in nombre d'organes qui sont la répétition plus ou moins gervile d'un type unique, et dans chacun de ces organes on trouve, comme matériaux constitutifS| n^ft fpiile de parties similaires.
C'est phe^ les animaux inférieurs que la tendance au dé? velQppen^ent des organismes par voie de répétitioi^ se ipa* nifeste au plus hau^ degré et exerce sur la constitution générale du corps l'influence la plus grande.
Nous en voyons un exemple des plus remarquables dans la structure de ces vers intestinaux qui, à 'raison de leur longueur et de leur forme aplatie, ont reçu le nom de Tœnias. Le corps de œs Helminthes se compose d'une multitude de segments ou anneaux qui offrent tous les mêmes caractères ei^térieurs et qui renferment les mêmes organes ; à mesure que l'animal grandit il s'enrichit de nouveaux anneaux, modelés d'après les segments préexistants, et chacun 4@ Q6s éléments 4e l'organisme ne se développe que peu, comparativement à l'accroissement de l'Individu, Chez les AnnélideS) c'est aussi par la multiplication de parties similaires que la masse du corps augmente le plus. Une Néréide, par exemple, ne possède en naissant que quatre ou cinq anneaux ; bientôt on compte huit, dix, vingt de ces segments placés bout à bout; à mesure que le ver