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CHAPITRE VI

Prévost et Dumas, Bœr, Rathke, et plusieurs autres physiologistes, dotèrent la zoologie de beaux travaux sur le mode de développement des principaux systèmes dont se compose l'organisme des Vertébrés; et Geoffroy lui-môme, puis le fils et l'émule de ce naturaliste philosophe, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire , soumirent à une investigation du même ordre les produits anormaux de l'espèce humaine et de quelques autres animaux supérieurs. Ces observateurs constatèrent ainsi certaines ressemblances entre les formes transitoires des principaux organes chez Tembryon du Mammifère ou de TOiseau, et les formes permanentes de ces mêmes parties chez les Reptiles, les Batraciens ou les Poissons ; et il devint dès lors assez naturel de se demander si les différences essentielles entre tous ces animaux ne consistent pas dans des ar-réU de développement qui , chez les espèces imparfaites, fixeraient les formes préparatoires des parties dont le développemcut s'achève chez les espèces supérieures.

Ainsi Tiedmann, en étudiant avec persévérance le système nerveux de l'Homme aux diverses périodes de la vie utérine, entrevit de grandes ressemblances entre les formes transitoires de notre cerveau et la structure de l'encéphale d'animaux placés plus ou moins bas dans le Règne animal. Yers'la même époque, M. Serres multiplia beaucoup les termes de cette comparaison curieuse, en formula les résultats d'une manière plus précise, plus générale, et arriva à cette conclusion que le système nerveux de l'homme, pour se développer , parcourt successivement les principaux degrés d'organisation auxquels il s'arrête pour toujours chez les animaux inférieurs.

Les recherches de Meckel, de Uolando, de Bœr, deRathke et de plusieurs autres observateurs ont conduit quel- I. ft

queç physiologistes à admettre reKislenee d'analogies nonmoins remarquables entre lesétats transitoires de Tappareil cireuiatoire desi Mammifères ou de l'Oiseau en voie .de formation, et les caractères permanente de ce même .système chez les Poissons et chez les Reptiles. A Tépoque de la naissance, le cœur et les gros vaisseaux offrent effectivement dans Tespèce humaine une disposition qui est à certains égards comparable à ce qui existe chez les Reptiles aduHes, puisque^chez tous, le cœur pulmonaire communique avec le cœur artériel, soit directement, soit par fintermédiaire des crosses de l'aorte ou du canal veineux.

Pendant un instant on pensa aussi que l'embryon des Mammifères et dé l'Oiseau présente dans le jeune Age un appareil branchial comme en ont les Poissons; car, trompé par quelques ressemblances vagues de forme et de position, on prit les premiers vestiges des mâchoires et de l'os hyoïdien pour des arcs branchiaux.

Un anatomiste dont je me plais à citer le nom dans les occasions fréquentes où j'ai à parler de ses travaux avec éloge, a cru pouvoir aller plus loin encore et assimiler l'organisation des Mollusques à celle de l'œuf humain à peine développé, mais dont la membrane caduque serait devenue permanente et se serait en quelque sorte ossifiée pour constituer la coquille de ces animaux. Le même auteur affirme que le Lombric terrestre considéré au point de vue anatomique, répète dans ses diverses métamorphoses le Polype d'abord , puis le Ténia ; à une troisième période l'Hélianthoîde, et dans une quatrième et dernièrCj l'Arénicole. Pour ce philosophe, il en serait ainsi du Règne animal tout entier, les Invertébrés inférleuJhs ne seraient que des embryotis permanents des invertébrés les plus parfaits ; les uns et les autres auraient leurs re-

présaitantg dans les orgauismos .âe9. embryons des Vertébrés et de rHomine, dont les fortaes fugitives et passagères seraient an^iogiies aux fermes arrêtées' et penoanentes des Zoopbyies, des Mollusques, -ot des luséctes. Enfin, les organes des animaux les plus élevés, c'est*^à^ure dés Mammifères, jrevétiraient ensuite les Gàractèrès de oisux des Pois^ sons, deà Reptiles et des Oiseaux. En un mot, l'orgadogénie de l'être le ptets parfait serait, d'après M. Serres, une ànatomie comparée transitoire, comme à s(m tour Tanatomie comparée serait Tétât fixe et permanent del'oi'ganogénie de rhommer^ le règne animal consid^é dans ses organismes ne sermi donc qu'une longue chaîne d'embryons jalonnés d'espace en espace, et arrivant enfin à l'Homme; ou plutôt, tous le& animaux ne seraient en quelque sorte qu'un seul et même animal en voie de formation, àffùt les divei*ses parties s'arrêteraient dans leur développeméfat^ id plus tôt, là plus tardy et détermineraient ainsi à cbaqij» temps de repos le caractère d'une classe, d'ûno ftimille ou d'un genre.

On comprend facilement que Éi cette opinion était fondée, leis espèces innombrables dont se compose ie Règne animal, se lieraient réellement entre elles de fiiçoh à constituer' une '«érie'lfnéah^; et que l'idée de ta chaîner des ôtrés defviendrait Texpresstoik d'une grande et belle vérité. L'unité de plan dans la création zoologique tout eortière serait un fait acquis, et le rang à assigner à chaque animal dans ce vaste ensemble nous serait donné par la date de la période ôrganogénlque, qui , dans le développement de fembrydn humain, en représentait la structure.

Lorsque j'étais jeune, séduit par la simplicité et la grandeur deces vues, j*ai, comme beaucoup d'autres, embrassé avec ardeur la théorie de la constitution du Règne animal

par l'effet d'une série d'arrêts de développements ; mais en avançant dans la voie de l'observation, je me suis bientôt aperçu que je m'en étais laissé imposer par des ressemblances superficielles et des apparences trompeuses.

En effet, l'étude approfondie des animaux inférieurs m'a bientôt convaincu de la fausseté de toutes ces comparaisons^ et en portant ensuite mes investigations sur le mode de développement des organismes, j'ai dû abandonner une à une toutes les bases de cette doctrine.

Il nous suffit des notions les plus élém^taires d'anatomie comparée et d'embryologie pour nous convaincre qu'un animal supérieur ne présente à aucune période de son développement, Tensemble de caractères propres aux types zoologiques inférieurs ; que l'Homme, par exemple, n'est pas, dans le sein de sa mère, un Mollusque, puis un Poisson et un Reptile, avant que déposséder le mode d'organisation propre à l'espèce humaine. Il n'est aujourd'hui aucun naturaliste qui songerait à soutenir une opinion semblable, et nous n'avons pas à nous y arrêter ici.

Mais alors, quel sens faut-il attacher à cette comparaison entre l'ensemble des créations zoologiques et la série des modifications que subit l'embryon d'un animal supérieur? Gomment l'espèce humaine représenterait-elle dans ses états transitoires, les modes d'organisation si variés des classes inférieures?

L'organisme d'un animal en voie de* formation offriraitil successivement les caractères que les zoologistes considèrent comme étant essentiels, dominateurs dans chacun des types dont il serait le représentant transitoire , bien qu'il n'en revête jamais la forme générale ?

Il sufiit encore d'un petit nombre de faits bien connus des naturalistes pour prouver que l'embryon d'une espèce

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