CHAPITRE VI
supérieure, en s'arrêtant dans différentes phases de son développement, ne présenterait jamais le caractère essentiel d'une classe inférieure quelconque. Un anatomiste cé<lèbre, dont je regrette de ne pouvoir adopter ici toutes les vues ingénieuses, M.Serres, adté comme offrant un exemple remarquable de cette sorte de progression zoologique de Tembryon en voie de formation, le Lombric ou Ver de terre, qui, d'après lui, revêtirait successivement les caractères anatomiques du Polype, du Ténia et de l'Arénicole avant que d'arriver au mode d'organisation qui est propre à son espèce. Mais rien de semblable n'existe chez le jeune Lombric ; jamais il ne possède ni le système respiratoire, ni les vaisseaux sanguins, ni l'appareil digestif, ni les organes locomoteurs d'un Arénicole ; jamais il ne présente un seul des caractères génériques du Ténia, «t à aucune époque de son existence il ne ressemble à un Polype. Je ne comprends même pas ce qui a pu faire naître Tidée de ce rapprochement.
Il a été posé en principe, ai-je dit, que les organismes inférieurs des Invertébrés ont leurs représentants dans les formes fugitives et passagères de l'embryon humain. Mais les résultats de l'observation sont en désaccord flagrant avec cette théorie embryogénique. Ainsi l'animal vertébré, en se constituant, ne présente, à aucune période de son existence, le mode de groupement des organes qui donne aux Radiaires leur caractère essentiel \ il n'oifre jamais la segmentation annulaire qui est si remarquable chez les animaux articulés ; on ne lui reconnaît pas davantage la structure particulière aux Mollusques. Enfin, si ce Vertébré en voie de formation appartient à l'espèce humaine, il n'offrira jamais les caractères en vertu desquels un poisson est un poisson, un serpent est un reptile et une poule est un oiseau. En restreignant môme da-
vanlagelet^amp delà coa^>araisoi),on n'arrive pas àd*au« très résultats. Ainsi, à aucune période de sa vie emhryoanaire, l*organismjB de l'homme ne présente les cam/etàres auxquels le zoologiste reconnaîtra un animal d^e l'ordre des Rongeurs^ un Pachyderme, un Ruminant, ou môme un Quadrumane.
La concordance entre les tyfies ;MM>)ogique3 inférieurs et la structure primitive ^t transitoire 6e^ animaux les plus, parfaits n'existe donc pas dans 4a nature. Mais si celte comparaison entre l'embryea d'un animal supérieur et les forn^s permanentes des espèces moins élevées est reconnue fausse en ce qui oonceivie l'ensemble de J'Oirgantemei elle pourrait encore être vraie pour diaicun des ^mnds apparais considérés ist^ément
En restreignant de la sorte, la théorie de la conccHr* dance des métamorphoses embryogéniques et des types zoologiques inférieurs, peut-on dire avec raison : Torganogénie humaine est le tableau mouvant des état& organiques que nous offrent d'une manière permanente les. classes inférieures du Règne animal?
Non. Telle ne me parait pas être la tendance générale de la nature; et ce serait, je pense, donner de la structure des organes des animaux inférieurs une idée fausse que de ia représenter comme étant semblable à celle des organes encore incomplets d'un embryon humain. I^ puissance créatrice peut employer des procédés semblables pour con^ stituer deux animaux, dont l'un reste imparfait, tandis que l'autre acquiert une grande supériorité physiologique; et pour imprimer au premier son cachet propre, elle s*éloignera moins de l'état transitoire commun à tous les deux^ que pour achever l'organisation du second : celui-ci, à l'état d'embryon, sera alors moins différent de l'animal infé-