‹ Introduction a la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du règne animal (volume 2)Chapitre 36 sur 114 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sommaire. — De l'indépendance des divers perfectionnements introduits dans la constitution des animaux. — Réfutation de l’hy- pothèse d’une série animale. — Diversité des types et multiplicité des séries. — Carac:ères des différences qui se reconnaissent dans le plan fondamental des organismes. — Diversité dans le mode de répétition des parties homologues et dans les rapports de position des parties dissemblables. — Ramifications secondaires des séries dérivées d’un même type essentiel.

Le fait général de l’infériorité croissante des organismes depuis l’homme jusqu’à ces êtres infimes qui offrent à peine quelques indices d’animalité et qui au premier abord semblent appartenir au règne végétal plutôt qu’au domaine de la zoologie, est si évident que de tout temps les observateurs ont dû nécessairement en être frappés ; et lorsqu’on compare entre elles les espèces sans nombre qui occupent l’espace compris entre les deux extrêmes de la création vivante, on y remarque des passages si graduels du Simple au composé, que l’on est naturellement conduit à comparer le règne animal tout entier à une sorte de chaîne ou d'échelle dont chaque anneau et chaque degré, représentant une espèce, marqueraient un perfectionnement, et

conduiraient des types inférieurs vers un mode d’organisalion plus parfait et par conséquent plus élevé. Aussi, à une 1. 7

époque où la zoologie existait à peine, parlait-on déjà de cette gradation des êtres ; et l’un de nos auteurs les plus anciens des temps modernes, Conrad Gesner, acru pouvoir poser les jalons d’une série naturelle qui s’élèverait depuis le minéral jusqu’à l’homme, qui s’approcherait même de la Divinité peut-être, et qui comprendrait tout ce qui est doué de vie. |

Une idée si grande et si poétique ne pouvait manquer de séduire l'imagination des naturalistes philosophes ; et, développée successivement par Leibnitz et par Bonnet, puis modifiée par Lamarck, elle forme aujourd’hui la base de plus d’une doctrine célèbre. Quelques zoologistes, il est vrai, ont repoussé avec force la théorie d'une série animale comme étant une chimère; Réaumur et Cuvier, par exemple. Mais dans ces dernières années cette doctrine a reparu sous une forme nouvelle et a trouvé appui dans un ordre de faits dont nos devanciers ignoraient l'existence. Si l’interprétation donnée aux phénomènes embryologiques par Keilmayer, et quelques anatomistes de nos jours, était exacte, la série zoologique serait démontrée par les méta= morphoses des organismes en voie de formation, aussi bien que par les affinités naturelles des espèces diverses dont le développement s’est achevé. En effet, pour résumer en quelques mots le caractère des changements qui se manifestent dans la structure de chaque individu pendant qu’il se constitue, on a cru pouvoir comparer l’embryologie de l'espèce humaine à un tableau mobile de l’organisation définitive du règne animal tout entier; et la longue série des espèces inférieures nous montre d’une manière permanente, a-t-on dit, les formes transitoires que revêt tour à tour l'oresnisme des êtres plreés aux plus haute degrés de l'é-

Page 1