CHAPITRE VIE
vail plus parfait, s'effectue en général par des procédés plus simples, et dépend principalement de quelques changements dans les dimensions de cerlaines parties. Ainsi, dans le cou long et flexible de la Girafe, la charpente osseuse se compose des mêmes pièces que dans la région cervicale courte et presque immobile du Marsouin; seulement les proportions de ces os sont différentes; et c’est en subissant des modifications toutes aussi légères que les mêmes éléments organiques peuvent former la main de l'Homme, l'aile de la Chauve-Souris, la nageoire du Phoque, ou l'espèce de bêche dont la Taupe se sert pour creuser la terre. |
Il arrive souvent que, lorsqu'une portion de l’organisme acquiert de la sorte un volume considérable, ou se développe à un haut degré par la répétition de ses éléments constitutifs, un phénomène contraire se manifeste dans quelque autre partie de l’économie animale, comme si les forces vitales ne pouvaient suffire aux exigences du travail génésique dans l’appareil, ainsi favorisé, qu’en se retirant des autres systèmes, dont le développement devient languissant ou incomplet. C’est cette tendance qui à été désignée par Geoffroy Saint-Hilaire sous le nom de lot de balancement organique : il est essentiel d'en tenir compte, mais il faut bien se garder de la considérer comme réglant d’une manière absolue et nécessairela constitution des animaux, ni même comme exerçant une influence consilérable sur leur mode d'organisation.
Le développement faible ou excessif d’un ou de plusieurs éléments ne détermine, en général, aucun changement important dans les rapports de ces parties entre elles ou avec les organcs voisins; mais, dans certaines circonstances, la pièce qui grandit, au lieu de repousser les pièces voisines,
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les déborde latéralement ; et ce chevauchement peut amener des modifications très-grandes dans la disposition et dans les usages d’un organe. C’est de la sorte que se constitue l'espèce de main qui chez les Crabes, les Écrevisses, et un grand nombre d’autres Crustacés, termine les pattes antérieures, et permet à ces animaux de saisir facilement leur proie et de la porter à la bouche. Les membres ainsi détournés de leurs fonctions ordinaires sont composés des mêmes pièces que les pattes ambulatoires ; mais leur portion terminale, au lieu d’avoir la forme d’un levier grêle et allongé, s’élargit beaucoup, et le pénultième article s'avance au-dessous du dernier, de manière à arriver jusqu'à l'extrémité de celui-ci et à constituer avee lui une pince à deux branches. Un exemple encore plus remarquable de ces chevauchements organiques nous est. offert par ia carapace qui revêt en dessus le corps de la plupart des Crustacés. En effet, ce grand bouclier dorsal n’est autre chose que l’arceau dorsal de l’un des anneaux ou zoonites de la tête de ces animaux, qui, au lieu d’occuper seulement la place correspondante à la région du corps formée par ce seginent, se développe d’une manière disproportionnée aux autres parties, et chevauche en avant comme en arrière au-dessus des anneaux voisins, de facon à les cacher plus ou moins complétement et à confondre en une seule masse tous les zoonites de la tête et du thorax. C’est également par un procédé de ce genre que la nature a produit l'espèce de coquille bivalve qui renferme le corps tout enticr des Limnadies, des Cypris, etc., et qui donne à ces petits Crustacés la forme extérieure de Mollusques acéphales. Enfin, c'est aussi de ce développement inégal des parties voisines et des chan cements de rapports déterminés de la sorte que dépendent
CHAPITRE VI. 143 plusieurs des modifications les plus-remarquables de lorganisme chez les animaux en voie de formation. L’embryon humain, par exemple, ne présente, à une certaine période de Ta vie, ni chambre thoracique ni abdomen pour loger le cœur, l'estomac, le foie, les intestins, et ressemble à une sorte de bateau ouvert qui serait surchargé par la masse de ces viscères ; mais bientôt ses flancs commencent à croître plus rapidement que ne Île font les organes dont celle masse se compose, et, après l'avoir dépassée, se rejoignent en dessus de façon à constituer une grande cavité close et à transformer le bateau ouvert dont il vient d’être question en un vaisseau ponté.
Un autre procédé de différenciation, dont la nature a fait grand usage pour varier les produits de la Création animée, consiste, non pas à changer le nombre, la forme
ou les rapports des divers matériaux constitutifs de l’orga-
nisme, mais à en modifier la texture et les propriétés. Des parties qui, chez certains animaux, restent toujours molles et spongieuses, acquicrent chez d’autres une grande dureté et une densité considérable ; elles se transforment en cartilages, en os, ou en des tissus qui ressemblent à de la corne ou à de la pierre. Ces changements moléculaires semblent être souvent le résultat du développement plus ou moins considérable d’une seule et même série de phénomènes histogéniques ; mais d’autres fois ils dépendent de causes toutes différentes, et n’ont entre eux aucun lien de ce genre, Quoi qu il en soit, ces modifications dans la constitution d'éléments anatomiques analogues influent puissamment sur les caractères propres aux diverses espèces zoologiques, et contribuent beaucoup à produire la variété qui existe entre les animaux. Ainsi, c’est de la sorte que le système osseux remplace chez la plupart des Vertébrés la
charpente cartilagincuse propre aux Raies et aux Squales, et que l’épiderme mince et flexible de la peau humaine est représentée chez les Insectes et les Crustacés par une armure cornée ou pierrcuse qui leur TETE lieu de squelette. * Ces différences histologiques se répètent jusqu’à un certain point dans chacune des grandes divisions du règne animal; mais elles tendent cependant à varier dans leurs caractères chez les espèces qui dérivent de types zoologiques essentiellement distincts. Les tissus qui sont les analogues de notre épiderme, par exemple, offrent d'ordinaire chez les animaux articulés une composition chimique qui. ne se retrouve ni chez les Vertébrés, ni chez les Mollus=. ques, ni chez les Zoophytes, et renferment un produit i inmédiat, la chitine, dont on n'a pas trouvé de traces ail= leurs. Chez les Tuniciers, et la plupart des Molluscoïdes,. on y rencontre de la cellulose, matière qui est inconnue chez les autres animaux, mais se retrouve dans le règne végétal. Chez le plus grand nombre de Mollusques, ainsi que chez les Crustacés et beaucoup de Zoophytes, les téguments se chargent d’une quantité considérable de carbonate calcaire, qui les ossifie en quelque sorte, comme le phosphate dc chaux ossifie les cartilages du squelette intérieur des Vertébrés. Enfin, chez quelques Zoophytes, la silice se substitue à la chaux, et on remarque aussi dans ces mêmes lissus des différences de texture qui deviennent souvent jort importantes. Les travaux récents des micrographes nous ont révélé des dissemblances considérables dans là structure de parties qui sont cependant bien évidemment. les représentants les unes des autres, et prouvent que la. nature à varié la constitution et le mode d’arrangement" des matériaux organiques primaires, aussi bien que la